Ô LE MAROC
musulmane y a été funeste, de ne pas désirer que cette influence fusse place le plus tôt possible à un système politique moins borné, moins démoralisateur,
A ne parler que des céréales, le Maroc pourrait tirer de leur exportation une richesse considérable; le sol est en elfet d'une fertilité extrême, etj les djampSj qui ne reçoivent jamais d'enf^rais, qu'on labùure seulement avec de misérables socs en bois, rapportent jusqu*à trois récoltes par an. Mais que servirait aux industrieux Berbères de récolter plus qu'ils ne peuvent consommer^ puisque toute vente de grains à rétran^^er est interdite et que les greniers sont vidés à époque Uxea par les agents du sultan ou pillés par ses troupes.
Toute la préoccupation des sujets de l'empereur consiste à se mettre en état de payer le tributj d'en payer le moins possible, et pour satisfaire à ce dernier desideratum, il est nécessaire de produire juste de façon à ne pas mourir de fiiim. L'impOt,qui est au Maroc le f,n^and souci de chacun, des uns pour le prélever, des au très pour s^y soustraire, se perçoit de deux façons différentes, dont l'une est absolument particulière au pays.
Cet impôt j si le gouvernement se bot^nait à toucher uniquement celui que prescrit le Coran, ne serait pas ruineux pour la population. 11 se compose de Valchoic}\ dime perçue sur les grains, et de 2 p. 100 prélevés sur la valeur du bétail. —
LA POPULATION. — LES iMPÔTSj ETC-
Malheureusement il advient que les agents {oîi~ manahs) chargés d'évaluer les moissons et les bestiaux, se livrent, dans leurs appréciations à des erreurs telles, que la dîme fixée par eux atteint souvent la valeur totale des recettes ou des troupeaux. Comme le malheureux contribuable n'a aucun moyen de réclamerj il en est réduit à payer ou à se taire; quant û résister, il ne faut pas qu'il y songe, la prison ou la bastonnade se chargerait de lui prouver qu'il a eu tort.
Ceci est dit, bien entendu, pour les pays du Maghzen, c'est-à-dire, ceux dans lesquels l'impôt est consenti bénévolement par les populations.
Dans les pays de Siba, les choses ne sont pas aussi faciles. Il est un certain nombre de ces territoires desquels le sultan n'a jamais pu tirer un flousse, cette pièce dont cent vingt font un franc ; quant aux auti^es, ceux auxquels Sa Majesté chérifienne cherche, de temps en temps, à soutirer quelques piastresj la perception s* opère de la façon que nous allons dire.
Chaque année le gouvernement du Maghzen invite les kehilas insoumises à lui verser un impôt dont la quotité est tantôt fixée, et tantôt aussi laissée à la généreuse appréciation des tribus. Celles-ci font généralement la sourde oreille. Alors le sultan monte à cheval, rassemble son armée et procède à coups de fusils à la rentrée des deniers de TÉtat, Gomme les récalcitrants
SQul nombreux, comme le pays est vaste, Tempereur passe sa vie dans cette existence nomade, et, soit d'un côté, soit de rautre, on peut dire santï exagération, que le nombre de jours où il n'est pas en expédition est infiniment restreînt(l).
Après avoir arrêté de quel coté il tournera ses pas, l'empereur s'avance , précédé de ses troupes dans la direction de lu tribu sur laquelle il a jeté son dévolu. Le pillage, Tincendie, la razzia marquent aussitôt son passage. Comme il a un petit nombre de troupes et qu'il tient à les ménager, quand une ti'ibu se résout à l'attendre de pied ferme, il ne fait pas donner tout d'abord Tassant par ses troupes régulières. On cherche, dans les environ.s, une kebila en guerre avec la kebila rebelle, on excite son fanatisme et ses rancunes, puis on la lance en tète de colonne sur les récalcitrants. Ces derniers font généralement des premiers assaillants un grand carnage, mais, au bout c^e quelques heures de lutte, ils sont épuisés ou tout du moins fatigués. C'est alors que le sultan ameute sur les pauvres hères à bout de forces, ses propres bataillons.
Après une lutte plus ou moin^ acharnée, les malheureux Berbères sont le plus souvent écra-
(1) « Le gouvernement iia pas de siège déterminé ; pour maintenir son peuple dans le devoir et assurer le rendement des impôts, le sultan est obligé de voyager très souvent. » Le Maroc môdti'ne.