‹ Le Maroc d'aujourd'hui, d'hier et de demain;Chapitre 31 sur 71 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'ALLEMAGNt: AU MAROC.

De toutes les nations européennes qui, les mies eu secret, les autres ouvertemenL Jettent aujourd'hui un œil d^envie sur leMaroCj il en est plusieurs qui confondent trop facilement leurs droits avec leurs désirs.

Il semble incontestable qu'un pied pris actuellement sur le sol africain, des titres de suzeraineté territoriale admis par des traités antérieurs^ des relations commerciales importantes, une situation géographique spéciale, enfin d'anciens droits de conquête et d'occupation, ne constituent des titres particulièrement valables.

Le swmmumjîis devrait être formé, ce semble, par la réunion sur la tête d'une puissance unique de la totalité des droits partiels que nous venons

LE MAHOC,

'd'énumerer, ou à défaut d'ensemljle total^ parte gî^oupement qui en approcherait le plus.

Or, si d'un côtéj nous examinons Fliis Loire et la situation du Maroc, et de Tautre, celles des puissances qui sont ou seraient appelées à se

Moine muhométau. ^

mettre sur les rangs pour recueillir cet opulent héritage, nous nous rendrons bientôt compte que TEspagne et la France apparaissent seules, munies de titres véritablement sérieux.

En examinant les concurrents suivant Tardeur de leurs prétentions, nous rencontrons en pre-

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lOS

mier lieu l'Allemagne qui, dans son passé, dans son présent, n'a rien qui la relie de la façon même la plus éloignée, au Maroc. Également écarté de la Méditerranée et de rOcéan, le nouvel empire germanique apparaît comme un véritable intrus dans la question marocaine, mais il n'en est pas moins dangereux.

Déjà à di veines reprises ^ bien des écrivains ont pu signaler cette tendance de rAllemngne à s'appuyer sur la prépondérance dont elle jouit momentanémenten Europe, pour s'immiscer dans des questions où elle n'a que faire. Cet envahissement se produit à Theurc présente au grand jour, lu plupart du temps au mépris du droit des gens, tantôt ici, tantôt là, un Jour en Europe, deiîiain en Afrique ou en Océanie, et toujours en vertu de la fameuse maxime quia nominor leo.

CependanÈ,-ence qui concerne le Maroc, les convoitises allemandes paraissent encore plus iniques que les appétits mis en avant par cette nation relativement à des territoires inoccupés comme les Carolines, Camaroun, le Lûderitzland.

En tout cas elles se font jour avec une ténacité, que n'enrayent aucune défaite.

Dés 1878, rAllemagne entamait avec le Maroc et TEspagne des négociations ayant pour but de mettre la main sur un petit port de la côte océanique, quia déjà une grande importance aujourd'hui, mais qui pourrait en acquérir une bien plus

iflg LE MAROC -

considérable si L'on se donnait la peine d'y faire

quelques travaux, Ifni ou Santa-Cmz de mar pequeùa, qui a jadis appartenu à T Espagne j et sur lequel cette puissance a fait de nouveau reconnaître ses droits en 1860j est situé au sud du Marocj sur TAtlantique : c'est un des meilleui^ mouillages de la côte — Quant aprùs la guerre de 1859 et la signature du traité de Oued- Ras (1)^ le gouvernement espagnol voulut reprendre possession de ce port j il se heurta aux tergiversations habituelles de la diplomatie marocaine. Ce fût alors qu'apparut TAllemagne qui chercha à mettre d'accord les deux plaideurs en s'attribuant Tobjet du litige.

Dés 1880, le colonel prussien V. Couring écrivait nu livre sur « le Maroc^ son lerrUoire^ et ses habitante ^ y> dans lequel, avec une naïveté toute germanique, il expliquait ses petits calculs relativement à la conquête par T Allemagne de l'empire des Chérifs.

Après avoir exprimé que le nouvel empire teutonique s'est créé une marine pour conquérir des colonies et qu'une grande nation ne peut plus se contenter aujourd'hui d/être une puissance européenne, l'écrivain allemand ajoutait avec une bonhomie dénuée d'urtilice: ^t Pourquoi irionsnous chercher si loinj ce que nous avons sous la

(1) Les Esiiiignols disent et écrivent Wad-Bas.

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main? N'avons-nous pas à deux pas de F Europe, baiguée par h Méditerranée une terre bénie, prête à prodiguer ses trésors au premier peuple entreprenant et industrieux qui les lui demandera, ce pays c est le Maroc... C'est lui sur lequel nous devons jeter notre dévolu : c'est lui que nous devons convoiter. ï>

Il fallait commencer par acheter Santa-Cruz de mar pequena; on l'aurait pour rien — c'est toujours Couiing qui parle — puis on démontre* rail Li TEspaj^rne, qui avait besoin pour se relever, de Taide d'une nation jeune et puissante, la nécessité d'une alliance hispano-allemande établie de façon à contrebalancer dans la question marocaine, l'influence anglo-française. Certaine d'avoir l'appui de l'Allemagne, l'Espagne pourrait alors mettre la main sur le territoire qui sépare Ceuta de iMélilla, l'Allemagne s'adjugerait de son côté, ça ou Idj un lopin de terre à sa convenance mais, ce qu'il fallait obtenir absolument c'était que l'une et Tautre nation prissent pied au Maroc et s'y assurassent une occupation territoriale inébranlable et suffisamment étendue.

Si disposé qu'il fut alors à se rendre agréable au prince de Bismarck, le gouvernement espagnol ne crut pas pouvoir accéder à rinvitation qui lui était faite relativement à Santa-Cruz de mar pequena : il ne fut donc plus question de la cession de cette station navale.

Les Allemands furent très mortifiés de voir échouer aussi piteusement des avances auxquelles ils avaient* cru qu'on n'oserait point résister. Mais, en gens qui ont Téchine souple, ils prirent vite leur parti d'une avanie qu'ils ne pouvaient songer à souligner et essayant quand même de s'établir au Maroc, ils décidèrent sur-le-champ

Lac près de Fez.

l'envoi d'une mission à Fez. Cette ambassade allemande est demeurée légendaire à la cour du sultan actuel par les maladresses de tout genre qui signalèrent son arrivée. L'un de ses membres — un officier de cavalerie qu'on eût voulu faire accepter à Mouley-Hassan comme un écuyer émérite — tomba piteusement de cheval en présentant à l'empereur une monture, présent du roi Guillaume. Le lendemain on déballa une machine à

L ALLEMAGNE AU MAHOC

faire de la glace, second présent de la cour de Berlin et, avant de la remettre au souverain musu Inian, on la fit marcher devant lui.

Malheureusement, au moment où Sa Majesté chériflennej à laquelle on avait expliqué le fonctionnement de T appareil, s'attendait à savourer un sorbet glacé à reuropéennOjla machine éclataj tuant quatre ou cinq personnes et causant une panique générale.

Ces deux événements joints à d'autres incidents du même genre donnèrent à Mouley-Hassan une pauvre idée de la puissance allemande, et les ambassadeurs durent se résigner à repartir sans avoir obtenu autre chose que ces bonnes paroles dont les Orientaux ont le secret.

D'autres que des Allemands auraient abandonné, de quelque temps au moins, un pays sur le sol duquel leurs pieds ne pouvaient se poser sans glisser. Mais quelque temps après apparut dans un Journal allemand une nouvelle à sensa^ tion destinée à reprendre une voie qu'on avait pu croire irrévocablement fermée.

Les négociations directes avec le Maroc avaient eu une issue ridicule : le gouvernement allemand revint à l'Espagne avec Tespoir secret qu'en faisant miroiter devant les yeux d'un prince jeune, -épris des choses militaires, l'alliance contre la France en compagnie du grand peuple allemand on aboutirait à un meilleur résultat qu en 1880.

iJiVv.-^

Cette fois, ce n'était plus sur la côte océanique que le prince de Bismarck avait jeté son dévolu; c'est dans la Méditen^anée, aux portes de notre Alfjérie qull pensait à s'installer.

En mai ou en juin 1885, un Espagnol qui a longtemps vécu à Oran où il sentait d'une façon ostensible les intérêts allemands^ et qui se trouvait alors en résidence à Berlin, adressa à la Deiistche Kolonial Zeitung une communication singulière dans laquelle il invitait le gouvernement de Madrid à céder à PAlIemagne, les îles Chafarines, situées dans la Méditerranée à Tembouchure de laMoulouya,

A la vérité, M- Jimenez n'avait à Tépoque dont nous parlons j aucune situation oflicielle. C'était un correspondant de journal qu'avaient seule^ ment fait connaître quelques explorations dans le Centre-Afrique, et qui rêvait, dit-on, pour son pays, de nouvelles conquêtes sous ces latitudes. M, Jimenez parlait donc, ostensiblement, sous sa seule responsaLilité; toutefois nous avons de fortes raisons de croire que ce personnage n'agissait pas, en cette circonstance, sans l'autorisaition de son gouvernementj ou plutôt sans Tautoriaation d\m gouveimcment.

A ne prendre que les preuves morales, il nous paraît impossible qu'un écrivain, si audacieux qu'il soit, remaniât d'une façon aussi positive la carte de son pays, s'il ne s'était tacitement sou-

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