‹ Le Maroc d'aujourd'hui, d'hier et de demain;Chapitre 32 sur 71 · L'ALLEMAGNE AIT MAROC · texte numérisé non relu

L'ALLEMAGNE AIT MAROC

tenu par le preneur ou par le bailleur. Que M, Jimenez rêvât dans son for intérieur, de refaire la carte d'Espagne, qu'il échangeât avec r Allemagne, T Angle terre ou rjtalie, telles possessions que ce fut, qu'il tailMt et coupât à son aise dans te manteau de Charles-Quint, nous n'y eussions point vu d'inconvénient. Personne n'eût eu le droit de s'émouvoir de ces arrangements platoniques, aussi fantaisistes qu'inolTcnsifs. Mais, quand, dans la situation actuelle de TEurope, au moment où un congrès international réglait les affaires intérieures du continent africain, alors que les visées de T Allemagne dans le sens d'une expansion coloniale vers la terre de Livingstone et de Flattera n* étaient un mystère pour personne ; quandj à ce même moment, un sujet espagnol écrivait publiquement à un journal comme la Gazette coloniale allemande: (t Venez vous établir dan^ la Méditerranée, je vous y cède une position d'une importance considérable au triple point de v\ie militaire, géographique, politique b^ il n'était pas permis de supposer que ce monsieur parlait en son nom personnel. Car, en vérité^il n'y avait pas même une réticence dans la lettre à la Deutsche Kolonial Zeitung de M.Saturnino Jimenez; on n'est ni plus affirmatif ni plus net :

^ La base d'une intelligence sérieuse et durable, entre P Allemagne et l'Espagne ^ disait-il j pourrait être Vétablissemeiit d'une station navale

aicx tîes ChafarineR, <t Des îles Ghafarines, F Allemagne COMMAikDERAiTLALTONEDELA MOULOUYA ET MAINTIENDRAIT EN ÉQUILIBRE LES ÏXTÉRÊTS FRAÎS'GAIS ET ESPAGNOLS AU MAROC Et leS obUpa-

tions noavelles qui incomberaient de ce chef, à r Allemagne j seraient largement compensées par les avantages que retirerait cette puissance de Toccupation de ces îles.

<t Les îles Chafarines constituent, il n'en faut pas douter^ le meilleur port existant dans toute cette partie de la côte africaine, le seul mouillage naturel entre Mers-el-Kebir et Tanger, Elles ne sont d'aucune utilité à l'Espagne qui les occupe depuis 1845 uniquement pour ne pas les laisser à la France,

« L'Allemagne, en prenant possession de ces trois îlotSj sous la condilion expresse de ijaraniir les intérêts espagnols an MaroCy se rendrait ainsi maîtresse d'un point stratégique de premier ordre dans la Méditerranée, Au cas d'une guerre européenne, les iles Chafarines seraient appelées à jouer un rôle considérablej et les intérêts allemands se trouveraient singulièrement consolidés par la possession d'une pareille base sur la côte algérienne, »

Il est vraisemblable que l'Allemagne devait trouver l'offre fort à son goût: reste à savoir si, en introduisant cette puissance dans la Méditerranée uniquement pour y contre-balancer notre

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L ALLEMAGNE AU MAROC

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ïilhience, TEspagiie ne se fut pas rendu à elle* même le plus mauvais des services. Nos voisins du Midi ont déjà rAngleterre à Gibraltar: si le pavillon allemand llûttaît aux Ghafarines, Finfluence espagnole gagnerait-elle beaucoup au Maroc ? Quand nous disions tout à Theure que M. Jî* menez j en écrivant sa lettre a la Deutsche Kolo** niai Zcitung^ se savait appuyé sinon par son gouvernement^ du moins par un gouvernement^ nous n'avions pas à dire que ce dernier ne pouvait être que le cabinet de Berlin, L'Allemagne est cou tu mi ère du fait, elle sait se faire ofïrir ce qu'elle désire. On Ta bien vu dans les questions du Scbleswig, et dans toutes celles qui se sont succédées depuis dans la politique européennCj y compris ralîatre de 1870.

Donc, il n'en faut pas douter : que rinstiffatiou vint d'un côté ou de l'autre — et l'hésitation ne saurait être permise — c'était un jalon que posait là l'Allemagne, un ballon d'essai pour iàter l'opinion : reste à savoir si, en cette occasion^, elle agissait avec adresse, et si plus de modéralion n'aurait pas été plus politique.

Nous devons à la vérité de dire que les insinuations de M. Ji menez, furent fort mal accueillies en Espagne j même par des organes comme la Epooa dont les sympathies allemandes sont connues. Cependant le correspondant de l^Kolonial Zeitimg^ ne se fut peut-être pas tenu pour baltUj

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si l'alTaire des Carolines t'clatant quelques mois aprtîs, ne fut venue rompre violemment toute néj^ûcialion en montrant aux Espagnols à quelle sorte de gens ils avaient aifaire. On se rappelle les fiiils et nous n'avons pas a les exposer ici.

On se souvient de cet le él range violation de territoire qui suscita dans toute la péninsule ibérique une indignation aussi violente quejustifiée. L'Allemagne comprit qu'elle avait TaiLune fauLe, qu'elle s'était fourvoyée : elle sentait contre elle non seulement l'opinion publique espagnole, mais la conscience du monde entier; elle trouva un biais; la médiation du pape lui permit une retraite sinon honorable j du moins dissimulée. Elle attendit, et jeta, en attendant, vei^ d'auti es points le dévolu de son ambition

Entre temps, elle envoya un chargé d^alfaires au Maroc et essaya, par des menées plus ou moins tortueuses^ plus ou moins avouables, de reprendre le plan développé jadis par le colonel Couring, Aujourd'hui les choses en sont la. L'Allemagne n'a an Maroc auciuie inlluencCj mais elle travaille activement pour en acquéiir une et nous devons là, comme ailleurs, nous défier d'elle.

Sa conduite antérieure nous permet d'induire ce qu'elle peut faire à Ta venir : a un homme averti en vaut deux », dit la sMgesse des nations.

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