LE MAROC P
modernes, Gibraltar, qu'on peut canonuer d'Algésiras, perd chaque jour de sa valeur, et que le moment n*est pas loin ou cette fameuse pointe d'Europe ne sera qu'un nid à bombes^ dangereux seulement pour ses défenseurs.
Les Anglais, en gens avisés, aimeraient à s'en défaire avant cet instant critique, et pour faire d'une pierre deux coupSj comme ou dit vulgaire^ mentj ils ne détesteraient paSj tout en faisant leurs affaires, se donner les gants de nation désintéressée.
Cela leur arrive si peu souvent.
Geuta, au contraire, acquiert chaque jour de l'importance. Sans compter sa position sur le territoire africain qui donne au détenteur la facilité de prendre quand il le voudra une influence pré- ' pondérante au Maroc, sa situ;vtiou topographique et son isolement dans une presqu'île rocheuse, à l'entrée du détroit, permettent d'en faire, avec quelques dépenses, itn réduit formitJable et inexpugnable.
Les Espagnols seraient par trop naïfs, s'ils acceptaient la proposition des Anglais^ mais nous n'avons ri eu à craindre de ce côté, nous savons de bonne source qu'ils n'y songent point. Il faut les en féliciter.
De même que les Anglais et en même temps qu'eux^ les Hollandais, entretinrent jadis avec le Maroc des relations commerciales et politiques
tEH HOLLANDAIS AU MAIVOC
d'une certaine importance. Au temps où le pavillon des Provinces-Unies sillonnait les mers avec une autorité qu'il a perdue aujourd'hui, a une
Un Toyagexir indigène.
époque où il n'existait point d'autre route des Indes que rOcéan AtlaoticpiCj les bâtiments holandais eurent à longer souvent la côte occiden-
DigitizelpC^OOgle
taie du Maroc et il s'en suivit forcément des échanges avec le littoral, même avec rîntérieur des terres. A diverses reprises, les souverains du Maghreb eurent à solliciter Tappui du gouvernement d'Amsterdam ou de la Haye et nous avons cité Talcade Ferez comme le représentant officiel du sultan Abdallah dans les Provinces-Unies au commencement du xyim siècle.
Ces relations perdirent de leur fréquence avec la décadence du gouvernement; liollaudaiSj et, depuis quelques aimées, elles n'ont plus guère qu'un intérêt historique ; inutile donc, de nous y arrêter davantage-
Nous ne parlerons guère plus des Italiens dont le consul à Tanger vient d'être supprimé , passons donc an Portugal qui pourrait avoir^ lui aussi, des prétentions sur le Maroc.
A coup sur, si les droits actuels étaient décomptés en raison des droits anciens, le roiDom Carlos demeurerait aujourd'luii le prétendant le plus légitime à l'empire des Almora vides. Alors que les Maures étaient encore maîtres sur notre continent, alors qu'ils dominaient à Grenade et en Andalousie j nous voyons de hardis Portugais franchir le détroit, s'emparer de Ceuta en 1415, (1) puis de Melilla et quelque temps après de
(1) <c Perdiôse en su tiempo (de Muley-Saïd) Ceuta que fué asaltada y tomada por los Portugueses, :& Cauovaïi del Castillo. Déjà en 1180, puis en 1183, uu amind portugais 0. Fuas
LES FOnTC&AÎS AU MAROC.
Caïiaza à cinq lieues de^Melilla, dans rintérieur des terres.
Ce fut pour le Portugal le commencement d'une glorieuse période qui eût pu amener la conquête déflnitive de toute cette partie de l'Afrique septentrionatOj si la découverte des Indes et r appât de richesses plus considérables n'avaient attiré les Portugais vers des régions plus lointaines,
L initiateur de la gloire portugaise au nord de l'Afrique au commencement du x\° siècle fut l'infant Dom Henri, fils du roi Jean I^r qui, mis en goût par l'exemple de Béth encourt et excité par les encouragements du pape Martin V, poussa ses découvertes bien au delà du cap Noun terme habituel, à cette époque, de la navigation des Européens dans ces latitudes. Ce prince, chez lequel le goût de Fétude se joignait à celui des armes, fut à tous les points de vue une personnalité extraordinaire pour son époque. Doué d'une intelligence supérieure, il avait compris Tavenir que réservait à son pays, sa situation géographique à Fextrémité méridionale de l'Europe, à Pavant-garde des découvertes et des explorations. On dit que souvent au haut des tours de son palais de ChagreSj il demeurait des heures entières les
RouDfiiliû avait franclii le détroit et débarqiK^ à rimprovisle près de Ceiita, enlevant à la vue de cette place un nombre considérable d'embarcations mauresques*
yeux fixés sur Thorizon, dans la direction de ces latitudes méridionales vers lesquelles l'entraînait Tappât de l'inconnu, le désir de porter au loin le nom et la civilisation de son pays.
Dans ces p^^emières courses le long des côtes de Maroc, l'infant Dom Henri avait été mis au courant par les indigènes, encore que d'une façon bien vague, de la forme du continent africain. Ces renseignements, venant corroborer ce qu'on savait du Continent Noir par Hérodote, Possidonius, Pline, Ptolémée, par les descriptions récentes de Marco Polo et de Pierre d'Ailly ne firent qu'enflammer les désirs du prince, et ce fut dans le but de donner à ses découvertes une base scientifique indispensable, qu'il réunit au palais de Chagres tout ce qui avait en Europe une réputation justifiée comme cosmographe ou marin. « L'école hydrographique catalane lui fournit Jacques de Majorque, le Danemark lui recommanda le gentilhomme Ballatre, Venise se vit enlever par lui Cada-Mosto; et Christophe Colomb, jeune encore, vint livrer un combat presque à sa vue, à la suite duquel, sauvé comme par miracle, il se fixa à * Lisbonne et oublia Gênes pour se vouer à sa glorieuse destinée. y>
Au temps de l'infant Dom Henri et. du roi Alphonse V, justement surnommé l'Africain (1438- 1484), les Portugais se rendirent redoutables en Afrique. Ce dernier prince, à la tète d'une flotte
Go^^
LES POIITUGAIS AU MAIîOC
de deux cents voiles et d*une nombreuse armée de débarquement, menaça Tanger et enleva d'assaut, près de cette dernière ville, Alcazar el Zagiicr, un port important. Ce fut en vain que le cheik Mouley voulut reprendre celte place : api-ès deux assauts infructueux^ il fut repoussé déljnitivement dans une sortie où il perdit beaucoup de
Montiigaea préa Ksar el Xëbir.
monde. Après la prise d' Alcazar el Zagner^ Alphonse s'empara^ avec lOjOOO hommes, d'Anafe ou Anafa, sur la côte atlantique, et la réduisit en cendres; puis, continuant le cours de ses conque tes^ ce prince mit le siège devant Arzila ou Arcilla, qu'il emporta d'assaut et détruisit, jetant parmi les Maures une telle crainte que Tanger ouvrit ses portes sans combat (1471). Depuis cette époque, les armes portugaises ne rencontrèrent
plus rien qui leur résistât : Azamour, Wasiaghan, Saffi, tonibéreiil bientôt aux mains du duc de Bragance et les choses en vinrent au point que les Maureîs désespérant de lutter' avec succès acceptèrent la conquête et se soumirent.
D'après Marmol le nombre des provinces, villes et villages de Viiiténetir du pays payant plus ou moins règulitirement tribut au Portugal à cette époque^ était très considérable ; citons TÂl -G harb, TAbda^ le Doukhala, lellahaau delà ducapd'Aguer; TAbda seul lui donnait par an^ mille charges de chameaux, tant d'orge quedeblé^ dix beaux chevaux et quatre faucons. Le rai Alphonse avait à son service en dehors des troupes chrétienneSj 16,000 chevaux et plus de 200,000 fantassins (1).
Les choses en vinrent au point qu'un certain nombre de chefs musulmans ne craignirent point de passer au service d'un prince catholique^ et ce fut ainsi qu'on vit, par exemple un certain Yahia, de Saffi, recevoir du roi D. Manuel le titre de capitaine-généraL Dans le Ritî la puissance
(1) Marmol i, 343 ; n, 21, 28, 50. 109, Ul, 112, 115, Diego de Torrés, Hht.des Chérifs, p, 10.
Luis del Mannol Ciirvajal est Tauteur d un livi^ intéressaul intitulé: ce Primera parte de la descripcion général de Atrica, eu todûs les sucesos de guemi que ha halndo entre los infidèles y el pueblo cristiano, y entre elles mismos desde que Mahoma invento su secta hasta e! ano del Sener jnil y quijùentos y setenta y uno. jù
Ru€ couverte 4 Aïcaiar-Kebir.
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des Portugais, représentée par le comte d'AlcoLitin, dom Pedro de Meneses était telle, que ce gouverneur était maître incontesté de toute la côte entre Tétouan et Tanger, (l Jamais peut-être la providence n'offpit une telle occasion aux armes chrétiennes de s'implanter à jamais en suzeraines sur le continent africain. »
Malheureusement cette prépondérance fut éphémère et dés le commencement du xyi*' siècle, les Maures conduits par deux chefs audacieux Ahmed et Mohammed, fils d'un obscur marabout du Draàh^ Hassan ben Mohammed, soi-disant descendant du prophète, enlevèrent successivement au Portugal plusieurs de ses possessions. En 1515 ils conquirent La Mamorra, en 1539 Safli, en 1549 Azamour, de telle sorte que vers la moitié du xvi^ siècle les Portugais en étaient réduits à quelques villes de la côte.
Ce fut dans ces circonstances que le roi D, Sébastien, sollicité à Lisbonne même, par le chérif Mohammed roi détrôné de Fez et de Maroc, de passer sur le continent africain pour lui prêter appui contre l'usurpateur Abd-el-Melek son oncle, céda aux prières de ce prince, malgré les observations de sa famille, du cardinal Henri son oncle, et de tous les généraux portugais de son entourage (1),
(1) Le roi ii'élait pas marié et navait j)ar conséquenl pas
LES PORTUOAIS AU MAHOC.
Le 10 juillet d578 une flotte considérable mit à terre, près d'Arcilla, une armée d'environ 20,000 hommes dont 12,000 Portugais et 8,000 Allemands ou Ilaliens qui devait être renforcée par 00,000 soldats musulmans promis pai' Mobammed.
Une première désillusion se produisit quand on vit Fappoint annoncé par le sultan détrôné se borner à quelques milliers de mauvais soldats, mal équipés et à peine armés. Mais D. Sél^astien n'était point homme àrecidcr, et bien qii'Abd-el- Melek — qui d'ailleurs valait en tous points, beaucoup mieux que Mohammed ^ — offrit au prince chrétien de très honorables dédommagements s'il consentait à se rembarquer; celui-ci persista à vouloir combattre.
Les deux armées se rencontrèrent près d'Al* cazar-Kebir, entre Fez et Arcilla^ le 4 août 1578 au matin. Les troupes aux ordres de D. Sébastien ne dépassaient guère le cbitTre de combattants que nous avons indiqué; — 20,000 hommes environ — le prince disposait de 12 pièces de canon : quant à Tarmée d'Abd-el-Melek elle comprenait 3,000 Andalous, 3,000 fantassins réguliers, 25,000 cavaliers réguliers, 1 ,000 Turcs renégats à cheval et 10,000 Arabes irréguliers : le chiffre de son artillerie s'élevait à 35 pièces.
La tactique, alors en enfance, ne permettait
d^enfaiits légitimes. Sa mort <^vmtuelle faisait crauidre des complications dangereuses pour rautoiiomie du royaume,
point aux deux masses qui allaient se heurter, des manœuvres bien compliquées. Abd-el-Melek qui avait la supériorité du nombre attaqua lo centime de T). Sébastien en cherchant à l'enve* lopper par sa cavalerie placée aux aileSj et grâce à la lâcheté du contingent allemand de Tarmée chrétienne le succès de cette manœuvre fut complet.
La mort de D, Sébastien frappé d'une balle et de deux coups de cimeterre fut le signal d'une débandade rapide et bientôt après d'un massacre général; le succès des Musulmans fut complet, et de cette armée de 20jCK)0 Européens qui avait débarqué moins d'un mois auparavant, n'ayant en tête que des idées de victoire, à peine quelques centaines de fugitifs purent être recueillis par la flotte portugaise.
Dix-huit mille Musulmans demeurèrent sur le champ de bataille ; parmi eux les deux concurrents Mohammed et Abd-el-Melek ; quant au roi Dom Sébastien, on ne retrouva point son cadavre, et sa disparition a donné lieu, en Portugal, à une légende mystérieuse qui, à trois cents ans d'intervallCj est encore racontée aux veillées dans plus d'une chaumière de rAlgarve ou de TEstramadure.
La mort de l'infant Sébastien devait avoir pour son pays les suites fatales qu'avaient redouté les esprits d'élite qui Tavaient dissuadé de son en-
LES POinUGAïS ALT MAROC.
treprise. On le vit bien^ quand après la mort du cardinal Henri son successeur, Philippe II d'Espagne mit la main sur cette succession vacante. Pendant soixante ans les deux couronnes de Castille et de Portufîal furent réunies en une seule et TEspagne mit du même coup la main sur toutes les possessions portugaises au Maroc,
Quand en 1640 éclata la révolution qui allait scinder de nouveau ces deux états de la péninsule ibérique^ quelques \illes et en particulier Tanger prirent parti pour le roi Jean. Mais la place marocaine était destinée à passer comme on Ta vu, au pouvoir de T Angle terre au moment du mariage de rinfaute dona Catalina avec Charles II; il ne resta donc plus aux Portugais, au Maroc que l'unique place de Mazaghan.
Cent années s*éco nièrent sans que rien vint changer la situation du Portugal au Maroc : mais les idées qui prévalaient parmi les hommes d'État du cabinet de Lisbonne^ tendaient à abandonner définitivement un pays sans cesse en proie à la guerre civile, avec lequel des relations diplomatiques suivies semblaient impossibles,
La seule crainte de Iroisser le sentiment public en abandonnant une conquête que rien ne menaçait directement^ fut Tunique mobile qui maintint encore le drapeau portugais à Mazaglian.
Cependant révacuation n'était plus qu'une question de temps j d'heures^ pour ainsi dire, quand
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