LA FRANCE ET LE MAROC SOUS LA RÉVOLUTION
du commerce européen ; et d'un autre côté si le port de Tanger était peu commerçant, il était au moins le plus accessible à toutes les nations par sa position sur le détroit. Mais ce qui devait fixer la préférence pour ce dernier, c'était le point de liaison qu'il offrait entre nos ports de l'Océan et de la Méditerranée; car, à l'exemple et en face de Gibraltar, Tanger protégeait naturellement entre ces deux mers nos arsenaux, nos forces navales et notre marine marchande. Il devenait ainsi le point central de nos observations, par rapport aux Anglais et aux Espagnols, dont nous avions à surveiller les mouvements dans l'intérêt de notre commerce et de nos relations extérieures. Enfin, le redoublement de vigilance et d'attention que la guerre, alors soutenue par nous contre contre les Anglais, rendait nécessaire sur ce théâtre, soit pour faciliter et accélérer la jonction des flottes, soit pour assurer leur ravitaillement, devait faire choisir une ville d'où l'œil plane sur le détroit et dont la position rivale de celle de Gibraltar, réunissait d'ailleurs tous les avantages d'un chef-lieu de résidence diplomatique.
Cependant l'expédition d'Egypte allait agrandir encore nos relations avec le Maroc en même temps qu'elle devait assurer notre supériorité dans l'opinion des races musulmanes. L'escadre française sortie de Toulon le 19 mai 1798, s'emparait de Malte le 19 juin; et en enlevant ce
point de relâche important à nos ennemis, elle réparait la fausse mesure qui, en 1792, avait détruit en France Tordre de ces chevaliers, comme si ce n'était pas à eux en grande partie que la France avait dû jusqu'alors d'être prépondérante dans le bassin oriental de la Méditerranée. Cette conquête nous permît de donner à Mouley-Soliman une preuve de notre amitié, en lui renvoyant libres, tous les esclaves marocains qui se trouvaient dans rile, entre autres la femme d'un chérif dont le rachat lui tenait au cœur depuis longtemps.
Aussitôt après la prise de Malte, les Algériens depuis longtemps alliés de l'Angleterre s'étaient déclarés contre la France, tandis que l'empereur Mouley-Sohman, non content d'avoir de bons rapports avec nous, écrivit encore au pacha de Tripoli pour lui recommander, au nom des services qu'il lui avait autrefois rendus, d'avoir les plus grands égards pour la nation française.
Nos relations avec cet empire allaient donc se développer et M. de Talleyrand fit demander à Aug. Brounonet, notre vice-consul de Mogador, des renseignements sur le commerce français de cette place et du port de Saffi. Mais ce qui devait le plus contribuer à étendre notre commerce, c'étaient les relations nouvelles produites par les caravanes qui ne pouvaient se rendre à la Mecque qu'en traversant les territoires d'Egypte alors occupés par nos armées (1798). Grâce à cette
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situation, tous les pèlerins du Maroc en se rendant aux viîles saintes, étaient obligés de passer sous notre iufluencej et nous pouvions en faire autant de partisans de notre politique. Leur nombre était fort considérable, qu'ils arrivassent par terre ou par mer. Pour en avoir une idée, il sulTit de savoir que dans le mois de
Montagnes près de Bdéqtiînez.
février 1798^ neuf vaisseaux raj^aisains étaient partis du seul port de Mogador^ avec un chargement de ces passagers maures, se rendant tous à Alexandrie, D'autres vaisiseaux de Raguse, frétés par le reste des pèlerins qui voulaient prentlre la route de mer étaient encore à la même époque dans les ports de Mazagan, de Salé et de Tétouan, lorsque Mouley-Soliinan leur ordonna de mettre à la voile. C'est bientôt après que Toccupation com-
plète de F Egypte mit entièrement la sécurité de ces pèlerinages sous notre responsabilité et en fit la condition la plus nécessaire au maintien de notre bonne intelligence avec le Maroc. Les intrigues de nos ennemis pour effrayer les pèlerins, les faux bruits de toute espèce qu'ils répandirent parmi les Maures, le prouvèrent alors jusqu'à l'évidence. De son côté, le vice-consul de Mogador avait eu grand soin de prévenir le gouvernement français de tout ce qui touchait au départ de la caravane de Maroc pour la Mecque.
« Cotte caravane, écrivait-il le 22 décembre 1798, qui se forme chaque année pour aller en Arabie, est partie dernièrement de Méquinez. Le roi, suivant sa coutume. Ta accompagnée jusqu'à une certaine distance, et a dit aux pèlerins réunis au nombre de plusieurs milliers, qu'ils « ne devaient pas ignorer que l'Egypte était au pouvoir de la France, mais que leur voyage n'en serait nullement interrompu car les Français étaient ses amis. »
Le Directoire, sous l'inspiration de M. de Talleyrand, si capable de s'entendre à cet égard avec le général Bonaparte, donna des ordres à ce dernier pour la protection des pèlerins, et en fit informer Mouley-Soliman par notre consul général. Ce souverain plein de confiance en l'accueil que ses sujets recevraient à Alexandrie et au Caire,
les détermina au départ , et calma lui-même les cminLes que la conquête de rÉgypLe avait excitées parmi eux. En même tempSj notre consul général, Guilletj secondait de tout son pouvoir ces bonnes dispositions. Pour dissiper les alarmer des Marocains et prévenir les insinuations perfides de nos ennemis, il fit traduire en langue ai'aije^ et répandre jusque chez les montagnards de TAtlas toutes les proclamations du général Bonaparte et les articles des » journaux qui parlaient du triomphe des Français et de leur conduite généreuse envers les Égyptiens.
Quelques Turcs faits prisonniers sur nos vaisseaux au combat d*Abûukir et amenés par les Anglais à Gibraltar, vinrent confirmer, par leurs récits, les rapports de notre consul sur le bon traitement que les Musulmans recevaient en Egypte de la part de nos compatriotes. Enfin des pélerirs ijui avaient fait partie d'une caravane protégée par le général Bonaparte contre les Arabes, ajoutèrent leurs témoignages aux précédents et achevèrent de dissiper les bruits perfides que les Anglais ne cessaient de répandre sur les actes de l'armée française et sui' ses tlisposîtions h regard des indigènes,
Crest à cette intime persuation des bons procédés dos Français envers les Musulmans et surtout les Mai'ocains, écrivait alors notre consul.