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téresser fie ce qui se passait chez un voisin turbulent, dont les agitations devaient toujours avoir leurs contre-coups chez les populations arabes soumises à notre influence. De cette lieure, en dépit de T Angleterre et en dépit de TEurope, nous devînmes les ai*biîres les plus intéressés à voir la politique marocaine se mouvoir dans notre orbite, et si la France a toujours té^ moigné dans Tapplication d'xm droit incontesttiblej une sage modérationji! n'en est pas moins vrai que nous ne pouvions abandonner, dans cet ordre d'idées, des prétentions légitimes.
Nous n'avons point à faire ici l'historique de la conquête de l'Algérie, ni à dire par quelles phases passa cette entreprise pleine de périls au débuts dans laffuelle notre armée mit en lumière les merveilleuses qualités d'endurance, de vigueur et d'intelligence qui ont toujours fait de nos soldats les premiers troupiers du monde. Rappelons seulement qu'après une période de dix années, 1830- ISiO, passée à tâtonner, à chercher notre voie, à étudier le sol sur lequel nous avions à lutter, les ennemis que nous avions à combattre, Tère des succès définitifs s'ouvrit enfin, au moment où le général Bugeaud prit la direction supérieure des opérations militaires.
Pendant toute cette période, le Maroc, malgré une hostilité sourdement entroLenue par les Anglais, s'était maintenu vis-à-vis de nous dans une
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neutralité dont nous nous étions contentés, lorsque, au commencement de 1844, la protection ouvertement donnée à Abd-el-Kadcr, vint nous obliger à une action directe contre cet empire.
A cette époque l'Emir s'était rapproché du territoire marocain et venait de solliciter de Tem^ pereur Abd-er-Rhamanj le chérit régnant, le Khaliffat du Riff et des tribus voisines de notre province d'Oran. Grâce aux influences anglaises^ il en était arrivé à ses fins et Tinvestiture qui venait de lui être accordée en cette occasion avait notablement relevé son prestige dans une région où, de récentes défaites Tavaient, naguère, fortement compromis.
Le gouvernement français avait le droit et le devoir de considérer comme un cmus bellij un acte politique aussi contraire à nos intérêts en Algérie ; d'autres motifs vinrent encore Tobliger à adresser au Maroc des observations péremptoires.
A la nouvelle que le général Lamoricière s'était avancé jusquà Lalla-Maghnia, à quelques lieues au sud d'Oran, et y faisait établir un camp retranché, Abd-el~Kader obtint d'Abd-er-Rhaman, qu'une armée marocaine s'avancerait à notre rencontre sous le prétexte que Lalia-Maghnia était un territoire marocain. Lamoricière, sommé par te caïd El Guenanoui d'abandonner les travaux de fortifications entrepris, ne tint
point compte de cet avertissement téméraire, mais El Guenanoui ayant jugé à propos.de venir inquiéter nos travailleurs, Lamoricière dispersa les troupes chérifiennes par la force, sabrant vigoureusement la colonne marocaine (30 mai 4844).
A la nouvelle du combat de Lalla-Maghnia, le maréchal Bugeaud qui était encore en Kabylie, se hâta de se rendre sur la frontière de notre province d'Oran, et le 25 juin, il envoyait à El Guenanoui le général Bedeau pour traiter verbalement du grief en litige.
Cette démarche toute amicale allait bientôt nous fournir la preuve que décidément les Marocains voulaient la guerre et que toute transaction avec eux aboutirait à enfler leur suffisance en leur faisant prendre notre modération pour de la faiblesse.
Effectivement la conférence du général Bedeau avec El Guenanoui se termina par un guet-apens : notre envoyé n'eut que le temps de monter à cheval pour rejoindre notre cavalerie qui accourait du camp à son secours. Un combat eut lieu et après une lutte sanglante , nous restâmes maître de la position, ayant tué ou blessé environ 500 hommes à l'ennemi.
Cet événement était grave en ce sens que le laisser impuni compromettait fortement notre prestige en Algérie, et que le venger nous entrai-
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nait avec le Maroc à une guerre qui pouvait amener des complications européennes de nature à compromettre sérieusement l'avenir de
Ua laboureur indigène.
notre conquête. Toutefois cette dernière éventualité parut à Bugeaud moins menaçante que la première.
(( Si pour le désir d'épargner à mon pays une
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guerre avec le Maroc, écrivait le maréchal, de sou bivouac, sur Tisser, le iO juin, je reste flans une défensive timide, je m'expose à perdre TAlîjérie... Au contraire, quelque acte de vigueur sur les Marocains, maintiendra Tautorité momie que nous avons acquise sur ces peuples par nos succès; je me crois assuré de battre plusieurs fois les troupes marocaines avec les 7,0(X) hommes que je vais avoir sur la rive giiuehe de la Tafna, a>
Effectivement le 16 juin, le lendemain du guet* apens de Lalla-Maghnia^ le maréchal Bugeaud écrivit k Guenanoui qu'il allait marcher sur Oudjda, et rexéoution suivant de près la menace, les troupes finançai ses occupèrent le lendemain le poste indiqué.
En France, la nouvelle de l'agression rlu 30 mai avait produit une impression pénible et à la date du 12 juiUj M. Guizot, imnistre des affaires éfcrangères, avait écrit à M. de Nyon, notre consul à Tanger pour lut enjoindre de demander à Tempereur des explications sur la conduite d'El Guenanoui. Résumant lui-même les instructions données à notre agent diplomatique j M. Guizot disait à M, de Nyon à la fin de la dépêche ; « Vous demanderez à Tempereur du Maroc ; l** le désaveu de rinconcevable agression faite par les Marocains sur notre territoire; 2^ la dislocation du corps de troupes marocaines réunies à Oudjda
ffi
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et sur ia frontière ; 3^ le nippel du caïd d'Oudjda et des autres agents qui ont poussé ù l'agression; 4- le renvoi d'Abd-el-Kader du territoire marocain. ^
Notre consul devait ajouter encore que nous n'avions pas Tintention de faire au Maroc aucune conquête territoriale, mais que nous ne tolérerions point que Tempire devint pour Abd-el- Kader un aide eiTectif, et que si rompereursc refusait à admettre nos étiuitaLles prétentions, nous nous ferions nous-mêmes une justice éclatante.
En même temps qu'était envoyée cette dépêche, des ordres étaient donnés pour qu'une escadre destiaée à appuyer nos réclamations s'en allai croiser sur la côte occidentale du Maroc; cette escadre fut placée sous le commandement du prince de Joinville.
Le maréchal Eugeaud persuadé que toute temporisation était nuisible au succès d'une action militaire indispeusahlCj pressait le gouvernement français d'agir, mais le ministère redoutant les complications dont nous avons parlé, ne se hâtait point d'envoyer rautorisation sollicitée.
Quant au prince de Joinville, qui était déjà dans les eaux de Cadix, îl était également partisan de la temporisation. Un seul cas, avait4i écrit au ministre de la marine, Teut porté à agir militairement contre un des ports du lit-
toral chérifien, c'était celui où une escadre anglaise se fut présentée dans les eaux du Maghreb, a Si cette escadre, avait dit le prince, se borne comme nous à jouer, de Gibraltar, un rôle d'observation, rien de mieux; mais si elle va sur les côtes de Maroc, je m'y rendrai à l'instant. Dans rintérét de notre dignité comme dans Tintérét de Tinfluence que nous devons exercer sur les États limitrophes de nos possessions d'Afrique, il est essentiel que cette affaire du Maroc ne soit pas traitée sous le canon d'une escadre étrangère (1) ».
Notre flotte était dans les intentions que nous venons de dire, quand une dépêche du maréchal Bugeaud, sollicitant du prince de Joinville ce qu'il ne pouvait obtenir de Paris, vint tout à coup brusquer les événements. Le 2 juillet le délai donné au Maroc pour répondre à l'ultimatum posé par M. de Nyon à l'empereur, avait pris fin sans que nous eussions reçu de réponse. Le 4, notre consul, qui devait amener son pavillon la veille et qui s'était retiré déjà à bord du Suffren^ reçut bien une communication deSidi-Bou-Selam, le pacha de Larache; mais ce document, loin de nous donner satisfaction avait une portée comminatoire déplacée et demandait notamment la
(1) Document cité par Roussel. Conquête de VAlgérie tome I, page 340.
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retrriite et la destitution du inaréclial Bugeaud; le lendemain on apprit que M, Dnimmond llay, consul d'Angleterre, avail échoué dans une lentative pour amener le sultan à une soumission aux injonctions de la France.
Cédant alors aux tleinandes réitérées de Bugeaud, le prince tle Joinville se décida à agir.
« Le mai^échal, écrivait-il au ministre de la mûri ne, me dit que sî fa guen*e n'est pas déclarée <Up]omatiquementj elle existe de fait. Il suit une marche contraire à mes idées; mais, outre que mes instructions me précisent d'agir comme lui, je crois qu'à une grande distance de la France, quelle que soit la dilTérence d'opinion, il faut unité de vue et d'action entre tes agents du gouvernement. Entre M. le maréchal et ihoï, cest moi qui doit céder; je m'incline devant sou grade, son âge et son expérience. Puisqu'il fuit la guerre sous sa responsabihté, puisqu'il a recours à ce moyeu extrême pour obtenir lu paix, puisqu'il me place dans un tles cas prévus par mes instructions, celui ou la guerre serait positivement engagée, je me tais, et je ferai tous mes elforts pour le seconder (2)^.
Le prince de Joinville était donc ainsi décidé à commencer les hostilités, quand VEtna^ venant
(2) Donunient cité par Housset, Conquête de VAftjériey tome I, p, 348.
d'Oran, lui apporta une dépêche du ministre de la marine en date du 27 juillet, lui prescrivant d'ouvrir le feu sur Tanger si la réponse à l'ultimatum n'était pas satisfaisante. Or nous avons vu quel était le contenu de la lettre du pacha de Larache. De plus Sidi-Bou-Selam donnait une preuve que le gouvernement marocain cherchait des leurres de nature à nous abuser puisqu'il écrivait au prince de Joinville qu'Abd-el-Kader n'était plus sur le territoire marocain, et qu'il informait en même temps le maréchal Bugeaud que l'émir avait été arrêté et interné dans une des villes de l'intérieur de l'empire.
Dans ces conditions l'hésitation n'était plus possible; évidemment on abusait notre diplomatie par des notes trompeuses, alors qu'on préparait activement la guerre : tout atermoiement devenait dangereux.
Ce fut le 5 août au soir que le prince de Joinville se décida à agir et la ville de Tanger ayant été choisie comme point d'attaque, le capitaine de corvette Duquesne fut chargé de marquer par des bouées, les points d'embossage des deux navires de combat.
Le 6 à la pointe du jour, les bateaux à vapeur le VélocCy le Pluton, le Gassendi^ le Phare, le Rubis et le Var, vinrent s'amarrer le long du Jemmapes, du Suffren, du Triton, de la Belle- Poule, des bricks le Canard et V Arguas et les con-
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fluisîrent vers liuît heures du matin à leur emplacement de combat. Cette façon de faire était commandée par le calme plat qui règne ordinali-ement le matin dans la baie de Tanger.
Le Jemmape^ arriva le premier sur la ligne, mais aprùs sa première ancre mouilîée, son remorf|ueur fut inipuissant à lui faire élonger complètement sa cliaine. Le Jemmapes cependant réussit a s'embosser à quatre encublures de la place, le Suffren vint ensuite, puia le Phi (on ^ le Canard^ enfin VArgus^ capitaine Jean Gérai-d, qui « chercha une compensation à sa longue et pénible station d'hiver à Tanger, disait le prince de Joinville dans son rapport, en s'embarrant dans une position ou il y avait beaucoup à donner et à recevoir. id Quant à la Belle-Poule^ au Triton ei au Gassendi que leura remorqueurs ne purent mettre en mouvement, ils vinrent à la voile et furent alignés vers dix heures.
Les premiers mouvements dont nous avons parlé ayant été cITectués sans opposition de Tennemi, le feu fut ouvert à huit heures et demie.
Tout d'abord !a place y l'épondit avec vivacité mais bientôt on put voir les canonniers marocains déserter leurs postes, et au bout d'une tlemi-heure deux batteries seulement continuaient à répondre, une casematée située à la partie supérieuï-e du fort de lu marine, et Tautre celle de la kashah.