‹ Le Maroc d'aujourd'hui, d'hier et de demain;Chapitre 61 sur 71 · LK MAROC · texte numérisé non relu

LK MAROC

A dix heures le combat cessa.

Le prince de Joinville demeura devant Tanger jusqu'à deux heures du soir à bord du Suffren^ pour bien constater que la ville ne songeait plus à se défendre; puis, Timpuissance de l'ennemi avouée, Tescadre qui avait ordre de ne point opérer de débarquement, reprit un mouillage pour réparer les légères avaries qu'elle avait eu à supporter. Le combat nous coûtait 3 morts et 17 blessés.

Ce fut le 11 août que le maréchal Bugeaud reçut au camp d'Oudjda la nouvelle du bombardement de Tanger, et, dans la joie que lui causa cette nouvelle, il écrivit le soir même au prince de Joinville, que le acl4 août au plus tard, l'armée devrait acquitter la lettre de change que la flotte venait de tirer sur elle ».

Le maréchal, depuis qu'il était établi à Lalla- Maghnia avait été averti de l'arrivée au camp ennemi, de Mouley-Mohammed, le fils de l'empereur. Il avait été informé également par les Arabes soumis du Sahel de Medroma et de la Haute- Tafna de la présence de contingents récemment venus. Au dire des espions, les camps de Mouley-Mphammed se composaient de neuf groupes s'étendant sur la rive gauche de Tlsly, depuis Djerf-el-Akdar jusqu à Koutad-Sidi-Abderaman, c'est-à-dire dans un espace de neuf lieues. Quatre de ces groupes étaient constitués par les troupes

régulières, quatre autres par des forces irrégulières, le neuvième était celui de Mohammed, comprenant sa maison particulière, ses femmes, ses bagages, ses chevaux de main, etc. On évaluait ces troupes à 40,000 hommes.

D'une vigie à signaux établie sur une butte élevée à Touest de Lalla-Maghnia, on apercevait

Campement bédouin.

distinctement remplacement des troupes ennemies, et aux salves d'artillerie et de mousqueterie qu'on entendait soir et matin, à l'esprit bravache et présomptueux qu'on savait régner dans les troupes ennemies on pouvait prévoir une offensive sur une grande échelle. Effectivement il ne s'agissait rien moins dans l'esprit de Mohammed que de nous enlever la plus grande partie de l'Algérie : on ne concevait même pas que

nous pussions résister un instant. Le 10 août, un parti d'un millier de chevaux vint reconnaître le camp français. L'ennemi présumait sans doute que le maréchal avait abôndonné Lalla-Maghnia parce que depuis quatre jours le général français avait établi ses troupes au confluent de l'Oued-el-Abas et de l'Oued-rdofoa, dans un bois où elles étaient à l'abri de la grande chaleur. Les Marocains tiraillèrent avec un peloton de cinquante chasseurs qui avait été envoyé pour les observer, et en se retirant, ils brûlèrent toutes nos maisons entre Lalla-Maghnia et Oudjda.

Le maréchal, qui avait appelé à lui le général Bedeau était trop pressé de prendre Toflensive pour la difl'érer quand il connut le bombardement de Tanger ; il se décida donc à agir.

« J'ai jugé, écrivait-il au maréchal Soult le 13 août, que nous ne pouvions rester plus longtemps sur la défensive sans de grands dangers. Le plus petit de tous, c'est que l'ennemi se renforce tous les jours. Mais ce qui est surtout à craindre, c'est que nombreux comme il est, il ne fasse des détachements sur mes flancs pour aller soulever le pays derrière moi... Ayant hier raUié le général Bedeau, je me décide à me porter ce soir en avant. Je ferai trois lieues dans la plaine jusqu'à l'entrée de la nuit, en simulant un grand fourrage. Je m'y arrêterai en ordre de marche; j'y

LA lîATAlLLE u'tSLV. HV^

f eraiaormir in es colonnes toujours en ordi'e de marche pendant quelques heures, et demain au petit point du jour j'arriverai sur l'Islyj à deux lieues de la tôle du camp ennemi. Je ferai là une halte d'une heure, si je n'y trouve pas Tennemi, pour faire boire les hommes et les animaux, et puis je me porterai en avant pour attaquer, si Tennemi est encore a la même place. S'il était reployé sur sa queue^ il est probable que je m'arrêterai à Djerf-el-Akdar pour laisser passer la grande chaleur, et que j'attaquerai le soir ou au plus tard le lendemain matin, J*ul environ 8,500 hommes d'infanterie, 1,400 chevaux réguliers, WO irréguliers et 10 bouches à feu donc 4 de campagne. C'est avec celte petite force numérique que nous allons attaquer cette multitude, qui, selon tous les dires, compte 30,000 chevaux j 10,000 hommes d'infanterie et il bouches à feu. iîaismon armée est pleine de confiance et d'ardeur; elle compte sur la victoire tout comme son général. Si nous Tobtenons, ce sera un nouvel exemple que la victoire n'est pas toujours du côté des gros bataillons, et l'on ne sera plus au'orisé à dire que la guerre n'est qu'un jeu du hasard i> (1),

Conformément aux intentions qu il exprimait dans cette lettre, et quelques heures après l'avoir

(1) Moniieur Universel^ mercrcili 18 août 1841.

Page 1