La ferqa est une sous-fraction de tribu
an bazar minuscule, avec une demi-douzaine de boutiques; deux juifs de Tiemcenyont ouvert une petite échoppe de ferblantiers.
Gomme tous les autres caïds. Si el-Àrbi est, en ce moment, à Fez. Son fils, qui fait office de khalifa, nous accueille le mieux du monde et nous envoie une abondante mouna. Au moment même où nous arrivons au camp, le jeune khalifa s’apprête à partir en chasse avec des sloughis et des faucons. Nous nous joignons à lui pour suivre la ligne des rabatteurs qui s’en vont à travers la lande parmi les palmiers nains, les asphodèles, les bruyères et les euphorbes. Les tiges de bois-joli (ressen) sont toutes en fleur; dans les creux, les narcisses forment de blancs parterres et les iris poussent isolés. Le mois de janvier est, au Maroc, l’époque de 1 humidité, et, par suite, la saison fleurie. C’est sur un tapis de fleurs que les sloughis courent les lièvres, et les attrapent presque instantanément pour se les voir arracher, à coups de bâton, par les rabatteurs accourus. Les faucons sont lâchés sur les perdrix. Lorsque le fauconnier à cheval détache son faucon décapuchonné, en portant en l’air sa main gauche gantée de cuir, c’est plaisir de voir l’oiseau prendre son vol et tournoyer dans l’air, obéissant à l’appel du maître, pour fondre d’une chute légèrement oblique sur la proie désignée.
Le Sebou n’est qu’à une heure de distance de Kariat el-Habbassi. Le fleuve, large d’une soixantaine de mètres, coule entre deux berges droites et profondes. Sur chacune des deux rives se trouvent des petits groupes de tentes et de nouwâlas, où vivent les passeurs, qui assurent, avec cinq grandes
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barques, les communications entre Fez, Tanger et Larache. C’est un continuel va-et-vient de gens et de hôtes déchargé; si bien que le passage du Sebou sur ce point favorisé doit être une source de gros revenus pour le caïd el-Habbassi, qui en possède le privilège. Le prix du passage est de 5 réaux1 par couple d’animaux. Notre caravane mit près de trois heures à franchir le fleuve, et, pendant ce temps, nombre de chameaux, de mulets et d’ânes s’accumulaient sur les deux berges. Ce jour-là, le transit était d’une extrême animation et le mouvement même des caravanes témoignait de la tranquillité du pays. Les nouvelles de Fez, apportées par les muletiers et les rakkas, courriers postaux employés par le makhzen et par les puissances européennes qui ont établi la posteau Maroc, restaient, d ailleurs, favorables: ces gens ne parlaient que de la sécurité du chemin et du calme de la capitale.
Encore cinq heures de voyage jusqu’au campement du troisième soir, en remontant la rive gauche du Sebou, qui serpente dans son lit profond à travers la grande plaine. Quelques champs cultivés, de beaux troupeaux dans les pâturages, des douars nombreux et même plusieurs villages; ceux-ci sont désormais enclos de branchages épineux, car les jujubiers commencent à apparaître parmi les palmiers nains et les asphodèles ; des cigognes, qui séjournent dans le pays, du mois de janvier au mois de juillet, pataugent dans la boue gluante du terrain argileux.
La région appartient à la tribu des Béni-IIascn,
arabe et naïba. C’est la plus importante du Maroc septentrional; car elle s’étend depuis le Sebou jusqu’à Rabat, et l’une de ses fractions a même pour caïd le gouverneur de Salé. Les Béni-Hasen peuvent mettre en lignes 4 ou 5.000 cavaliers, et cette force sert à contenir les Zemmour, tribu berbère et constamment insoumise, qui est fixée dans les montagnes bordant au sud la vallée du Sebou. La tribu des Béni- IIasen fournit actuellement le plus parfait modèle des morcellements multiples, auxquels se complait la politique du makhzen. Elle se divise naturellement eu douze grandes fractions, que les Béni-Hasen nomment aoud (cheval). Six de ces fractions sont réunies sous le commandement d’un seul caïd, Si Mohammed el-Gueddari, qui est devenu de ce fait le plus grand seigneur du Nord. Les autres fractions ont été partagées à plaisir ; deux d’entre elles, envisagées comme particulièrement turbulentes, supportent chacune quatre caïds ; une autre en a trois, les trois dernières n’ont que deux caïds ou même un seul. Ce qui fait pour toute la tribu un total de 17 caïds. Aussi les Béni-Hasen sont-ils probablement, dans tout le Maroc, la tribu la plus riche en autorités administratives.
A la sortie des Réni-Fasen, sur la haute berge du Sebou, un peu au-dessus de son confluent avec l’oued Ouargha, qui vient du fond des Djébala, se trouve le douar des MIaina. C’est un grand village, d’apparence aisée, avec plusieurs maisons en briques ; il prospère, au pied de la montagne des Chérarda, au milieu de terres grasses et bien cultivées. Le campement y est recherché ; car il offre une sécurité complète, et pareilles garanties sont rares sur les limites
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de deux grandes tribus. Sur ces points fâcheux les malfaiteurs se sentent, en effet, plus à l’aise, car, les confins des tribus restant assez vagues, les responsabilités, en cas d accident, s y trouvent moins déterminées ; d’où la règle générale pour les voyageurs au Maroc d’éviter les campements aux extrémités des tribus. Le& Mlaina sont de braves gens, et, comme Algériens d origine, se rattachent volontiers a nous. Ils nous l’ont témoigné de reste en nous prodiguant les attentions, aussitôt prévenus de notre arrivée leur petit goum s’est porté à notre rencontre. Le lendemain, après que le campement eut été levé et que la caravane se tut remise en marche, les Mlaïna diessèrent une de leurs tentes allongées avec application d étoffes bleues. Le sol fut recouvert de tapis de Rabat et de nattes fines ornées de dessins en laine, qui se fabriquent chez les Zemmour : et nos hôtes nous offrirent ce que nos Algériens appellent une ditfa de tadjin (plats préparés), par opposition à l’ordinaire dilîa, qui consiste en bétail sur pied et en matières premières non cuisinées.
Les Mlaïna du Megran (confluent) sont arrivés sur les bords du Sebou, après une lente migration à travers tout le Maroc. G est sans la moindre rancœur qu ils nous content 1 histoire de leur établissement, si conforme d’ailleurs, à la constante mobilité des tribus du Maghreb. Lors de la conquête française en Algérie, une quinzaine de familles chérifiennes quittèrent Milianah et se dirigèrent vers l’Ouest; reculant sans cesse devant le progrès de notre domination, elles quittèrent successivement Relizane et llemcen, pour s’établir, de l’autre côté de la frontière marocaine, dans la tribu des Zekkara. Là s’effectua
une première division : quelques familles, satisfaites de leur sort, y sont restées jusqu’à l’heure actuelle ; les autres poussèrent vers Mékinez, où elles se présentèrent au sultan. Moulay Abderrahman, celui-là même qui nous combattit à Isly, leur attribua des terres dans la tribu des Béni-Hasen : ainsi s’acheva l’éparpillement des quinze familles primitives; quelques Mlaïna demeurèrent à Mékinez, d’autres errèrent à travers les Béni-Hasen et s’y perdirent, mais le gros des émigrants finit par former le douar, où ils ont réalisé depuis une quarantaine d’années un établissement définitif.
Ils y vivent maintenant heureux et tranquilles ; ils sont devenus propriétaires de champs de l’autre côté du fleuve et de jardins situés dans la kabyle voisine. Leur douar lui-même est un village de 40 feux. La richesse des Mlaïna est fort appréciable : ils labourent avec 30 charrues et leur cheptel comprend 150 bœufs, 400 moutons, 15 chameaux et 30 bêtes de charge. Lesdahirsdes sultans confirment à la fois leurs titres de propriété et leur caractère de chorfa. Car, ils ne se sont point contentés de prospérer comme agriculteurs, et ils ont également réussi à exploiter leur baraka. Plusieurs fractions du Gbarb, des Béni-Hasen et même des Zemmour se sont faites bénévolement leurs serviteurs en leur envoyant des ziaras. Le succès a adouci les sentiments des Mlaïna. Ils forment une honnête république, soustraite à l’autorité administrative. Ils vivent ainsi entre eux, sous le contrôle de huit notables du douar, qui exercent une paternelle justice et savent arranger les affaires plutôt que de les porter au Chraa devant un cadi quelconque du voisinage.
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Les deux principauxx des Mlaïna, Sidi el-Miliani ben Abdelhaq et Moulay Ahmed ben Moumen, tiennent à nous accompagner pendant l’étape suivante, qui nous mène en quelques heures le long du Sebou, jusqu’au Méchraâ el-IIad. Le « gué du di„ manche » est marqué, sur la rive droite, par un grand rocher, qui se dresse à pic ; sur la rive gauche, par le petit douar de Deqena. Le fleuve est moins encaissé ; quelques rapides s’y forment et il devient ainsi guéable.
Nous sommes désormais sortis de la plaine des Béni Hasen pour rentrer dans une région montagneuse. Le djébel s’est rapproché du Sebou; il en est de même du massif compact formant l’avantgarde du moyen Atlas, et jusqu’au Saïs, nous resterons en pays accidenté. La route normale franchit la chaîne du djebel Selfat au petit col de Bab Tsiouka, pour piquer ensuite droit à l’Est. Les pluies récentes, le sol détrempé, devenu collant pour les chevaux, nous obligent à contourner le grand piton qui domine le territoire des Chérarda. La région est visiblement riche: les pentes sont défrichées, la végétation parasite des palmiers nains et des asphodèles a presque complètement disparu ; les orges sont déjà verdoyantes ; pour le blé, les labours se poursuivent encore. Le bétail est beau ; les villages sont fréquents, avec bon nombre de maisons de briques, mêlées aux tentes et aux nouwâlas.
DuMechraâ el-Had,unemarchede sept heures nous conduit à l’oued Mekkes, qui est un petit affluent du Sebou ; ce sont montées et descentes fréquentes, qui nous font longer tout le versant septentrional du massif du Zerhoun. Après les Chérarda, voici la
montagne escarpée des Béni-Ammar, tout entière plantée d’oliviers et creusée de gorges profondes ; la fumée du soir indique les villages sur les hauteurs. En descendant vers le pont du Mekkes, pour camper à la nezâla voisine, la vue embrasse un immense panorama de montagnes, avec les cimes neigeuses des Beni-Ouaraïn, qui apparaissent dans le lointain.
Depuis que notre caravane a pénétré dans le massif montagneux qui suit la plaine des Beni- Hasen, il est manifeste que nous sommes définitivement entrés dans la zone d’agitation, créée par l’insurrection. Chez les Chérarda, l’hospitalité est revêche ; un vieux nègre groupe nos gens autour de lui pour leur raconter les miracles de Bou Hamara ; pendant la nuit nos gardiens évitent de s’endormir de peur de surprise et se maintiennent éveillés par de pressants appels. Sur l’oued Mekkes, les cris nocturnes sont appuyés de coups de fusil pour montrer aux rôdeurs qu’il y a dans la nezàla des gens qui veillent et qui sont armés. Les nouvelles de la capitale deviennent moins bonnes ; une tribu djébalienne s’est mise à attaquer une tribu makhzen, sa voisine, et le prétendant vient de marquer un mouvement offensif. Les routes commencent à se remplir de cavaliers armés, qui viennent de Fez, isolés ou par petits groupes ; même de fantassins très débraillés, reconnaissables à la veste rouge de leur uniforme. La plupart sont des déserteurs qui, dégoûtés du service, abandonnent le makhzen pour retourner dans leurs tribus respectives. Quelques-uns cependant sont de simples traînards, appartenant à l’escorte de deux chorfa, membres de la famille régnante, Moulay Arafa, oncle du sultan, et Moulay Mohammed
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cl-Mrani, qui viennent de passer par un chemin parallèle au nôtre, se rendant à Tanger. Ces personnages doivent gagner par voie de mer la région du Rif, où leur influence est réelle, afin de provoquer le concours des Riffains contre les tribus insurgées.
Il n’y a plus que six heures de marche de l’oued Mekkes jusqu’à Fez, à travers un plateau dénudé, qui s’abaisse tout d’un coup vers la grande plaine du Sais. Les douars sont rares ; les deux nezâlas de Douiets et de Farradji marquent les dernières étapes de laroute, jusqu’aumomentoù, d’unepetite crête, à une heure de la ville, on aperçoit la longue muraille de Fez el-Djedid, barrant toute la vallée. Notre caravane entre dans la ville par la porte de Bab el-Mahrouq, où sont suspendues les têtes de rebelles, naguère recueillies par les troupes chérifiennes. Nous sommes le 23 janvier ; ce jour-là, la capitale est tranquille et se repose du sursaut des jours passés.