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Commerce total du port de Larache. — Importation

1898, 4 millions il; 1899, 5,05; 1900, 2,86 ; 1901, 5,0 i. — Exportation : 1898, 1,66; 1899, 1,56 ; 1900, 1,17 ; 1901, 1,23.

Commerce avec la France. — • Importation : 1898, 1,26; 1899, 1,46; 1900, 1,09; 1901, 1,46. — Exportation : 1898, 1.04 ; 1889 0,34 ; 1900, 0,40; 1901, 0,37.

Commerce avec l’Angleterre. — Importation : 1898, 2,59 -

1899, 3,09 ; 1900, 1,46 ; 1901, 3,07. — Exportation : 1898, 0,34 ■ 1899, 0,76 ; 1900, 0,34 ; 1901, 0,53.

Commerce avec l’Allemagne. — Importation : 1898, 0,05; 1899, 0,13; 1900, 0,06 ; 1901, 0,10. — Exportation : 1898, 0,19- 1899, 0,22 ; 1900, 0,05 ; 1901,0,02.

cotonnades, thés et bougies), sont amenées à Larache, pour être transportées à Fez à dos de chameaux. En temps normal, une charge de chameau (de 250 à 500 kilogr.), rendue de Larache à Fez, oscille entre 8 et 14 douros. Dans ces derniers temps, les fantaisies du jeune sultan ont fait voyager sur la route de Fez une quantité d’objets anormaux et particulièrement lourds. Les expéditions se sont faites à la grâce de Dieu : des pièces ont été expédiées à Fez, d’autres sont demeurées sur place. La moitié d’un ballon dirigeable, le chariot d’un canot à vapeur, tout un amas de rails, des caisses de verreries, des affûts de canons, des machines agricoles, gisent encore, vaguement répandus sur le débarcadère et dans les magasins delà douane, lamentables témoins des égarements chérifiens.

A l’extrémité septentrionale du Maroc, les intérêts agricoles des Européens sont assez considérables et l’association agricole y revêt un caractère très spécial. Ce n’est plus, comme à la côte et dans tout le Maroc central, un système purement commercial, dans lequel l’Européen intervient vis-à-vis de l’indigène comme banquier pour les avances et exportateur pour la récolte : ici l’Européen s’associe réellement pour la culture avec un indigène, soit qu’il l’engage comme métayer sur des terres louées, en lui abandonnant le cinquième des produits, soit qu’il s’entende avec un propriétaire sur la proportion de leurs apports réciproques et le partage des bénéfices.

Des vergers d’oliviers et d’orangers, qui avoisinent Larache, la vue s’étend sur toute la basse vallée de l’oued Loukkos, l’estuaire resserré par une étroite

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dune de sables, les méandres du fleuve remontant à travers une plaine inondée, jusqu’à la ligne lointaine des Djébala. Juste en face, une petite colline tranche sur le pays environnant par la teinte sombre que lui donnent des buissons de lentisques, de chênes-lièges et d'oliviers sauvages. Elle se nomme aujourd’hui Chemmich et marque l’emplacement de l’ancienne ville de Lixus. Il faut près d’une heure pour s’y rendre, en traversant en barque les marécages du Loukkos, tout peuplés de flamants, de hérons, de canards et d’aigrettes. La montée est rude au milieu des broussailles, d’où partent des vols de perdrix rouges : une fois au sommet, où se trouvait naguère l’acropole, on relève encore, sous les grandes feuilles des acanthes, quelques restes de murs phéniciens et de constructions romaines.

Pendant les derniers jours de notre séjour à Larache, une ville de tentes est venue s’installer sur la falaise à proximité de notre campement. Elle grandit d’heure en heure, jusqu’à contenir tous les lolba duKhlot, au nombre de plus de 500. Ces jeunes étudiants ayant quêté dans tout le pays, ont recueilli quelques centaines de douros et décidé de se réunir à Larache, pour y célébrer une de leurs fêtes périodiques. Ils vivent dans une douce nonchalance, répartis dans leurs tentes, buvant du thé, mangeant les viandes débitées et cuites au milieu même du campement, et s’agitant parfois en vue d’une promenade collective au son d’une triste musette (g haï ta).

Le 18 janvier, la caravane reprit la route de Fez. Les nouvelles de l’intérieur étaient devenues meilleures ; l’agitation se calmait dans la capitale ; les

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muletiers arrive's à Larache garantissaient la sécurité des chemins. Des missionnaires américains, déguisés en Arabes, campaient aux portes de la ville, venant de Fez; ils déclaraient le pays tranquille et affirmaient n’avoir quitté leur résidence habituelle qu’en prévision d’une émeute possible, si Bon Hamara se trouvait remporter un nouveau succès. Pourtant, nos gens, engourdis par le repos et les distractions relativesde Larache, mirentune certaine résistance à reformer la caravane. « Puisque Moulay Edriss1 ne vous appelle point, disait doucement le chef muletier, dans son langage imagé, pourquoi donc voulez-vous aller à Moulay Edriss ? »

On compte 160 kilomètres de Larache à Fez. Jusqu’à l’oued Sebou, douze heures de voyage, et nous sommes arrivés sur le fleuve au matin du troisième joui. La piste court sur un sol sablonneux, partant toujours piaticable, même dans la plus mauvaise saison; aussi est-ce vers Fez le véritable chemin pendant l'hiver. Après avoir quitté les falaises semées de lupins sauvages, la route s’engage a travers une succession de forets de chênes-lièges; elle se poursuit ensuite en terrain ondulé jusqu’à la lar°-e vallée de l’oued Drader.

; ^eu de douars, à peine quelques champs ; le pays n est qu un immense pâturage où paissent des troupeaux de moutons et de bœufs, avec leurs inévitables compagnes, les fausses aigrettes, l’oiseau blanc que les Arabes appellent l’oiseau des bœufs — ttir el-bguer.

1. Moulay Edriss est le fondateur et le patron de la ville de

DE TANGER A FEZ

Le soir de notre départ, nous campons dans un grand village dont les tentes et les toits de chaume disparaissent derrière les figuiers de Barbarie. Une petite mosquée, chose rare dans les campagnes marocaines, y a été élevée auprès de la koubba de Lalla Meimouna. Cette vénérable dame a une grande réputation dans le Gharb et les légendes coutumières au Maghreb exaltent son miraculeux pouvoir. Il était une fois un saint homme, Sidi Bou Selham (le père à la pèlerine), qui vivait au bord de la mer dans un ermitage au point même où s’élève aujourd’hui sa koubba, à l’embouchure de l’oued Brader. Il avait pour compagnon un autre anachorète, Sidi Abdelaziz et-Tayar (celui qui vole dans les airs). Un jour que Sidi Bou Selham se livrait au plaisir tranquille de pêcher dans la mer, et-Tayar s’approcha de lui et s’amusa, pour étonner son compagnon, à réaliser un joli miracle. Il plongea la main dans l’eau et la retira aussitôt chargée de poissons, chaque poil ayant servi d’hameçon à cette pêche miraculeuse. Piqué au jeu, Sidi Bou Selham voulut, à son tour, fournir une preuve plus remarquable encore de ses talents, et, faisant un geste avec son selham, il entraîna derrière lui la mer, en jurant qu’il la conduirait à Fez, pour que les filles de la ville puissent s’y laver les mains. Suivi par la mer docile, il remonta la vallée de l’oued Drader, et arriva de la sorte jusqu’au douar, où habitait Lalla Meimouna. Devant l’imminence du désastre, la sainte femme fit observer au malfaisant thaumaturge qu’il était malséant d’amener la mer pour inonder l’habitation d’une collègue en maraboutisme et elle le pria de s’arrêter avec sa suite. Sidi Bou Selham objecta son

Maroc d’aujourd’hui.

serment. En présence d’un argument aussi péremptoire, Lalla Meimouna fit un geste : quelques jeunes filles de Fez se trouvèrent transportées, comme par enchantement, auprès du marabout; elles lavèrent leurs mains dans la mer et rentrèrent incontinent chez elles par le même chemin qu’elles étaient venues. Ainsi fut sauvé le douar menacé. Il est naturel que la reconnaissance publique lui conserve le nom de Lalla Meimouna et y vénère sa koubba. La grande lagune d’Ez-Zerga, qui s’enfonce dans les terres à l’embouchure de l’oued Brader, reste un témoignage permanent de l’empire naguère exercé sur les eaux de la mer par Sidi Bou Selham...

Une ligne de collines, dominée par le djebel Dholl (la montagne de l’ombre), se détache des Djébala et va jusqu’à la mer pour séparer la vallée de l’oued Brader de l’immense plaine duSebou. C’est la région du Gharb (Occident) proprement dit, qui, par extension, a donnésonnom à tout le Maroc septentrional. La route passe l’oued Mda qui se perd un peu plus bas dans les marais (merdja) de la grande plaine; puis, un gros village, l’arba de Sidi Aïssa, où se tient, comme son nom l’indique, un marché du mercredi et nous atteignons Kariat el-Habbassi, pour y établir notre second campement.

Tout le pays du Khlot au Sebou appartient aux Béni-Mélek, tribu arabe et naïba; s’y rattache, en outre, la fraction des Ouled-Aïssa, qui est située, plus haut vers Fez, sur la rive droite du fleuve. Il y a une dizaine d’années, le caïd Si Boubekr el-IIabbassi était parvenu à réunir toute la tribu sous sa seule autorité; mais, soupçonné d’une richesse qu’il n’avait point, il fut brusquement emprisonné par le

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makhzen. Ce fut une disgrâce éclatante: du jour au lendemain, la tribu se trouva partagée entre cinq caïds, dont trois seulement subsistent encore. La fraction des Ouled-Aïssa garde son caïd particulier; quant au gros de la tribu, il est maintenant divisé en deux parties. Le caïd Si Mohammed ben Abdallah el-Fedli administre l’importante fraction des Seffian, et le reste est demeuré entre les mains de la famille des llababsa, qui a, de tout temps, fourni des caïds à la tribu. Les Hababsa se considèrent comme Algériens, originaires des environs de Relizane; mais leur immigration au Maroc serait déjà fort ancienne. Le caïd el-Habbassi, en fonctions à l’heure actuelle, Si el-Arbi ben Messaiya, est un parent du caïd disgracié. Il réside àKariat el-IIabbassi et tous les gens appai tenant a sa f Gvq a 1 habitent dans le voisinage.

On appelle karia un village de chef, n’ayant°ni fortification ni caractère militaire. Kariat el-Habassi est une agglomération, simplement protégée par des haies de nopals et de morelles épineuses. Quelques habitations de meilleure apparence forment la demeure du caid et de ses parents proches ; mais ce sont installations modestes, et la petite karia du gouverneur marocain du Nord a pauvre mine, comparée aux immenses kasbahs des puissants seigneurs du Sud. Le village descend en pente douce le long d’une ondulation de terrain ; c’est un mélange disparate de maisons de briques, de rotondes en pisé, de tentes et de nouw alas en forme de ruche ; vers le soir une fumée bleuâtre s’élève à travers les toitures dé chaume et les étoffes des tentes. Le village comporte

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