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LE G 0 U N D A F I

Akas, Chérifiyo ) — animent un instant cette désolation. Tameslouhet est situé sur les bords de l’oued Gheghaïa au milieu d’une forêt d’oliviers; elle est zaouïa et sert de résidence à l’un des plus grands personnages religieux du Maroc, Moulay el-Hadj Mohammed ben el-Hosein, généralement connu sous le nom de chérif de Tameslouhet.

On sait que la kasbah du caïd et la zaouïa du chérif ou du marabout, l’action politique du château et l’action morale du monastère, sont les deux éléments dominant l’anarchie féodale au Maroc. Ceux qui ont étudié l’Islam dans les autres parties de son domaine ne peuvent manquer d’éprouver une réelle difficulté à- comprendre son fonctionnement au Maghreb. Les gens à turban vert, qui font obscurément pulluler, dans toutes les villes de l’Orient, la descendance du Prophète, les koubbas et les tekkés qui s’y effacent modestement devant les merveilleuses mosquées du culte officiel, — tout cela a trouvé, dans le Nord-Ouest africain, en l’absence d’un clergé organisé et par le fait d’une religion dégénérée sous l'influence des superstitions berbères, un extraordinaire terrain de croissance. Au Maroc, le chérif est un noble, dont leprestige peut être tel que des dynasties s’y sont fondées et maintenues par cela seul qu’elles étaient chérifiennes. — Le marabout est un saint, dont la croyance populaire requiert l’intervention auprès de la divinité; la koubba du Seyyid continue k être le véritable sanctuaire de la foi universelle, de préférence aux mosquées, car la dévotion publique va bien plutôt aux saints qu’a Dieu lui-même.

Grâce à ces superstitions et k ces dons propices, la zaouïa grandit auprès de la koubba vénérée; elle

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devient un lieu de refuge, échappe à la juridiction territoriale, et la famille du marabout, envisagée comme héritière des vertus de l’ancêtre, se développe en richesse et en puissance. Elle acquiert ainsi un pouvoir redoutable pour le caïd, si son influence est locale, et même pour le makhzen, si son action déborde la province pour s’étendre à tout ou partie de l’empire.

La sphère d’influence du chérif de Tameslouhet est considérable; elle s’étend sur toutes les provinces du Sud, de l’Atlas à l’Oummer Rebia. Moulay el-Hadj est un chérif édrissite; un de ses ancêtres, Moulay Abdallah ben el Hossein, originaire du Tadla, fut un cheikh très vénéré, auteur de laprospérité familiale. Sa koubba sanctifie Tameslouhet, les koubbas de la ville et des environs sont les tombeaux de sa descendance. La ville comprend un millier de maisons, soit quelque 5.000 habitants; ce sont la famille, les serviteurs, les cultivateurs du chérif, sans compter les gens en délicatesse avec les caïds du voisinage et qui recherchent un lieu d’asile. Le père de Moulay el- Hadj avait compromis par sa prodigalité la fortune des siens. Lui-même, par une économie sévère, est parvenu à la rétablir; il a racheté, paraît-il, toutes les parts de la succession paternelle; il est ainsi devenu l’unique propriétaire des terres avoisinantes et le seul bénéficiaire du tronc des koubbas. On lui attribue ainsi plus d’un demi-million de rentes.

Tameslouhet est un amas de maisons en pisé rouge et aux toits plats; on dirait une ville égyptienne. Ses murs sont ruinés, ses tours n’ont pas de créneaux, comme il convient h une ville, qui s’en remet à son seul prestige religieux du soin de sa

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sécurité. Le chérif n’habite pas une kasbah, mais un simple enclos, où se concentrent les magasins à grains et les réservoirs à huile. Il vit dans une maison très haute, entourée de jardins, — dont les cyprès rigides forment la vraie parure.

Moulay el-Hadj est déjà vieux, épaissi et courbé par l’âge ; propriétaire rural actif et entendu, sachant faire rendre à sa terre et exploiter en même temps les avantages religieux qui ont arrondi son domaine. La blancheur de ses vêtements n’est point irréprochable, mais il ne quitte ni ses clefs ni sa sacoche en maroquin, et c’est lui-même qui ouvre les serrures pour nous introduire en son logis avec les plus vifs empressements d’hospitalité. Pour donner plus d’assiette encore à une situation aussi considérable, Moulay el-Hadj a préféré joindre à l’appui céleste un concours terrestre suffisamment efficace. C’est ainsi que la zaouïa et son lieu d’asile fonctionnent désormais sous la protection britannique. Le makhzen en a profité pour reprendre un peu d’autorité dans la ville et y faire installer un khalifa par le gouverneur de la kasbah de Marrakech.

■ L’appartement, où nous wons passé la nuit, est l’étage supérieur de la maison du chérif. Ce sont chambres décorées à la mudc arabe qui s’ouvrent toutes sur une cour centrale. Par les fenêtres des appartements, ou mieux encore de la terrasse, se déroule sur tout le pays une vue merveilleuse. Moulay el-IIadj peut voir à ses pieds, au travers des cyprès, sa ville, ses plantations d’oliviers, le minaret de sa zaouïa et les toits en tuiles vertes sous lesquels reposent les restes lucratifs des marabouts, ses ancêtres; dans le lointain, latourdela Ivoutoubiya,

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et, tout auprès, le massif de l’Atlas, dans lequel on distingue nettement les échancrures des vallées et les arêtes transversales.

Ü Adrar-n-Deren est l’extrémité occidentale de l’Atlas, depuis l’oued Redat, qui forme la haute vallée du Tensift. C’est là, juste en face de Marrakech, que se trouve le groupe des plus hautes montagnes de la chaîne, atteignant jusqu’à 4.500 mètres d’altitude. Les diverses parties du massif et les cours d’eau, qui en découlent, sont distingués par les indigènes sous le nom des tribus installées dans les vallées successives ; — soit de l’Est à l’Ouest, Glaoui, Mesfioua, Ourica, Gheghaïa, Goundafi et Amsmiz; — puis, les sommets s’abaissent tout d’un coup, et l’Atlas, réduit à des proportions modestes, se termine au cap Ghir, dans l’océan Atlantique. Les deux vallées les plus profondes, qui pénètrent jusqu’au cœur de la chaîne, celles de l’oued Redat et de l’oued Nefis, le Glaoui et le Goundall, aboutissent à des cols élevés, conduisant, le premier à la région du Draa et au Tafilelt, le second au Ras el-Oued, c’està-dire au Haut-Sous.

De Tameslouhet à Amsmiz, six heures et demie de marche. On s’élève de 500 mètres sur les ondulations de plus en plus accentuées qui précèdent les premiers contreforts de l’Atlas ; les cours d’eau coulent dans des ravins profonds. La contrée garde le même aspect désertique, avec des buissons de gommiers et de jujubiers; mais, dans les fonds, et partout où aboutissent les irrigations, on aperçoit la verdure grise des olivettes et la masse rouge d’un village en pisé. Des citernes largement ouvertes ont été établies tout le long du chemin.

Amsmiz est une petite ville blottie au pied même de la chaîne, au bord d’un affluent de l’oued Nelis, dont la gorge encadre un groupe de sommets neigeux. Ses maisons en terre domine'es par un minaret carré, se pressent sur un ressaut de terrain, couronné par l’ancienne kasbah du caïd de la tribu. Aujourd’hui, cette kasbah n’est plus qu’un monceau • de ruines; elle fut détruite à la mort du sultan Moulay el-Hassan, lorsque les tribus du Maroc méridional, profitant, selon la coutume, de cet instant unique du relâchement de l’autorité, se mirent à se révolter contre leurs caïds et à piller les juifs. La révolte fut presque générale et seuls furent épargnés les chefs très puissants. Le caïd el-Masmizi n’a pas jugé à propos de reconstruire la kasbah détruite; il a transporté sa résidence hors la ville, dans un azib dont il a fortifié les murailles. Lui-même est absent comme tous les autres caïds ; en son absence, son, fils Si Mohammed ould el-Hassan, administre la tribu en qualité de khalifa.

Nous sommes désormais en pays purement berbère, et le contraste est frappant avec les régions arabes ou arabisées que nous avons parcourues depuis Mogador. Les habitations isolées qui parsemaient les plaines font place à de gros villages grou- ; pés pour la défense. La population est chleuh et parle un dialecte berbère; seuls les gens de rang élevé savent encore la langue et portent le costume arabe; dans le peuple, les femmes ne se voilent point; les hommes, tête nue et rasée, portent un long burnous de bure brune — akhnif — orné par derrière, soit d’une raie rouge, soit d’un demi-cercle bistre. Ce ne sont plus ni les empressements d’ac-

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cueil, ni les raffinements d’hospitalité, ni la curiosité aimable que noos avions jusqu’ici trouvés dans les kasbahs, chez les Maures des villes ou chez les gens de la campagne. Nous avons affaire à des populations rétives et défiantes qui envisagent l’étranger sans hostilité apparente, mais avec réserve. Aucune parole mauvaise, aucun geste agressif; mais, à notre approche, les villages restent clos, les cheikhs se dissimulent, et, le plus souvent, en présence du refus des paysans chleuhs, c’est un juif qui finit par consentir à nous servir de guide. Dans les kasbahs. qui s’appellent maintenant des agadirs, en dialecte berbère, l’accueil est froid ; nous ne sommes plus des hôtes attendus, mais des gens imposés par le maklizen. On nous loge, il est vrai, et l’on nous donne une mouna très convenable, mais nous sommes visiblement accueillis sans le moindre plaisir. D’habitude, notre admission dans la forteresse est retardée jusqu’à ce que notre réquisition ait été reconnue bien en règle. Nous ne retrouvons l’attitude franche et ouverte d’autrefois que chez un cheikh du Goundafi, ami personnel de notre compagnon de voyage Si Mohammed Barrada.

En réalité, il y a un mur entre Berbères et Arabes. Il est clair que nos Arabes n’ont aucun désir de s’aventurer dans la montagne; il est évident, d’autre part, que l’on n’y éprouve aucune satisfaction de l’arrivée d’étrangers, accompagnés par des mokhaznis. La plupart des tribus berbères du Maroc restent indépendantes et forment le blad es-siba. Le voisinage de Marrakech et la prise donnée au makhzen par le prolongement de leurs territoires en plaine ont amené la soumission des populations chleuhs do

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