CHAPITRE TROISIÈME PRINCIPAUX TRAITÉS
France. — Les premières relations diplomatiques de la France avec le Maroc (i) datent de 1577, époque à laquelle Henri III établit à Merrakech et à Fez un consul ou c facteur pour les nations ». Un Marseillais, nommé Bérard, qui installa son si^e à Safi, fut le premier titulaire.
Les premiers traités sont ceux de 1631 et 1635 entre MouJey Eloualia et Louis XIII; ils reconnaissent et réglementent notamment la liberté de la navigation entre les deux pays.
En 1682, est signé un nouveau traité sur le même objet, à la suite du bombardement de Salé.
En I/64, un grand mouvement de la France vers le Maroc est provoqué par les expéditions du bailli de Suffren.II aboutit au traité de 1767, dont les clauses très nombreuses ne précisent aucun point nouveau, et qui est complété, sans être éclairci, par les articles additionnels des traités du 15 mai 1824 et du 28 mars 1825.
La bataille d'Isly (14 août 1844) eut pour conséquence la
convention conclue à Tanger le 10 septembre 1844, et surtout
le traité de la Tafna du 18 mars 1845. Ce traité établit eUtre
la France et le Maroc les frontières de TAlgérie, et concède
aux Français un droit de suite contre les malfaiteurs réfugiés
au Maroc.
Ce fut le dernier traité spécial entre le Maroc et la France. Les autres actes diplomatiques eurent un caractère collectif.
Angleterre. — . (Les relations diplomatiques régulières entre l'Angleterre et le Maroc, datent de Charles I^. En 1630, une flotte anglaise aide le Sultan à récupérer Salé, et ime
(i) Voir les Traités entre la France et 1c .Maroc par Edouard de Card
ambassade s'ensuit. La perte volontaire de Tanger n'empêcha pas l'Angleterre de continuer, avec les souverains de Maghreb, des relations d'amitié, et surtout de commerce. En 1726, .le Sultan était représenté par un délégué pennanent auprès des cabinets anglais et hollandais.
Le document le plus complet et le plus récent déterminant (avant la Convention de Madrid) les relations diplomatiques entre l'Angleterre et le Maroc, est le traité du 15 décembre 1856.
Portugal. — D'après Marmol (Descripiioli générale de V Afrique) presque tous les villages, et toutes les villes de l'intérieur du pays dans TAlda.le Doukala et le Gharb.payaient tribut aux Portugais en 1471. Un certain Yahia de Safi, arbora même le titre de capitaine général du roi de Portugal. Cette prépondérance commença à diminuer avtec l'avènement des Saadites, la dynastie qui précède celle du Sultan actuel. Après de nombreuses vicissitudes, la retraite des Portugais fut définitivement consacrée par le traité de 1772, qui permettait cependant l'établissement des Consuls dans les villes principales du Maghreb.
Espagne. — L'Espagne disparaît de la côte Atlantique en 1669. En 1720, elle détruit l'armée marocaine qui assiégeait Ceuta. En 1767, un traité intervient à Fez, et consacre les positions acquises; c'est ce traité du 28 mai 1767 qui établit le principe d'une représentation diplomatique régulière de l'Espagne au Maroc. L'article 7 donne à l'Espagne le droit d'installer des consuls là où elle le jugera utile. Le premier Consul à Tanger fut Gonzalès Salmon.
Le régime des capitulations est reconnu par le traité de 1799. De plus, une clause donne à l'Espagne le monopole de l'exportation des grains pour les ports de Casablanca et Mazagan.
En 1803, un catalan hardi et intelligent, nommé Badia reçut de Gaudoy, alors Prince de la Paix, la mission de gagner la confiance du Sultan de l'époque. Le désastre de Trafalgar
empêcha l'Espagne de continuer à faciliter ces menées très habiles qui pouvaient lui assurer la suprématie morale. Pour avoir trop énergiquement soutenu les intérêts de son pays le Consul espagnol fut expulsé de Tanger en 1808; mais cet outrage fut réparé par des excuses.
Joseph I" a le Roi intru » offre au Sultan des avantages à C'eut a, et la cession de présidios contre la reconnaissance par le Maroc de sa Souveraineté. Le Sultan lui répond qu*il serait très heureux de reconnaître Joseph, lorsque TEspagne elle-même l'aurait reconnu.
En 18 10, le Sultan offre 500.000 douros pour racheter les présidios, mais les négociations sont difficiles, et lorsqu'en 1820, les Cortès se décident à autoriser cette cession, l'intervention de l'Angleterre y fait obstacle.
En 1843, l'agent consulaire de Mazagan, Victor Damion, est assassiné, et la reconnaissance d'un israélite comme Consul est refusée. Les réclamations énergiques de l'Espagne, aboutissent au traité du 16 mai 1845.
En 1848, la situation est très tendue en raison, notamment, de l'occupation des zaffarines par l'Espagne, et l'arbitrage de la France proposé par le Sultan est refusé par l'Espagne. Quelques années plus tard des actes de piraterie commis par des Riffains, amènent l'Espagne, la France et l'Angleterre à préparer une action collective et armée, mais les événements de Crimée font abandonner ce projet, et sauvent ainsi le Maroc. Les historiens espagnols ont vivement reproché à leur gouvernement de l'époque d'avoir négligé une occasion aussi opportune d'intervenir seul.
Les réclamations continuelles de l'Espagne aboutissent enfin au règlement du 25 août 1859, relatif aux limites mieux définies des présidios. Cependant la situation diplomatique reste tendue. L'agression violente contre Ceuta, et la réponse dilatoire du Sultan qui invoque « sa mort prochaine •, pour refuser toute satisfaction morale et pratique aux Espagnols, rendent inévitable un conflit armé. Toutefois, avant d'intervenir, l'Espagne prend l'avis des cabinets européens. L'Angleterre seule se montre hostile, et obtient que l'Espagne prenne l'engagement
de ne jamais occuper langer. La France offre son appui, et la Russie se déclare c con&denliellement i enchantée d un accroissement possible de territoires espagnols autour de Ceuta. Les victoires de Tétouan et de Oued Ras> le bombardcincnt.de
Larache et d'Arzila aboutissent au traité du 30 novembre 1861. Ce traité qui est Tun des plus complets relativement au régime des Européens au Maroc, et qui contient de nombreuses règles applicables au commerce, stipule au profit de l'Espagne une indenmité de guerre de cent millions garantis par les douanes. De plus une grande satisfaction morale est accordée à TEspagne par l'ambassade de Mouley-Abbou, frère du Sultan, le premier membre de la famille impériale qui soit allé en Europe
Quelques années après, le 10 février 1867, une convention qui, en réalité, est à l'avantage du Maroc, autorise l'installation d'une douane espagnole sur la frontière de l'enclave de Melilla. La douane marocaine continue à exister dans la ville même. Les Espagnols ne peuvent sortir de leur colonie, et tout commerce avec le Riff, sans une autorisation des autorités marocaines, leur est interdit. Cette situation ridicule ne cesse qu*en 1904 seulement. A cette époque, le Maroc est forcé de retirer de Melilla ses agents.
Sur l'initiative de l'Angleterre une conférence se réunit à Madrid en 1880, pour définir le droit de protection. Un an après, l'Espagne refuse de souscrire à la note collective proposée par le Ministre de France jx)ur réclamer du Sultan les assurances d'une justice égale en faveur des juifs sujets marocains. L'Espagne prétend que pareille note est « attentatoire à la Souveraineté du Makbzen ».
Une expédition commerciale au Sud du Cap Bojador, en 1884, aboutit à l'annexion d'un territoire connu sous le nom de Rio del Oro. D'autre part le Sultan ne cesse de réclamer la modification de la convention de Madrid, et la restriction du droit de protection. L'Allemagne entre pleinement dans ses vues, et, par une circulaire du i" décembre 1887, propose aux puissances cette modification.
Le Sultan essaye d'intéresser le Pape à ses préoccupations.
et il li!ii envoie la même année une ambassade qui est conduite par un croiseur espagnol. Les bonnes dispositiort* de FEspagne sont d'ailleurs mal récompensées. En effet un navire espagnol est capturé en rade d'Agadir, et un autre est pillé près d'Alhucemas. Surviennent les événements de Mélilla. Ils sont désavoués mollement par le Sultan, mais ils se terminent par la convention de Marrakech obtenue le 5 mars 1894 par le maréchal Martinez Campos.
Le statu quo s'est maintenu depuis cette époque.
Etats-Unis. — Le premier contrat diplomatique de la République américaine date du lendemain ou presque de la proclamation de rindépendance des Etats-Unis. En 1787, en effet, une convention accordait aux Américains, le traitement, passé et à venir, de la nation la plus favorisée.
Pays-Bas. — Deux traités entre les Pays-Bas et \Etat de Salé, le premier, en 165 1, établissant la paix; le second» en 1683, relatif au commerce, et contenant la clause die la nation la plus favorisée.
Italie, — Lorsque fut réalisée Funité italienne, le royaume des Deux-Siciles était depuis Iong:ten!up& en lefatioios diplomatiques avec le Maroe,^ aiuqiucl il « présenta » menac le royaume de Sardaigne (1834). Le traité du i r octobre 17612 est maa curieux document diplomatique, consacrant pour la première fois le droit de propriété des Européens au Maroc — détail ignoré. Le Sultan entretint quelque temps à Naples un ambassadeur; Yerdeah ah Beroliel fut le seul envoyé ayant un caractère permanent.
Autriche. — Un traité de paix inters'ient en 1805; il est complété par un traité de commerce en 1830.
Allemagne. — • L'Allemagne n'intervient qu'en 1850; elle obtient notamment que les droits d'exportation soient tarifés
en monnaie connue (le réal de Wellon), au lieu de l'ancienne évaluation par onces d'un poids incertain,
Belgique. — Ses relations diplomatiques avec le Maroc sont plus récentes encore; son premier traité date de 1862.
Uichi du Con Dar du Khalifat, à Taiert.