MINES
La superficie du Maroc étant à peine connue, Ton conçoit aisément que les mystérieuses profondeurs du sous-sol ne se laissent encore soupçonner que par des inductions, des analogies lointaines, plus ou moins légitimes, généralement fondées sur la similitude apparente et sur Tidentité géologique probable des deux pays brutalement séparés par un détroit qui ne produit pas une transition.
D après Budgc::t-Meakein et Aflalo, les gisements de Rio- Tinto et de Tharsis pour le cuivre, de Linarès pour le plomb et d'Almédaa pour Targent, se prolongeraient de la péninsule pour affleurer quelque part dans un recoin de TAtlas et de TAndjera.
Selon la forte expression de Faul Schnell (VAdas marocainX toute la partie montagneuse du Maroc serait a un étranger sur le sol africain », et appartiendrait à la grande zone des plissements méditerranéens, séparés de l'Europe à une époque relativement récente. La similitude de la faune des mollusques terrestres : de l'Afrique du Nord et de l'Espagne montre même qu'entre ces deux régions la cohésion par terre s'est maintenue jusqu'à l'époque actuelle (Sness. La Force de la terre). Ce sont là des raisons théoriques dont s'encouragent fort les explorateurs pour rechercher les possibilités minérales du Maroc. On peut y ajouter d'ores et déjà quelques raisons pratiques qui confirment, par certaines découvertes partielles, les inductions un peu trop générales de la science.
Pour procéder par énumération, et d'après les documents épars dans la bibliographie déjà consacrée à la géologie du Maghreb, notons d'abord que \or a été découvert en paillettes sur plusieurs points des rivières du Sous, et, selon Rohlfs, en grains mélangés au quartz et au spalt calcaire dans l'Oued Maa, au Djebel Idaoutalt et non loin de Tiznidz, là où l'Oued Tazecoualt traverse l'anti Atlas (Yannarch) (JDie Deutsche Ex-
pédition.) D*après Mouliéras {Le Maroc Inconnu) l'or abonde au Riff, notamment dans la région de Tarzarut où les Romains, d'ailleurs, tentèrent quelque exploitation. Un gisement ( ?) situé au Djebel Bou-Khias, en face d'Alhucemas. fit, il y a quelques années, Tobjet d'tme transaction entre un prétendu Caïd des Ben-Bouriachel et une maison française. Quelques milliers de francs furent versés à Tescroc sans que, par suite de l'hostilité de la population, les envoyés des acquéreurs pussent même aborder le rivage. Depuis lors, une petite garnison de soldats chérifiens est établie sur le point où, paraît-il, l'extraction serait facile.
L'abbé Godard (Description du Maroc) signale de Yargent sur les bords de l'Oued Noun, et dans certains recoins de la grande chaîne, entre Tadla et le Tafilelt. Le voyageur Mamol en aurait découvert près de Kala-Ben-Toucla dans la même région et, tout récemment, un ingénieur anglais M. Riley en signalait l'existence aux environs de Tétouan. Ludovic de Campo affirme qu'un très riche filon d'argent serait exploitable, à ciel ouvert, au Goundafy, près de la source de l'Oued Sous.
Le cuivre est abondant aux Bibouan, dans la région de Taroudou où se trouvent d'ailleurs des minéraux divers. Dans le Sous, et sur les contreforts du Djebel Mesfioua au Sud de Marrakech, le voyageur Washington affirme l'existence de gisements très importants. En 1846 le Sultan Abd-ar-Rahman concéda une mine de cuivre aux environs de Tétouan à un algérien nommé Bou-Dcrba. L'exploitation mal entreprise allait être confiée à une compagnie française, lorsque la concession fut rachetée par le Sultan moyennant 40.000 francs. Une autre mine est exploitée dans le Sous. Budgett-Mejikein relate qu'en 1741 une tartane française chargée de cuivre fut capturée par les Anglais au large d'Agadir. En 1579 Henri III invitait son Consul à négocier avec le Sultan Moulcy-Ahmed pour la livraison de 40.UX) quintaux de cuivre « à douze livres le cent ». On essaya bi?n d'emporter du minerai de cuivre comme lest, mais la supercherie ayant été découverte, les prohibitions redoublèrent. Nous avons vu au chapitre des Douanes qu'elles n'avaient plus aucune raison d'être aujourd'hui.
I-e plomb est signalé par un ingénieur français, M. Helemes, aux environs de Tétouan, non loin d'Alhucemas. Dans le Riff se trouve le Djebel Reçaç (La Montagne de plomb).
\Jantimoine est une des richesses minérales de TEmpire; on sait l'usage fréquent du Koheul pour la toilette des femmes mauresques. Un indigène, Mohamed Doukal, avait obtenu l'autorisation d'en exploiter une mine située dans les environs de Ceuta, mais son entreprise échoua.
Le fer est très commun dans l'Atlas; on l'y rencontre à l'état natif en gros morceaux, et en branches, particulièrement dans TAbda où s'élève le Djebel Hadid (Montagne de Fer). Doukal avait demandé en 1845 ^^i concession du gisement reconnu par l'ingénieur Riley à Zaidia, entre Rabat et Casablanca, mais le Sultan la lui refusa.
Beaucoup de soufre aux environs de Marrakech et d'Azemmour. Le Makhzen l'emploie pour la fabrication de sa poudre. Les montagnards Riatas connaissent tous la source thermale de Mouley-Et-Thossou ; ils viennent s'y approvisionner du soufre laissé sur les berges et dans les anfractuosités du rocher.
Le nitre se recueille surtout à Taroudant; les grottes de la région du Taza en sont, paraît-il, abondamment pourvues.
Le plâtre se rencontre fréquemment; il est le seul employé aux constructions dans l'intérieur; mais il n'est plus utilisé dans les villes de la côte parce que l'habitude y est prise, depuis ime vingtaine d'années, de s'approvisionner en Europe, notamment à Marseille.
Le Riff renfermerait, dit-on, de fort beaux cristaux de rodhe, des amelhgites, et d'autres pierres précieuses.
11 n'est pas besoin d'ajouter que les marbres et porphyres sont très abondants, particulièrement dans la partie septentrionale du Maroc.
En certaines localités l'argile contient tellement A'ocre rouge que la couleur s'en communique aux productions de la terre, et même à la cire et à la laine. Ces régions sont désignées sous le nom de Bled-El-Alimar (pays rouge).
On crut avoir découvert de considérables gisements de charbon dans l'Andjera, entre Ceuta, Tanger et Tétouan. Mais les
recherches furent arrêtées par ordre du Sultan Ali-ben-Hassan, grand-père du souverain actuel. Mou ley- Hassan, moins rigoureux, autorisa les fouilles dans le même Andjera à un Européen à son service, mais les résultats de ces recherches ne sont consignés nulle part. Au pied du pic d'ifguig, dans le Grand Atlas, des gites de houille paraissent avoir été révélés par la présence de schistes qu'a rerueillis M. Balansa (Cité par de La Martinière).
On rencontre une pyrite arsenicale aux environs d'Ouazzan et des sources de pétrole auprès d'Elkzar-EI-Kebir, ainsi qu'au Djebel Zerhoun dans le massif des Riatas.
Le lerre à foulon (en arabe Gunsjoiil) se trouve presque partout au Maroc, et elle surpasse en qualité celle cependant si renommée du Hampshire en Angleterre.