‹ Le MarocChapitre 69 sur 94 · CHAPITRE HUITIÈME PÊCHERIES · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME PÊCHERIES

On commence à se rendre compte que l'exploitation de pèches maritimes est, au Maroc, une industrie susceptible d'un développement considérable et d'un profit immédiat. On l'avait oublié, on le découvre de nouveau. Les parages du banc d'Arguin, au Nord de Mogador, et la pêcherie continuellement exploitée en face des Canaries eurent une renommée que les années semblaient avoir effacée. Une mission récente conduite par le Docteur Taquin, au nom du Gouvernement Belge, a été suivie de près par une tentative pratique de vapeurs Holland III et Holland IV, qui rapportèrent aux Pays-Bas des échantillons très intéressants. Le Docteur Grunel, de Bordeaux, vient de terminer l'étude qui permettra d'apprécier dans leur ensemble toutes les ressources d'un pays sur lequel il y aurait peut-être lieu de diriger l'attention des pêcheurs bretons et nomades.

Sur la côte méditerranéenne, le détroit est depuis de longues années exploité à Tarifa (Espagne) et à Ccuta (Maroc). La pêche du thon y prend une très grande importance. Des maisons étrangères, notamment italiennes, sont venues à Tarifa installer des usines où le poisson est salé et mis en conserves.

A Ceuta, le gouvernement espagnol afferme, moyennant une cinquantaine de mille pesetas, des madragues analogues à celles qui bordent la côte du Portugal et celle de l'Espagne, de Faro à Cadix. Le poisson y est tellement abondant que son exportation constitue le plus sérieux article dont bénéficie le commerce de Ceuta.

Les côtes du Rif a Bled el Hout» (le pays du poisson) comme disent les Bacoyas, mériteraient d'être plus connues et plus appréciées à ce point de vue. A Nemours, des usines récemment installées sont en pleine prospérité.

Malgré les moyens rudimentaires dont disposent les pêcheurs, on a essayé d'évaluer la quantité de sardines pêchées

RESSOURCBS DU PAYS 27/

annuellement. Pour les seuls parages de Tanger, c'est à 3(X).C)(X).ooo de poissons que cette évaluation peut s'arrêter. Quant aux prix, ils descendent parfois à 2 pesetas les 100 kilos. Quoique plus petite que celle d'Europe, cette sardine pourrait donner de fort appréciables profits.

Il fut un instant question d'installer quelques pêcheurs bretons entre Bades et Alhucemas. Des considérations politiques emf)êchèrent cette expérience qui avait des chances de donner de forts beaux résultats.

Un autre poisson, également très abondant au Nord, est le maquereau, dont lesi Portugais et les Esf>agnols pèchent de prodigieuses quantités au large du Cap Spartel. On en rencontre également des masses considérables au large de l'Oued Ghls, plus au Sud, où ils voisinent avec les aloses dites de IDum-er-Rebia, dont la seule pêche était affermée par Moulay Ismaël moyennant 10.000 douros par an...

On a calculé qu'une surface de 7.000 carrés pouvait être exploitée par des chalutiers à vapeur, du Cap Spartel à Agadir. Ces chiffres proviennent en partie de M. Gaston Buchet, chargé par le Ministère de l'Instruction publique d'une mtéressante mission à ce sujet. Une Société installée à Cadix opère avec succès sur cette vaste étendue. Elle possède 5 chalutiers à vapeur qui pèchent généralement entre Larache et Casablanca, sans qu'on sache exactement pourquoi la pêche est traditionnellement interdite entre Larache et Spartel. Une sorte de morue, la Corbine, se trouve en très grande abondance dans les parages du Cap Blanc.

Les langoustes se trouvent également en quantités considérables entre le Cap Blanc et le Cap Bogador. Un armateur de Tunis a récemment envoyé un brick aménagé pour le transport des crustacés vivants. L'entreprise paraît avoir réussi. Le transport de l'animal vivant est rendu à peu près nécessaire dans ces régions très chaudes où la conservation de îa glace est difficile.

Le régime administratif des pêches au Maroc est réglé par les articles 56, 57 58, 59 et 60 du traité du 20 novembre 1861. En principe, la pêche est libre depuis l'Oued Kiss (frontière

a/b TITRF QUATORZIÈME

algérienne), jusqu'au cap Juby (Sahara). Toutetois les bateaux qui arrivent en pêche doivent payer un droit annuel de 150 douros au Makhzen. L'absence de tout navire militaire rend d'ailleurs cette obligation très platonique.

Des redevances analogues sont dues pour la pêche du corail autrefois très pratiquée entre Bades et Ceuta, et pour la pêche des éponges qui attire, chaque année sur les côtes du Ri£f, une dizaine de felouques grecques spécialement armées à cef effet.

La pêche fluviale n'est pas sans intérêt Vers la fin de cnaque hiver de grands bancs d'aloses remontent le Loukos, le Sebou et surtout l'Oum-er-Rebia. De grands barrages permanents, établis sur le cours inférieur de ces fleuves, permettent de les arrêter; c'est même le principal obstacle que rencontreraient les explorateurs qui tenteraient la navigation de ces fieuves. Ces aloses fumées pourraient être avantageusement exportées en Europe; pour l'instant, cette exportation est interdite, c'est-à-dire oubliée par les tarifs.

Chapitre i*^ : Monnaies. — Chapitre ii : Change. — Chapitre m : Poids et Mesures. — Chapitre iv : Postes et Télégraphes.

Page 1