CHAPITRE QUATRIÈME CLIMAT
Zones. — Température. — Vents et Pluies. — Salubrité.
Dans l'étude qu'il a publiée sur la géographie du Maroc, E. Reclus observe que la configuration montagneuse de l'empire et la direction très nettement indiquée des chaînes qui composent le massif de l'Atlas, déterminent une classification climatérique très précisément définie.
Tout le l^ord est soumis au climat méditerranéen et se rapproche beaucoup de celui du Tell algérien. A V Ouest, le climat atlantique est uniformément tempéré par les vents réguliers de la côte. Cette zone comprend tout l'intérieur formé par le massif de l'Atlas depuis la frontière E. jusqu'à peu de distance de l'Océan (Marrakech en fait partie).
Au Sud, la zone saharienne n'a pas le caractère brûlant et désolé de l'extrême frontière Sud -Algérienne; les fleuves plus nombreux et le voisinage de l'Océan ont permis à Gérard Rholfs d'y découvrir de véritables richesses agricoles sous, la même latitude que les steppes ravagées d'Igli, Ouargla et Touggourth.
Zone Maritime. — La zone septentrionale jouit d'un adoucissement progressif de la température estivale de l'Est à l'Ouest, sous l'influence de l'Océan voisin et du courant d'air toujours violent du détroit.
Tanger bénéficie particulièrement de ce régime qui lui vaut le plus merveilleux climat de tout le littoral barbaresque. Un hymne curieux à la volupté, au charme permanent de la température à Tanger, fut chanté en prose presque lyrique par un de nos très vieux consuls français au Maroc, A. Chénier, le père du poète. Depuis, les observations plus scientifiques et rigoureusement précises de M. Weber, de 1880 à 1885 et de M. Goffart ,de 1896 jusqu'à ce jour, ont établi sur des bases d'une solidité mathématique, la même appréciation que Chénier ne
motivait que par des impressions personnelles. La température moyenne est de 13,03 en hiver, 16,23 au printemps, 23 en été, 18,67 en automne, soit donc une moyenne générale de 17.07 seulement. Notons que la moyenne générale d'Alger fut de 194 en 1903, avec des absolus de 44,2 en août et de 3,2 en janvier.
Le total des pluies relevées de 1890 à 1899 donne 807 mm. par an, contre 621 mm. à Alger, 317 à Oran, et 191 au cap Falcon. Aucune ville du littoral méditerranéen n'atteint la proportion de Tanger. En général, sur toute la côte marocaine, la saison des pluies dure d'octobre à mai. Ce sont généralement les vents d'Ouest et de Sud-Ouest qui amènent les orages.
Les brises de l'Atlantique, auxquelles est soumise toute la région depuis Mogador jusqu'à Larachey n'influencent pas avec la même régularité toutes les villes du littoral. Quoique la plus méridionale, Mogador est la plus exposée aux alizés du N.-E. et du S.-O. qui lui valent un climat exceptionnellement uniforme et tempéré. Sa température pendant 8 ans a été de 21,8 maxima, contre 13,6 minima.
Le Docteur Raynaud qui a publié de si intéressantes observations d'ensemble, remarque beaucoup plus de variabilité à Uazagariy Casablanca et Rabat. D'après E. Reclus cette différence tiendrait à l'action des vents d'Algérie, qui se répandent par-dessus le Gharb, après avoir franchi le col de Taza au sud de Fez. D'autre part les plaines immenses de Chaouïa, du Doukala et du Gharb, constituent de vigoureux foyers d'appel où se précipitent les vents glacés de l'Atlas à mesure que s'élèvent les couches plus surchauffées.
Zone Montagneuse. — C'est à la circonstance indiquée en le paragraphe précédent qu'il faut attribuer les trombes si fréquentes dans les régions de Marrakech, et aussi à Fez oii elles rendent parfois le séjour impossible aux Européens. Le siroco est presqu'inconnu dans toute cette zone, comme aussi bien dans le Nord. Le formidable écran de l'Atlas est une protection, à ce point de vue, contre les désagréables effluves du désert.
A Marrakech^ à Fez et vraisemblablement dans toutes les villes He l'intérieur, le thermomètre subit des variations incomparablement plus brusques et rapides que sur la côte. Le commandant Burkhard, chef de la mission militaire française à Marrakech a très utilement employé les loisirs que laissent à nos officiers leur besogne d'instructeurs, pour se livrer à d'intéressantes observations météorologiques. En deux ans, il a pu noter un minimum de 5°, et un maximum de 46**6.
L'irrégularité n'est pas aussi manifestement brutale à Fez; elle n'en a pas moins de graves inconvénients et le climat de la capitale impériale peut certainement passer pour le plus insalubre du Maroc tout entier. Un récente épidémie de fièvre dont le caractère médical n'a pas été bien déterminé, n'a pu que confinner encore le mauvais renom que les vieilles légendes indigènes appliquaient déjà à la ville de Mouley Idriss, le « tombeau du désespoir ».
Ajoutons que Fez est très humide sans que cela tienne uniquement aux circonstances atmosphériques, la ville étant traversée, entourée, submergée presque de canaux et d'eaux incessamment courantes qui pourraient contribuer à Tassainir si elles ne déposaient pas les immondices qu'elles ne sauraient d'ailleurs où porter.
Zone Saharienne. — La troisième zone caractéristique du Maroc est qualifiée de Saharienne, sans que tous les souvenirs qu'évoque un tel qualificatif soient légitimement applicables au Sahara marocain. Seules les pentes de l'Atlas franchement exposées à l'Est et au Sud sont dégarnies et desséchées; encore faudrait-il admettre quelques réserves en faveur de certains contreforts, très avancés vers le Sud. Si même l'on prolonge vers l'Adrar, quelques dires de voyageurs anglais, rapportés par Budgett Meakin, affirment qu'on rencontre des forêts de caoutchouc, des palmiers et même de la vigne. Cette affirmation a paru suffisamment établie pour que d'aucuns se croient autorisés à nier g^éographiquement le Sahara marocain, et à prétendre que, a sous des ombrages », le trajet peut, à la rigueur, s'effectuer entre l'Oued Dra et le Sénégal... On conçoit
l'intérêt que présenterait pour la jonction future de nos possessions africaines, la certitude qu'un chemin de fer transaharien peut, au Maroc, trouver des éléments intéressants de trafic même sur sa route.
Malgré les tableaux très consciencieusement dressés par MM. Gofîart à Tanger, de Maiir, Beledain et Léfrère à Mogador, Bemaudat à Rabat, Erckman à Marrakech, Burkhardt et Colonel Fefrara à Fez, l'on ne peut formuler des conclusions synthétiques sur la question cl i ma to logique du Maroc. Un Allemand, M. Th. Fischer, dont le nom se retrouve à chaque pas dans l'étude méthodique du Maroc, a bien essayé de suppléer à l'insuffisance de la documentation recueillie. Sa climatologie du Maghreb est en quelque sorte déduite de l'étude géologique et botanique à laquelle il a pu se livrer sur une partie notable du territoire Chérifien. Mais de pareilles déductions n'en sont pas moins arbitraires, et le rapport n'est pas toujours assez étroit entre la pierre qui demeure et le vent ou la pluie qui passent...
SALUBRITE. — ■ « Rohlfs qui a, comme l'on sait, parcouru tout le nord de l'Afrique, dit qu'il n'y a nulle part trouvé de climat plus sain qu'au Maroc. Les régions naturellement habitables pour les Européens y sont, en effet, plus nombreuses et plus vastes qu'en Algérie même; toute la partie au Nord- Ouest de l'Atlas a une température plus basse que ne le comporte la latitude. » (J. Machat. La Giogrnphie physique au Maroc. — Revue Générnle des Sciences.)
3i TITRF l'RICMIER