CHAPITRE CINQUIEME ETHNOGRAPHIE
Population. — Races.
On se sert des désignations suivantes pour classer les populations au Maroc : Berbères, Arabes, Maures, Juifs, Nègres, Européens.
Si Ton jDeut facilement distinguer un Juif indigène d'un nègre, ou mcnic d'un Européen, on verra qu'il est a§sez difficile d'être précis lorsqu'il s'agit d'un Berbère, d'un Arabe ou d'un Maure. Aussi ce.^ trois dernières dénominations sont-elles plutôt employées pour indiquer une manière d'être, selon la langue, les mœurs, etc., que pour établir une division ethnique.
M. Hamy s'est attaché à démontrer que, dans le passé comme dans \'j présent, le Maroc n'est, pour les anthropologistes et les ethnographes, qu'un prolongement de l'Algérie vers l'Atlantique. Le.s cavernes à ossements, les stations d'âge de pierre, les mégalithes rapproches avec plus ou moins de raison de nos dohncns, les inscriptions rupcstres, les tumulus observés du cap Sparte! au Sous-Marocain ne font que répéter, dans le n^êmc ordre chronologique et gcograj^hique des monuments : '/.liiii'r^s (le nos départements d'Oran et d*Alg-?r. Et le peu qu2 Ton sait sur le^. habitants actuels du Maroc les montre reproduisant, avec des variantes secondaires, ce que nous apprennent les études dont les races de Tunisie et d'Algérie ont été l'objet de la part de quelques-uns de nos anthropologues e'c de nus ethnographes.
Mais si le Maroc n'est qu'une Algérie prolongée, il n'est que trop certain que les éléments ethniques s'y trouvent distribués dans des proportions bien différentes. Ijcs races primitives figurent dans l'ensemble de la population pour un chiffre bien plus considérable. Les trois grands groupes de Berbères qui
occupent sous les noms de Riffains, de Bérabers et de Chleuhs les quatre cinquièmes de la surface du Maroc, constituent une masse de 5.200.000 indigènes, qui ne se sont presque jamais laissés entamer par les envahisseurs. Les Carthaginois n'ont occupé que quelques points du littoral, l'occupation romaine n'a guère dépassé, vers le Sud, la ligne qui va de Salé à Fez. Et quant aux Arabes, il semble qu'en pénétrant au milieu de ces puissantes tribus de Berbères de l'Ouest, ils se soient laissés absorber à tel point que d'habiles observateurs, comme M. Doutté, sont amenés à constater la disparition presque complète de leur type national.
Population. — L'on estime généralement que la population totale du Maroc est environ de 9.000.000 d'habitants dont au moins les 2/3 sont Berbères, 1.200.000 sont Maures^ 1.000.000 Arabes, 200.000 Juifs, 150.000 Nègres et 15.000 Européens. La densité moyenne serait donc d'environ 19 habitants par kilomètre carré.
Berbères ou Bérabers^ Riffains y Kabyles ou K eh ail, Chelleuhs ou ChleuSy et Haratin^y sont autant de mots employés, suivant la région, pour désigner une race unique, dont le nom national, le seul que se donnent ses membres, est celui d'Amazigh (féminin lamazigh, pluriel Imazirou).
Les Berbères du Maroc ont les mêmes qualités et les mêmes défauts que ceux d'Algérie. Ils sont vigoureux et travailleurs, mais peu enclins à la soumission; on les trouve loin du littoral et des villes; dans le massif montagneux, ils peuplent presque exclusivement le pays.
Les Berbères dont il est très difficile de prouver les origines, occupent toute la partie montagneuse, et ont résisté toujours à toutes les invasions. Carthaginois, Romains, Vandales. Goths, etc.. n'ont jamais pu les soumettre.
Dans certaines contrées, le Riff surtout, le type blond se rencontre fréquemment, comme dans le Centre et le Sud le brun domine.
D'un autre côté le type varie tellement qu'il est presque impossible d'indiquer un type berbère pour le distinguer d'un type arabe.
On ne peut non plus se baser pour faire la distinction, sur les sédentaires et les nomades. « On peut diviser les Marocains en arabophones et en berberophones, en nomades ou en sédentaires, en montagnards ou en habitants des plaines; on peut y distinguer des groupes plus ou moins bien imprégnés de la civilisation islamique. Mais la division en Arabes et en Berbères est vaine, parce qu'elle ne s'appuie sur aucun fait précis dans l'état actuel de la science, même au point de vue ethnographique » (Edm. Doutté Les Marocains et la Société Marocaine. Revue Générale des Sciences, 1903).
Lorsque l'on emploie le mot Berbère, on veut surtout désigner les sédentaires, les montagnards, les gens de langue berbère et surtout les tribus du Bled-Es-Siba.
Les Arabes sont principalement en haut du bassin de l'Atlantique, et dans la vallée de la Moulouïa. Comme en Algérie, ils sont surtout pasteurs et nomades. Comme il est dit plus haut il est presque impossible de désigner le type arabe. Les anciens conquérants se sont tellement mêlés, que le type s'est fondu avec le type berbère. L'Arabe, comme nous le comprenons, serait représenté par le nomade, dont le bédouin est le type, afin surtout de le distinguer du Maure La langue arabe cei>endant s'étend et remplace de plus en plus la langue berbère.
Dans les villes vivent les M'aures dont l'origine est très complexe Ils descendent pour la plupart, de ceux qui furent expulsés d'Espagne; les autres sont le produit de mariages avec des Arabes, des Berbères, des Juifs convertis, et aussi des renégats chrétiens. Doux, policés, intelligents, ils constituent la
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bourgeoisie dirigeante où se recrutent nombre de hauts fonctionnaires du Maghzen, et les grands négociants.
Les Juifs du Maroc ont deux origines très distinctes. Ceux qui sont dans le Riff, et le Sous descendent des tribus antérieures à la destruction du temple de Jérusalem. Il en est de même des Juifs cultivateurs qui se trouvent près de Mogador et sur le Grand Atlas. Tous ces Juifs parlent exclusivement Tarabe. Ils traitent de « forasteros » (étrangers) leurs coreligionnaires dont les ascendants sont venus dTtalie en 1242, des Pays-Bas en 1350, de France et d'Angleterre en 1407, du Portugal en 1476 et surtout d*Espagne en 1494. Ces forasteros parlent l'Espagnol, et certains d'entre eux le Français. Presque tous habitent les ports de la côte; commerçants ou intermédiaires, ils sont les agents utiles d'une pénétration économique et pacifique.
Les NÈGRES sont d'origine soudanjenne. Ils sont plus nombreux au Maroc qu'en Algérie. Ils descendent pour la plupart d'esclaves plus ou moins affranchis; les autres ont été importés. Les caravanes d'esclaves sont de plus en plus rares depuis l'occupation française du Soudan et de la Mauritanie. Mais l'esclavage est encore commun dans le pays. Dans les villes de l'intérieur on achète les esclaves à la criée; le prix d'une jeune négresse atteint souvent 500 francs, celui d'une vieille dépasse difficilement 20 francs.
Les sociétés anti-esclavagistes ont généralement échoué dans leurs tentatives de réformes. C'est entre Méquînez et Salé que se trouve le plus de représentants de la race noire.
Les Européens habitent les ports; quelques-uns d'entre eux sont à Fez. Ils sont pour la plupart espagnols, les autres, à part quelques Allemands, Américains, Portugais, Italiens, Autrichiens, Grecs, Suisses, Belges, Suédois et Danois, sont Français ou Anglais.
Chapitre I« : Histoire qéfiérale, — Chapitre II : Les Etablis^ semenis de l'Europe depuis le Moyen Age, — Chapitre III : Principaux traités, — Chapitre IV ; Conventions internationales. — Situation diplomatique actuelle.