VALEUR
Francs
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Fr.
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Kilog.
Fr.
Tissus de coton., la p. 80 à 40 1
Valeur totale. . .
Francs.; 1.212.994 32
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Sur les S.cxMD habitants qui pcu])laicnt Oujda, la plupart des commerçants -îont parti^î avec leurs familles et leur petit avoir, notammont
ceux qui étaient originaires de Fez et de Tanger. Seuls sont restés les jardiniers, quelques marchands, les douaniers, et enfin les pauvres diables qui n'avaient rien à perdre.
En venant de Tlemcen, on pénètre dans Oujda au Xord, soit par la porte de la Zaouia ou de Sidi-Abd-el-Ouahed. Les remparts encore bien conservés sont entourés d'un large fossé d'enceinte autour desquels s'étendent les jardins ombragés d'oliviers magnifiques, de saules feuillus, de mûriers très verts et de figuiers noueux. Des cultures maraîchères s'entremêlent aux luzernières et aux carrés de vignes ; des seguia bien entretenues répandent à travers cette végétation l'eau bienfaisante qui Tabreuve sous un soleil de plomb, au gros de Tété. L'intérieur de la ville est triste et morne; il sent l'abandon et la faillite. Il s'en faut de peu qu'il ne rappelle le mortel silence d'Arzila, la cité ruinée où le commerce est pronibé.
Trois autres portes donnent accès dans Oujda au Sud : Bab-Sidi- Aïssa, Bab-el-Aouïn (porte des Fontaines) et Bab-el-Khemis. Au Sud- Est, débordant des murailles, un rectangle fortifié forme le quartiei *^ la Kasbah. Là, autour d'une place au niveau inégal, s'élève Dar-el- Makhzen, agglomération de bâtisse où vivent ceux qui détiennent le pouvoir. L'Amel (gouverneur), le commandant des troupes qui s'abrite prudemment en ville tandis que l'armée déguenillée vagabonde dans la campagne, le Cadi, les secrétaires et les chaouchs. Tout ce monde-là mène une existence oisive qui se partage entre le sommeil, les repas, et l'absorption continue d'innombrables tasses de thé.
A proximité s'élève une maisonnette mal bâtie qui a été généreusement offerte à la mission militaire française. Cette mission comprend un capitaine d'infanterie, un lieutenant de tirailleurs, un sergent de zouaves et quelques tirailleurs qui ont adopté le costume civil marocain. Elle est en principe chargée d'instruire les troupes de la garnison d'Oudja. Les premiers temps de son séjour elle fit, en effet, pivoter tant bien que mal les recrues marocaines, leur apprit la manœuvre du canon, et contribua certainement par sa présence et son attitude résolue à la résistance qu'Oudja opposa au siège du Prétendant qui dut se retirer.
Mais, depuis de longs mois les soldats du Makhzen ont évacué la ville pour mener campagne contre le Roghi et ont dressé, très loin de là, leurs tentes qu'ils déplacent constamment. De sorte que la mission française qui a reçu des ordres pour rester à Oudja est complètement inactive et mène une existence dénuée d'intérêt. 11 est presque impossible à ses membres de ])ousser une promenade un peu loin des remparts sans risquer d'essuyer un coup de feu d'un fanatique dissimulé dans la broussaille. Outre cela, nos officiers dépendant de la légation de Tanger, à l'autre extrémité du Maroc, ils ne doivent avoir aucune attache officielle avec le Gouvernement général de l'Algérie et naturellement avec le commandant du Cercle de Marnia qui réside à quelques lieues. Pour communiquer par lettres ou par télégrammes avec notre Ministre à Tanger, ils envoient un cavalier spécial à la poste de Marnia. Lettres et dé])éches passent par Tanger et par Oran. On voit d'ici l'ingéniosité de cette combinaison. Ça durera jus(|u'au jour où on s'apercevra que c'(*st ridicule.
Les membres de la mission n'ont donc qu'à se croiser les bras. Il faut cependant savoir gré au lieutenant Mougin de ne pas vouloir rester inoccupé et de se livrer à des travaux de recherches en rapport avec la situation qu'il occupe. Il a ])u communiquer à M. de Flotte de Roquevaire, pour sa nouvelle édition remarquable de la carte du
Maroc, 1rs plans d'une exactitude .très minutieuse d'Oudja et d'Aloun Sidi-Mcllouk.
U y 3, cinq autres quartiers dans la ville séparés, comme dans toutes les cités marocaines, par des portes bardées de fer. Comme ailleurs, chaque quartier a son Alokaddem qui gère les biens de la communauté : mosquée, bain maure et fondouk, et qui est chargé de fonctions policières. Les rues sont d'une saleté repoussante et ne laissent rien à envier sous ce rapport aux artères de Larache ou de Kçar-el-Kebir. Cependant, à Pâques 1904, lors de la venue de jNI. Etienne, on a enlevé des immondices (|ui pourrissaient là depuis des années et ce nettoyage éphémère a enlevé un excès de fumier qui, cinq mois après, n'a pas encore eu le temps de se reformer.
Auprès de la Kasbah, se trouve le quartier de Chakiane qui ouvre à l'extérieur ])ar Bab-Zaouia. On y trouve la grande mos(^uée avec son minaret élevé et svelte qu'on apercevait de très loin, mais qui de près n'offre aucune délicatesse d'architecture. Plus au Xord, dans le quartier des Oulad-Amran, se croisent les ruelles marchandes qui aboutissent à Kaïceria, le véritable centre de négoce, petite place entourée d'une sorte de mur d'enceinte auquel sont adossés, circulairement, des petits magasins élevés au-dessus du sol. Mais actuellement la ])lupart des boutiques sont fermées, cadenassées ; le marché est désert ; les débitants ont presque tous émigré, les chalands ne viennent plus, et là comme à El-Kçar, comme dans bien d'autres centres, le commerce se meurt faute de sécurité. A droite, c'est le quartier réputé le plus ancien, celui d'Ahl-Oujda, où s'étend une vaste esplanade ensoleillée et couverte de détritus desséchés. C'est la place des caravanes: seulement il n'y a plus de caravanes. A gauche, c'est le quartier des Oulad-Lhassem et, non loin du marché. Te Mellah ou quartier juif, dont la plupart des habitants se sont enfuis, dans la crainte du Prétendant. Le peu qui en reste est dans une grande misère car les affaires ne vont pas et l'argent ne circule plus. Ils sont revêtus du costume uniforme des Juifs marocains des villes: tunique noire, ouverte par devant, serrée à la taille par une ceinture brune, calotte noire qui recouvre à demi leurs
•eveux huileux et longs d'un doigt. Au Nord-Ouest enfin, le quartier des Oulad-el-Kadi, côtoyant des vergers touffus qui ont pénétré jusque dans l'enceinte de la ville.
En dehors des murs, une fois qu'on a franchi la ceinture de verdure qui les rntoun*, c'est la plaine inculte, limitée à l'horizon par les lignes violettes des montagnes. Au Xord, on aperçoit dans 1«» lointain^ les crêtes des Bcni-Snassen, tandis qu'au premier plan se détache, à une dizaine d(* kilomètn's, le Djebel-Mer'ris au bas duquel coule vers l'Algérie l'Oued Isly. C'est là, qu'en 1844, nos troupes infligèrent aux troupes marocaines, venues au secours d'Abd-el-Kadcr, la défaite que l'on sait. Après cette journée décisive qui, jointe au bombardement de Mogador et de Tanger, nr)us mettait vis-à-vis du Sultan du Maroc dans une posture des plus favorables, nous aurions pu nous assurer des garanties et une situation privilégiée pour l'avenir. 11 en serait résulté pour notre politi(jue extérieure des avantages que, de longtemps, nous ne pourrons retrouver, par suite de la tournure com])li(|uée qu'a prise la question marocaine dans ces dernières ajinées, cjuestion que les traités avec l'Angleterre et avec l'Espagne, n'ont pas solutionnés aussi clairement qu'on pourrait le croire. Au lieu de cela, nos générauxdiplomates furent bons princes et les conséquences de la bataille d'Isly aboutirent à un traité enfantin de délimitation qui commençait par ces mots: « Les deux Empereurs..., etc.. » (Ch. R ^né-Leclerc, Le Maroc Septcntriottal. 1905.)