RABAT
(Rhat)
La ville de Rabat s élève à l^embouchure même, et sur la rive gauche du Bon-Regrag-, qui le sépare de Salé, dont elle est différente à tous égards.
La barre de Rabat, p)eu profonde, souvent battue par une mer enragée, est très dangereuse et quelquefois même infranchissable pendant plusieurs jours de suite. Elle change de place et de hauteur suivant les hivers, selon que les crues et les tempêtes sont plus ou moins fortes. A marée basse, il ne reste guère plus de 50 centimètres dans le chenal.
« Le matériel d'embarquement et de débarquement se compose de quelques barcasses de huit à douze tcmnes environ, très robustes équipées de seize hommes.
Il n'existe pas de classification bien déterminée pour les marchandises. On paie le transport de la marchandise, du lôord à quai, à raison d'environ 0,35 par quintal. A ce prix, il faut ajouter la prise en cale, qui est pratiquée par des journaliers de terre à raison de i franc par tonne et le transport de la barcasse au magasin de la Douane qui est tarifé à raison de 0,15 par 100 kilos.
Les portefaix de la douane — qui sont aussi des fonctionnaires — assurent ensuite le transport de la marchandise à domicile à raison de 0,40 le quintal.
Comme on le voit, le prix du débarquement est assez élevé à Rabat, mais il faut reconnaître que la barre est bien mauvaise sur ce point et que les opérations sont souvent dangereuses et toujours difficiles. »> (Rapport de M. Déchaud à ^L le Préfet d'Oran. — 1903.)
DÉBARQUEMENTS, EMBARQUEMENTS. — Pas-sagers : par barque, 2 fr. 50 par personne.
Marchandises : par 6 barcasses, jaugeant environ 30 tonneaux chacune.
Du quai au bateau environ une heure, par bateaux à 18 rameurs.
Prix. — Débarquement : Pour les sacs (sucres, riz, semoules, etc.), 0.32 pesetas de bord à quai et aussi 0.32 pesetas de quai à domicile en passant par le magasin des douanes. — Pour les caisses, 2 p. 50 environ le mètre cube. Pour les petits colis, o p. 50 de bord à domicile.
Embarquement : Couvertures, 5 pesetas la balle ; laines, i pesata la balle de 150 à 200 kilos; cuirs et peaux, o p. 45 les 100 kilos; nattes de 5 à 10 pesetas la balle.
Rabat est la seule ville de la côte qui offre un véritable intérêt historique et artistique.
Construite vers Tannée 592 de l'Hégire par le sultan Yacoub el Mansour, qui voulait en faire une place militaire et un port de commerce de premier ordre, Rabat se développa très rapidement et fût bientôt le port le plus important de toute la côte marocaine; mais la formation de la barre qui boucha l'entrée du Bou-Regrag, arrêta son essor.
Ses fortifications où l'on retrouve quelques vestiges de l'architecture portugaise lui donnent un aspect très particulier, mais quoiqu'elles aient été complétées il y a quelques années par un fort moderne apj^elé « Fort Neuf » ou « Fort Rottcmburg » elles ne seraient guère protectrices. Les canons sont nombreux, mais beaucoup d'entre eux sont loin d'être en état de service; ils ne sont plus entretenus, et ils ne peuvent l'être puisque, depuis un certain temps, il n'y a plus d'artillerie à Rabat. La garnison est réduite à 50 ou 60 fantassins.
Rabat établit la communication entre le Maroc du Nord et le Maroc du Sud. Elle est entourée de jardins délicieux, où les arbres fruitiers poussent à profusion, et qui s'étendent dans la vallée à plusieurs kilomètres de la ville. Au milieu de ces jardins, au sud de Rabat, et sur les bords du fleuve, s'élève la gigantesque tour Hassan qui fut construite, dit-on, par l'architecte arabe à qui l'on doit la Giralda de Séville.
A deux kilomètres en amont, se rencontrent les ruines de Chellah, où certains voudraient voir les restes de l'ancienne capitale des Carthaginois sur les côtes de l'Océan.
La population est de 25 à 30.000 habitants dont environ 3.000 israélites et 50 Européens. Elle est très industrieuse, mais dans le sens restreint qu'au Maroc on peut donner à ce mot.
Rabat est très renommée au Maroc pour ses productions suivantes : tapis, poteries, ouvrages de sparterie, nattes d'alfa, selleries, étoffes de laine et burnous.
Extrait du rapport de M. Augustin Bernard à M. le Gouverneur Général d Algérie (1904).
Le commerce des laines et celui des lièges tend à se développer ainsi que l'importation des semoules et de la quincaillerie.
Les trois principales industries indigènes de Rabat sont les tapis, les bal'ras, la poterie. On peut y ajouter les cuirs, le travail du fer.
Mais les tapis sont de beaucoup l'industrie la plus intéressante. — On en fabrique (i) environ 3.000 par an, valant 40 à 50 fr. la pièce. A peu près 200 maisons fabriquent ces tapis. Ce travail est exclusivement réservé aux femmes ; la maîtresse de maison est aidée le plus souvent de une ou deux ouvrières ou esclaves, de 6 ou 8 au plus. Les ouvrières les plus habiles sont payées 0,75 et nourries ; ce qui équivaut à 1,25 cent, environ. Le salaire a augmenté de 0,50 depuis un an. La fabrication d'un tapis dure de un mois à un an, suivant les dimensions. Ils sont vendus aux enchères tous les jours; le prix moyen est de 5 à 6 fr. le kilo, suivant la qualité. Les tapis se mesurent au draâ (coudée). La quantité mise annuellcmeni en vente peut être fixée approximativement à 4.000. Les plus grands restent au Maroc. L'AIgérie et l'Egypte en reçoivent quelques baJlots. Le tapis de Rabat est semblable à celui de Smyrne, mais d'une trame plus lâche, de sorte qu'il s'use assez vite. La forme en est souvent un peu irrégulière, celle d'un long carré un peu plus large à une extrémité. Le dessin est chargé de couleurs voyantes où domine la rouge, et comprend généralement un médaillon au milieu. La longueur varie de i m. 50 à 6 mètres, la largeur de i m. à 2 m. 50. Le mohtasseb veille à ce que les couleurs végétales soient seules employées. Pour la teinture des laines, on emploie surtout la garance (foua) et la cochenille (el kcchini). On fabrique aussi un autre genre de tapis, appelés hanbel ou tellis, sorte de tissu très serré de cordes de laine à grandes bandes blanches, noires, oranges et rouges. Ils sont très solides, mais n'ont aucun mot'llcux. Le prix en est inférieur de moitié à celui des autres tapis. A Sale, on fait surtout du hanbel ; 80 maisons environ s'occupent de cette fabrication.
Ainsi que nous l'avons dit plus haut (titre quatrième : Armée) la France à Rabat a une mission militaire qui n'est actuellement composée que d'un sous-officier algérien, mais qui le sera prochainement d'un capitaine, un sergent d'infanterie et deux sous-officiers algériens.
(i) Renseif^nements fournis par M. Lerlche, Consul de France à Rabat.
Rabat est, comme Larache, un port de transit. Les chiffres relativement réduits des exportations n'indiquent pas le véritable trafic, car il n est pas fait état de l'expédition considérable des bœufs dont l'exportation n'est permise qu'à la condition rigoureuse du cabotage par Tanger. I-e plus gros article de la sortie est ainsi supprimé du total par une simple fiction administrative, le cabotage n'étant pas considéré comme étant de l'exportation.
Importation, . .
Exportation . . .
Totaux.
Rabat n'exporte pas des bœufs seulement par mer, il en expédie aussi en Algérie par voie de terre pour deux à trois millions par an.
Relativement à la part respective de chaque pays, le commerce de Rabat se décompose ainsi :
.\nni-:es
FRANCE
Imp.
Ex p.
ANGLETERRE
Imp.
Exp.
.\LLEM.\GNE
Imp.
Exp.
L'Espagne semble avoir cessé toute relation avec Rabat. La France occupe une excellente situation à l'exportation, et l'Allemagne qui garde simplement ses positions à l'importation, semble plutôt décroître quant à la valeur des marchandises exportées.
Les principaux articles dont se compose le trafic sont :
A L'IMPORTATION
Les tissits de coton, de provenance exclusivement anglaise. La plus forte importation est celle de 1903, 2.500.000 pesetas elle ne fut jamais inférieure à 1.800.000 pesetas (1874).
3^8 DEUXLÈME FARTIE
Les sucres, de 12 à 15.000.000 venant d'Angleterre. En 1899 cette exportation dont ]a France, bénéficie en grande partie, était tombée à 950.000. Elle tend chaque année à se relever. Le thé 200.000 pesetas (Angleterre).
A L'EXPORTATION
Les laines. — 250.000 p. en 1904. L'exportation en serait beaucoup plus grande si l'industrie locale des tapis n'existait pas.
Les œufs qui ne commencent à apparaître sur le marché qu'en igoj, et dont il est exporté pour 150.000 pesetas.
Les bœufs. — Mémoire, Si l'on tient compte des envois en Algérie, ie commerce de bœufs avec la France dépasse quatre millions.
Postes : Française, Allemande, Espagnole.
Puissances représentées par des consulats ou par des agences consulaires à Rabat : France, Allemagne, Angleterre, Autriche, Belgique, Espagne.
SAFFI ou ASFY
Ville située sur l'Atlantique à 17 heures de Mogador, et à 23 Heures de Mazagan. C'est le port le plus rapproché de Marrakech, mais c'est malheureusement le plus mauvais du littoral.
Saffi a été fondée par les Portugais; elle garde les antiques murailles dont ils l'avaient dotée, ainsi que le vieux châteaufort qui, maintenant presqu'en ruines, dresse ses tourelles au point culminant de la ville. Celle-ci est entourée d'un ravin qui renferme des jardins couverts d'arbres.
Les navires ont déserté peu à peu ce port pour Mazagan et Mogador où ils trouvent un mouillage plus sûr. La rade d'un accès très difficile, dispose de 16 barcasses de huit tonnes, et ces embarcations sont d'un type véritablement marocain qui se distingue par la rusticité de leur construction, ainsi que par la rudesse de leurs lignes. Les opérations d'aconage sont payées à peu près aux mêmes prix que celles de Mazagan.
Population. - La population de Saffi est d'environ 10.000 habitants. Elle compte environ 2.000 israélites et quelques européens. Les indigènes sont doux et pacifiques, l^e chef de la puissante tribu des Abda, le Caïd Si-Aissa-Ben-Omar est un homme à l'esprit ouvert, et qui passe pour ne pas être un adversaire de l'influence française.
Commerce. — Saffi fabrique des poteries vernissées qui se rapprochent de celles de Fez, et qui seraient susceptibles de trouver un débouché en. Algérie.
Ce port est [3eu important, alors qu'il pourrait l'être fort, puisqu'il est le point de départ de la route la plus courte de l'Océan à Marrakech, mais son hinterland offre trop d'insécurité.
Importation 2.ir,n.800 2.076.825 2.108.225 2.0<«7.'i23 3.525.341 {."î. '«72. 2.*Î4
Exportation L^^A:!!^ 'i^-î^li^-'îi! 2.37 8.325 3.002. r)20 1 3. 424. 9 3313. 5 18.521
Totaux 4.00^175 5.0^,2.075 4.386.550 6.000. 05216. 050. 274 6.090.755
D'après le tableau ci-dessus, Saffi aurait tendance à progresser. Encore n'avons-nous pas bien tenu compte du cabotage assez important, notamment en 1903, et qui porte principalement sur les céréales (orge et blé).
La répartition par nation s'effectue ainsi :