TÉTOUAN
En arabe : Tit^ Vaouin (les yeux). — En berbère : TiV faouin(\ts sources.)
En latin : Tamuda.
La légende raconte qu'avéïnt la fondation de la ville, un poste gardait la côte contre les chrétiens. Les sentinelles passaient la nuit les yeux ouverts, d'où ce mot c yeux b répété si souvent dans leurs plaintes contre ce métier fatigant, donna son nom à la ville.
L'étymologie berbère viendrait des eaux jaillissantes de la contrée.
La ville romaine de Tamuda était située de l'autre côté de Toued, sur la rive droite.
Une légende arabe dit aussi que Tétouan fut édifiée par les génies.
La ville fut construite par le Mérinide Abou-Thabet-Omar, et elle fut peuplée par les Maures venus d'Andalousie.
Les luttes que ceux-ci soutinrent furent surtout malheureuses.
Tétouan est sur le flanc d'une colline et domine la mer dont elle est distante de 5 à 6 kilomètres.
Son enceinte qui est en briques, et garnie de tours et flanquée au N.-O. par la Kasbah, entoure un périmètre trop vaste pour la cité actuelle.
L*Oued Tétouan ou Martil, après avoir passé au sud de la ville, se jette dans la Méditerranée. A son embouchure se trouve le port dominé par le fort Martil qui fut bombardé en 1859 par les Espagnols.
De superbes vergers, des cham.ps et des jardins entourent la ville.
Le mouvement du port est très faible. Les débarquements et les embarquements se font par barcasses. Lorsque le vent d'Est souffle, les avaries sont très fréquentes; le vent d'ouest, quoique violent, est favorable aux opérations d'embarquement et de débarquement.
Population. — La population est d'environ 30.000 habitants dont 8.500 israélites.
Commerce. — Tétouan est le seul port, avec Tanger, de la côte septentrionale si fermée au commerce et que les possessions espagnoles dans le Riff semblent avoir encore plus hermétiquement bloqué.
C'est le seul accès légal des provinces les plus septentrionales, mais la contrebande se pratique journellement par Badès et par les villages voisins, de sorte que les statistiques laissent croire à des importations moins élevées encore qu'elles ne le sont en réalité.
Voici le tableau des importatipns et des exportations ouvertes de 1898 à 1904 :
Importation
Exportation
Totaux
Le tableau que nous avons fait de la répartition, entre les divers pays, des importations et des exportations dont nous avons eu connaissance, présente une telle différence avec les statistiques douanières que nous ne le reproduisons pas. Nous nous contenterons de dire que la France, l'Angleterre, TEspagne, la Belgique et, depuis quelques années, l'Allemagne, se partagent les importations.
A l'importation les principaux articles reçus par Tétouan sont comme partout ailleurs, les cotonnades et le sucre. Les cotonnades ont une tendance à augmenter depuis 1901; les RifFains continuent cependant à les acheter sur les marchés — - non classés — de la côte. Les farines également ont monté en 1903, la récolte ayant manqué.
Par Badès et autres endroits semblables, les importations consistent principalement en des armes et des mimitions.
Les exportations principales sont : babouches, haicks, lièges et amandes.
Postes : Française, Espajj^nole.
Puissances représentées par des agents consulaires v. Tétouan : France, Angleterre, Autriche, Belgique et Espagne.
La ville, blanche et pimpante, s'étale sur le flanc légèrement incliné t d'un plateau qui termine le Djebel-Darsa. En revenant de la mer, on pénètre en ville par une poterne qui passe sous un fort massif, dont les battions aux larges assises sont badigeonnés de chaux et surmontés de canons nombreux aux allures menaçantes mais peu dangereux. Toutes ces batteries sont tenues dans le plus piteux état, jamais nettoyées, jamais réparées. La rue pavée et glissante grimpe presque verticalement, ce qui assure un é(|uilibre instable aux montures et surtout aux cavaliers. La porte par laquelle nous sommes d'abord passés est appelée Porte de Ceuta ou bien encore Bab de la Reina (Porte de la Reine), mélange barbare d'arabe et d'espagnol, (jui rappelle l'entrée triomphale des généraux espagnols en 1860. Après une grimpée périlleuse on tourne à gauche dans une ruelle garnie de boutiques où se trouve la Poste française et h* siège de notre agent consulaire, et on finit par atteindre une large place en:?oleillé<.* ; c'est le Fcdhan, entouré de maisons mauresques retouchées, de mauvais style hidalgo.
La France est représentée h Tétouan par un jNIarocain, Si Ben Abd El Latif, né de père algérien, riche commerçant doué d'amabilité et de prévenance, très locjuace et plein d'humour, ma^ qui ne sait pas un seul mot de français. Tant mieux pour qui sait parler arabe, tant pis pour qui ne sait pa<. Dans ce cas, il faut avoir recours à l'intermédiaire d'un jeune .Algérien, chargé de la Poste et instituteur, Si Ben Kourdel, qui cause couramment en français. Ces deux agents de notre pays font un accueil empreint d'une grande cordialité à nos nationaux. C'est grâce à eux que j'ai pu visiter en détail des intérieurs de maisons maures et je ne puis que leur être très reconnaissant de leur bonne volonté à me rendre service». Ce qui n'empêche pas que Tétouan, cité de trente mille âmes, la ville marocaine des côtes méditerranéennes la plus importante aprè< Tanger, devrait être l'objet d^ùne grande sollicitud(î de la ])art de la France et aussi de l'Algérie et devrait être le siège d'un vice-consul français. Notre influence pourrait alors lutter ])ied à ])ied avec Tinflutînce <'>pagnole, et quelle influence: ITbérie est représentées par une centaine de muletiers et de maçons administrés par scnor Gonzalez. Consul d'Espagne, dont le bureau fait corps avec un couvent de huit Franciscains à robe de bure.
La ville se divise en un certain nombre de quartiers: le Mrlla/t, quartier juif très important et relativement bien tenu, séparé du reste de la cité par de foitc^ murailles et encore fermé, le soir, par des portes solides. La ])opulation juive de Tétouan est très espagnolisée : elle descend d'Israélites chassés d'Espagne au XV« siècle, elle parle le plus pur castillan. La jeune génération revêt en général le costume européen, et fré((uente assidûment l'école de l'Alliance Lsraélite qui compte 14 professeurs et enseigne le français comme langue fondamentale. Les juifs de Tétouan forment près du tiers de la population sur un total de ^o.ocx) âme- «nviron. Ils détiennent presque entièrement le commerce d'exportation et d'importation de la ville, notamment celui des denrées alimi-ntaires et des objets manufacturés; à tel point (jue, pendant le.> ])ériodes de fêtes israélites où h's juifs s'abstiennent de tout négoce et ferment boutique, la douane du Rio Martil arrête au-^-^i son travail, clôt ses portes et se repose.
Les autres sections de Tétouan sont : El-Aioun (les Fontaines; ; Trenk^ai; Eç-Ciafin (les bijoutiers), quartier où les orfèvres travaillent habilement les métaux et où les Lïabin (armuriers) damasquinent les armes de prix ; Rebat-Sefla (quartier d'en bas) où s'entrecroisent des rues marchandes ])ittoresques : rues des Nattes, des Babouches, des Terrazin (brodeurs en or), de la Poisscmnerie.
Tétouan, parmi les villes du Maroc, est une des mieux entretenues et des plus propres: tous les matins, des femmes de peine, rétribuées par le caïd de la vilh\ nettoient les ruelles avec de petits balais en palmier nain et emportent les ordures dans des couflFes de sparteric. La plupart d<'s maisons stmt blanchi(*s de frais. 11 se dégage de cette ville policée une impression de calme, de douceur, de btmne tenue cjui rejaillit sur ses habitants, Maures paisibles et doux, Juifs travailleurs et polis. Les rues ont un cachet tout particulier, plu«i larges et mieux alignées qu'ailleurs, convenablement pavées; les unes sont recouvertes de voûtes sombres et plafonnées au-dessus desquelles s'étagent de riches habitations: d'autres passent sous de curieux arceaux de pierre qui, de loin en loin, arc-boutent les murs épais des maisons silencieuses. L<îs ruelles marchandes sont gaies et claires, parcourues par une foule bigarrée mais peu bruvante. Par les portes des ateliers ouverts on a])er<;oit les tisserands en soie ou en laine qui manceuvrent leurs métiers rudimentaires où s'entrecroisent des fils aux vives couleurs ; les savetiers (jui, de leurs petits marteaux ronds, frappent les semelles tîascjues à coups saccadés. Tout est exotique et coquet à la fois, de cette coquetterie sobre et discrète qui caractérise les souks de Tunis. Les villes d'Orient seules possèdent ce charme ])aisible de la rue livrée aux seuls piétons, exempte du vacarme des véhicules lourds et tapageur^, de l'allure étourdissante de l'automobile qui déconcerte les tranquilles promeneurs.
Les intérieurs des maisons cossues, sans oflFrir à l'œil captivé le fouillis inextricable d'ornementation cjui caractérise l'art architectural de Fez, méritent cependant d'être visités et admirés. La principale différence avec le style Fasi consiste en ce que les surfaces non recouvertes de mosaï([ues au li«*u d'être sculptées finement en nokchat hedi- Jat sont en plAtre stucké lisse et uniforme. Cette disposition a du reste son cachet particulier. J'ai i)arcouru en détail les habitations de très riches commerçants maures: Abd el Kader Rezini et Hadj Mohammed Bricha ; d'un rentier aisé, Si Mohammed el At' t' ar, et un petit palais qu<' \\m\ finissait pour le compte de Si Er Rekina. l'ex-commandant h's troupes du Makhzen à Oujda, en ce moment en villégiature L'intérieur d'une de ces demeures consiste en un très larg».' patio carré, pavé de fines tloreseenees en mo^ai(|ue émaillée, au milieu duquel une vasque d'eau fraîch«* crépite sous la pluie d'un jet d'eau abondant. Autour, une galeri<' de colonnades marquetées comme un damier de brillantes mosaïquc> rouges, noire^, vertes et brunes sur fond blanc. Au premier et au deuxième étage, des galeries également qui forment balcon, avic une balustrade en bois sombre sculpté d'arabesques: c'est en somme la disposition d'une jolie villa mauresque d'Alger, avec cette particularité que l'ornementation artistique est purement marocaine et se rattache au style capricieux dont Fez a le secret.
Une autre de ces habitations consiste en un jardin quadrangulaire planté d'arbres au feuillage vert-clair, de fleurs abondantes et nuancées de couleurs éclatantes, -illonné d'allées étroites tapissées d'un amalgame vitrifié de ]>ctits carreaux en céramique, entouré sur trois côtés de chambre-:; à galeries, dont les portes vitrées s'ouvrent à chaque extré-
mité des sentiers de mosaïques. Sur un des petits côtes, au bout du jardin, le salon des hôtes apparaît garni de sofas moelleux avec sa large porte ouverte à deux battants. Devant, les gouttes argentées d'un bassin de marbre enguirlandé de lierre se répandent en pluie fine et s'écoulent dans un ruisseau qui murmure doucement. Même pendant les fortes chaleurs du mois d'août, il se dégage de tout cela une impression de fraîcheur et de bien-être qui pénètre mollement les sens. On comprend alors d'autant mieux la subtilité étrange des descriptions des Mille et Une Nuits, on se familiarise davantage avec certains chapitres des récits de Sinbad le Marin.
Le palais d'Er Kekina lui aussi contient des petites merveilles, des boiseries fouillées en stalactites et délicatement nuancées,des appliques brillantes de mosaïque en losanges multicolores, des sculptures dentelées dans le plâtre neigeux, des portes et des fenêtres aux boiseries précieuses et ouvragées. Malheureusement, la pièce d'honneur, immense salon dont les larges baies éclairées dominent le panorama de Tétouan qui aurait pu, à Taide de l'ornementation maghrébine, être un modèle d'art architectural marocain, a été confiée à de mauvais maçons espagnols par le frère d'Er Rekina. Ceux-ci, pour donner une haute idée de leur savoir faire et surtout de leur mauvais goût ont badigeonné les murs et les plafonds comme une salle d'auberge avec des motifs criards qui veulent représenter des grappes de raisins s'échappant de romes d'abondance rutilantes: le tout encadré d'ors crus et de tonalités flambantes et affreuses, véritable caricature de la décoration européenne... (Ch. René-Leclerc. Le Maroc Septentrional. 1905.)
Tisint
Oasis du Sahara marocain bâtie sur les contreforts du Petit Atlas, sur TOued Tisint, affluent de droite de l'Oued Zguid, qui se jette lui-même dans TOued Draa.
L'eau de TOued Tisint est salée, même à sa source. Elle est très poissonneuse
Tisint est très riche à cause de sa forêt de palmiers.
La population est composée de Chellala et de Harrâtin, peu sociables et en guerre continuelle avec les nomades des environs.
Paris et Tanger, mai 1905,
Albert Cousin. Daniel Saurin.