UNE CHANTEUSE
nissait tout cela. De retour dans son palais, il appela près de lui une des lumières de l'Islam et lui dit son intention d'élever sur le dépotoir la plus belle medersa de Fez. Le saint homme approuva fort ce dessein, et les travaux commencèrent. On y employa tout ce qu'il y avait de plus habile parmi les artisans du Moghreb.
Puis, quand l'oeuvre fut achevée, le sultan et sa cour se rendirent à la medersa, pour entendre la prière qui la consacrait à Allah. Mais au moment où l'iman
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Le pont Beïn el Moudoun,
ouvrait la bouche : « O lumière de la foi, dit le sultan, arrête! Un scrupule me vient. N'as-tu pas souvenance que justement à cette place, on entassait naguère toutes les immondices du quartier? Or, j'ai cent fois entendu murmurer autour de moi que rien de bon ne saurait se fonder sur un fumier. Ne crains-tu point de consacrer au Dieu unique et tout-puissant ce lieu où s'élevait hier encore le plus beau tas d'ordures de la ville? » Mais d'une seule voix tous les docteurs répondirent : « Écarte, Seigneur, cette pensée. Dieu est grand! C'est un jeu pour lui de transformer en un lieu saint ce qui fut un dépotoir. » — « Commencez donc vos prières, reprit alors le sultan. Mais ne me cassez plus la tête à me reprocher sans cesse d'avoir élevé une chanteuse à la dignité d'épouse. Et ne dites plus à l'avenir que rien de beau et de durable ne peut se fonder sur un fumier. »