INTRODUCTION
Le pays que nous appelons empire du Maroc est formé par la réunion des trois anciens royaumes de Fez, de Maroc et de Tafilet.
Il a pour limites la Méditerranée au nord, le désert au sud, la frontière algérienne à Test et Tocéan à Touest.
La frontière de Test a été définie par le traité conclu en 1844 avec là France; elle commence à Toued Adjeroud, passe entre Maghrnia et Ouchda, et atteint le Sahara au point appelé Ras-el-Aïoun, ensuite elle laisse à Touest les ksour (oasis fortifiées) de Iche et de Figuig, à Test ceux de Aïn-Sefra, Sfissifa, Assla, Tient, Chellala, el Abied et Bou Semghoune. Aucune limite n'a été indiquée à travers les régions inhabitables qui s'étendent au sud de ces points.
a LE MAROC MODERNE.
La frontière sud n'est pas déterminée , on la considère habituellement comme formée par une rivière appelée Segma-eUHamra dont Tembouchure se trouve sensiblement au 28"^ degré de latitude.
Boyaume de Fex.
Le royaume de Fez est compris entre la mer^ la frontière algérienne et une rivière appelée Oum-R'béa (la mère du fourrage). Il renferme plusieurs provinces dont les plus connues sont : le Rorb, où on trouve des plaines d'une prodigieuse fertilité^ des montagnes d'élévation moyenne et de nombreux cours d'eau ^ et le Rif, contrée montagneuse voisine de la Méditerranée,
Vulgairement le mot Rorb (couchant) s'applique à tout le royaume de Fez.
Dans ce cas^ on le partage en deux régions, le Rorb-el-Isar (Rorb du nord) et le Rorbel-Imin (Rorb du sud)^ séparés par le plus grand fleuve du Ma roc j l'oued Sebou, qui passe près de Fez.
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Royaume de Maroc.
Le royaume de Maroc se partage en deux parties : le Heu^, qui s'étend de TOum-Rbea au grand Atlas, et le Sous, qui va de TAtlas au désert.
Le Heuz est une plaine ouverte du côté de rOcéan et limitée à Test par une chaîne de montagnes qui part du grand Atlas et va rejoindre le Rif ; elle est traversée par un large fleuve, Toued Tensift, qui passe près de Maroc.
La province de Sous se partage en deux parties :
i*" La plaine de Sous y qui est limitée à Touest et au sud par des massifs montagneux. Cette plaine est moins fertile que le Heuz, parce que la pluie y fait presque toujours défaut. Elle est traversée par des rivières torrentueuses parmi lesquelles nous citerons Toued Sous et Toued Oulrass.
2° Les régions de tOued-Noun et l'Oued- Drâa, où commence le désert proprement dit.
Royaume de Talllet.
Le royaume de Tafilet est un pays aride, situé dans le voisinage de la frontière algériennecarte Beaudoin.
De toutes les cartes du Maroc qui existent, celle du capitaine Beaudoin (publiée en 1848 par le dépôt de la guerre) est la seule qui puisse rendre des services réels aux voyageurs. Les erreurs qu'on y rencontre ne sont pas graves et portent sur le figuré du terrain plutôt que sur la planimétrie.
prodnctioas du pays. — Famines.
Les terres cultivables se partagent en deux catégories 1 le Bled-eUMây qui est arrosé par des canaux appelés seguia , et le Bour, qui n'est irrigué que par les pluies.
Les possesseurs des Bled-el-mâ récoltent des céréales tous les ans, mais ceux des Bour sont dans une situation très précaire. Comme
il n'existe au Maroc aucune loi contre les accapareurs, le prix des grains augmente d'une manière invraisemblable dès que la pluie tarde à se montrer. Si elle fait complètement défaut, le pays est en proie à une affreuse disette.
Par suite du mauvais état des voies de communication, il peut fort bien arriver que l'abondance règne dans une province et la famine dans une autre; de là les dépeuplements et des déplacements de population considérables.
On cultive Tolivier dans le voisinage des cours d'eau; dans les contrées plus arides, on tire parti de l'amandier et de l'arganier.
Dans la plaine de Maroc et dans le Sous, on récolte quelques dattes.
Les plaines du Rorb-el-Isar et les vallées renferment des forêts où les essences dominantes sont : le chêne, le cèdre, l'arganier, le caroubier, l'olivier, le noyer, l'acacia, le arar (espèce de thuya), mais ces forêts sont si dangereuses à parcourir qu'on n'en tire presque aucun parti.
Les bestiaux sont très communs au Maroc, surtout dans le Rorb-eMsar.
La race chevaline a fait des pertes irréparables pendant la famine de 1 877 et les mauvaises années qui l'ont suivie •
Le royaume de Tafilet produit des dattes excellentes qui forment la principale ressource du pays. Le blé y est rare; on le cultive avec des peines infinies dans le voisinage des cours d'eau.
Les mines abondent au Maroc surtout dans le Sous, mais on a beaucoup exagéré leur prétendue richesse; elles n'ont été visitées que par un petit nombre d'Européens , le plus souvent fort ignorants en métallurgie.
PopnlattoB. — Lan^ufl-
La population du Maroc y qui a sensiblement la même composition que celle de TAlgérie, peut être évaluée à 8^000^000 d'habitants au maximum. Les uns vivent en plaine, sous la tente, et se livrent à la culture des
céréales et à l'élevage des bestiaux. On leur donne le nom de Arab qui est souvent pris dans le sens de campagnard; les autres habitent les montagnes ou les contrées d'un accès difficile, s'y construisent des maisons ou se livrent au jardinage. Ce sont les Breber; leur type diffère de celui des Arab : ils ont généralement les yeux bleus, les épaules carrées et le cou court, tandis que les Arab ont les yeux noirs, les épaules rondes et le cou long. Les premiers se sont trouvés sur la route de toutes les invasions, et ont pris la langue et les habitudes des Arabes venus d'Orient à diverses époques; les seconds ont conservé leurs anciennes habitudes et leur langue primitive, la langue chelha.
Nous désignerons les premiers sous le nom à' Arabes et les seconds sous le nom de Berbères.
On partage généralement les Berbères du Maroc en quatre groupes :
1° Ceux du Rif;
2° Ceux du centre entre Fez et Maroc ;
3" Ceux du Sous qu'on appelle Chleuh
(ce nom s'applique quelquefois aussi aux autres Berbères); 4° Ceux de Tafilet.
Ils parlent divers dialectes de la langue chelha. (Ces dialectes peuvent être ramenés à deux.)
Les Berbères des montagnes ont toujours causé de grands embarras aux sultans de la dynastie actuelle, qui, pour les réduire, ont été obligés d'employer souvent le système de la déportation en masse. Il en résulte que dans le sud du Maroc on trouve des Berbères qui parlent la langue du Rif et ne s'entendent que difficilement avec leurs voisins; on en rencontre aussi qui ne parlent que l'arabe.
Les juifs sont nombreux au Maroc; ils habitent les villes, les campagnes et même les montagnes les plus sauvages.
La race noire est plus répandue au Maroc qu'en Algérie; les nègres viennent du Soudan, d'où ils ont été amenés à diverses époques.
En iSgo, le sultan du Maroc s'emparait de
Tombouctou; plus tard le Soudan secouait le
oug marocain, mais y retombait sous le
règne de Mulay-Ismaël, contemporain de Louis XIV.
Pendant cette période, les nègres ne cessèrent d'affluer au Maroc; Mulay-Ismaël en tira la garde noire , qu'il plaça sous le patronage de Sidi Bokhari, auteur d'un livre très vénéré chez les musulmans.
Les Bokhari jouèrent un très grand rôle dans l'histoire du Maroc.
Au commencement de ce siècle, le Soudan s'affranchit définitivement, et depuis cette époque, les relations entre le Maroc et Tombouctou devinrent plus rares qu'autrefois. Le commerce des esclaves, sans cesser complètement, diminua d'importance.
Les nègres de Mulay-Ismaël furent mariés à des femmes arabes ou juives et formèrent une race à la première génération de laquelle on donna le nom de hartani (affranchi).
Les habitants des villes, que l'on appelle quelquefois hadar et que nous sommes convenus d'appeler Maures^ n'appartiennent à aucune race définie. Ils résultent du mélange de toutes les races dont nous venons de parler
avec les Maures d'Espagne (Andalouss), et les renégats des diverses nations.
Toutes ces populations se détestent cordialement : les Maures toisent avec mépris les Berbères qui de loin en loin se hasardent à entrer en ville et les trompent toutes les fois que r occasion se présente; les Berbères arrêtent les Maures qu'ils rencontrent dans leurs montagnes ^ les dépouillent de leurs effets et finissent par les abandonner complètement nusj à la grâce de Dieu. Les Maures, brutalisés sans cesse par les esclaves de la cour, brûlent de se débarrasser de ces parasites, mais l'énergie leur manque et ils se contentent de les appeler ^Is de hartani.
Le juif se tire assez bien d'affaire; malgré les humiliations dont on l'accable , il se glisse partout. L'usage des armes lui est interdit, mais il tient si peu de place qu'il trouve toujours à point nommé une caravane où il peut s'introduire en se mettant sous la protection (zettat) d'un musulman; il arrive ainsi à pénétrer dans les contrées les plus dangereuses.
Dans certains endroits, pour échapper aux
périls dont il est entouré, il se fait le client d'un riche habitant du pays, qui le considère comme faisant partie de la famille et le protège énergiquement.
Tous les juifs du centre de Maroc ont ainsi des sid (seigneurs).
Autorité du sultan.
Le Maroc est placé sous l'autorité d'un sultan nommé Mulay-Hassan, mais son pouvoir temporel ne s'étend pas à tout le pays que nous venons de décrire; laissant de côté leTafilet, berceau de la famille régnante, et les villes, on peut dire que la moitié Est de l'empire est insoumise et que la moitié ouest, jusqu'à l'Atlas, paie généralement l'impôt (i).
Les Marocains n'ont pas l'air de se douter qu'ils appartiennent à un empire du Maroc et n'ont pas de nom pour désigner leur nation. Le seul lien qui les unisse est le Coran.
(i) La partie occidentale est beaucoup moins accidentée que le reste de Tempire ; c'est la seule que les armées du Sultan puis- - sent parcourir facilement, ce qui explique pourquoi les tribus qui l'habitent sont soumises.
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AATCA, LENOX AN!
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iii ^
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