RENSEIGNEMENTS GÉOGRAPHIQUES
Villes de la côte.
Les principales villes de la côte marocaine sont :
Habitants.
MeliliaetCeuta (aux Espagnols). . »
Tétouan 20 à 3o,ooo
Tanger 1 5 à 20,000
Larache 8 à 10,000
Rabat-et-Salé 3o à 40,000
Casablanca ou Dar-Beïda 10 à 1 5, 000
Azemour 10,000
Mazagan ou El Djidida 1 5 à 20,000
Safify 9 a 10,000
Mogador ou Souëra 12a 1 5,ooo
Sauf Tanger, qui est la résidence du corps diplomatique, elles offrent peu de ressources;
les Arabes n'y sont guère plus civilisés que dans rintérieur et les Européens y sont en petit nombre; ils se déchirent mutuellement au lieu de se soutenir, de sorte que les Maures profitent de leurâ divisions pour résister au progrès.
Ces Européens ont comme agents commerciaux des Maures et des Israélites auxquels on accorde la protection consulaire, sans quoi tout commerce serait impossible.
Ces agents, n'étant plus soumis aux lois du Maroc, profitent trop souvent de la situation pour commettre des actes répréhensibles, et causent à leur patrie d'adoption une foule de désagréments sans lui rendre aucun service sérieux, car ils sont fort peu reconnaissants.
Souvent, ils se plaignent d'avoir été dévalisés par les tribus, et réclament au gouvernement marocain des sommes considérables; en pareil cas, un consul expérimenté, sachant que l'art de « faire le volé » est très florissant au Maroc, fera une enquête minutieuse à la suite de laquelle, neuf fois sur
LE MAROC MODERNE. l5
dix, il reconnaîtra que le vol n'a pas eu lieu.
La France ne possède sur la côte du Maroc que neuf négociants, parmi lesquels quatre sont agents consulaires et n'ont guère à s'occuper que de leurs propres affaires.
Mogadora un consul et Casablanca un vice-consul : cette dernière ville, qui autrefois était presque une colonie française, est actuellement envahie par les Anglais et les Allemands.
En 1880, lé mouvement commercial de la France était de 167,880 tonnes et celui de l'Angleterre 171,780 tonnes.
Le commerce d'exportation se compose de :
huiles d'olive et d'argan, peaux, laines, alfas, tapis et nattes, citrons et oranges, dattes, gommes, amandes, cire, plumes d'autruches (à Mogador seulement).
L'exportation des bestiaux, chevaux, céréales est interdite au public; cependant depuis quelques années le sultan accorde à chaque puissance l'autorisation d'exporter 5,000 bœufs et de transporter les grains d'un port à l'autre par mer.
l6 LE MAROC MODERNE.
On ne peut exporter des chevaux que par permission spéciale (i).
Le commerce d'importation se compose de ; cotonnades anglaises, sucre, thé, café, fer, cristal , bougies, quincaillerie, draps d'Allemagne, allumettes.
Ces produits sont frappés d'un droit de loo/o à la douane.
Outre les agents dont nous parlerons à propos des villes de Tintérieur, il y a dans chaque port un reis-eUmersa (capitaine de port) et des administrateurs des douanes, flanqués d'un agent espagnol qui est chargé de percevoir la moitié des recettes, jusqu'à paiement intégral de l'indemnité de guerre de cent millions imposée au Maroc après la guerre de Tétouan .
On y trouve aussi un agent sanitaire européen qui n'est pas toujours apte à remplir ses fonctions , car il n'y a que deux ou trois médecins dans les ports.
La côte est desservie par les paquebots de
(i) Personne ne petit obtenir Tautorisation d'exporter des ju-
la compagnie Paquet qui vont deux fois par mois de Marseille aux Canaries; Tanger est visité en outre par un bateau qui fait le service entre Oran, Tanger et Gibraltar; cette ville a des communications fréquentes avec Gibraltar, qui en tire Tapprovisionnement de sa garnison.
Le Maroc n'est relié à l'Europe par aucun télégraphe.
Les seules puissances qui aient des intérêts sérieux dans ce pays, sont : la France , l'Angleterre et TEspagne; les autres y ont mis des ministres plénipotentiaires par imitation plutôt que par nécessité ; la Russie n'y a aucun représentant.
En particulier les Espagnols sont considérés comme les ennemis héréditaires des Marocains, lesquels n'ont pas oublié que les Almora vides régnaient à Grenade.
Voyages dans Tinter leur du pays.
Le Maroc est un pays privilégié de la nature, l'eau y est plus abondante qu'en Algérie
î8 LE MAROC MODERNE.
et la région saharienne commence à une latitude plus basse.
Mais afin d'éloigner les voyageurs le gouvernement ne fait rien pour les communications, en sorte qu'au Maroc il n'y a aucune route proprement dite ; on n'y trouve que des sentiers arabes quelquefois très accidentés.
On voyage à cheval ou à mule; on doit emporter de nombreuses provisions pour soi, des tentes j se faire escorter par un moghazni (cavalier) qu'on paie cinq francs par jour et se munir d'une lettre de recommandation pour les gouverneurs des endroits qu'on doit visiter.
Tout va bien quand on connaît l'arabe; mais si on ignore cette langue on est soumis à une foule de désagréments. Le voyageur qui prend à Tanger un interprète de profession estcondamné à etreconstammenttrompé :
il achète cher, vend bon. marché et rapporte sur toutes choses des renseignements inexacts.
Pour comble de malheur ces interprètes se connaissent tous et s'entendent comme larrons en foirej ils racontent à tout le monde les
mêmes boniments et les mêmes mensonges, en sorte que les mêmes erreurs se perpétuent indéfiniment.
Les principales routes possèdent des N^ala (caravansérails) près desquels on passe la nuit et où on trouve quelquefois de quoi nourrir les animaux et les domestiques arabes; les maîtres de ces établissements sont responsables des accidents qui pourraient arriver et prélèvent un droit de passage sur les voyageurs ordinaires.
On peut aller aussi coucher chez les caïds (gouverneurs) des provinces, dont quelquesuns sont très hospitaliers.
Les chemins qui conduisent de Tanger à Fez et ceux qui relient entre elles les diverses villes de la côte sont très connus; ils ont été , décrits par M. Tissot et par M. Beaumier dans les bulletins de la Société de géographie (1876).
Le chemin de Fez à la frontière algérienne par Ouchda est plus périlleux que les précédents; si on n'est pas sérieusement escorté on court le risque d'être dépouillé par diverses
tribus, notamment par celle de Meknessa.
Cette voie a été suivie par trois voyageurs seulement : M, Colville, capitaine anglais, M. de Chavagnac et M. le prince Wiasiemski.
M* Colville a publié la relation de son voyage dans Touvrage : A ride in petticoats and sîippers; London, Sampson low, etc., ]88o.
Dans le présent travail nous décrirons le pays qui se trouve entre Rabat , Fez, Maroc, et le Sous; nous y avons fait plus de 3,5oo kilomètres d'itinéraires en accompagnant le sultan dans ses expéditions.
Divisions territoriales.
Lorsque partant de la frontière algérienne on se dirige vers Touest on rencontre /j région d'Ouchda^ limitée par la mer, la Moulouya et les chott. Elle n'est qu'à demi soumise et les caïds (gouverneurs) ne sont pas toujours obéis.
A Fou est de la région d'Ouchda on rencontre le Rîf^ bande montagneuse qui s'é-
tend de Ouchda aux environs de Tétouan.
Le Rif est en grande partie insoumis et ne fournit pas de soldats au sultan.
On rencontre ensuite la région de Tanger dans laquelle les tribus voisines des villes sont seules soumises; les autres se révoltent très fréquemment contre Tautorité de leurs caïds.
Au sud de la région de Tanger jusqu'au Sebou se trouve le Rorb-el-Isar. Cette province est la plus riche et la mieux arrosée du Maroc ; les tribus des plaines sont soumises, mais celles des montagnes ne paient que très rarement les impôts.
En traversant le Sebou on trouve entre Rabat et Fez une région dénommée Heu^ Rabat (environs de Rabat) qui ne renferme que des tribus soumises; à Test du Heuz Rabat jusqu'à la Moulouya et au sud du Rif, se trouve une contrée dénommée Foum-el- Éorb (bouche du Rorb ) dans laquelle les environs de Fez seuls sont soumis; les autres tribus ne reconnaissent que pour la forme Tautorité du sultan.
Des environs de Rabat à Toued Rir, sur la
frontière orientale du Maroc, s'étend une région montagneuse appelée pays des Breber- Rabat,
Les tribus qui l'habitent sont berbères et presque toujours insoumises : elles coupent littéralement Tempire du Maroc en deux parties, interceptant les communications et forçant le sultan à se rapprocher de la côte toutes les fois qu'il veut aller de Maroc à Fez.
Entre Rabat, Maroc et TOcéan on trouve une grande plaine riche et habitée en grande partie par des tribus soumises, c'est le Heu^ Maroc,
Au sud et à Test de Maroc, sur les pentes inférieures des montagnes, se trouvent des populations désignées sous le nom de Diara de Maroc ^ qui ne paient pas beaucoup d'impôts, mais fournissent assez volontiers des combattants à pied.
Au nord-est de Maroc rejoignant les Breber de Rabat , se trouve la région montagneuse de Tedla.
Au sud de l'Atlas est le Sous où le sultan possède actuellement 41 caïds; ils sont à peu
près obéis lorsqu'il n'est pas question d'impôts, mais dès que le mot ferd (répartition) est prononcé, les Chieuh font la grimace et le caïd est obligé de se taire.
Au sud et au sud-est du Sous s'étendent les régions de Drâa et de Sahara^ où le gouvernement n'est représenté par aucun caïd.
Le nombre total des caïds de ces diverses tribus est de 33o; ils sont indépendants les uns des autres et correspondent directement avec le sultan ; les plus importants d'entre eux servent quelquefois d'intermédiaires officieux pour régler les affaires de leurs collègues.
Les caïds ont souvent auprès d'eux des Oumana (intendants) dont l'autorité est indépendante de la leur.
Fes.
La ville de Fez est située au pied des montagnes de Cherarda, non loin de Toued Sebou.
Elle se partage en deux parties : Fez-Jedid et Fez-el-Bali.
Fez-Jedid renferme la Casbah et le quartier des juifs.
Fez el-Bali (Médina) est un réseau de rues très étroites qui s'abaissent vers une petite rivière j Toued Fez. Ces rues sont mal entretenues et quelquefois pénibles à parcourir à cause de la raideur des pentes.
Entre Fez-Jedid et Fez-el-Bali se trouvent des terrains vagues, un palais appelé Boujloudj des jardins nombreux, et la Casba de Cherarda qui sert de trait d'union entre les deux villes.
L'oued Fez prend sa source à un endroit appelé Ras-el-Mâ; arrivé à hauteur du Méchouar (cour d'honneur) il se partage en deux parties.
La branche de droite longe les murs du palais en suivant un canal creusé il y a quelques années^ passe sous un aqueduc, se jette en cascade dans la vallée qui enserre la ville au sud , rentre dans l'enceinte et en sort pour aller se jeter dans l'oued Sebou.
Le terrain qu'elle traverse entre la ville et le Sebou est souvent inondé. Dans l'inté-
TKK N/.W YORK PUbi.iC Li--:ARY
TILDLH f^O' f^ ,' ON».
rieur de la ville cette branche peut avoir de 5o à 200 mètres de large et 3o centimètres de profondeur en moyenne.
La branche de gauche entre dans le Méchouar et en sort par des ouvertures garnies de herses, pénètre dans la ville et se partage en divers canaux qui se jettent dans la branche de droite après avoir fourni de Teau à toute la Médina.
Le niveau de Toued Fez est sensiblement constant et supérieur à celui de Fez-el-Bali en sorte que toutes les maisons ont leur fontaine.
Fez-Jedid est arrosé par un aqueduc et par un réservoir qu'on alimente au moyen de roues hydrauliques.
Les fontaines ordinaires ne suffisent pas à l'arrosage des jardins; on ouvre tous les jeudis des écluses spéciales qui fournissent aux orangers et aux citronniers Teau qui leur est nécessaire; ces écluses servent aussi à inonder les rues quand elles sont trop malpropres, et à les transformer en autant de torrents qui entraînent les détritus jusqu'à l'oued Sebou.
Les eaux ménagères se réunissent dans un égout qui rejoint la rivière hors de la ville. Il y a peu d'années elles salissaient la rivière dans Tinté rieur de la Médina.
Malgré cela la ville est restée humide et malsaine, son eau est très mauvaise et donne presque infailliblement la dysenterie, en sorte que beaucoup de personnes s'approvisionnent à Toued Sebou.
Fez fut fondée en 793 par Mulay-Driss le jeune; pendant de longues années la Médina forma deux villes distinctes, de part et d'autre de Toued Fez, appelées respectivement Adoua-el-Andalouss (rive des Andalous) et Adoua-el-Karaouïn (rive des habitants de Kairouan) parce que les Maures chassés d'Andalousie s'étaient fixés dans la première et les émigrés de Kairouan dans la seconde.
La mésintelligence régna longtemps entre les deux Adona; en 1070, Youssef ben Tachfin la fit cesser en détruisant les murs qui les séparaient.
Fez-Jedid fut construite en 1276 par les Merinides.
icoles, mosquées.
Fez est le centre intellectuel du Maroc et peut être considérée actuellement comme le principal foyer du fanatisme musulman dans la Barbarie.
Les écoles sont nombreuses et fréquentées par des savants marocains et même algériens.
La ville renferme un très grand nombre de mosquées, entre autres celle de Mulay-Driss et celle de Karaouïn.
La première est devenue le centre d'un vaste quartier où les musulmans ont seuls le droit d'entrer, et où se trouve le tombeau du fondateur de la ville.
La mosquée de Karaouïn renferme une bibliothèque fameuse et une école dont les professeurs sont connus pour leur science et leur indépendance.
Boutiques, commerce, etc.
Fez est également très renommée par les boutiques du quartier de Mulay-Driss et ses
nombreux jardins d'orangers et de citronniers. On y vend des peaux, laines, cuirs Filali tannés avec de Técorce de grenade, armes blanches, burnous, poteries, bestiaux.
Les produits du Tafilet (dattes, œufs d'autruches, etc.) y arrivent quelquefois.
Le commerce d'importation y est fait par tes Arabes (surtout par ceux de Tlemcen, qui y ont une colonie) et par les juifs.
Les articles les plus importants sont : le sucre, le thé, les bougies, calicots, soieries de couleurs voyantes, le fer et le cuivre.
Population.
Fez el Bali a dix-huit quartiers (hôma); les maisons y sont très serrées et ont souvent deux étages; la surface habitée dans les deux villes est de 6 kilomètres carrés; la population peut être évaluée à 5o,ooo habitants.
MuraiUesy portes, etc.
Les murailles, construites en pisé, sont hautes de 6 mètres, larges de 2 et garnies
LE MAROC MODERNE. 2g
de tours, banquettes et créneaux. Les neuf portes qui permettent de les franchir sont généralement percées dans une tour et suivies d'un passage coudé.
La ville est protégée en outre par deux petits forts sans importance aujourd'hui (i).
Les environs sont curieux à visiter; on y trouve des sites très pittoresques, des tombeaux, des ruines, un ruisseau d'eau minérale et un large fleuve (oued Sebou) qu'on traverse sur un pont extrêmement massif.
Mekinez.
Mekinez se trouve à une journée à l'ouest de Fez dans la vallée de l'oued bou Fekran.
Sa citadelle, construite en même temps que celle de Fez-Jedid, fut agrandie par Mulay- Ismaël qui en fit la forteresse la plus importante du Maroc.
Les murs sont bâtis avec deux tiers de sable et un tiers de chaux; dans certains en- Ci) ces forts n'ont pas de portes apparentes ; on prétend qu'ils communiquent avec le palais par des galeries de mine.
droits ils ont jusqu'à 9 mètres d'épaisseur au pied.
Outre l'enceinte proprement dite, on voit une deuxième enceinte non crénelée, de laquelle Mulay. Ismaël voulait faire partir une muraille continue qui devait aller jusqu'à Tedla. A cette époque le gouvernement seul possédait des armes à feu, en sorte que Mulay, Ismaël put forcer les Berbères à apporter de Tedla à Maroc, sur leur dos, les matériaux dont il avait besoin.
Les actes de cruauté commis par ce sultan sont légendaires; nous en citerons quelques-uns : armé d'un sabre bien affilé il visitait les travaux et tuait de sa main les gens qui ne travaillaient pas à son gré; un jour ayant remarqué que les briques étaient de mauvaise qualité, il en fit casser quelques-unes sur la tête du mallem qui les avait fournies.
La ville, peu intéressante par elle-même, renferme quelques restes d'une architecture grandiose et notamment des portes monumentales.
On y remarque le palais actuel du sultan,
LE MAROC MODERNE. 3l
l'ancien palais de Mulay-Ismaël, qui renferme des colonnes en marbre non employées et un grand parc nommé Àguedal où on trouve une quantité d'autruches.
La surface habitée est de 2 kilomètres carrés. La population peut être évaluée à 20,000 habitants au plus; elle se compose en grande partie de Bokhari.
Gommiinications entre Fez et Mekinez.
' Entre Fez et Mekinez se trouve une plaine limitée au nord par les montagnes de Cherarda et au sud par celle des Beni-Mter. Là première tribu est soumise, la seconde est presque toujours en état de rébellion; lorsque le sultan est à Maroc, elle bloque très souvent la ville de Mekinez.
La route rencontre Toued bou Fekran, qui vient se jeter dans Toued Ordom , et quatre autres rivières; on peut passer tous ces cours d'eau sur des passerelles en pierre. L'oued Nja ne paraît pas guéable en temps de pluie.
Le voyage se fait en un jour.
Gommimications entre Fez, Mekinez et Rabat.
Au nord-ouest de Fez se trouve un groupe de montagnes habitées par la tribu de Cherarda; elles ont généralement de 200 à 400 mètres d'élévation et les chemins qui y serpentent sont mauvais, sans cependant être absolument impraticables aux voitures.
Deux trouées existent dans ce massif montagneux : Tune, Bab Tiouka, est un défilé de 10 mètres de large et de 400 mètres de long; l'autre, Bab Tisera , est formée par Toued Rdom et a plus de 100 mètres de large.
Près de Mekinez s'élève la montagne Zerhouan, sur laquelle se trouve l'ancienne Volubilis, le Ksar Pharaon et le tombeau de Mulay-Driss el Kébir.
A l'ouest de l'oued Rdom on rencontre l'oued Beht, rivière peu profonde qui peut atteindre i kilomètre de large en hiver; dans le voisinage se trouve la tribu des Beni-Hassan, très pillarde, qui actuellement est presque toujours soumise.
Entre l'oued Beht et Toued Rdom est la région montagneuse des Guérouan, tribu soumise; au sud et au sud-ouest de Mekînez habitent la tribu de Beni-Mter et celle des Zemmour; cette dernière est quelquefois dangereuse à traverser.
Pour aller de Rabat à Fez avec un seul cavalier d'escorte il convient d'éviter les Zemmour. On passe Toued bou Regrag en bateau : on peut également le traverser à gué lorsque la marée est basse.
On traverse la forêt de Mamôra en évitant de s'y arrêter, car les forêts du Maroc sont infestées de voleurs ; on se rapproche de Toued Sebou, et on couche chez le caïd Bou Selam ; le lendemain on traverse des marécages d'où sort un petit ruisseau, l'oued Remmel : on franchit l'oued Beht à gué et on couche à proximité de Bab-Tiouka, che2; un caïd de Cherarda. Le troisième jour on passe l'oued Rdom à gué et on va coucher chez le caïd Embarek de Cherarda. Enfin le dernier jour on franchit Toued Mekass sur un pont et on arrive à Fez.
34 LE MAROC MODERNEp
Les pays que Ton traverse sont cultivés :
on y trouve généralement de quoi nourrir les animaux et les domestiques arabes; mais il est bon d'emporter pour soi des vivres et notamment du pain.
Si Ton veut aller à Mekinez , on quitte au marabout Laïto la route que nous venons de décrire, on couche dans le caïd ben Chlïa, on remonte le cours de Toued Rdom et l'on arrive le soir à destination après trois jours de voyage.
Si Ton avait des poids très lourds à transporter sur des chariots^ il conviendrait de débarquer à Larache et de se rendre à Fez par la route que nous avons indiquée au sud de Bab-Tiouka (voir la carte),
La route qui conduit de Mekinez à la zaouïa de Mulay-Driss est bordée par de grosses pierres qui y sont restées depuis la mort de Mulay-Ismaël : il avait forcé les habitants à transporter jusqu'à la ville les pierres provenant des ruines de Ksar Pharaoun ; les travailleurs, ayant appris la mort du terrible sultan^ lâchèrent immédiatement
les fardeaux qu'ils tenaient et depuis personne n'y toucha plus.
Pour se rendre de Rabat à Fez, Mulay-Hassan ne suit pas les routes que nous venons de décrire ; il profite de l'occasion pour recueillir des impôts chez les Zemmour et les Beni-Mter.
SfrO) Agonray.
Au sud de Fez se trouve une petite localité appelée Sfro, qui sert de point de passage pour aller dans le pays des Aït Youssi.
Sfro est entouré de nombreux jardins qui approvisionnent la ville de Fez.
Au sud de Mequinez on remarque une petite ville appelée Agouray, qui a l'aspect d'un jardin entouré de murs. Elle est habitée par des descendants de renégats.
Maroc (Marakesch).
La ville de Maroc fut construite en 1070 par l'almoravide Youssef ben Tachfin, dans une vaste plaine, limitée au nord par une
chaîne de montagnes appelée le Jebilet, au sud par TAtias^ à l'est par des contreforts de la grande chaîne; à Touest cette plaine s étend sans obstacle jusqu'à la mer.
Vue du Jelibet, la ville de Maroc a Taspect d'une magnifique forêt de palmiers du milieu de laquelle émerge le minaret de la grande mosquée Keîibia,
Maroc est entouré d'un mur semblable à celui de Fez, percé de huit portes principales. Au nord et au nord-est la ville est cachée par des jardins de palmiers (Djerid) :
dans les autres parties l'enceinte est visible de loin. Le terrain environnant est percé de trous profonds; les uns communiquent avec des conduites d'eau placées à plusieurs mètres sous terre et les autres servent à extraire du salpêtre.
•La casbah (forteresse) renferme un immense jardin d'oliviers, orangers, etc., appelé Aguedal, et le palais du sultan. La Médina (ville) se partage en deux parties, l'une qui renferme de grands jardins séparés par des rues très larges, et l'autre où se trouvent
PaSe36.
LA KETIBIA (Grande Mosquée de Maroc)
LE MAROC MODERNE. Sy
des maisons d'habitation moins ornées que celles de Fez, des boutiques et un quartier de lépreux.
La zaouïa (monastère) de Sidi-bel-Abbès est fort riche et occupe un vaste espace.
Le seul monument que Ton remarque à Maroc est la mosquée la Ketibia, haute de 70 mètres et dans laquelle se, trouve une rampe en hélice qui sert d'escalier. Cette mosquée fut construite à la même époque que la Giralda de Séville, lorsque les Almoravides régnaient à la fois à Maroc et en Andalousie.
Près de Bab Dukkala se trouve un village (El Hara) habité par des gens affectés d'une maladie incurable : le djdem (i).
Population. — Commerce.
La ville renferme 24 hôma (quartiers) ; la partie habitée a une superficie de 24 kilomètres carrés, mais la population est beau-
(i) Syphilis constitutionnelle arrivée à un degré inconnu en Europe.
coup moins dense que celle de Fez : on Testime à 55jOOO habitants.
Le climat de Maroc est sain, Teau excellente ; la température peut s'y élever en été jusqu'à 49** centigrades à Tombre; à cette époque de Tannée les rues sont désertes au milieu du jour. Le thermomètre peut monter jusqu'à 60° sur les terrasses échauffées par le soleil; en hiver la température peut s'abaisser jusqu'à 5° au-dessus de zéro pendant une quinzaine de jours.
Le commerce de Maroc est semblable à celui de Fez, sauf qu'il est presque tout entier entre les mains des juifs. On y trouve entre autres des armes montées en argent et des Oujets en cuivre travaillé provenant des mines du Sous. Les produits du Tafilet n'y parviennent pas.
A une petite distance de la ville on trouve un groupe de hauteurs appelé le Gelliz, où Sidi-bel-Abbès allait faire ses dévotions, et un fleuve large et peu profond appelé oued Tensift qu'on passe sur un pont de huit arches.
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LE MAROC MODERNE. Sq
A l'est se trouve une petite rivière appelée oued Isil,
Gommimications entre Maroc et la côte.
Maroc communique avec la côte de l'Atlantique par trois routes, toutes trois carrossables à la rigueur.
La route la plus usitée pour aller de Mogador à Maroc passe par Sok Tleta (marché du mardi), Aïn Oumast/ Chichaoua, etc., et renferme des n\ala (caravansérails), en sorte qu'on peut à volonté faire de grandes ou de petites étapes.
Généralement on termine le voyage en cinq jours.
En temps de pluie on peut être arrêté par Toued Chichaoua, rivière sujette à grossir très rapidement. La province de Chiadma, qu'on traverse pendant la plus grande partie du voyage, est soumise.
On peut suivre une route plus pittoresque que la première par Férouga, Mjatt, Djemael-Kourimat, etc., en traversant les tribus qui
habitent les pentes inférieures de T Atlas; cette route présente moins de ressources que la première et est aussi plus périlleuse : on doit coucher chez les caïds et se faire escorter d'une étape à l'autre par des cavaliers qu'ils fournissent.
La route de Mazagan se fait en cinq jours; on traverse pendant quatre jours la province riche et soumise de Dukkala, dont le terrain est résistant et praticable même en temps de pluie.
A partir de Souenia on traverse en deux heures la chaîne du Jebilet (3 à 400 mètres de hauteur) en suivant le lit d'un torrent, et on passe ensuite le pont de l'oued Tensift.
Si on avait des voitures avec soi il faudrait obliquer à l'ouest à partir de Souénia, afin de passer à travers champs à l'endroit où les pentes occidentales du Jebilet se fondent dans la plaine ; on pourrait également rejoindre la route de Saffy.
On couche la première nuit au Tleta de Sidi Ben Nour, dont le cheikh est fort hos-
pitalier; aux étapes suivantes on s'arrête dans des nzala.
Il faut se tenir en garde contre les cavaliers de Tescorte, qui allongent la route pour faire héberger leur hôte chez différents caïds et récolter des pourboires par la même occasion.
La route de Saffy est plus courte que les premières , mais elle est peu fréquentée parce que le port de Saffy est mauvais, Elle traverse les provinces soumises de Abda et de Ahmar, passe à Tendroit appelé El Chabah à travers une chaîne de hauteurs de faible élévation; elle pénètre ensuite dans le Jebilet à Aougla, par le lit de la rivière des Lauriers-roses; ensuite elle traverse le Tensift à gué.
Cette route de Aougla est carrossable sur tout son parcours; en temps de pluie on passe par le pont de Toued Tensift.
Le chemin que nous avons indiqué de Oumeyrik à Bou Sleffen n'est pas carrossable. On peut faire le voyage en deux jours (18 heures) en couchant chez le caïd Adi-
ben-Doh; si on veut voyager plus lentement, on est obligé de s'arrêter dans des douars qui offrent peu de ressources.
Gommonications entre Maroc et le Sons.
Maroc est séparé du Sous par le grand Atlas, qui dans sa partie la plus élevée porte le nom de Glaoua et a une hauteur de 3,5oo à 4^000 mètres. Le mot Miltzin employé dans divers ouvrages pour indiquer le point le plus élevé de l'Atlas, est absolument inconnu des habitants.
Ces montagnes sont rocheuses et couvertes de neige pendant la plus grande partie de Tannée : il doit s'y trouver des pics couverts de neiges éternelles.
Dans le voisinage de Maroc , la chaîne de r Atlas jette sur le versant nord de nombreux contreforts, tandis que sur le versant sud elle s'abaisse presque sans transition.
Ce massif, que les voyageurs mettent deux ou trois jours à traverser, renferme des mines de cuivre, d'argent et de lignite ; on y trouve
de riches vallées et des lacs très poissonneux remplis d'une eau glaciale.
Les habitants sont Chleuh et vivent dans des maisons où ils sont bloqués par les neiges chaque hiver; on y rencontre aussi des juifs. La partie la plus remarquable de leur habillement est un burnous en laine noire portant dans le dos une sorte de soleil rouge.
Les deux routes principales qui traversent TAtlas dans cette région sont celles de Goundafy et celle de Ouicheddan.
Au dire des voyageurs, la route de Goundafy suit le lit de Toued Emfis jusqu'à un point appelé Bein-el-Ouidan, contourne la montagne de Goundafy où habite le caïd du pays, traverse des terrains cultivés, franchit le Tizi-Ntast et aboutit au village de Aït Youka dans la plaine de Sous, près du pays de Aoulouz.
Aït Youka est à trois jours de Maroc.
Le col de Tizi-Ntast est quelquefois appelé Tizi-Oumchach (col des chats), parce qu'il n'y a guère que les chats qui puissent y passer facilement. L'autre route s'embranche
avec la première à Bein-el-Ouidan, traverse des bois d'arganiers infestés de voleurs et franchit le Djebel Ouicheddan en un point qui paraît encore plus difficile que Tizî-Ntast,
Une petite rivière, Toued Amizmiz, permet de pénétrer dans le commandement du caïd de Gourgoury. Cette région communique avec Goundafy par le Tizi-Nemer (col de la panthère).
Les habitants des pentes inférieures sont soumis au sultan; les montagnards proprement dits lui fournissent quelques cadeaux en nature, généralement du cuivre travaillé.
Le caïd de Goundafy possède un terrain cultivé entouré d'un mur (Tagadir el Bour), il envoie des cadeaux et des fantassins au sultan, mais il entend être maître chez lui et ne va jamais à Maroc.
Toute opération militaire dans ces régions serait extrêmement difficile; on raconte qu'au Tizi-Nemer une troupe de vingt bons tireurs mit en déroute une armée envoyée par Sidi Mohammed et lui tua trois cents hommes.
Ces routes sont très rarement suivies par
les voyageurs parce que les chameaux ne peuvent pas y passer; en hiver les Arabes courent le risque d'y mourir de froid.
La route classique pour aller de Maroc à Tarudant, capitale du Sous, passe par le col de Bibaouan, élevé de i,3oo mètres environ au-dessus du niveau de la mer; elle est praticable aux chameaux. Ce voyage se fait généralement en six jours.
A Touest se trouve la route de Hamsrout, qui est également praticable aux chameaux, et permet d'aller en six jours de Maroc à la tribu de Mesegguen.
Enfin on peut aller à Tarudant par Agadir; cette route fut suivie en 1882 par l'armée marocaine.
On traverse la province soumise de Chiadma, qui renferme un grand nombre de zaouïa ; cette région est moyennement accidentée; l'oued Emfis, qui peut avoir i kilomètre de large en hiver, est généralement guéable en été. De cette rivière, dont le niveau est fort élevé, partent de nombreuses seguia (canaux) qui arrosent notamment la zaouïa Cherradi
et les terres des Oudaïa, L'une d'elles entre a Maroc par le parc de la Mamounia,
On passe au pied de Djebel Thildaj montagne conique surmontée d^une table horizontale dont les bords sont à pic; on s'arrête à Chîchaoua, qui renferme un caravansérail et quelques maisons; on traverse à gué F oued Chichaoua^ on passe près de la Nzala de Sidi Moktar où on trouve de Teau et quelques ressources et on longe la zaouïa de Sidi Ouachmi Rgregui, à partir de laquelle le terrain devient de plus en plus aride.
On se dirige ensuite au sud et on campe à Bou-Riki, près d'une petite rivière appelée oued Kseb.
De Bou-Riki à Agadir on ne rencontre plus que des arganiers et des broussailles; cette région^ complètement ruinée par les exactions du caïd Ould Emflous^ est presque déserte :
de loin en loin on aperçoit des maisons de Chleuhj pour la plupart ruinées; elles sont pittoresquement perchées sur des montagnes et offrent une analogie frappante avec les châteaux forts du moyen âge.
De Bou-Riki à Dar Emflous, on traverse le défilé de Mina Takandout qui a 5 kilomètres de long et de 10 à 200 mètres de large; ce défilé est une sorte d'entaille faite dans le roc; les bords sont à pic et le fond est incliné transversalement. On arrive avec beaucoup de peine à la maison du caïd Ould Emflous près de laquelle on trouve des sources excellentes et quelques ressources. Les Européens de Mogador y vont quelquefois chasser le sanglier qui abonde dans ces parages.
A Test de Mina Takandout se trouve un autre défilé, moins difficile mais plus long, qui conduit également à Dar-Ould-Emflous.
Ensuite on suit des routes à flanc de coteau extrêmement dangereuses, on traverse des ravins où les animaux s 'abattent fréquemment, puis on arrive à Idao Guiloul où, en été, on ne trouve qu'un peu d'eau corrompue ; on passe ensuite dans le défilé de Temensift qui a 4 à 5 mètres de largeur par places et 6 kilomètres de long environ. On traverse à gué la rivière Aït Tamer dont l'eau est saumâtre; son em-
bouchure est un bon mouillage pour les chaloupes.
On suit ensuite un chemin à flanc de coteau interrompu par de nombreux ravins, et on arrive à Toued Tamerekt, rivière qui est desséchée en été et dans le lit de laquelle on creuse des puits où on ne trouve que de Teau saumâtre. Ce point est également un bon mouillage pour les chaloupes.
De Toued Tamerekt on ne marche plus que sur les pentes inférieures des falaises, et on atteint Agadir; ensuite par un chemin peu accidenté on arrive en deux jours à Tarudant. On ne peut faire ce voyage qu'avec la protection spéciale des caïds du pays et on doit emporter des provisions de toute sorte, car on ne trouve rien entre Dar-Ould-Emflous et Agadir.
Description du Sous.
Lé Sous est une plaine située au sud de r Atlas et qui s'étend jusqu'à Toued Noun.
Le nord est fertilisé par Toued Sous.
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La partie qui avoisine la source de cette rivière est très productive; on y trouve des oliviers, des amandiers et des céréales.
Vers Tembouchure et dans le cours moyen on cultive Torge, le blé, le maïs; les bœufs sont communs, mais les moutons plus rares.
Lorsque la pluie tombe au bon moment, les récoltes sont excessivement belles; dans le cas contraire les habitants arrosent péniblement leurs terres au moyen de puits profonds de plus de lo mètres.
Ils font aussi du commerce avec Mogador et y vendent de Thuile d'olive et d'argan, des amandes, du cuivre et quelques produits du Soudan.
L'arganier est un arbre fort utile qui pousse à Tétat sauvage dans les terrains les plus secs; les fruits tombent d'eux-mêmes, on les donne aux chèvres qui rendent les noyaux en ruminant ; puis lorsque ces noyaux ont été purifiés par l'action du soleil et du vent, on les livre à des femmes qui les cassent entre deux pierres avec une rapidité prodigieuse. Les amandes sont ensuite soumises à l'action d'un
5o LE MAROC MODERNE.
pressoir très simple qui en extrait Thuile d'argan.
Les deux principales villes du Sous sont :
Agadir et Tarudant.
Agadir.
On donne le nom de Agadir-Fonti à une petite forteresse située à Textrémité de T Atlas, à 3oo mètres environ au-dessus du niveau de la mer.
(Le mot Agadir s'applique à beaucoup d'autres places; en langue berbère, il signifie mur défensif.)
Fondée par un gentilhomme portugais qui y avait établi une pêcherie, Agadir fut prise par les musulmans en i536 et ouverte au commerce jusqu'en 1773, époque où Mulay Abd Allah fonda la ville de Mogador (en arabe, Souëra, petit mur) qui détourna le commerce à son profit.
Les murs d'Agadir sont bien conservés, les chemins qui y aboutissent sont difficiles et tortueux. Celui qui passe à l'est longe le mur
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