‹ Le Maroc. Publié sous la direction de Marcel Monmarché. Avec un autographe du général LyauteyChapitre 101 sur 153 · OUDJDA · texte numérisé non relu

OUDJDA

Pour les relations avec la France et avec l'Espagne, V. Voies d'accès^ p. 58, 4».

Emploi du temps. — Quelques heures suffisent pour visiter Oudjda et faire la promenade d'Ain Sidi Yahia (p. 255).

OUDJDA (ethn. : Oadjdi), ch.-l. de l'Amalat, ou province d'Oudjda, peuplé de 275,000 hab., résidence des hauts commissaires français et marocain du Maroc oriental, est situé dans la plaine des Angad, à 638 m. d'alt.

La population, de 16,600 hab., comprend 2,500 français, 1,100 autres européens, 11,000 musulmans et 2,000 Israélites.

La Medina, étroitement enserrée dans de hauts remparts bastionnés et crénelés, est bordée vers TE. d'une ceinture de 1 k. de rayon de vastes jardins d'une superficie de 6 à 700 hect. et très prospères, complantés d'oliviers et d'arbres fruitiers, irrigués par des séguias recevant leur eau d'Ain Sidi Yahia (p. 255). Après s'être installés dans la partie 0. de l'ancienne ville, les Européens ont édifié des constructions neuves au N., à l'O. et au S. de l'enceinte, créé des jardins publics et des pépinières, esquissant ainsi l'emplacement de la ville nouvelle. Plus au S., s'élève le Camp. A 1,500 m. au N., se trouve la gare, qui constitue le noyau de futurs quartiers.

Sur le passage des produits qui sortent du Maroc central, des Hauts plateaux marocains, des plaines fertiles des Trilîa et des Angad, du massif des Beni Snassene, et de ceux qui entrent par l'Algérie et le Kiss, Oudjda est un centre important de transit et de commerce. Un grand marché hebdomadaire bien approvisionné en bœufs, moutons, chèvres, laines, peaux, céréales, s'y tient tous les jeudis et vendredis.

Gare : — Gare unique de l'Ouest- Algérien et du ch. de fer milit. du Maroc. — Visite de la douane, à la fois pour les produits soumis au contrôle du Maroc et de l'Algérie.

Omnibus : — de l'hôtel Simon, à la gare, 1 fr. la place.

Hôtels : — Simon (Pl. a B3), r. de Marnia (38 ch., omnibus, téléph.); Central (Lagarde) ; de la Poste, route de Lalla Marnia; de la Gare.

Banques : — d'Etat du Maroc, V. de la Mosquée; Alqéro-Tunisienne\ Algérienne; Crédit Foncier d'Algérie et de Tunisie, r. de Marnia.

Voitures de place : — station r.

de Marnia; — P® zone : la course 2 fr., la course double 3 fr. ; 2« zone : la course 3 fr., la course

double 3 fr. 75 ; la demi-journée 12 fr., la journée entière 20 fr.; Oudjda-Sidi Yahia, aller xît ret.

avec 1 h. d'attonto, 8 fr.

Services automobiles : — d'Oudjda à Martimpreij et Berkane (Colombo):

1 serv. quotidien 10 et 12 fr. 50 la place.

Automobiles de louage : — Co-

lombo et C'*' ; .4 Icaraz ; Alvares ; Huret ; Podesta.

Bains maures : — Ben Amara; Hadj Sabouni ; Bains Habous, on face de l'école franco-arabe.

Photographie : — Benichou; Leduc.

Réjouissances locales : — deux f(Hes annuelles à Sidi Yahia, organisées l'une au printemps par les hal)itants d'Oudjda, l'autre en automne par les nomades-

OUDJDA

Histoire. — Fondée eu 994 par Ziri Ibn Atia, qui y établit sa cour et en fit la capitale de ses états, Oudjda fut pendant 80 ans le siège de la dynastie zénète. Elle passa ensuite au pouvoir des Almoravides, puis des Almohades qui y élevèrent Une ceinture de fortifications (120G). Plus tard les Mérinides et les Abd Kl Ouadites se la disputèrent violemment. Après avoir été détruite par le mérinide Abou Yakoub (1271), elle fut réédifiée par son fils Abou Youssef (l'295), entourée de nouveaux remparts, dotée d'une kasba, d'un palais, de bains et d'une mosquée. Les Chérifs saadiens et alaouites, puis les Turcs d'Alger en furent alternativement les maîtres. Ces derniers y commandèrent à plusieurs reprises, de 1554 à 1647, de 1672 à 1680, de 1692 à 1795. Entre temps, Moulay Ismaïl la fit restaurer.

Occupée et évacuée par nos troupes une première fois en 1844, en représailles des secours fournis par le Maroc à l émir Abd el Kader, et une deuxième fois en 1859, elle est réoccupée sans coup férir le 29 mars 1907 et sert de base, ainsi que Nemours, à la pacification des Beni Snassene.

La gare est tête de ligne du ch. de fer à voie large du réseau de l'Ouest-Algérien qui vient d'Algérie et du réseau du ch. de fer militaire à voie étroite qui pénètre au Maroc. A ce titre, il s'y fait d'importants transbordements.

Uavenue de la Gare aboutit à (500 m. S.-E.) la douane^ près du marabout de Sidi Toiimi; une autre voie mène à (800 m. S.-O.) la briqueterie, qu'avoisine un quartier peuplé d'espagnols.

Le boulevard du Camp, large et bordé d'arbres, monte en pente douce vers le plateau sur lequel est assise (1,500 m. N.-O.) la VILLE NOUVELLE, très étendue, qu'il traverse du N. au S., laissant à g. un cimetière musulman sans intérêt, le Monopole des Tabacs, le tribunal, Vfiôtel des postes de style néo-mauresque, près de la koubba de Sidi Hassene, un groupe scolaire, à proximité de la koubba de Mohammed Ben Ziane, la Medina (F. cidessous). Il se prolonge, 1 k. plus à l'E., par la route de Berguent qui dessert à dr. le camp Rose où se trouvent le monument Base, le Trésor et Postes aux Armées, le cercle des officiers, les haras, et, plus au N., derrière les casernèments, Vhôpital militaire. En face du camp et à l'E. de- la route, on voit successivement la gendarmerie et des terrains de bivouac, la prison militaire, le monument Souleilland et le camp d'aviation.

On entre dans la Medina par Bab El Khemis {Haut Commissariat français à 100 m. à dr., à l'intérieur des remparts, en face de la koubba de Sidi Driouiche)^ qui donne accès à l'artère principale d'Oudjda, la rue de Marnia, et traverse la ville indigène de i'O. à l'Ë. A dr., quartier des Ahel DJamel; à g., quartier européen avec le commissariat de police, l'hôtel Simon et le Crédit foncier et agricole d'Algérie- Tunisie.

Plus loin, à partir de la place Figari, que domine le minaret, construit en 1917, de la mosquée de Sidi Okba, ce sont les souksi enserrés entre les quartiers des Ouled Aïssa à dr. et des Oulem Amrane à g., et la Kisaria, sorte de grand fondouk qui réunîi une quarantaine de boutiques.

De la place Figari, une rue tortueuse aboutit au N. à Bab Ouled Amrane, dans les remparts.

OUDJDA

De la Kisaria, on peut se rendre : i° à Bab SidlAbd El Ouahab, dans les remparts E., soit par le quartier des Ahel Oudjda, soit par celui des Achakfane, qui aboutissent tous deux au marché de Sidi Abd Et Ouahab. A l'intérieur des murs, abattoirs et koubbas de Sidi Abd El Ouahab et de Sidi Djilali. C'est sur la face externe des merlons de Bab Sidi Abd El Ouahab qu'on suspendait autrefois les têtes décapitées des rebelles; les clous et des traces de sang sont encore visibles. A l'extérieur des remparts, à g., grand marché aux l)estiaux et service zootechnique,

2° à Bab Sidi Aïssa ou porte de Fès, dans les remparts S., en longeant la grande mosquée réparée, ainsi que son minaret, en 1908, la médersa, la kasba, où sont installés, le Haut Commissariat chérijien, le Quartier Général, V Etat-Major, Vécole francoarabe et un jardin public; en face des bains maures de l'administration des Habous chérifiens, la Banque d'Etat du Maroc, vis-à-vis de la koubba de Sidi Ziane.

De part et d'autre de Bab Sidi Aïssa, jardins publics, très jolis, créés depuis 1912 entre l'enceinte et le boulevard extérieur. — 'Ùinfirmerie indigène s'élève à 200 m. au sud de la porte.

Promenades. — l*" Aïn Sidi Yahia (3 k. S.-E.; courte promenade fort agréable; 8 fr. en voit, aller et ret. avec 1 h. d'attente à la source). — On s'y rend par deux itinéraires qui pourront être parcourus l'un à l'aller, l'autre au retour.

Le 1" (route) se détache de la route de Berguent au delà et à g. du camp, près de l'Aviation, pour suivre la route de Sidi Yahia, bordée de caroubiers, de jardins et de vignes et dépasser les trois marabouts de Sidi Bel Abbas, de Moulay Abd El Kader El Djilali et de Sidi Bou Médine El Ghouts. A l'horizon s'élèvent les belles montagnes des Beni Bou Said.

Le 2*" itinéraire (chemin carrossable) part de Bab Sidi Abd El Ouahab, pénètre dans la zone des jardins et vergers en séparant les deux grandes parcelles du Meksem à dr., de VOudjida à g. On rejoint l'itinéraire précédent auprès de la pépinière.

L'oAsis DE Sidi Yahia (se faire guider par le mokaddem toujours présent; pourboire) forme un magnifique cordon d'arbres verdoyants : oliviers, térébinthes, saules-pleureurs, palmiers, qui croissent aux abords de sources abondantes, tièdes et riches en potasse ; ces sources donnent naissance à deux bras de rivière dont les eaux irriguent les jardins d'Oudjda et une propriété habous, située en aval de l'oasis, où l'on s'occupe de maraîchage.

Sidi Yahia Ben Younès, santon très vénéré des musulmans, est également honoré par les juifs et les espagnols. Pour tous, c'est le St Jean de la Bible qui aurait prédit la venue au monde de Jésus-Christ. Son lieu de sépulture n'est pas certain : les uns prétendent qu'il est enterré sous les grands arbres recouverts de chiffons, les autres dans le marabout où l'on sacrifie les animaux. Dans son voisinage se trouvent le sanctuaire de

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Bon Chikhi, abrité par un arbre qui aurait la vertu de faire disparaitre les douleurs de reins, et la Khaloua de Moulay Abd El Kader et de Sidi Bon Medine, sous d'énormes troncs de palmiers.

Tout autour de l'oasis s'étend la plaine des Angady d'aspect désertique, limitée au N. par les monts des Beni Snassene (p. 259), au S.-E. par les monts des Beni Bou Said, au S.-O. par les monts des Zekkara.

2" Champ de bataille d'Isly (6 k. 0., sur la rive dr. de l'oued Isly, affluent de l'oued Mouïlah). — On s'y rend par la route de Taourirt. Un monument élevé sur la colline dite Koudiat Moulay Abd Er Rahmane, en souvenir du fils du sultan battu par Bugeaud, commémore le fait. Abd El Kader, réfugié au Maroc, n'avait pas tardé à en soulever contre nous les populations. Bon gré mal gré, le sultan avait été entraîné à la guerre sainte. Le 30 mai 1844, Lamoricière fut attaqué sur l'oued Mouïlah. Bugeaud, aussitôt accouru, essaya d'abord de négocier. Au cours des pourparlers, un attentat fut commis contre le général Bedeau. Bugeaud se résolut dès lors à combattre. Il se heurta sur risly, le 13 août 1844, à 40,000 Marocains; il n'avait que 12,000 hommes, qu'il forma en carrés, contre lesquels se brisèrent les attaques répétées de l'ennemi. La victoire fut complète. Concurremment, Tanger était bombardée le 6 août, et Mogador le 15 août, par une escadre sous les ordres du prince de Joinville. Le sultan s'empressa de demander la paix.

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