DE TANGER A EL KSAR EL KEBIR
100 k. EL KSAR EL KEBIR (eu esp. : Aicazarquivir), « la grande enceinte », ville à caractère rural qui s'étend au milieu d'une vaste et fertile plaine, dans une oasis de verdure, au croisement des routes reliant Larache à Fès, Tanger à Rabat, sur la rive dr. de l'oued Loukkos. Marché important le dimanche.
Sa population dépasse 10,000 hab., dont 8,500 musulmans, 1,600 israélites, 600 européens, non compris la garnison qui compte environ 3,500 hommes de troupes espagnoles et marocaines.
La cité ancienne « est une mourante ville de province, et de province marocaine, une languissante et fragmentaire survivance du grand passé mauresque » (A. Ghevrillon). Les maisons, à pignons, sont couvertes de toitures de tuiles, et non de terrasses horizontales : c'est une surprise en pays marocain.
Après s'être tout d'abord établis autour de la ville, de part et d'autre du Socco, les Espagnols ont élevé des constructions vers le S.-E. et vers le N., où se trouvent la Gommandance Générale, des casernes et des habitations particulières. Une voie de chemin de fer destinée à relier Larache à El Ksar a été entreprise; elle arrive à 4 k. de cette dernière ville; les travaux sont suspendus depuis 1914.
Emploi du temps. — Une heure suffit pour voir El Ksar, dont les deux quartiers sont bien ramassés autour du socco. Une promenade dans les jardins (s'adresser aux autorités locales) complétera heureusement la visite.
Hôtels (modestes) : — de Madrid (Miguel Garrido; 10 ch. à 3 pes. ; b^ins) ; Movela, quartier Bab El Oued.
Restaurant : — Cuadro Caniinos, au N. de la ville arabe, sur la route de Tanger à Rabat (rep. 3 pes. 50).
Banque : — d'Etat du Maroc.
Services automobiles : — d'El Ksar à Larache, serv. quotidien
12 pes. 50 et 10 pes. la place ; d'El Ksar à Tanger et à Rabat, serv très irrégulier, prix variables, s'in former au Socco.
Montures de loûage : — dans les fondouks avoisinant le Socco ; de 5 à 7 pes. 50 par jour.
Réjouissances locales : — Moussem annuel de Sidi Moussa, à TE. de la ville, au commencement d'octobre.
Histoire. — Emplacement probable d'une colonie grecque, puis de la colonie romaine d'Oppidiwi Novum, El Ksar El Kebir fut fondée, selon Ez Ziani, par l'émir Abd El Krim El Ketami au début du viiie s. L'almohadc Yakoub El Mansour la releva par la suite (xii« s.) et lui donna une importance double de celle qu'elle a aujourd'hui. D'une prospérité réelle, /£l Ksar Ketama fut l'une des premières villes du N. qui accepta la domination mérinide (1223). Au xv s. elle fut l'objet des convoitises des Portugais installés à Arzila. En 1503, deux colonnes expéditionnaires venant, l'une de Tanger, l'autre d'Arzila, tentent sans résultat de s'emparer d'El Ksar. Une nouvelle opération, on 1578, a lo même sort à la « bataille des Trois Rois », livrée à 18 k. N.-O. d El Ksar et ainsi appelée parce que trois rois y trouvèrent la mort : Don Sébastien de Portugal, Moulay Mohammed El Mesloukh et Moulay Abd El Malek. On sait que la disparition de Don Sebastien eut comme conséquence imprévue la disparition du royaume de Portugal qui fut absorbé par l'Espagne. A la fin du xvi« s., la ville jouit de la plus grande prospérité qu'elle ait jamais connue. Il s'y rit un commerce important entre musulmans et chrétiens.