‹ Le Maroc. Publié sous la direction de Marcel Monmarché. Avec un autographe du général LyauteyChapitre 59 sur 153 · v. c, pcns. 10 ; chambre noire, rep · texte numérisé non relu

v. c, pcns. 10 ; chambre noire, rep

Banques : — d'Etat du Maroc^ près du Méchouar ; C'« Algérienne ; Crédit Foncier d'Algérie et de Tunisie, près du Mecliouar.

C'e'' de Navigation : — de Navigation Paquet (BouUe), r. de l'Adjudant- Giraud ; Générale Transatlantique et Dland Line (Reutemann et fils); Royal Mail (Yuly et C^«).

Voitures de louage : — Mogador n'en possède pas.

Garages et location d'autos : — Boulle, r. Haddada; Reutemann.

La location se compte à raison de 2 fr. le k., les distances étant calculées sur l'aller et le ret. Prix d'une auto particulière pour Marrakech, 500 à 600 fr.; pour Safi,

400 à 500 fr. ; durée du trajet, 4 h.

Bains maures : — établissement, r. de la Médina, 1 fr.

Tabacs et cigares : — A La Civette, av. du Chayla.

Papeterie, journaux, cartes postales : — Mlle Fouyssat, av. du C'nayla.

Photographie : — Jolmston, r. de l'Adjudant-Giraud (travaux pour touristes) ; Fouyssat, av. du Chayla.

Consulats : — Angleterre :

à! Espagne \ à' Italie ; de Hollande ; des Etats-Unis; de Danemark et de Portugal.

Spécialités : — petits meubles en bois d'arar (thuya), incrusté de bois de citronnier, de noyer, etc. ; plateaux en cuivre ciselé.

Histoire. — Mogador tire son nom de Sidi Megdoul, le patron actuel de la ville. La cité fut construite sur l'emplacement de l'antique Thamusiga par Sidi Mohammed Ben Abd Allah en 1765. Même avant sa fondation, la position de Mogador avait retenu l'attention de la France, qui donna au chevalier de Razilly la mission d'aller occuper ce point en 1629, dans le but de « faire le commerce des peaux, des fers, des draps, de la poudre d'or et des plumes d'autruche ». Mais cette expédition ne réussit pas. Voici dans quelles conditions Sidi Mohammed fonda la ville : Ce souverain, n'exerçant qu'une autorité précaire sur les ports de Larache et de Salé, voulut doter ses corsaires d'un port d'attache qu'il pût toucher en toute saison et d'où il pût en môme temps surveiller la côte S. pour empêcher toute exportation clandestine. A cet effet, il fit bâtir la Mogador actuelle, qu'il dota de mosquées, de médersas et de fortifications. Pour attirer des commerçants européens, il dispensa les étrangers de toute taxe douanière. Le port fut ainsi peuplé en peu de temps.

Après la bataille d'Isly (1844), le prince de Joinville bombarda la ville, s'empara de l'îlot situé à l'entrée du port et y installa une garnison de 500 hommes qui s'y fixa jusqu'en mars 1845,^ date de la convention franco-marocaine de Lalla Maghnia. Le souvenir du bombardement s'est conservé jusqu'à nos jours : un chant de « chikhat », chanteuses indigènes, le perpétue. — En raison de son éloignement de la capitale marocaine, Mogador a été un moment l'objet des convoitises des agitateurs du S. En août 1906, Anflous entra dans la ville, commença d'y exercer son autorité en prenant en mains son administration et en faisant rentrer tous les Juifs dans l'ancien mellah. Mais il s'enfuit en septembre à l'apparition du vaisseau français Galilée. En octobre 1908, la ville fut encore le théâtre de troubles soulevés entre la police et les troupes hafidites; depuis, elle a recouvré la tranquillité.

Départ de l'artère principale, avenue du Meghouar, de la porte qui la sépare de la rue Haddada. On suit cette avenue, en se dirigeant au S.-O. vers le port. A g. grande mosquée, avec un minaret en pierres de taille. — Plus loin à g., une rue, bordée de la Banque d'Etat et du bureau de poste, conduit route de Marrakech par Bab Es Seba.

On laisse à dr. le jardin public, limité par la douane que l'on contourne pour atteindre la porte de la Marine, après avoir

jeté un coup d'œil à dr. sur un ancien bassin à barcasses et un bastion armé avec une tour à signaux.

Cette porte, qui ferme jLentrée du port, de belles proportions et solidement bâtie, est flanquée, du côté de la mer, de deux colonnes cannelées et engagées. Au fronto^, une inscription arabe fait remonter la date de la construction à 1184 de l'Hégire (1760) par Sidi Mohammed, le fondateur de la ville.

De ce point, on a une belle vue d'ensemble sur le port {V. ci-dessous), sur l'île et la baie de Mogador et la plage S. plate et circulaire, sur l'ancienne forteresse (p. 132), le vieux palais du sultan (p. 133) et le village de Diabat (p. 132) qui s'estompent dans le lointain.

La petite baie de Mogador est protégée à l'O. par une île et un groupe d'îlots, au N. par le prolongement de la pointe rocheuse sur laquelle est assise la ville ; mais elle reste ouverte aux vents violents du S.-O. Un port s'imposant, deux jetées sont en cours d'exécution. La jetée O. aura 295 m. et la jetée E. 285 m. Deux passes de 40 et de 20 m. donneront accès à un bassin intérieur d'une superficie de 4 hect. dont les fonds seront abaissés à 1 m. 50. Une darse de 180 m. sur 60, profonde de 1 m., sera bordée de 200 m. de quais. Une dépense de 4 millions est prévue pour le port, qui servira d'abri aux remorqueurs et aux barcasses et sera muni d'engins de manutention.

Le commerce total, qui fut de 20 millions en 1915, est passé en 191d à 25 millions se répartissant sur 30,000 tonnes. Aux importations s'inscrivent : tissus, fers, thés, sucres, matériaux de construction ; aux exportations : céréales, amandés, laines, peaux, alfa, gommes.

On rentrera en ville par I'avenue du Ghayla, au fond de laquelle se trouve la caserne du Chayla, dont l'entrée s'orne d'un curieux décor d'arabesques géométriques taillé dans la pierre.

Tournant immédiatement à g. pour passer sous les voûtes d'une rue étroite, on se rendra aux bureaux de la Place pour demander au commandant d'armes l'autorisation de visiter la Skala, ancienne batterie portugaise d'un réel intérêt, et qu'on verra aussitôt.

La "^Skala, édifiée en face de l'île de Mogador, est une plateforme surélevée de près de 200 m. de long, bordée du côté de l'Océan de créneaux en arrière desquels sont encore rangées de nombreuses pièces d'artillerie en fer et en bronze. Parmi ces dernières, il en est qui furent fondues sous Philippe III, en 1595 et en 1614; d'autres sont de 1777 ou postérieures et sortent des ateliers de Séville et de Barcelone. L'extrémité N. de la batterie est dominée par un bastion solidement construit, armé lui-même de canons. A l'étage inférieur, des locaux nombreux étaient destinés à abriter les hommes et les munitions et à recevoir des réserves d'eau.

De la Skala, on, se rendra rue de la Medina, d'abord bordée de boutiques de petits marchands (remarquer quelques ciseleurs de plateaux en cuivre jaune) et desservant le quartier des Beni Antar et le mellah. Après avoir vu, de la terrasse de la minoterie française, un peu en retrait à g., le panorama sur la

ville et sur la mer, aller jusqu'au bout du quartier Israélite, en passant devant le sanctuaire de Moulay Ahd El Kader El Mali et joindre Bah Doukkala, au N^de la ville, d'où part la piste cutière de Safi. A l'extérieur . quelques jardins, télégraphie sans fil, tours ruinées qui furent probablement d'anciens moulins à vent et plage de Safi.

Revenir en ville par la rue du Lieutenant-Gazes, qui traverse le marché à son point de croisement avec la rue du Dar El Makhzen : celle-ci conduit, au S.-O., à Bah Marrakech,

L'emplacement du n^arché est marqué, à dr. par un souk dont les boutiques s'alignent derrière une galerie soutenue par des colonnes en pierre, à g. par d'autres souks assez curieux à voir.

Sur le côté g. de la rue Haddada, prolongeant la rue du Lieutenant-Gazes et ramenant au Mechouar, on s'arrêtera devant les boutiques des éhénistes indigènes.

Mogador possède des artisans qui se sont spécialisés dans la confection de petits meubles en bois d'arar (thuya) : tables, cotfrets, cadres, etc., ornés de sculptures, d'incrustation de bois précieux : noyer, citronnier, ébène, écaille, etc.. ou de bois très finement tournés analogues aux moucharabies d'Egypte.

Environs. — 1® Iles de Nogador (800 m. S.; 1 h. aller et ret. en barque ou en canot automobile à demander à l'une des C'*^* de navig:ation). — Cette agréable promenade, à faire par beau temps, permet de voir Mogador sous un aspect très différent. Dans l'île principale se trouve un bassin central où I on accède par deux arches creusées par les flots; des pigeons y vivent en grande quantité. Dans l'autre île, seule habitée, on remarque des emplacements de batteries, une prison fermée par quatre murs, et une mosquée en bon état.

2"^ Diabat (4 k. S.; très bonne route; 2 h. aller ec ret. Promenade recommandée pouvant se faire à pied. Les touristes désireux de faire l'excursion à cheval ou à mulet s'adresseront d'avance à I hôtel). — On sort par l'une des deux portes, Bab Marrakech ou Bab Es Seba, pour prendre la route de Marrakech qui longe la canalisation amenant les eaux de l'oued Ksob en ville.

1 k. Phare {en construction) constitué par une tour en maçonnerie qui recevra un feu de position destiné à éclairer la baie de Mogador. — A 100 m. en arrière, sur une éminence sableuse, sanctuaire de Sidi Megdoul, patron de la ville et saint très vénéré. Au delà, ligne ininterrompue de dunes dont quelques-unes, très hautes, donnent à ce coin l'aspect d'un paysage saharien.

A partir de ce point, l'établissement de la route a nécessité de coû teux travaux. La chaussée est retenue par une double ligne de murs en maçonnerie dont l'intérieur a été comblé de sable, puis a reçu un empierrement. Cette chaussée se poursuit sur un pont de pierres à ■ 18 arches, construit en 1917-1918 sur l'oued Ksob et dont le coût a atteint près d un million.

4 k. Diabat, village indigène, sans intérêt, de quelques masures avec mosquée et minaret, situé sur la rive g. et près de l'embouchure l'oued Ksob. De là, on a une magnifique vue d'ensemble sur Mogador toute blanche, sa baie et son île.

Près de Diabat, du côté de la mer, se trouve un ancien palais du Sultan aujourd'hui complètement ensablé. La construction comprenait une çnceinte carrée flanquée à chacun de ses angles intérieurs d'un pavillon

DIABAT, — LA FORÊT D'ARGANIERS. [13] — 133

à un étage et à toit pyramidal recouvert de tuiles vertes. Les parois des salles étaient décorées de zellijs multicolores, de plâtres sculptés et les plafonds étaient peints. Au centre de la cour, restes d'une habitation avec péristyle soutenu par trois arcs et des colonnes en marbre s sculpté de médiocre style.

Enfin, à quelques centaines de mètres de ce palais et sur la plage, s'élèvent les ruines d'un vieux fort qui, par sa position en face do l'île de Mogador, commandait l'entrée de la baie. Miné sans doute par la marée, l'ouvrage s'est ouvert en deux. Il devait avoir environ 50 m. de diamètre et s'élever à 4 ou 5 m. au-dessus des plus hautes eaux. Sa plate-forme supérieure, circulaire, était destinée à recevoir des canons qu'abritait une imposante barrière percée de larges embrasures. Un chemin de ronde, protégé par un autre mur extérieur crénelé, faisait le tour de la forteresse. A Tintérieur de cette masse étaient ménagées des casemates pour recevoir les munitions. Le tout, construit en un très solide béton, serait l'œuvre de renégats européens. Le rôle de ce fort, autrefois occupé par une douzaine d'hommes, était de surveiller, jour et nuit, la mer et l'arrivée des barcasses qui empruntaient la passe S. alors praticable.

3** Hôtel Palmera (10 k. S. ; route, puis piste autocyclable). — 4 k. de Mogador à Diabat ( V. ci-dessus, '2°). On suit encore la route de Marrakech pendant 3 k. pour prendre une piste à dr. — 10 k. Hôtel Palmera (actuellement fermé), établi par des Anglais, en pays broussailleux et boisé, en beau terrain de chasse.

4*^ La forêt d'arganiers (15 k. S.-E. ; à faire sur la route autocyclable de Marrakech. Les personnes venant de la capitale du Sud ou s'y rer^dant traverseront la forêt en plusieurs de ses points). — Mogador est entourée d'une forêt qui s'étend en pays Chiadma au N., Haha au S., parallèlement à l'Océan, sur une profondeur de 40 à 50 k. et une longueur d'env. 150. Cette forêt est peuplée d'une essence spéciale, ïarganier (argania sederoxylon) avec feuilles persistantes comme celles de l'olivier, au tronc noueux et bas, n'atteignant pas plus de 5 à 6 m. de hauteur. Cet arbre croît sur tous les terrains et à des altitudes variant de quelques mètres à mille mètres, sans former de forêts touffues. Les plants en sont très espacés et apparaissent au loin comme autant de taches noires sur un sol nu. Le bois est dur et de couleur jaune ; on en fait un excellent charbon. Les feuilles servent à l'alimentation de la chèvre et du chameau. Son fruit, Vargnn, drupe semblable à une grosse olive, est avalé par les bovidés et les chameaux au pâturage; la pulpe, d'une réelle valeur nutritive, est digérée. Le noyau, rejeté, est recueilli par les indigènes qui de l'amande extraient ïhuile d'argan, d'une couleur brune, d'une saveur peu agréable mais néanmoins recherchée. Les tourteaux d'argan servent également à la nourriture des chameaux et des bêtes à cornes.

La forêt d'arganiers se prolonge jusque dans la vallée du Sous. Sur certains points, elle renferme quelques autres essences, notamment le genévrier de Phénicie, le thuya « arar > fournissant la gomme sandaraque utilisée en Europe dans la fabrication de certains vernis et de cires à cacheter.

De Mogador a Marrakech, p. 102; — a Safi, p. 126; ~ a Agadir, V. ci-dessous.

Les ILES Canaries et Madère. — La Roycf,l Mail Steam C° assure un service mensuel de la côte atlantique marocaine qu'elle quitte en dernier lieu à Mogador pour les îles Canaries et Madère en touchant Las Palmas, Ténériffe et Madère avant de retourner en Angleterre.

Prix respectifs pour la 1« cl. : 4 £ 15 s. ; 5 £ 15 s ; 6 £ 10 s.

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