‹ Le Maroc. Publié sous la direction de Marcel Monmarché. Avec un autographe du général LyauteyChapitre 74 sur 153 · DE RABAT A SALÉ · texte numérisé non relu

DE RABAT A SALÉ

niers indigènes, a conservé toute sa couleur locale; ses hauts remparts, ses souks animés, ses quelques monuments, son coquet mellah sont fort curieux et pleins d'intérêt.

L'agglomération européenne, semi-civile, semi-militaire, s'est installée, en 1913, entre les remparts de Bab Bou Haja et l.i rive dr. de l'oued, à proximité de la gare. Les rues, aujourd'hui bordées d'arbres, ont été tracées dans les sables de la partie haute de l'ancienne plage. «

Gare : — gare du chemin de fer militaire, entre la ville et le port.

Hôtel : — de la Plage (Placidi; PL a B4; modeste).

Café : — de 1' 6^nion (Bordenave).

Poste : — bureau à la Medina.

Garages : — Sultan-Garage (Guillaume).

Spécialités marocaines : — cuirs tannés, babouches, ouvrages en bois marqueté et tourné, nattes de jonc, broderies de soie sur étoffes, tissus

de coton (mlahem), couvertures ornées (hanbel), tapis à haute laine et à points noués, fers forgés, sculpture de la pierre, du plâtre et du bois; mosaïques de faïence.

Réjouissances locales : — fête de V Achoura, l*"" quinzaine d'octobre ; c'est de Salé que part, à cette époque, le bsate ou carnaval du sultan; fête des bougies (s'informer de la date) ; moussem de Sidi Moussa, début de septembre.

Histoire. — Sla remonterait au xr s., à l'époque de l'Ifrenide Temim Ben Ziri, roi de Chella et du Tadla. Au milieu du xi^ s., elle comptait trois quartiers vraisemblablement situés aux abords de la grande mosquée actuelle. L'almohade Abd El Moumene s'en empara en 1132. Yakoub El Mansour y fit bâtir une mosquée et la relia à Rabat par un pont détruit depuis. C'est à cette époque que remonte la construction d'un arsenal (restes au mellah).

Au moyen âge, Salé fut le port marchand et l'entrepôt commercial le plus important de la côte occidentale. Elle devint le rendez-vous ordinaire des marchands chrétiens de la Méditerranée, des Flandres et de l'Angleterre. Ses habitants, les Salétins, étaient réputés pour leur courtoisie et leurs aptitudes commerciales; ils vendaient des peaux, des laines, des tissus, des tapis, de l'ivoire, de la cire et du miel; ils achetaient des draps et des objets manufacturés aux marchands pisans, génois, catalans et vénitiens. Elle devint naturellement l'objet des convoitises des maîtres successifs du pays.

L'émir mérinide Abou Yahia Ben Abd PJl Hakk y entra en 1251 et Abou Yakoub dut la reprendre lui-môme en 1260 aux Espagnols qui s'en étaient emparés par surprise : un jour de fête d'Aïd Es Seghir, le roi de Castille Alphonse X avait pu débarquer et pénétrer dans la ville qui fut mise à sac, il se retira avec son butin et la laissa fort endommagée. Pour prévenir de nouvelles incursions, des fortifications furent élevées. C'est sans doute à ce moment que fut construite la porte du mellah, Bab El Merisa. La médersa, l'école de médecine, l'aqueduc, la mosquée d'El Merini, la zaouïa de Dar Nousak sont également dus aux Mérinides.

A la suite d'une révolution (1627), Salé se constitua en Etat presque indépendant et devint la capitale de l'émir El Aïachi, qui étendit son autorité jusqu'à Fès et l'Oum Er Rebia, organisa et intensifia la course. De concert avec les ports voisins de Fedala et de Larache, elle écuma l'Atlantique, rendant tristement célèbres les corsaires salétins. Elle fut alors assez puissante pour s'emparer de Rabat, dont le sort fut lié au sien pendant quelque temps. Ainsi se créa la « République des Deux- Rives »>.

Au début, la course ne s'exerça que contre les Portugais et les Espagnols; et les relations commerciales avec la Hollande, l'Angleterre et j

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la France restèrent assez actives. Par la suite, les corsaires ne faisant plus de distinction, Richelieu envoya, à titre de représailles, le chevalier de Razilly devant Salé avec 7 navires pour bloquer la ville (1629); mais le mauvais temps fit échouer l'entreprise. En 1635, ce sont les Anglais qui cherchent à ramener les Salétins à la raison. En 1680, sous le règne de Moulay Ismaïl, Louis XIV charge le chevalier de Château- Renaud d'une nouvelle expédition. Celui-ci, avec 6 vaisseaux, parvient à bloquer Salé et à détruire plusieurs corsaires ; il provoque ainsi la conclusion du traité de paix de 1682, qui accorde certains droits à la France et ouvre avec elle une èro de relations cordiales. Pour un temps, Salé devient une intéressante base commerciale française du Maroc.

Vers 1700, la dynastie alaouite installe une milice nègre à la kasba des Oudaïa et la Ville des Deux-Rives reconnaît définitivement l'autorité des sultans (1737). Avec la liberté, le port des pirates perd son opulence et décline rapidement. Sidi Mohammed Ben Abd Allah essaie, sans grand résultat, d'y réorganiser la course; mais les puissances européennes ne laissent plus piller impunément leurs navires de commerce. En 1765, des vaisseaux français commandés par du Chaff'aut bombardent Salé pendant deux jours, ce qui vaut à la France le nouveau traité de 1767, plus avantageux encore que le précédent. Salé devient le siège du consulat français jusqu'en 1795. J. Chénier, père d'A. et deJ. Chénier, est notre premier consul au Maroc. Les autres puissances européennes usent elles-mêmes de représailles chaque fois qu'elles sont lésées. Le commerce du port périclite à tel point qu'en 1818, Moulay vSlimane renonce définitivement à la course. Toute activité est dès lors éteinte. A la suite du pillage dans le port de deux vaisseaux français chargés de blé, une escadre vient encore une fois bombarder la ville (1851). Plus tard, Salé et Rabat se jalousent et sont complètement déchues à l'arrivée des troupes françaises (1913).

Du débarcadère de la rive dr., on voit à g. la belle plage de Salé et à dr. une région de marais. L'appontement se prolonge ensuite sur une avenue empierrée. A la hauteur du jardin public se détache, vers l'E., la rue de Knitra qui dessert (100 m.) la gare de Salé-Plage.

L'avenue, plantée d'eucalyptus, est bordée à l'O. par une série de bâtiments militaires : le camp Rigot, les subsistances militaires, le parc d'artilleriey qui s'élèvent en face de quelques maisons européennes clairsemées.

Franchie l'enceinte S. par Bab Bou Haja, on oblique légèrement à g. pour se rendre au souk de Sidl Merzouk où travaillent des bijoutiers juifs, des brodeurs et des dévideurs de soie. Au delà, sur la rue du souk El Ghezel, s'élève le fondouk Askour.

Ce fondouk est une ancienne faculté de médecine et un ancien hôpital construit par le mérinide Abou Inane, vers le milieu du xiv® s. C'est un bâtiment sans prétention, à un étage, avec galeries sur 3 faces. Le vertueux Sidi Moussa (p. 166) y vécut au milieu des filles publiques qui l'habitèrent un temps. Il s'y vend actuellement de la laine et de l'huile.

La rue fait un coude, puis franchit Bab El Mellah El Kedim, porte de l'ancien mellah. Surmonté d'arceaux et bordé de vieilles façades, le passage conduit directement à la grande mosquée et à la médersa.

La grande mosquée (entrée interdite) est de fondation déjà ancienne, probablement mérinide, mais a subi de nombreux

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