‹ Le Maroc. Publié sous la direction de Marcel Monmarché. Avec un autographe du général LyauteyChapitre 9 sur 153 · APERÇU GÉOGRAPHIQUE ÉCONOMIQUE ET ADMINISTRATIF · texte numérisé non relu

APERÇU GÉOGRAPHIQUE ÉCONOMIQUE ET ADMINISTRATIF

Situation. — Le Maroc termine à l'O. le pays si diversement appelé par les auteurs : Berbérie, Maghreb, Afrique mineure, Nord-Africain. Il constitue le Maghreb El Aqça des Arabes, la « terre du couchant la plus occidentale ».

Il est compris entre le 36*^ et le 29" parallèle de lat. N. d'une part, le i3" et le -S" parallèle de long. O. de Greenwich d'autre part. Nettement borné au N. et à 1"0. par les Irontières naturelles de la Méditerranée et de l'océan Atlantique, qui communiquent entre eux par le détroit de Gibraltar, puis au N.-E. par une frontière politique tracée par les traités et s'étendant de l'embouchure de l'oued Kiss au Téniet Es Sassi, ses limites deviennent moins précises du côté de l'Algérie, dont il est séparé par une zone frontière ou confins algéro-marocains ; il en est de même vers le S., où les régions désertiques du Dra et du Tafilalet aboutissent au Sahara.

Le Maroc a une superficie approximative de 5oo à 55o,ooo k. carrés, sensiblement égale à celle de la France; 420,000 k. carrés sont soumis à l'influence française.

Orographie. — Les massifs montagneux du Maroc sont plus élevés que ceux de l'Algérie-Tunisie, dont ils sont pourtant le prolongement. Bien que des précisions manquent encore pour certains d'entre eux, les grandes lignes du relief apparaissent assez nettement pour qu'on puisse v distinguer deux chaînes principales : l'Atlas et le Rif.

L'Atlas marocain ou chaîne intérieure fait partie de cette suite de reliefs qui s'échelonnent de l'E. à l'O. de la Berbérie. Il comprend : le Haut Atlas, qui court sur une distance d'environ 1,000 k., du Haut Guir jusqu'au cap Ghir, dans une direction E.-N.-E.— O.-S.-O. et forme la partie la plus saillante du système orographique marocain dont les sommets les plus élevés, tels le Tamjout, le Likoumt et l'Ari Ayâchi atteignent des hauteurs variant entre 4^000 et 4i5oo m.; VAnti-Atlas, rameau qui se détache de la chaîne principale au Djebel Siroua (3,3oo m. environ) aux deux tiers de sa longueur en partant de l'E. et va, s'abaissant, en direction N.-E.--^.-0., jusque vers l'Atlantiquedansle Tazeroualt; le Moyen Allas, second rameau faisant en quelque sorte suite au précédent en direction S. -O.— N.-E., et qui se développe jusque dans la région de Taza après s'être élevé, au Djebel Bou Iblal, à 4,000 m. ,

Le Bif, chaîne indépendante et littorale, décrit ur> ard de cërcle

MAROC» ' i

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dont la concavité, regardant la mer, s'étend de la presqu'île de Giielaïa (Melilla) au Djebel Moussa, deuxième colonne d'Hercule, qui domine Ceuta. Ses points les plus élevés paraissent se trouver dans rO. chez les Djebala, au Djebel Tiziren (2,5oo m.).

La dépression comprise entre le Rif et les contreforts septentrionaux du Moyen Atlas forme un couloir qui a son minimum de largeur dans les environs de Taza. Sur ce point, où elle porle le nom de trouée de Taza, elle va s'élargissant : vers l'E. dans la vallée de la Moulouya et la plaine des Angad; vers l'O. pour former les plaines du Gharb. Elle livre ainsi passage aux voies de Tlemcen à Fès et à l'Atlantique par Oudjda et Taza, par où sont passés autrefois les invasions et le commeice. Les marocains l'appellent trik es soltane, la route impériale.

La contrée située entre le Haut Atlas et l'Océan, assez basse, appelée par les géographes la meseta marocaine, à cause de son analogie avec le plateau central espagnol, la meseta ibérique, comprend le pays des Chaouïa, des Zàer, des Doukkala, des Abda et du Haouz de Marrakecli, c'est-à-dire le grand triangle compris entre l'Océan, de Rabat au cap Ghir et l'Atlas. — D'autre part, le pays compris plus au N. dans le triangle Tanger-Rabat-Kès est le Gharb dont le principal fleuve est le Sebou. ^

Le Sous est enserré entre le Haut Atlas occidental et l'Anti-Atlas. C'est une vallée aux eaux abondantes, de 200 k. env. de long sur 40 k. de large.

Vers le S., la chaîne de l'Atlas domine une région de plateaux et de plaines, où seuls, dans le Dra et le Tafilalet, émergent quelques lambeaux de chaînes anciennes (gour).

A l'E. enfin, les confins algériens comprennent, encadrée dans les ramifications du Haut et du Moyen Atlas, une région de plateaux igada) oude plaines alluvionnaires couvertes de lacs (c/iofO siu nombre desquels se trouvent le Chott Gharbi.

Climat. — Méditerranéen dans le N., atlantique dans l'O., saharien au S., continental à l'intérieur des terres, le climat du Maroc est varié à l'extrême. Aux abords du détroit de Gibraltar, il se ressent des échanges atmosphériques qui s'effectuent entre la Méditerranée et l'Océan. Dans les régions méridionales, il n est pas à l'abri (h > influences sahariennes car le Haut Atlas n'oppose pas une barrièir infranchissable à l'atmosphère du grand désert.

En hiver, les vents dominants sont ceux d'O. et S.-O. En été, le vent dominant vient du.N.-E. Dans le couloir de Gibraltar, les vents sont violents et variables par suite des grandes différences de pression et de température entre les deux mers. Le siroco est plus rare qu'en Algérie: par contre un vent d'E. ,1e c/zer^/wi, d'origine continentale, en a parfois tous les caractères. La brise de mer, qui se fait sentir en été sur les côtes, abaisse la température des heures chaudes du jour sur tout le littoral et se fait sentirassez avantdans l'intérieur.

Comme la côte méditerranéenne, la côte atlantique est caractérisée par une humidité assez grande qui se traduit par des brouillards et des rosées abondantes. Elle reçoit des pluies périodiques amenées

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par des vents d'O. et du S.-O., tombant par intermittences d'octobre à avril et donnant leur minimum au S. et leur maximum au N. : 227 mm. au cap Juby, 35o mm. à Mogador, 764 mm. au cap Spartel, 887 mm. à Tanger. — A l'intérieur, la saison des pluies s'étend sur une durée plus ou moins longue; la hauteur moyenne varie entre 3oo et 900 mm. : les précipitations se font, au-dessus de 1,000 m., sous la forme de neiges; celles-ci persistent parfois très longtemps sur les hauts sommets; il n'est pas certain cependant qu'il en existe de permanentes. La zone des steppes située au S. et à l'O. d'Oudjda ne reçoit que 3 ou 4oo mm. d'eau; plus au S. c'est le climat désertique. En résumé, l'année se divise en deux saisons : l'une fraîche, des pluies, de novembre à avril; l'autre, sèche, des chaleurs, de mai à octobre.

La température est douce et égale sur le littoral méditerranéen ou atlantique, et plus égale à mesure qu'on s'avance vers le S. Les moyennes des mois les plus chauds et les plus froids sont 18^,4 et i4*',3 à Mogador, 22^,2 et 12°, 7 à Rabat, 24 et ii*',7 à Tanger. A l'intérieur du pays, les variations thermiques journalières sont très accusées et les différences plus grandes entre les températures d'hiver et celles d'été. En s'éloignant des côtes, la chaleur augmente rapidement en été et diminue considérablement en hiver, surtout la nuit. Les nuits sont généralement fraîches. Les températures au-dessous de zéro, constatées dans les plaines et sur les plateaux de l'intérieur en janvier ou février, sont assez rares et ne sont que momentanées.

HYdrographie. — Le réseau hydrographique du Maroc contraste avec celui de la Berbérie centrale et orientale. Le relief plus accentué du sol, le régime des eaux plus abondant, l'existence des neiges dans les régions élevées de l'Atlas donnent naissance à des fleuves d'un débit plus constant qui portent leurs eaux à l'Atlantique, à la Méditerranée et vers les dépressions sahariennes.

Des fleuves qui se jettent dans l'Océan, les moindres sont le Loukkos et le Boa Regreg, qui ont leurs embouchures respectives à Larachc et à Rabat-Salé.

Le Sebou, très important, peut être comparé à la Loire. 11 prend sa source à 120 k. au S.-E. de Fès et passe près de cette ville. Grossi de nombreux aflluents, il a 3oo m. de largeur dans son cours inférieur. Il serait navigable sur une grande partie de son parcours; le récent port de Knitra, à 11 k. en amont de son embouchure, est établi sur l'une de ses rives. — L'Oum Er Bebia coule dans des méandres encaissés avec une pente très forte; il débouche dans l'Océan à Azemmour. — L'oued Tensift passe non loin de Marrakech et a son embouchure entre Safi et Mogador. — L'oued Sous, qui arrose Taroudant, se jette dans l'Océan près d'Agadir. Ces deux derniers fleuves irriguent les vallées et les plaines qu'ils traversent. — Formé de deux principaux affluents, les oueds Iriri et Dadès, l'oued D/vi conduit ses eaux, de plus en plus rares à mesure qu'il s'en rapproche, dans l'Océan au voisinage du cap Noun. — D'autres cours d'eau d'importance moindre coulent entre ceux-là. Ils sont surtout nombreux à la hauteur du Gharb et de la Meseta marocaine.

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Dans les grands bassins fermés des régions sahariennes aboutissent les oueds Ghris, Ziz, Guiv et Zousfana. Ces deux derniers ne coulent qu'au moment des grandes crues.

Sur le versant méditerranéen, la Moulouya parvient, non sans s'être épuisée avant d'arriver à la mer par l'évaporation dans les steppes, à porter une partie des eaux de l'Atlas vers la Méditerranée . Du Rif et des Djebala enfin, descendent rapidement à la mer de nombreuses rivières.

Côtes. — La côte méditerranéenne se développe de l'E. à l'O. sur une longueur de près de 5oo k. en faisant face aux rivages de l'Espagne. Très abrupte, elle est entaillée de belles baies en arc de cercle comme toutes les baies méditerranéennes, mais presque toujours insuffisamment abritées et communiquant difficilement avec l'intérieur. Le détroit de Gibraltar en est le point vital : là s'ouvrent les relations entre TAtlantique et la Méditerranée et la valeur s'en est encore accrue depuis le percement du canal de vSuez. Sur le détroit sont Tanger et Ceuta. Plus à l'E. se creusent successivement les baies Oe Badès, Alhucemas et Melilla à l'abri du cap des Trois- Fourches. Non loin de la frontière oranaise s'avance le cap de l'Eau que prolongent les îles Zaffarines.

La côte atlantique s'étend, à partir du cap Spartel, en direction N.-N.-E.— S.-S.-O. sur plus de 1,000 k. de longueur. Monotone, elle manque d'abris naturels; elle forme en général, au bord de la mer, une berge assez basse constamment battue par les vagues. Par endroits même, elle est constituée par des sables en arrière desquels se trouvent des marécages. Très espacés les uns des autres, saillent quelques caps : le cap Blanc au S. de Mazagan, le cap Cantin au N. de Safi, le cap Ghir au N. d'Agadir.

L'embouchure des fleuves y est caractéristique : la rive droite est basse et sableuse, la live gauche élevée et taillée dans la falaise; de plus, la rencontre du courant fluvial et des eaux marines donne naissance au phénomène de la 5a/ re qui rend souvent difficile l'accès des fleuves. La science des ingénieurs a entrepris de suppléer aux défectuosités physiques des côtes par la construction et l'aménagement de ports dont celui de Casablanca, le plus important, a permis d'accéder au pays.

Sol. — Les massifs montagneux, ravinés par le ruissellement des eaux, ont peu ou pas de terre végétale, tandis que les plaines et les vallées sont au contraire recouvertes de terre végétale ou d'alluvions de natures diverses, quelquefois très profondes. Les terres noires, fortes, qui se fendillent en se desséchant, appelées tirs, s'étendent par taches elliptiques plus ou moins grandes entre les oueds Bou Regreg et Tensift sur une longueur de plus de ooo k. et une largeur de 60 à 100 k.; elles forment les régions Zaër, Chaouïa, Abda et Doukkala. Leur fertilité exceptionnelle, qui en fait de magnifiques terres à céréales, est due à leur composition, à leur profondeur et à la propriété qu elles ont de retenir l'eau. Aux tirs s'opposent les hamri, terres rouges, légères, sablonneuses, souvent liches en chaux et en

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acide phosphoriqiie, mais se desséchant rapidement, et les rme/, tout à fait sablonneux. Sans être d'une aussi grande fertilité que les premières, celles-ci sont très aptes à la culture pourvu que les pluies soient assez abondantes.

Flore et faune. — . La flore du Maroc contient surtout des espèces méditerranéennes: elle varie avec l'altitude, le relief et la nature du sol, et principalement le degré d'humidité; quelques centimètres de pluie de plus ou de moins, et c'est la forêt, ou la steppe herbeuse, ou le désert.

Sur le littoral et dans l'Atlas, qui reçoivent plus de 600 mm. de pluie, croissent les loréts de chêne-liège et de chêne-vert. Dans l'intérieur et sur les points qui reçoivent moins de 600 mm., ce sont les conifères qui l'emportent : pin d'Alep, génévrier et thuya d'où l'on extrait la gomme sandaraque. Le cèdre se maintient dans les régions d'altitude du Rif et du Moyen Atlas. Au bord des cours d eaux croissent les lauriers-roses, les tamaris, les saules, les clématite;»;: sur les pentes du Haut Atlas, quekjues saxifrages et un beau chrysanthème; sur les sommets, des plantes odorantes : lavande, menthe, thym, sauge.

Par (legiés insensi])les, la forêt passe à la friche par l'intermédiaire du maquis où dominent l'olivier et le lentisque parmi le chênekermès, l arbousier, la bruyère, les myrthes, le genêt, le cytise, le romarin et l'armoise. Sur les terrains peu propres à la végétation arboi'escente ou recevant peu de pluie, le sol se couvre de plantes bulbeuses (asphodèle, colchique, scille) et de graminées auxquelles se mêlent soit le palmier nain, soit le jujubier sauvage. — Les steppes de l'intérieur où les pluies ne parviennent qu'en faible quantité sont de l'iches pâturages où nomadisent pasteurs et troupeaux : ce sont les régions de l'alfa, de l'armoise et du sparte; sur les points où se forment des dunes croissent le drinn ou le rtem ; les dépression» fraîches et profondes sont marquées par des pistachiers-térébinthes, betoum. — Au S.-O. du Maroc croit l'arganier, ordinairement confiné dans les régions tropicales, et qui constitue une remarquable exception bolanique. — Les régions sahariennes sont pres([ue entièrement dépourvues de végétation. Les oasis de palmier dattier sont de minces rubans de verdure occupant des étendues réduites.

La faune a aussi un caractère nettement méditerranéen. Il en sera parlé à propos de l'élevage et de la chasse.

Productions forestières et agricoles. — Le chêne-liège couvre 25o,(XX> hectares de superficie dans les territoires Zemmour, Zaër, Zaïane et Mamora. La forêt de Mamora, la plus importante, occupe i3o,ooo hect. et équivaut à elle seule au double des boisements tunisiens, à la moitié des boisements domaniaux algériens de même essence; 120,000 arbres y ont été démasclés en igiS. Il existe de très belles forêts de cèdres au S. de Meknès et de Fès, notamment sur les hauteurs du Tigrigra ut du Guigo. On en a commencé l'exploitation sur les points où la situation politique de l'Atlas l'a permis.

La superficie cultivable du Maroc atteindrait i5o,ooo k. carrés,

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cest-à-dire près de 3o o/o du territoire de la France continentale. Les régions les plus favorables à ragriculture sont le Gharb et la vallée du Sebou aux portes de Knitra et Rabat-Salé ; la Chaouïa en face de Casablanca et Fedala ; les Doukkala à côté de Mazagan et d'Azemmour ; les Abda, près de Sali. Les environs de Meknès, Fès, Oudjda ont également beaucoup d'avenir.

Actuellement, les céréales, avec 900,000 hect. pour l'orge, 600,000 hect. pour le blé, 1^0,000 hect. pour le maïs, forment la base de l'exploitation agricole.

Les graines d'exportation, telles que le cumin (1,600 hect.), les pois chiclies (21,000 hect.), les fèves (87,000 hect.), les lentilles (700 hect.), le fenugrec (1,100 hect.), le lin (3, 200 hect.), le coriandre (1,000 hect.), l'alpiste, font l'objet de cultures régionales qui se développent chaque année. — Des plantations de vigne et de pomme de terre ont donné de très bons résultats. — Les cultures maraîchères sont entreprises avec succès dans la banlieue des villes, mais il reste beaucoup à faire pour approvisionner de légumes en quantités suffisantes lesi populations citadines. — Au Maroc oriental, l'exploitation du géranium s'est faite avec succès. — Les cultures tropicales, telles que celle de la canne à sucre, qui demande un climat à humidité constante et égale, ne paraissent pas promettre de très gros rendements : le coton toutefois fait naître quelques espérances dans la vallée du Sebou. — Presque tous les arbres à fruits du midi et du centre de l'Europe se rencontrent au Maroc. Ceux qui peuvent prendre une réelle importance économique dès que des soins ou plus d'extension leur auront été donnés sont l'olivier qui peuple les grandes oliveraies de Meknès, du Zerhoun et de Marrakech (1,875,000 pieds), l'oranger et le citronnier (ii5,ooo), le figuier (1,625,000), l'amandier (5,5oo), le noyer, l'abricotier, le poirier, le pommier, le grenadier. Les dattes produites dans les oasis de Marrakech et des environs sont en général de qualité médiocre. Les plus renommées, celles du Tafilalet, sont plus grosses, mais moins fines, que celles du Sud algérien et tunisien.

La sériciculture a été autrefois pratiquée à Fès et à Marrakech. Délaissée il y a environ cinquante ans, elle vient d'être l'objet, à Fès, d'expériences dont les résultats sont des plus encourageants. Le mûrier réussit fort bien dans le pays et il en existe d'importantes plantations.

Au point de vue de l'élevage, le Maroc est un pays privilégié. Le Gharb et le territoire Zaïane sont particulièrement riches en bovins dont la race se caractérise par un faible volume de squelette, une tête et des extrémités fines, une grande ampleur de poitrine; une sélection judicieuse paraît suffire à sa transformation en une race parfaite, précoce et de grande finesse. Les pâturages des plateaux conviennent mieux aux ovins, caprins et camélins. Les chevaux, ânes et mulets se rencontrent partout. Le porc se multiplie facilement dans la plaine. — L'évaluation du cheptel n'a encore pu être faite complètement; on a relevé toutefois les chiffres suivants, en 1916, au Maroc occidental seulement : 96,000 chevaux, 42,000 mulets, 25o,ooo ânes, 877,000 bovins, 4*700,000 ovins, i,5oo,ooo caprins, 84,000 camélins, 3o,ooo porcins.

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La mer olTi'e aussi son contingent de ressources. Les côtes soni très poissonneuses et les qualités bonnes et variées. Dorade, pageot, merlan, maquereau, raie, sole, congre, bonite, thon, alose, sardine, attirent déjà des pécheurs ayant leurs ports d'attache en France et en Espagne, mais le rendement actuel est encore très faible. Les mollusques sont rares. Les crustacés, langouste et homard, existent en grandes quantités au large de Mogador et d'Agadir.

Les pêches maritimes se sont jusqu'ici effectuées librement. Quant à la pêche lluviale. (jui donne de beaux revenus, elle est donnée en fermage par le Mnkhzcn.

Mines et industries. — Les recherches des prospecteurs n'ayant pas été jusqu'à ce jour très étendues et très complètes, on comprendra que les richesses minérales du Maroc soient encore imparfaitement connues. L'Anti-Atlas (Sous) renferme du cuivre exploité par les indigènes; le minerai est assez riche, mais n'existe pas, semble-t-il, en grandes quantités. On signale des gisements de plomb argentifère dans le Uif, de plomb et de zinc sous forme de calamine dans les Beni Snassene. Le Maroc oriental (Djebel Narguechoum et Djebel Masseur) possède du minerai de manganèse. El Boroudj va devenir le centre d'une importante exploitation de phosphates. Des schistes à empreintes charbonneuses ont été trouvés dans l'Andjera et aux environs de Tétonan ; des schistes bitumineux ont été trouvés dans le Gharl), dans les argiles de Fès et de Meknès, dans le couloir de Taza, mais ne renfei inent guère que 3o o/o d'hydrocarbures. Des indices révèlent la présence du pétrole dans le Gharb, vers Arbaoua, sur les rives du Sebou et de l'Ouergha, au Zerhoun et dans la vallée de rinnaouene vers Taza. Il est possible qu'on découvre du charl)on dans le S. du Maroc oi-iental. Le gypse est fréquent, et parfois remarquablement pur. La chaux abonde en certaines régions. L'ardoise est signalée en plusieui's points du Moyen Atlas au S. de Meknès; l'exploitation va en être commencée. Le sel abonde sous la forme de sources salées, de lacs salés, de rochers de sel (Tissa et Ouda'ia, respectivement à TE. et à l'O. de Fès). Des marais salants existent en outre à Salé. Les indigènes utilisent les eaux minérales, notamment les sources chaudes de Moulay Yakoub (sulfureuse) et de Sidi Harazem (gaz carl)oniquej des environs de Fès.

Les exploitations europénnes sont localisées dans la région des Beni Ifrour, près de Melilla ; Tune exploite les mines de plomb d<' Tlaschaouene, l'autre les mines de fer de Youskene. On extrait un peu de minerai de fer et de calamine du massif des Beni Snassene. un peu de plomb près de Figuig. — (^est maintenant seulcmcut que vont commencer la recherche et le classement méthodiques des gîtes miniers. Un dahir du 19 janvier lyi/j léglemente la recherche et l'exploitation des mines du Maioc.

L'industrie européenne s'est installées tout d'abord sur les côtes, mais elle est encore de fondation trop récente pour être en mesure d'exporter ses produits. Elle s'applique surtout à la production d'électricité, de glace et d'eaux gazeuses, à la minoterie, aux pâtes alimentaires, à l'imprimerie, la menuiserie mécanique, la construction

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métailique, la préparation des chaux et ciments, la fabrication de briques, tuiles et carreaux, la fonderie, l'extraction de l'huile,, la fabrication du crin végétal. Elle paraît devoir se développer rapidement.

En dehors des industries ayant un caractère artistique, et dont il sera parlé d'autre part, l'industrie indigène n'est pas dénuée d'intérêt. Le filage, la teinture et le tissage de la laine et de la soie, le tannage du cuir ifilali et maroquin), la ferronnerie, la minoterie, la vannerie, la briqueterie et la poterie occupent dans toutes les villes, à degrés divers, de noml)reux ouvriers. Néanmoins, l'outillage et les procédés de travail, restés primitifs et rudimentaires, donnent peu de rendement. La collaboration de l'initiative européenne et de la maind'œuvre marocaine est susceptible, à ce point de vue, de donner d'intéressants résultats.

Propriété immobilière. — Au regard de leur statut juridique, les biens immobiliers du Maroc se divisent en biens d'Etat (makhzen), en biens de mainmorte (liabous) et en biens de particuliers (melk).

La régularisation des titres de propriété et des droits qui en découlent n'est pas toujours facile. Pour les biens makhzen et les biens habous, on a déjà appliqué des méthodes qui facilitent cette régularisation. En ce qui concerne les biens melk, on a songé à donner aux possesseurs des titres authentiques et facilement applicables sur le terrain pour la sécurité et la rapidité des transactions. On a eu recours, à cet effet, au système de l'immatriculation, dit « Torrens Act », déjà expérimenté ailleurs. L'immatriculation des terres est commencée et, grâce à elle, on arrivera à donner satisfaction aux acheteurs sans formalités compliquées et sans dépenses considérables. La mise en valeur du pays par la colonisation se fera ainsi plus promptement.

Commerce. — Le commerce marocain, considérablement accru au cours de ces dernières années, a déjà dépassé ooo millions. Il emprunte cinq voies : la zone saharienne, les conflns algéro-marocains, la zone espagnole, Tanger et surtout les ports français de l'Atlantique. Par cette dernière voie, il s'est élevé, en igiS, à 170 millions dont 143 à l'importation, 27 à l'exportation et, en 1916, à 245 millions dont 177 à l'importation et 68 à l'exportation. En 1917, il a atteint, par la seule voie maritime, 820 millions.

Les importations intéressent la consommation européenne (boissons, conserves), la consommation indigène et européenne (sucre, thé, café, cotonnades, soieries, bougies), et la mise en valeur du pays par l'outillage moderne (carrosserie, automobiles, machines, bois et matériaux de construction, produits métallurgiques). Le Maroc exporte des céréales (orge, blé, maïs), des IkjcuIs, laines, peaux, œufs, l)abouches, tissus, tapis, etc. La France est le premier fournisseur du Maroc, l'Angleterre vient au deuxième rang. Dans la navigation, la prépondérance de la France s'est affirmée en 1914 par plus de 1,000 navires et i,25o,ooo tonnes contre 700 navires et 5oo,ooo tonnes à l'Angleterre.

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Populations. -- Certaines régions n'ayant jamais été visitées parles Européens, d'autres n'ayant pas encore été recensées, il est (lilTicile d'évaluer avec précision la population marocaine. Le chilTre de 5 à 6 millions d'individus paraît le plus probable, dont près de 5 millions et demi pour la zone française. Il laut y ajouter i5o,ooo Israélites et 5o,ooo européens.

La population est inégalement répartie. Dans le Gharb et le llaouz de Marrakech, zones les plus peuplées, elle varie de quelques habitants à au k. carré, pour montera 25o aux environs de Marrakech, redevenir très faible immédiatement au S. de la ville et ne remonter sérieusement que dans les villages du pied de l'Atlas. Excepté dans le Rif occidental qui, bien arrosé, compte quelques tribus populeuses (Andjei'a, Tétouan, Ouezzane), la densité des régions montagneuses du littoral est faible, contrairement à ce qui se produit en Kabylic d'Algérie. Basse aussi sans doute est la densité de la population dans les territoires du Moyen et du Haut Atlas. Quant à celle des réglons sahariennes, elle est évidemment minime.

Les indigènes sont berbères, arabes ou juifs. Si ces derniers se distinguent facilement, grâce à leur costume spécial et à leurs faciès, les autres ne forment pas entre eux un contraste absolu; le sang berbère y prédomine cependant. On observe par contre des différences fort grandes dues au genre de vie, qui a créé les ruraux et les citadins. Quand ils sont sédentaires, les ruraux vivent dans des maisons, des gourbis ou « nouAlas », groupés en villages plus ou moins populeux. Quand ils sont nomades, ils vivent sous là tente et suivent leurs troupeaux; leurs déplacements, de peu d'amplitude au Maroc occidental, se développent sur de plus grands espaces dans les steppes du Maroc oriental et du Sahara. Les citadins vivent dans des villes d'importance variable; leur nombre atteint, en igiG, près de 5oo,ooo Ames dont plus de ^o.ooo européens habitant généi-alement les quartiers neufs, et 71,000 juifs groupés dans les mollahs.

Arabes et Berbères sont musulmans 01 Ihodoxes du rite malékite. Leur culte reste pourtant mêlé de survivances étrangement persistantes de paganisme, de magie, de judaïsme, voire même de christianisme; le culte des saints est très développé; les marabouts et les chérifs (nobles, descendants du Prophète), détenteurs de baraka ou bénédiction divine, sont très vénérés. — Le clei'gé officiel a un rôle très effacé. La principahj inlluence est celle des confi'éries religieuses musulmanes dont les plus répandues sont celles des Ta'ibiya ou Touhama (Ouezzane), des ïidjaniya (Aïn Madhi), des Kadrîya, des Ziâniya (Kenadsa), des DerkAoua, des vVissàoua (jongleurs), des Hamadclia, etc. L'autorité de certains « cheikhs » ou chefs de confrérie se répand parfois très loin.

Administration. — Aux termes de la convention de Fès, du 3o mars 1912, le Protectorat français est organisé dans l'Empire chérifien et fait du commissaire résident général de la République française le seul intermédiaire du sultan auprès des puissances étrangères. Le sultan reste considéré non seulement comme le chel temporel, mais comme le « Commandeur des Croyants », c'est-à-dire

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le chef de la communaulé musulmane. L'ancienne oriji'an libation administrative et l'ancien gouvernement, autrement dit le rnakhzen, subsistent, quittes à être Tobjel, avec le temps, de réformes progressives. Trois vizirs on minislies mtisulmans se partagent les affaires; ce sont : le grand vizir, premier ministre et ministre de l'Intérieur, qui présente les dahir ou lois marocaines à la signature du sultan, le ministre de la Justice et le ministre des Hahous (biens de mainmorte), qui prennent contact avec la Résidence générale par l'intermédiaire de la Dii-ection des aflaires indigènes. Des conseils, présidés par le sultan, se tiennent toutes les semaines au Dar el Maklizen. — Quant au Résident généial fixé à Rabat, il est assisté d'un secrétaire général du Protectoiat, d'un délégué à la Résidence générale et d'un conseil (\v gouvernement composé des chefs des différents services administralils du Pi-otectorat.

La zone française du Maroc occidental comprend six régions ou subdivisions : Fcs, Mcknès, Rabat, Casablanca, Marrakech, Taza, ayant à leur tête un officier général ou un colonel réunissant les pouvoirs civils et militaires. Chaque.' subdivision est ellc-inême partagée en un certain nombre de districts administrés par «les officiers du Service des Renseignements ou par des contrôleurs civils, comme en Chaouïa,dans la banlieue de Puibat, dès que la situation politique le permet.

Dans les villes, le chef des services municipaux, d'abord militaire, puis civil quand la substitution devient oppoi tune. est chargé de la surveillance des autorités indigènes; il a, en outre, la direction de tous les services techniques nécessaires à la vie municipale. Le pacha, ou chef indigène de la ville représentant du Makhzen, est assisté d'un ou de plusieurs « khalifa » adjoints, d'un « mohtaseb », sorte de prévôt des marchands et des artisans, de 1' « amin el mostafad » chargé de gérer les biens du Makhzen, d'un « nadir » des Habous ou directeur des biens de mainmorte. Le pacha et le chef des services municipaux sont eux-mêmes assistés par une commission municipale comprenant des Français et des Marocains ayant des pouvoirs égaux. — Les communautés juives, représentées par le « cheikh el Ihoud », sont contrôlées, comme les groupements musulmans, par le chef des services municipaux.

Le Maroc oriental est administré par un haut commissaire civil français sous les ordres du Résident général et du ministre des Affaires étrangères, et du haut commissaire chériflen, représentant le sultan. Tous deux résident à Oudjda.

En matière de statut personnel, l'européen habitant dans la zone française du Maroc est astreint aux dahirs promulgués par les services de la Résidence générale à Rabat et appliqués par les tribunaux français. Pour l'acquisition et la possession de la propriété, il est régi par les lois coraniques appliquées par les cadis suivant une réglementation imposée par les autorités françaises.

Par suite d'accords internationaux, la majeure partie du Maroc qui se trouve en bordure de la Méditerranée ainsi que l'enclave d'ifni au S., sont soumis à l'influence espagnole à peu près dans les mômes conditions que l'autre zone à l'influence française.

APERÇU ADMINISTRATIF

Quant à la ville de Tanger, qui reste une cité marocaine au point de vue économique, diplomatique, administratif et financier, elle doit être soumise à un régime spécial qui n'est pas encore déterminé.

Le caractère principal de l'administration française au Maroc, c est la protection. « C'est ce qui fait qu'en dépit des progrès rapides de l'occupation et de la colonisation, une vie musulmane subsiste à peu près intacte avec toute sa poésie, toute son originalité, tout ce qu elle comporte de séduction. »

APERÇU HISTORIQUE

La préhistoire. — L'iiabilaiii de l'Afrique du Nord a certainement vécu à répoque des grands mammifères quaternaires aujourd hui disparus. Il se servait alors d'armes en pierre et d'instruments en silex qu'on trouve un peu partout et dont les collections s'enrichiront encore au cours de recherches ultérieures. Le Maroc possède de nombreuses grottes, creusées dans le rocher et difficilement accessibles, qui ont servi d'abris à l'homme préhistorique; il connaît aussi des gravures rupestres représentant des chasseurs coiffés de plumes d'autruches, armés d'arcs et de casse-tète, figurant encore des chiens, des éléphants, des bœufs, des lions, des panthèi-es, des autruches. Il est difficile de se prononcer sur la date de ces images et de ces grottes, comme il est impossible de déterminer l'âge des monuments mégalithiques : dolmens, tumulus, cromlechs qui existent également au Maroc. De vagues indices tendraient à établir un lien entre les blonds et les dolmens, les nègres et les gravures rupestres, les Ethiopiens et les silex et poteries, mais rien de précis ne saurait être formulé sur ces époques obscures.

Les Berbères primitifs. — On est encore peu renseigné sur l'origine et l'histoire des Berbères, anciens habitants de l'Afrique du Nord, qui constituent presque partout le fond de la population, et dont la race s'est maintenue très pure dans les groupes compacts de régions difficilement accessibles, telles l'Aurès et la Kabylie du Djurjura en Algérie, le Rif et les pentes de l'Atlas au Maroc. Ces Berbères parlaient, et parlent encore, une langue apparentée à celles de l'Egypte et de l'Abyssinie; ils avaient sinon créé, au moins adopté, un alphabet particulier resté en usage chez les Touareg sahariens; ils entretenaient des relations avec les autres peuples méditerranéens et faillirent aux xiv*^ et xiii® s. av. J.-C. conquérir l'Egypte qui les désignait sous le nom de Lybiens. Ils connurent un certain degré de civilisation, attesté par des monuments funéraires, des dessins gravés sur les roches, des objets mobiliers. D'autre part, leur type ethnique n'est pas bien déterminé ; beaucoup d'entre eux, aux épaules larges et aux hanches étroites, rappellent les indigènes de la vallée du Nil; mais un grand nombre des individus qui forment les tribus où l'élément arabe n'a pas pénétré ressemblent aux habitants de l'Espagne, de l'Italie, de la France méridionale et appartiennent à la même race brune, d'ordinaire petite, énergique et nerveuse; enfin, on trouve aussi beaucoup de blonds, d'un type plus ou moins pur. En somme « les Berbères sont une famille linguistique, non une famille ethnique C'est de Ber-

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bères qu'il s'agit dans les textes latins lorsqu'il est question de Numides, de Gétules, de Maures.

Epoque punique. — Dès le xii'' s. av. .l.-C, les Phéniciens iondèient des établissements sur les côtes africaines. Celui qui eut la plus brillante fortune fut Carthage, qui devint un puissant Etat dont l'éciasement coûta aux Romains les longues et pénibles luttes dites guerres puniques. Vers le milieu du v<^ s., Carthage envoya, sous la conduite de Hannon, des colonies sur la côte marocaine. Comme le reste de la Berbérie, le Maroc fut alors entouré d'une ceinture de comptoirs commerciaux carthaginois : Rusaddir (Melilla), Tanger, Lixus (près de Larache), Sla (Salé), Anfa (Casablanca) sont les plus connus. Des fouilles méthodiques nous en révéleront l'importance.

Epoque romaine. — Rome, qui succéda à Carthage abattue à partir du ii*^ s. av. J.-C, suivit longtemps la même politique indigène qui laissait aux autochtones leurs chefs naturels et n'intervenait point dans leurs affaires pourvu que fussent sauvegardés les intérêts de la métropole, de ses citoyens et de ses protégés. L'annexion ne fut complète que sous Claude (42 ap. ,I.-C.). Aux deux premières pi'ovinces romaines d'Afrique (Tunisie) et de Namidie (parties orientale et centrale du département de Constantine) se joignirent la Maurétanie Césarienne (reste de l'Algérie) et la Maurétanie Tinyilane (Maroc).

Les comptoirs pris aux Phéniciens' continuèrent à être florissants. Tingis et Lixus s'élevèrent même au rang de colonies impériales. 11 ne semble pas pourtant que la domination romaine s'avançât fort loin vers le S. et dans l'intérieur. Sala (Salé) et Volubilis (près de Meknès) ne furent probablement guère dépassés. Il est indubitable que les Romains ne s'établirent pas sur les grands massifs montagneux de l'Atlas et sur les régions voisines du Sahara. D'ailleurs, la Maurétanie Tingitane fut plutôt considérée comme une zone de défense établie entre l'Espagne et les populations insoumises du Maroc septentrional. En Gy, elle fut placée sous la juridiction des gouverneurs de la Béti(iue et le personnel y fut toujours réduit.

Pour tenir en respect les ennemis du dehors, les nomades Gétules, et ceux du dedans, les Maures, Rome n'utilisa pas précisément ses légions, mais organisa une armée de troupes auxiliaires de 9,000 guerriers analogues à nos goumiers actuels, et constitua une ligne de défense qui s'étendait de Sala à Volubilis. La tête du réseau roulieimarocain fut Tanger d'où partaient deux voies : la première sur Sala, longue de 174 milles et longeant le littoral atlantique; la seconde aboutissant par Volubilis à Tocolosida, à i5 k. au N. de Meknès. Il n'est pas encore établi que le couloir de Taza servit alors de passage par terre entre la Maurétanie Tingitane et la Maii rétanie Césarienne, mais on vient d'y trouver des vestiges qui tendraient à soutenir cette thèse.

Rome exigeait de ses sujets marocains des soldats et de l'argent sous forme d'impôts. Les cavaliers africains occupèrent une place exceptionnelle dans l'armée impéi'iale sur le iUiin, le Danube et l'Euplirate. Rôme demandait en outre à la Tingitane toutes sortes

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de produits marocains ou saiiariens : blé, liuile, ivoire, esclaves dont le commerce se faisait presque tout entier par l'entremise des ports espagnols. En résumé, Rome se borna à l'organisation administrative et à l'exploitation économique du Maroc. Moins encore qu'en Algérie-Tunisie, sa civilisation et sa langue y laissèrent de traces.

Invasion vandale. — Dans le second quart du v« s., le Maroc, comme le reste de la Berbérie, fut occupé sans résistance par les Vandales. Ces conquérants, Germains comme les Goths et les Francs, étaient peu nombreux; leurs rois se suljstiluèrent simplement aux empereurs, sans rien modifier à l'organisation intérieure du pays; après une assez courte période de gi'andeur, que signala le sac de Rome par Genséric, le royaume vandale tomba en décadence. Bientôt les successeurs de Genséric furent incapables de réprimer les insurrections indigènes.

Epoque byzantine. — Les Byzantins noccupèrent qu'une faible partie du Maroc : Tanger et Ceuta. Et cet établissement fut encore bien précaire, car à l'époque de l'invasion musulmane, il ne restait plus, de la province tingitane, que Ceuta, où le comte Julien s'était rendu indépendant. Le reste du pays avait été repris par les indigènes.

Le christianisme fit de rapides progrès en Tingitane, mais l'orthodoxie y fut bientôt abandonnée pour d'autres hérésies et de nouveaux schismes. Au vii*= s., la civilisation antique, déjà frappée par sa propre décadence, par les révoltes indigènes, par les agitations îionatistes, périt sous les coups de la conquête arabe.

Conquête arabe. — Lorsque dans les premières années du viii** s. le conquérant arabe, Okba ben Nafi, se présenta devant Ceuta, seule ville du Maroc demeurée au pouvoir des Byzantins, aucune résistance ne lui fut opposée par le comte Julien qui fit simplement confirmer son autorité par le vainqueur. Okba alla ensuite jusqu'au Sous. Ayant atteint les rives de l'Océan, il poussa son cheval dans les flots et dit : « Seigneur, si cette mer ne m'en empêchait, j'irais dans des contrées plus lointaines encore en combattant pour ta religion et en tuant tous ceux qui ne croient pas en ton existence et qui adorent d'autres dieux que Toi ». Après lui. Moussa ben Noceir parut fyoS) avec de nouvelles troupes. Mais ces premières expéditions ne laissèrent pas après elles de domination effective : les Arabes, peu nombreux, se contentant de créer quelques garnisons occupées par des missionnaires. S'ils parvinrent à gagner les Berbères et à venir à bout de leur résistance, c'est, semble-t-il, parce qu'ils eurent la chance, ou l'adresse, de détourner leur ardeur guerrière en les entraînant à la conquête de l'Espagne. Les Arabes convertirent les Berbères, mais ce fut sans anéantir leur nationalité. Tout au contraire, 1 accession des Berbères à la foi musulmane eut comme résultat de surexciter leur esprit d'indépendance et de donner, dans une certaine mesure, à leurs collectivités la cohésion qui leur manquait. Sous le couvert et le prétexte de doctrines religieuses hété-

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rodoxes, de j^i-aiuls étals purement berbères se constituèrent et tinrent en écbec l'islamisme arabe et orthodoxe des califes.

Premiers royaumes berbères. — C'est ainsi que, dès le viii» s., le schisme puritain du ouahbisme, dont la rude doctrine a plus d'un rapport avec celle des donatistes, rallia sous le nom de kharedjisme kharedjite signiiie séparé) l'Afrique presque entière. Un royaume (kharedjite dont le chef prétendait à l'imamat, c'est-à-dire à la juridiction universelle sur les croyants, fut constitué avec Tiaret (prov. d'Oran) pour capitale; un autre s'établit au Tafilalet, à Sidjilmassa. Dès cette époque l'Occident échappe au califat. A la vérité, les kharedjites ne paraissent pas avoir dominé à l'O. du Maroc, mais les hérésies issues de l'islamisme s'y font jour.

Les Idrissides. — Un descendant d'Ali, gendre du prophète, nommé Idris, traqué en Orient par les califes, se réfugie au Maroc, gagne Oulili (Volubilis) et, bien accueilli par les Berl)ères, y établit son autorité qui s'étend bientôt sur tout le Maghreb septentrional, de Tlemcen à l'Océan. Empoisonné par un émissaire de Ilaroun, il est enterré au Djebel Zerhoun (Moulay Idris du Zerhoun actuel) et est devenu depuis le saint national du Maroc. Son fils posthume, Idris II, qui lui succéda (en 8o4) grâce aux soins d'un affranchi fidèle, Rached, fonde Fès, dont il est le grand patron. Bientôt après, ses successeurs s'épuisent les uns contre les autres, puis voient leur royaume disputé par les Fatimides et les Omniades. Le pays entre alors dans une période extrêmement confuse.

Nouvelles dynasties Berbères. — L'empire idrisside, que se disputent les Meknassa, se désagrège. Au x® s., c'est le chiisme, autre doctrine schismatique, qui séduit les Berbères et les conduit à la conquête de l'Egypte, dont les Fatimides font le siège d'un califat dissident (978) qui s'étend jusqu'à la Moulouya et menace Fès. A cette époque, le califat omniade de Cordoue est à l'apogée de sa puissance et cherche aussi à annexer le Maroc. Il parvient à détruire les Idrissides qu'il poursuit jusque dans le Rif. Cependant, c'est une autre tribu, les Maghraoua, conduite par Ziri Ben Atia, qui s'emparô de Fès et forme une dynastie bientôt en butte aux dissensions et aux luttes de celles qui l'avaient précédées.

Seconde invasion arabe. — La grande invasion hilalienne du xi*^ s., qui amena au Maghreb uti fort contingent d'Arabes nomadeet pillards, eut une répercussion plus faible au Maroc qu'en Algérics Tunisie. Le Rif, le Haut et le Moyen Atlas furent à peu prè indemnes de leur infiltration ; par contre, les plaines subirent l'invas sion et furent quelque peu bouleversées. A la limite des territoires occupés par les tribus berbères et arabes, il se constitua des tribus nouvelles qui subirent une forte influence arabe en ce sens qu'elle y apporta des éléments d'islamisation et modifia le genre de vie berbère en empêchant le commerce et en ruinant l'agriculture. Les nouveaux immigrants furent toutefois dans l'incapacité de s'emparer du pouvoir. Ils devinrent au contraire pour les dynasties berbères un instrument souvent employé contre leurs rivales*

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Les Almopavides. — Au moment môme où les Arabes venus de rOient se répandent dans le Nord de l'Afrique, un puissant empire prend naissance dans une trilju berbère du Sénégal, touchée par IMslam depuis le ix« s., c'est l'empire almoravide. Cette dynastie de guerriers religieux, sorte de Templiers et de chevaliers de St Jean musulmans, atteint bientôt le pays du Drâ, Sidjilmassa,'le Sous et enfin le Tadla. Le saharien et dévôt Youssef ben Tachfine établit sa capitale à Marrakech (1062), puis assiège et prend Fès l'année suivante. De là, il gagne la Moulouya et le pays des Ilaouara ; il s'empare aussi de Tanger, du Rif, de la côte méditerranéenne, pénètre enfin en Espagne où il bat Alphonse YI, roi de Castille et Léon. Après Youssef Ben Tachfine, l'empire se désagrège vite, la poussée des hordes barbares venant de l'Arabie devient irrésistible sans être à môme cependant d'édifier quelque chose de durable. D'ailleurs aux berbères du Sahara vont succéder d'autres berbères : les Almohades, surgis de Tinmal, ville de l'Atlas.

Les Almohades. — Après avoir fait des études en Espagne, en Egypte et en Syrie, Ibn Toumert, de la tribu des Masmouda, se pose en réformateur des mœurs, et fonde la nouvelle dynastie. Abd El Moumene, son lieutenant et successeur (1 i3o), conquiert l'Atlas marocain, vainc les troupes almoravides employées contre lui, parcourt le Maroc en tous sens (ii4o-ii47)^ conquiert les principales villes d'Andalousie, celles d'Algérie et de Tunisie, et fonde le plus grand empire musulman d'occident qui ait existé. Abd El Moumene apparaît ainsi comme un homme de génie, comme le politique le plus remarquable qu'ait fourni la race berbère. « On ne saurait le comparer qu'à Charlemagne, dit E. Masqueray. Comme lui justicier, il ne s'empare de l'Afrique septentrionale entière que pour y faire régner l'ordre. Tl renouvelle les opérations cadastrales de l'Empire romain. Il crée une flotte, organise l'administration la plus libérale qu'on ait encore vue. Ami des lettres, il fonde des universités. »

Les fils et petit-fils d'Abd El Moumene sont aussi de grands souverains, tels Abou Yakoub Youssef (ii63-ii84) et Abou Youssef Yakoub El Mansour (1184-1199). Abou Yakoub Youssef appelle les philosophes à sa cour, inaugure une ère d'entreprises artistiques en faisant construire la Giralda de Séville. Abou Youssef Yakoub El Mansour réprime des dissidences à l'E. de son empire, puis en Espagne où il défait les Castillans à Alarcos (1195); il poursuit les travaux commencés par son père et c'est sous son règne que s'édifient la Koutoubia de Marrakech, la Tour Ilassane de Rabat et Ribât El Fath, le camp de la victoire.

Mais Mohammed En Nacir, fils d'Abou Youssef, voit s'élever de nouvelles difficultés autour de lui : il est battu par Alphonse VIII de Castille à Las Navas (1212), et, dès le xiii® s., l'empire almohade s'écroule. La Tunisie s'affranchit la première avec les Hafsides, le royaume de Tlemcen devient la proie de Abd El Ouad et les Beni Merine s'installent à Fès en 1248. Ces trois royaumes vont s'épuiser en luttes incessantes.

Les Nérinides. — Le* Mérinides sont des nomades zénètes venus

MAROC

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du Sahara et auxquels ont l'ait appel les Almoliades épuisés par les guerres. Profitant de la faiblesse de leurs souverains, ils se retournent contre eux. Conduits par Abou Yahia, ils conquièrent le Maroc (1248-1258K Avec Abou Yakoub (1259-1286) ils commandent en maîtres depuis le Sous jusqu'à Oudjda, y compris Sidjilmassa, le Dra et Tanger; Ceuta l(Hir paie un tribut annuel et, après une guerre contre les princes chrétiens, ils entrent en possession de plusieurs villes d'Espagne; pendant ce temps ils bâtissent Fès Djedid (1276 , luttent contre Yaghmorasen, fondateur du royaume de Tlemcen. Sous Abou Youssef (1286-1307), ils mettent le siège devant Tlemcen (1299), construisent Mansoura, soumettent l'Algérie centrale. Au début du xiV s., leur autorité est prépondérante en Berbéric, ils oi'<>anisent une flotte puissante, se font corsaires et terrorisent les habitants des côtes des royaumes chrétiens. Chez eux, ils embellissent leurs villes. Sous Abou Massene (]33i-i349) et 7Vl)ou Inane (i348-i358), souverains puissants et aclits, rAfriciuc septentrionale entière est encore soumise à rauloi'ilé des jMérinidcs. ni>rcs eux, l'empire, miné par l'anarchie nra])e, qui a fait de grands pi'ogrès depuis les débuts de l'invasion hilalienne, se désagrège aussitôt. A la lin du x'iv'^ s., la dynastie est en pleine décadence: celle des Beni Ouallas, qui lui succède, en se liant aux chrétiens par des traités humiliants, perd la conflance de ses sujets et finit par disparaître à son tour (i548). — Le nom dos Mérinidcs a été popularisé en Europe par la race de moutons à laine fine dite « mérinos ».

Les dynasties chérifiennes. — Aux xv*^ et xvi* s., la doctrine islamique a travaillé plus profondément les masses, le mysticisme fermente et s'exaspère au contact des chrétiens jusqu'au jour oiî il réagit par la révolution chérifienne qui amène l'avènement des chérifs saadienti. Venus du Dra, ceux-ci soumettent . le Sous (i5io)I s'établissent à Marrakech (i523\ puis à Fès (i548), et entreprennent la guerre sainte contre les Portugais chassés définitivement du Maroc en 1578. Au cours de son l'ègne, le sultan saadicn Ahmed El Mansour h')-^ ><-]{]{):>) l'ivalise conti'e les Turcs et s'empare des oasis du Tonal et du Gourara (i.j8i) puis organise une expédition sur Tonibouclou (juiest couronnée d'un plein succès (1591); il en rapporte (!<' grandes richesses, orne sa capitale, Marrakech, de magnifiques cou structions, fonde le makhzen marocain à l'exemple dos Turcs qui organisent alors leur récent établissement en Algérie en s'appuya ni sui- des colonies militaires indigènes, tribus makhzen exemptéed'impôts en échange du service militaire.

Au milieu du xvii^ s., les chérifs hassaniens (on dit encore filaliens^ alaouiles), remplacent les Saadiens comme les Almohades ont rt;ni placé les Almoravides. Originaires de Sidjilmassa (Tafilalet), ils mènent une vie pauvre, méditative, vertueuse, pendant que les souverains régnants s'épuisent dans le luxe et la mollesse. L'un des premiers et des plus puissants chefs de cette dynastie, Moulay Ismaïl, très actif et doué d'un réel esprit organisateur, parvient, à la suite d'un long règne de 55 ans (1672-1727), à pacifier et à soumettre le Maroc comme il ne l'a jamais été rlepuis. Grâce à la constitution

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d'une forte armée de i5,ooo nègres ou bouâkher (serviteurs du livre d'El Bokhari), à des expéditions incessantes sur tous les points de son empire, et à la construction de kasbas à proximité des tribus les plus turbulentes, il étend très loin son autorité sur les Berbères, et peut lutter avec succès contre les Turcs en Algérie, les Chrétiens au Maroc. Moulay Ismaïl aime Meknès et travaille avec passion à son embellissement. Il édifie des monuments considérables qui ont valu à sa capitale le surnom de « Versailles marocain ». Après lui, le pays retourne à Tanarchie. — Sidi Mohammed (37^7-1789), son petitfils, parvient cependant à grouper 4,000 cavaliers, à rétaljlir un peu l'ordre, à chasser définitivement les Portugais de Mazagan (1769), à fonder Mogador (Souïra, 1764), à enfermer les Espagnols dans leurs présides de la Méditerranée.

Au XIX® s., le pays n'évolue plus et ne s'oi'ganise pas. Les influences européennes se faisant de plus en plus envahissantes, le pouvoir lutte contre elles en ajournant les réponses à leurs demandes et en les opposant habilement les unes aux autres. La prise d'Alger a un grand retentissement au Maroc. Moulay AIkI Er Rahmanc (1822-1859) essaie de s'emparer de Tlemcen, noue des iulrigues contre l'autorité française en Algérie, puis se laisse entraîner par x\bd El Kader dans une guerre contre la France. Les principaux événements en sont la bataille d'isiy livrée par le maréchal Bugeaud aux troupes cliérifiennes le i4 août i844 et le bombardement de Tanger et de Mogador par le prince de Joinville. Par le traité de Tanger et la convention de Lalla Marnia, du 18 mars i845, le sultan du Maroc s'engage à chasser notre adversaire de son territoire. Une fois sa promesse mise à exécution, l'émir Abd El Kader est réduit à faire sa soumission à Lamoricière (1847).

Aux difficultés avec la France succèdent des difficultés avec l'Espagne contre laquelle Sidi Mohammed (1859-1873) soutient une guerre qui se termine par la paix de Tétouan (1802).

.Jusqu'à la fin du second Empire, la France et le Maroc vivent en assez bons termes. A plusieurs reprises, nos troupes ont à intervenir dans les confins algéro-marocains, mais les expéditions de 1859 et de 1870, qui semblaient être le prélude d'opérations plus étendues, sont arrêtées, la première par le ciioléra, la seconde par la guerre franco-allemande.

A la fin du xix® s., le Maroc connaît encore un sultan énergique, Moulay El Hassane (1878-1894). Celui-ci confie la réorganisation de son artillerie à une mission française, consolide son autorité dans les régions les plus facilement accessibles du royaume en instituant quatre tribus makhzen : les Bokhari, ou soldais nègres, les Oudaïa d'origine arabe, les Cheraga venus d'Algérie lors de la conquête turque, et les Cherarda. Il peut ainsi assurer son influence sur les Berbères et essaie de l'étendre jusqu'au Sahara. Mais autour de son fils Moiday Abd El Aziz (1894-1909) se nouent une foule d'intrigues qui rendent l'administration difficile. Les appétits européens et la résistance musulmane se font de plus en plus sentir. Pour assurer la sécurité de la frontière orano-marocaine, nos troupes, commandées par le général Lyautey, OGcupentC(5lomb-Béchar(i9o3) et Berguent (1904).

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La conférence internationale d'Algésiras, tenue du 16 janvier au 7 avril 1906, élabore tout un plan de réformes dont les plus importantes sont l'établissement du principe de l'égalité économique et de la porte ouverte, puis l'organisation, dans les ports fréquentés par les services réguliers de navigation, de corps de police mis sous les ordres d'officiers et de sous-officiers français ou espagnols.

L'anarchie ne cesse pourtant de s'accentuer. L'autorité d'Abd El Aziz devient de plus en plus précaire. A Marrakech, son frère Hafid guette l'instant propice à ses ambitions. La rébellion se manifeste de toutes parts : autour de Tanger avec le chérif Raisouli, devant Mogador avec le caïd An lions, dans le Sous avec le mahdi Ma El A'inine. L'assassinat du D"" Mauchamp à Marrakech détermine la France à occuper Oudjda et à soumettre les Beni Snassene (1907). Le massacre d'Européens à Casablanca (3o juillet 1907) provoque ensuite le débarquement de troupes françaises dans cette ville et le commencement, en Gha'ioua, d'opérations qui se terminent parla pacification et l'organisation militaire et administrative de cette province. Les troupes françaises progressent en même temps dans le Sud oranais, sur le Haut Guir et vers Bou Denib (1908) et Ain Chair (1909); en 1910, elles occupent Taourirt. Abd El Aziz, accusé d'avoir vendu son pays aux chrétiens, est remplacé par son frère, Moulay Hafîd, d'abord proclamé sultan par les tribus du sud, puis reconnu pour tout le Maroc à Fès. Le prestige du Makhzen ne parvient pourtant pas à se relever. Les tribus berbères se révoltent et assiègent Fès. La capitale est investie. C'est alors que Moulay Hafld réclame et obtient l'appui des troupes françaises (1911). Celles-ci, conduites parle général Moinier, entrent dans la ville sainte le 2 mars et vont, toujours sur la demande du sultan, occuper Meknès.

Le protectorat français. — Jalouse des succès de la France, l'Allemagne envoie un navire de guerre à Agadir. Des conversations difficiles s'engagent alors entre la France et sa rivale, à la suite desquelles M. Regnault, ministre de France à Tanger, signe avec Moulay Hafid la convention de Fès, du 3o mars 1912, qui reconnaît le Protectorat de la France sur le Maroc et fait du Résident général de la République française le seul intermédiaire du sultan auprès des puissances étrangères. — Après une intervention à El Ksar, parallèle à l'intervention de la France à Fès, l'Espagne réalise de son côté dans la zone qui lui est reconnue par les traités.

Mais il s'en faut que les puissances protectrices soient maîtres du Maroc, qu'il reste à pacifier. Au lendemain de la signature de la convention de Fès, à la suite d'une rébellion des soldats du tabor (17 avril 1912), éclate dans la grande capitale marocaine une sanglante émeute qui dure trois jours, entraîne le massacre de 68 européens et dont la répression coûte plus de 3oo morts et blessés. Le 28 avril, le général Lyautey est nommé Résident général de France au Maroc ; il arrive le 24 mai à Fès, A ce moment précis, les Berbères attaquent la ville; ils sont rejetés hors des murs le 28 mai et battus le i®»^ juin à Hadjra El Kahla par le colonel Gouraud. En même temps, le général Alix, partent du Maroc oriental, franchit

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la Moulouya et prépare la marclie vers Taza. Le 12 août 1912, Moulay Hafîd signe son abdication et dès le lendemain, son frère Moulay Youssef est proclamé. En septembre suivant, les troupes françaises, après avoir écrasé les bandes d El Hiba, entrent à Marrakech. Elles ne cessent d'ailleurs, sous la direction du Résident général Lyautey, d'étendre leur action dans tous les sens et sur tous les points du Maroc. Le 17 mai 1914 s'effectue à Taza la jonction des troupes du Maroc oriental et du Maroc occidental.

La guerre européenne qui se déclaie en 1914 n'arrête pas les progrès de la pacification. Les grands ciiefs rebelles viennent peu à peu à nous. Un immense essor économique est donné au pays. Les ports, les routes, les chemins de fer se construisent. La colonisation s'étend. L'Exposition franco-marocaine de Casablanca en igiS, et les Foires de Fès (1916) et de Rabat (1917) remportent un réel succès. Les troupes marocaines prennent elles-mêmes part à la guerre. — Avec le général Gouraud, appelé à la Résidence générale de décembre 1916 à mai 1917, l'œuvre française se poursuit. Le général de Lamothe peut traverser l'Atlas en février, se rendre à Agadir et à Tiznit, livrer bataille à Oujjane aux partisans d'El Hiba, assurer enfin l'autorité du sultan sur toute la province du Sous. Après un séjour de quelques mois au ministère, le général Lyautey revient au Maroc en juin 1917. Son retour est marqué par de nouvelles jonctions des troupes françaises de Meknès, de Debdou et de Bou Denib dans la haute vallée de la Moulouya et l'application de mesures propres à assurer, sur la plus grande échelle possible, la mise en valeur des ressources du pays pacifié.

Enfin, par le traité de Versailles de 1919, l'Allemagne renonce à tous les droits, titres ou privilèges que lui reconnaissait l'Acte d'Algésiras; tous les traités passés par elle avec l'empire Chérifien sont abrogés; elle reconnaît le protectorat de la France au Maroc, et y renonce au régime des capitulations.

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Architecture. — Quels que soient leur nombre et leur diversité, les monuments arabes de Tunisie, d'Algérie et d'Espagne ne donnent l)as une idée tout à lait complète de l école maghrébine d'art musulman. Il appartenait à ceux du Maroc de combler cette lacune et de révéler quelques phases insufnsamment connues d'une esthétique humaine intéressante entre toutes.

Certes le Maroc ne peut se vanter d'avoir vu sortir de son sol des édifices du premier âge musulman ayant l'envergure et le style des immenses et grandioses mosquées de Kairouan et de Cordoue. Au point de vue islamique, il est en effet plus jeune que l'IlVikia et ribérie. A l'époque où la religion nouvelle s'implante sur ces deux vastes territoires, avec Sidi Okba et les Omniades, il n'est peuplé que de tribus sans cohésion, à peu près panthéistes, et de quelques groupements monothéistes, chrétiens ou juifs; en réalité il est encore dans l'enfance et ne reçoit que de vagues lumières de l'Orient.

I(h is, qui arrive au Maroc en 788, ne provoque pas tout d abord de grands changements dans le pays. Lui et ses successeurs ont fort à laiie pour gagner des adeptes à la foi nouvelle. Un siècle s'écoule à peine que les Meknassa autochtones disputent le pouvoir aux Idrissides et pai vionnent à s'en emparer (988) pour le partager aussitôt avec une autre dynastie berbère, les Maghraoua, jusqu'au commencement du XI" s." Jusque-là, l'architecture musulmane ne paraît pas avoir laissé de monuments particulièrement remarquables. Les mosquées El Karouiine et El Andalous, construites à Fès au ix° s., ne sont à proprement parler que des oratoires de très petites dimensions. Leurs minarets, conçus suivant une formule mathématique et rigide qui voulait que la hauteui' fût égale à quatre fois le côté de base, manquent d'élégance et de majesté; ils sont en outre dépourvus de décor.

Ce n'est qu avec Youssef Ben Tachfine (45o de l'Hégire, 2" moitié du xi^ s.) que la salle de prière de la mosquée El Karouiine revêt ses dimensions actuelles. Les proportions en sont lourdes et les embel iissements et agrandissements ultérieurs, qui respectent les premières données de l'édifice, ne parviennent pas à en faire un des plus importants temples de l'Islam.

Avec les Almohades (2* moitié du xii« s.), l'architecture marocaine prend tout son essor, et quel essor! En moins de vingt-cinq ans, les nouveaux maîtres du pays renversent leurs prédéce'sseurs, s'imposent eiicore à Tlemcen, en Algérie, en Tunisie, en Tripolitaine, puis en

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Andalousie et au Portugal. Héritier d une telle puissanc(?, Yakoub El Mansour s'élève à la hauteur des plus grands souverains en l illustrant de joyaux d'art d'une vigoureuse venue. Il dote Rabat El Fath, qu'il fonde, de la Kasba des Oudaïa, de la mosquée et de la Tour Hassane et d'une enceinte munie de portes magnifiques. II édifie à Marrakech le plus grand chef-d'œuvre de l'époque : la mosquée et le minaret de la Koutoubia, ainsi que des remparts dont la porte Aguenaou atteste la grandeia*. Il élève encore à Séville une innnense mosquée et une tour, devenue depuis la célèbre Giralda. Son prédécesseur, Youssef Ben Abd El Moumeue, avait déjà constiuit sur l'oued Tensift, à quelques kilomètres au nord de Marrakech, un pont, encore existant aujourd'hui, qui repose sur 27 arches en maçonnerie.

Militaires, religieux ou d'utilité publique, ces ouvrages sont d une majesté incomparable. Leurs proportions immenses (Giialda : 70 m. de hauteur, i3 m. 60 de côté à la base, sans l'étage et le dôme construits depuis; Tour Ilassane inachevée : G4 ni. de hauteur, 16 m. 20 de côté à la base; Koutoubia : 67 m. 5o de hauteur, 12 m. 5o de côté à la base: pont sur l'oued Tensift : 35o m. de long et 5 m. de large) les rendent imposants sans leur donner un caractère de lourdeur. Le grès rouge qui les constitue caresse agréablement le regard et seml>le faire partie du sol même sur lequel ils reposent. Leur décor sculpté d'amples arabesques et d'austèi-es écritures coufiques est à la fois sobre et riche. Des rehauts de faïence vert turcpioise sertis dans les parties les plus hautes des tours prépareut un passage logique de couleur dans le ciel bleu. Monuments pleins de juajesté et do splendeur, ils laissent sur le sol . maghrébin la marque d une épcxpie robuste de foi et de vastes espérances, équivalente à celle qui peupla rp]urope occidentale. d'églises et de cathédrales romanes.

Mais les successeurs de Yakoub El Mansour s'affail)lissent et les Beni Merine venus du Sud algérien en bandes organisées niel tent cinquante ans seulement à ruiner la dynastie almohade d'Afrique, cependant que les chrétiens reprennent l'Audalousie et qu'à la faveur de ces luttes se fonde le royaume indépendant de Grenade. En 1266, les Almohades disparaissent déOnitivement et sont remplacés par les Mérinides vainqueurs. Dix ans après, l'un d eux, Abuu Youssef fonde, à côté de Fès l'ancienne, une nouvelle ville, Fès Djedid, où il installe son palais, ses troupes, ses fonctionnaires et où il construit deux nouvelles mosquées. Après des incursions en Andalousie et au moment où ils occupent l'Algérie et la Tunisie, les émirs qui se succèdent dans la première partie du xiv*^ s. édifient des monuments de toutes sortes. Aucune ville importante de l'empire n'est négligée, même Tlemcen. A la fin du xiii« s., Taza avait déjà été pourvue d'une mosquée et d'une médersa du nouveau style. Fès, Meknès. Salé, Marrakech, Ceuta sont dotées de mosquées et surtout de ravissantes médersas ou collèges qui réunissent, dans des locaux groupés autour d'une salle de prière, des étudiants venus de tous les points du Maghreb pour suivre les cours de professeurs réputés.

Pour la réalisation de tels travaux, les artisans de tous ordres sont comblés de richesses et de faveurs. La légende rapporte que les souverains leur réservent de coquets logis, leur distribuent de

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somptueux vêtements, les l'ont distraire au travail par des équipes de musiciens et de chanteurs, leur donnent comme salaire un poids d'or ét^al au poids des particules de plâtre, de bois et de bronze qui tombent de leurs ciselets! On ne recule alors devant aucun sacrifice pécuniaire. Lorsque l'émii- Abou Inane inaugure la médersa de Fès qui porte son nom, il déclare placidement, au moment où on lui fait connaître le montant des sommes importantes qu'il a fallu débourser:

Ce qui est beau n'est cher, tant grande en soit la somme, Ni trop se'peut payer chose qui plaît à l'homme.

Fontaines, fondouks, bains, aqueducs, ponts, fortifications, monuments funéiaires, etc., sont l'objet des mêmes préoccupations. Les ouvrages les plus divers sont entrepris avec le souci constant de faire œuvre belle en même temps qu'utile.

Tout de souplesse, l'art mérinide s'applique aux besoins les plus variés. Son domaine est donc plus étendu que celui de l'art almohade exclusivement consacré à la guerre et à la religion. Certes, la foi est toujours aussi vive, mais plus contenue, et la jouissance des biens de ce monde n'est pas dédaignée. Du même coup, l'architecture cesse de tendre à la hautaine majesté et à la sévère élégance; elle s'applique à des ensembles plus modestes, plus humains, plus voluptueux, plus raffinés. Elle devient la manifestation d une vie trop prospère et trop douce pour ne pas déchoir à bref délai. Grisés de bien-être, de musique grenadine, de parfums subtils, les artisans conçoivent dans leur rêve presque extatique des ensembles d'une grande harmonie, d'une finesse de lignes surprenante sur lesquels brode, avec une vervt; et une virtuosité sans pareilles, leur imagination sensuelle, leur fan taisie encore équilibrée.

Rebelles aux efforts que ne dicte pas une volonté très affermie, la pierre et le marbre font place à des matériaux plus dociles. Pisé, briques, moellons bruts et galets, encore que de bonne qualité, sont employés dans la construction. Pour le décor, on utilise les fa'iences qui peuvent aisément se découper à la martelette, le bois qui se grave sans fatigue quand il n"a pas à être présenté avec de fortes saillies, le plâtre que l'on entame comme de l'argile quand il n'est pas encore durci.

Sur de tels matériaux, associés d ailleurs avec un bonheur rare, l'arabesque se développe sans contrainte. Ses variations, constamment renouvelées et toujours séduisantes, se modulent sur quelques thèmes à peu près fixes, prenant leur origine dans une polygonie apparemment compliquée, mais simple parce que géométrique, une flore irréelle et une épigraphie cursive et coufique.

Si, tenant compte des milieux et des différences de conception esthétique, on peut comparer l'art almohade à l'art roman, il est possible également de mettre en parallèle l'art mérinide avec le gothique flamboyant (}ui tous deux fleurirent à peu près en même temps. Pour les époques qui suivent, la concordance disparait. Tandis que les arts de l'Europe occidentale, après une période de foi ardente et austère, semblent abandonner sans regret des formules qui furent chères

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pour se tourner délibérément vers les arts de la Grèce, créer par là même le beau mouvement de la Renaissance et le renouveler en de riches et longues périodes, les arts marocains, comme la religion, se fixent et se figent dans les traditions anciennes, régressant du même fait, puisqu'ils ne sont plus soumis à aucun contact extérieur. C'est d'ailleurs par contrainte que le Maroc rentre en lui-même. Les derniers Mérinides, les Beni Ouattas, ainsi que leurs successeurs les Chérifs saadiens (fin du xvi« et xvii'' s.), ne gouvernent plus que sur uii empire diminué. Les points principaux des côtes méditerranéenne et atlantique leur échappent, disputés qu ils leur sont par les Portugais, puis par les Espagnols. D'autre part, on nourrit une haine réelle contre les chrétiens qui ont chassé le musulman de l'ibérie et exercent encore quelque autorité sur la côte.

Moulay Ahmed El Mansour cherche une diversion d'un autre côté. 11 se tourne vers le Soudan et s'empare de Tombouctou (fin xvi*^ s.). II en rapporte de grandes richesses qu'il emploie en partie à l'embellissement de sa capitale, Marrakech. 11 édifie le palais d'El Bedia,pour lequel il fait venir des ouvriers de tous les pays, même d'Europe ; le " marbre, amené d'Italie, est payé poids pour jioids en sucre provenant des fabriques de la région. Aucune trace ne reste malheureusement de ce palais, démoli et rasé en 1707-1708 par Moulay Ismaïl. C'est peutêtre à El Mansour que l'on doit aussi les impiessionnants tombeaux des Chérifs saadiens qui, après la Koiit(>nl)ia, sont la merveille de Marrakech. Il construit également à Fès trois forts : Bordj Nord, Bordj Sud, Bordj Sidi Bou Nafa, ouvrages (ratta(ine plutôt ({ue de défense, exécutés avec une main-d'œuvre de renégats et sans caractère vraiment arabe.

Quand ils parviennent à faire respecter leur autorité, les sultans alaouites, qui prennent le pouvoir depuis le milieu du xvii*^ s. jus(iu à ce jour, font également élever de grands travaux d'art, soit pour l'exercice du culte, soit pour la défense <les villes, soit pour faciliter les relations, soit pour leur usage propie.

Moulay Rechid, le premier d'entre eux, construit en amont de Fès, sur le Sebou, un pont de 8 arches et de ])rès de i5o m. de long. Il dote aussi Fès de la Kasba des Cherarda, mais son œuvre la plus saillante est incontestablement la médersa Cherratineoù se retrouvent sans mélange les traditions mérinides appliquées sur un plan original et nouveau.

vSon successeur Moulay Ismaïl (fin du xvii« et début du xviii« s.) est le plus grand bâtisseur de son temps, le plus grand constructeur militaire du Maroc. Il jalonne tout le périmètre terrestre de son empire d'une série d'ouvrages fortifiés ou kasbas où s'abritent ses garnisons nègres et où se préparent des expéditions sur l'avant. La plus formidable des citadelles est celle du Tadfa, située sur la rive droite de l'Oum Er Rebia aux eaux rouges et mugissantes, et sur lequel le célèbre sultan lance un pont de dix arches inégales et de 100 m. de long. Sa capitale préférée, Meknès, est défendue par ^o kilomètres de murailles; elle est en outre pourvue de palais, de casernes, d'écuries dont il ne reste malheureusement que des témoins rares et déchus. L'imposante Bab El Mansour El Aleuj, achevée sous

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Moiilay Abd Allah, est le spécimen le plus saisissant de cette époque fameuse. Ces travaux nuisent toutefois aux ruines romaines voisines. Tocolosida est vidée de ses matériaux antiques et Volubilis pillée.

Un peu plus tard, Sidi Mohammed Ben Al)d Allah (fin du xviii« s. assez fort pour chasser définitivement les Portugais de Mazagan, leur dernière station au Maroc, et enfermer les Espagnols dans leurs présides de la Méditerranée, consti uit une ville entière, Mogador, mais ce n est là qu'une « fantaisie européenne sur un thème marocain ». L'architecte de la ville est en elTet un français d'Avignon, nommé Cornut, qui donne la formule des skalas ou batteries dont on arme ensuite plusieurs ports de la cote atlantique. Avec Sidi Mohammed et ses successeurs s'élèvent dans plusieurs villes de l'empire des mosquées, des médersas, des fontaines, des fondouks,. des sanctuaires qui marcjuent une intéressante étape de l'architecture marocaine.

Les minarets diffèrent de ceux de l'époque mérinide. Les proportions veulent en être plus grandes, mais sont moins harmonieuses. A Fès et à Mekiiès, leurs faces se couvrent ^de grands panneaux de faïence verte et crue. Sur la côte atlantique, ils sont en pierre grise et froide. Plus monumentaux encore à Marrakech, ils conservent le vieux décoi- d eutrelacs curviligne de Iniques, mais abâtardi.

La façade des médersas et des sanctuaires se garnit de revêtements de faïence multicolore aux tons vifs et à la polygonie fragmentée à l exccs, de boiseries et d'auvents peints de couleurs violentes. Le décor floral subit une forte influence persane. Les maisons sont conçues dans le même esprit. Les fondouks ont cependant plus de tenue.

Avec Moulay El Ilassane et Moulay Abd El x\ziz(fin du xix" et début du xx" s.), le goût des couleurs vives s'accentue encore. Les motifs décoratifs s'entassent sur la façade intérieure des monuments et des maisons particulières qui sont prétentieuses. La construction pèche dans sou essence même. Le pisé n'est plus guère que de^ la simple terre battue. Le plâtre, de mauvaise qualité, se laisse rapidement ronger par les intempéries. Les belles sculptures florales sur bois, (jui donnèrent tant de charme aux monuments mérinides, sont submergées par le décor géométi'ique rigide, monotone et froid, ou font place à la peiiitine aux tons ci'iards. La décadence est profonde et les œuvr(!s en général peu durable.-:. Le temps aura vite fait de les auéantii'.

Au moment de notre arrivée au Maroc, nous trouvons donc l'architecture marocaine au bout d'une course de douze siècles en complet état d'avilissement. Chose pire, nous découvrons les anciens trésors d'art branlants et vétustés, recouverts d'immondices, rongés par les intempéries, se dégradant de plus en plus, sous l'œil indift'érent des autochtones, faute de i-e staurations sérieuses et intelligentes. Néanmoins, les travaux d'un certain nombre d'artisans actuels, conservateurs inconscients des traditions ancestrales, sont encore très dignes d'intérêt. Les riches maisons et les palais des villes de l'intérieur sont ornés de pavements et de revêtements de mosa'iques de faïence zcllij, disposés suivant des figures géométriques d'une complication

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extrême. Les plâtres des sm faces murales sont creusés de décors floraux rehaussés de peintures. Les frises, les corniches et les charpentes de bois de cèdre sont recouvertes de sculptures et de couleurs. Dans quelques villes de la côte, à Rabat par exemple, des ijidii>ènes, tailleurs et sculpteurs sur pierre, sont capables d'exécuter de remarquables ouvrages : arcs lobés, dentelés et à stalactites, colonnes, chapiteaux, etc., comme on en voit dans les monuments anciens.

Industries d'art indigène. — Assez vai-iés, les ails industriels citadins consislent dans la confection, suivant les techniques connues en Europe avant rapparilioii (\c la vapeur et de l'électi-icité, d'armes, de tissus, de vètenienls, de i)i ()(!eries sur étoffes et sur* cuir, de poteries, de bijoux appropriés aux usages du pays. Cliaque ville a une ou plusieurs spécialités où elle excelle plus particuliciement. Fès connaît les tissus de soie et de laine les plus i-enommés, et dont la plupart s'exécutent sur le métici* à la « .grande tiie » que perfectionna Jacquart, les caractéristiques i)roderies monochromes de soie et d'or sur étoffes, les bois sculptés, toui-nés et peints, la leliure d'art, la poterie émaillée, curieuse de forine, de décoi- et de coloris, quoique usuelle. Meknès se distingue par ses broderies polychromes, ses bijoux et ses bois peints; Rabat par d'autres broderies robustes et des tapis à fleurs et à points noués; Salé par ses broderies plus mièvres, ses natles de jonc brut et teint, ses couvei-tures de laine aux dessins géométriques; Marrakech par ses ai-mes ciselées et incrustées d'or, d'argent et d ivoire, ses cuirs écorchés et ses selles somptueusement décorées; Sali par ses poteries à émail l)leu ; Mogador enfin par ses cuivies et ses bijoux délicatement ciselés, ses petits meubles en bois de thuya maïqueté et sculpté.

Les arts rui-aux, à décoration exclusivement géométrique, ont un aspect tout différent, plus prijuitif et sauvage. Ils s'appliquent à des poteries faites sans tour ni four, noji émaillées, mais peintes en rouge et noir, à des nattes d'alfa brut ou teint (environs de Sefrou), ou de palmier çordelé et de laines de couleurs (Maroc septentrional), à des tapis à points noués à très haute laine (Tadia, Zaïane, Beni Mtir, Beni Mguild, Guigo) ou à poil ras (Glaoua), à des tissus plus sobrement ornés, parfois très intéressants, toujours cui ieux, utilisés comme manteaux par les femmes bédouines.

Par des encouragements divers, par une organisation spéciale et la création de musées à Fès et à Rabat, les pouvoirs publics s'efforcent d'assurer la conservation des arts indigènes et le i clèvement de certains d'entre eux. On trouve des spécimens de 1 industrie indigène courante dans les souks des villes. Les travaux rénovés sont centralisés par l'Office des Industries d'art indigène (Rabat Résidence) et par les Inspecteurs des arts indigènes de Fès et de Rabat.

Musique. — Les chants andalous, gharnàla (de Grenade), sont conservés dans les principales villes de l'enq^ire chérifien par des équipes de musiciens et de chanteurs. L'orcliestre se compose de l'ancien rebec à deux cordes, du luth à 4 cordes, du violon et du Inmbourin. Les exécutants chantent à l'unisson, en même temps

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qu ils jouent. Quelquefois, un chanteur de choix se joint au groupe et, par ses chants tendres et passionnés, ses évocations lihres ou rythmées, ajoute à la qualité de rensemi)le. Les orchestres de ce genre sont de toutes les fêtes privées que se donnent les citadins. Y participent également, mais en groupes distincts, les cliikhdtes ou chanteuses s'accompagrmnt du tambourin, et quelquefois, mais plus rarement, des danseuses.

Chez les ruraux, on connaît une musique toute différente, d'origine plus primitive et plus ancienne. Tambours, tambourins, clarinettes Ighaïla) et flûtes y jouent un rôle variable selon les régions. Il existe des chants berbères, dits (iliidous, plus ou moins improvisés, oij sont passés en revue les événements principaux de la tribu et des tribus voisines. Ce sont des sortes de dialogues chantés. La danse est plus en honneur que dans les villes : certains groupements ont acquis dans cet art une renommée spéciale : on vante fort les danseuses du Moyen Atlas; les éphèbes des Djebala et de Marrakech jouissent d'une réputation marquée dans les milieux indigènes. Les touristes auront l occasion de juger de la musique rurale en assistant aux moussenis saisonniers et aux fêtes de certaines coi^fréries religieuses.

Le sultan possède enfin un orchestre plus moderne et fort original dont les instrimients sont de provenance européenne, et les exécutants des indigènes.

Lettres et Sciences. — Le Coran, livre sacré, reste au Maroc, comme partout dans le nord de l'Afrique, le livre par excellence, le premier monument littéi aire de la prose arabe. C'est lui que les jeunes musulmans éliidieni tout d'abord, par cœur et sans commentaires, dans les écoles coiani(jues (msid) sous la direction de fqihs, sortes d institiileui s primaires. Il est le point de départ de toutes les sciences (|ui sont enseignées dans les grandes mosquées par les professeurs, uléma, aux étudiants ou lolba. Dans les grandes villes, ces étudiants sont logés dans des mèdersas ou collèges.

L'enseignement supérieur* des mosquées comporte les matières suivantes : grammaire, liadils ou conversations du Prophète dont l'ensemble constitue la sonna, théologie, droit, j urisprudence. Histoii'e, géographie, matliémati(iues, médecine, astronomie, astrologie, reléguées au second plan, ne s'apprennent que dans les livres. L'enseignement des langues étrangères et des sciences modei-nes n'existe pas. Les études littéraires sont donc principalement religieuses et juridiques.

Le 3Iai-oc a connu des auteurs dignes d'intérêt. Quoique généralement dépourvus de sens critique, quelques-uns de ses historiens ont laissé des œuvres remarquables. La poésie, très emphatique, mais curieusement imagée, est encore cultivée de nos jours; elle pi'oduit surtout des qaçidas, ou morceaux de vers consacrés à la louange de personnages marquants.

Depuis l'organisation du Protectorat, l'administration française a créé pour les indigènes musulmans des écoles primaires franco-arabes un peu partout, et, dans les plus imporlantes villes indigènes, des collè(/es musulmans où s'enseignent, avec le français, des matières d'utilité plus moderne.

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