I. — DU VOYAGE AU MAROC
Un voyage au Maroc nécessitait, il y a peu d'années encore, de longs préparatifs, un entourage de domestiques, de guides, des montures, tout un matériel de campement, il demandait beaucoup de temps et occasionnait par là même de fortes dépenses. C'était alors un luxe que seules pouvaient s'offrir les personnes très riches ou chargées de missions officielles. Malgré les soins les plus attentifs, le confort, en voyage ou en station, faisait défaut et les voyageurs les plus expérimentés s'exposaient en outre à des aventures parfois fort désagréables. Cette situation a changé. Aujourd'hui, on peut circuler non seulement dans les villes de la côte atlantique et méditerranéenne, mais encore très loin à l'intérieur de la vaste zone française du Maroc, dans une absolue sécurité.
On peut même traverser le pays d'E. en 0. et pénétrer assez avant dans le S. avec les moyens de transport les plus modernes : chemins de fer ou automobiles.
Par son aspect africain nettement caractérisé, par ses paysages parfois rudes et sauvages, par la variété de ses climats, le Maroc est, au point de vue simplement touristique, une source d'impressions neuves très différentes de celles qu'on rapporte dû reste de l'Afrique du Nord. La vie indigène y est toute spéciale. Le grand nomadisme du sud, la transhumance moins étendue du N. de l'Atlas, la vie sédentaire rurale et surtout citadine, les mœurs curieuses et très vieilles de peuples qui ont vécu jusqu'à ce jour à l'écart de la civilisation européenne sont autant de sujets d'observations dont quelques-uns peuvent être abordés déjà dans toute leur ampleur. Le champ est dès lors largement ouvert à tous ceux que ces questions intéressent. L'art lui-même est magnifiquement représenté. Moins qu'en Algérie-Tunisie, on rencontre des témoins de l'activité antique, bien que d'importants vestiges soient déjà mis au jour. Par contre, l'art musulman de toutes les époques a fleuri. Ses monuments font partie de la fameuse école maghrébine dont les manifestations subsistent en Espagne; n'ayant jamais été l'objet de restauration sérieuse, n'ayant jamais été touchés par des mains étrangères ou profanes, ils ont conservé un attrait tout spécial. Archéologues, architectes, amateurs d'art et d'orientalisme y sentiront mieux qu'en Espagne et Algérie-Tunisie
RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX
la pensée artistique des Maures. Les arts primitifs des ruraux, beaucoup plus anciens encore que ceux-là, sont une autre branche du plus haut intérêt. A l'heure actuelle, une administration nouvelle, prévoyante et sage, consolide les restes du passé et fait l'inventaire de tout ce qui mérite de passer à la postérité.
Les colons, agriculteurs, industriels, commerçants sont enfin assurés de trouver au Maroc un terrain nouveau et propice à l'utilisation de l'activité la plus débordante et des initiatives les plus hardies : des entreprises variées ont déjà obtenu les plus encourageants résultats.
Du choix d'un itinéraire. — Un voyage au Maroc peut faire partie du grand circuit nord-africain qui permet de parcourir d'Est en Ouest, ou réciproquement, toutes les possessions françaises de la Berbérie. Ainsi peuvent être visitées les grandes villes de Tunis, Gonstantine, Alger, Oran, Fès, Rabat, Casablanca, servant elles-mêmes de points de départ à de nouvelles grandes excursions. Les voyageurs craignant la mer et ne regardant pas à la dépense pourront réduire le temps des traversées à un minimum de quelques heures seulement, en passant, d'un côté, par l'Italie et la Sicile, de l'autre en franchissant le détroit de Gibraltar. Ge grand circuit, pour être effectué d'une façon à peu près complète et sans fatigues excessives, demande toute une saison, c'est-à-dire de deux à trois mois. Il ne saurait être recommandé aux touristes disposant d'un laps de temps trop limité; d'ailleurs, le Maroc suffit à lui seul à un très beau voyage de plus courte durée et, eu égard à l'état actuel des routes et des pistes, on peut déjà conseiller aux propriétaires d'automobiles de voyager sur leurs voitures.
La tournée du Maroc occidental, la plus intéressante, comporte : Casablanca et les excursions qui s'y rattachent : au S., Marrçikech; au S.-O., la côte atlantique avec Azemmour, Mazagan, Safi, Mogador et le Sous; au N. et N.-E., Rabat-Salé d'où l'on se rendra, par les Beni Hasscne ou par les Zemmour, à Meknès, Volubilis, Moulay Idrisdu Zerhoun et Fès. Par beau temps, cette tournée peut s'effectuer en quinze jours.
La tournée du Maroc oriental comporte la visite d'Oudjda et des confins algéro-marocains, puis Taourirt et Taza. Elle ne demande que six à sept jours et peut compléter avantageusement la tournée occidentale de l'Algérie, surtout si l'on ajoute à l'itinéraire les oasis sahariennes du Figuig, de Golomb Béchar qui demandent huit nouveaux jours. On peut aussi combiner la tournée du Maroc occidental avec celle du Maroc oriental, qui permet au touriste de traverser tout le pays sans que la durée du voyage en soit sensiblement augmentée.
La tournée du Nord est, après Tanger qu'on peut voir au cours d'une escale en effectuant la tournée du Maroc occidental, celle de la zone espagnole. Avec Geuta, Tétouan, Meliila, Larache, et leur arrière-pays, elle montre le Maroc sous un
DU VOYAGE AU MAROC
nouvel aspect. La pacification n'est pas telle qu'on puisse songer à faire des excursions en toute sécurité dans les massifs très montagneux et très peuplés des Djebala et du Pxif. De ce coté, il faut se borner à voir quelques points du rivage et par le moyen de bateaux assez espacés et peu confortables.
La tournée du Sud saharien peut actuellement comprendre les régions du Figuig, du Haut Guir. du Ziz et du Tafilalet. Les voyages dans le Dra ne pourront être entrepris que plus tard.
Aux itinéraires que nous recommandons ici, les touristes adjoindront les compléments que leur inspireront leurs préférences. Pour fixer celles-ci, rien ne vaudra la lecture attentive du Guide complétée, le cas échéant, par celle de quelques ouvrages bien choisis sur la région. Aux amateurs d'orientalisme et de vie indigène intense, nous recommandons les grandes capitales : Rabat-Salé, Fès, Meknès, Marrakech.
Ceux qui préfèrent le spectacle de la vie plus moderne le trouveront dans les villes de la cùte, dans les ports ouverts au commerce, tels Casablanca, Rabat, Tanger, qui, bien qu'envahis déjà par l'élément européen, ont chacun leur caractère et leur fonction propres dans l'organisme marocain.
Les sites forestiers réservent aux voyageurs des impressions variées, mais beaucoup sont encore en zone militaire. Si l'on peut parcourir aisément la foret d'arganiers des environs de Mogador, les forets de chêne-liège des Zaër et de Mamora, il est plus difficile d'atteindre les magnifiques boisements de cèdres du Moyen et du Grand Atlas; la voie s'ouvre pourtant à de belles excursions, au S. de Meknès et de Fès, dans de superbes forêts de cèdres et de chênes situées dans des sites alpestres grandioses et sauvages.
L'archéologie antique n'est guère représentée qu'à Tanger et surtout Volubilis où les fouilles sont activement poussées; quelques vestiges de la civilisation romaine sont signalés sur d'autres points encore, mais n'ont pas fait l'objet de recherches suffisantes. Pour l'archéologie musulmane du moyen âge, Rabat, Fès et Marrakech feront connaître l'essentiel. Le premier fonds des musées de Fès et de Rabat commence à donner des précisions sur les arts industriels anciens et contemporains.
La Société de Géographie du Maroc (siégea Casablanca) a commencé à organiser et à faciliter des excursions à l'intérieur du pays. L" Automobile-Club du Maroc (Casablanca) est aussi à même de fournir d'utiles indications pour la préparation d'excursions individuelles et collectives. L'Office de Tourisme (Résidence générale. Rabat) et l'Office chéri fien du Protectorat (rue des Pyramides, 21. Paris) fournissent tous renseignements se rapportant au tourisme marocain. Il est à noter enfin que les Offices et Bureaux économiques des grandes villes marocaines, ainsi que les Services municipaux des centres moins importants sont chargés d'étudier, dans leurs régions propres, les questions touristiques.
De l'époque du voyage et de l'hygiène à suivre. — Zones cotières méditerranéenne et -atlantique mises à part, l'été est très chaud dans l'intérieur du pays actuellement soumis,
MAROC
RENSEIGh^EMENTS GÉNÉRAUX.
surtout lorsque souffle le chergui, vent chaud d'E. analogue au siroco. Il est probable que dans les massifs montagneux du Rif et de l'Atlas se trouvent d'intéressants points d'estivage, mais on ne peut songer à en jouir maintenant. D'une manière générale, il sera donc préférable de s'abstenir de voyager au Maroc de juillet à septembre. D'autre part, la saison d'hiver se fait surtout sentir pendant les mois de février et de mars, très pluvieux. En conséquence, c'est l'automne et le printemps qui s'indiquent comme devant être les saisons préférées pour les voyages. Des contretemps sont possibles à ces deux époques de l'année, mais rarement très fâcheux. La température étant très variable on se munira, quelle que soit la saison, de vêtements chauds et de couvertures pour la nuit. L'usage de la ceinture de ilanelle est très recommandé. Le large chapeau de liège à bords plats est également à préconiser, il est préférable au casque colonial qui protège imparfaitement le visage. On se munira aussi d'un chèche ou écharpe légère de cotonnade qu'on pourra se procurer sur place, et d'un parasol préservant de la pluie comme du soleil. Les lunettes à verres fumés ou mieux jaunis évitent aux yeux la fatigue causée par une lumière trop intense, la réverbération et le vent chargé de poussière. Une moustiquaire est utile.
L'hygiène de l'alimjButation n'appelle pas d'observation particulière. L'eau de boisson occasionne parfois des coliques qui disparaissent le plus souvent après absorption d'une cuillerée d'élixir parégorique dans un peu d'eau. En cas de persistance, de dérangements intestinaux, les boissons chaudes, même aux repas, sont conseillées.
Pour des tournées en pays écarté des villes, il sera bon d'avoir une trousse garnie de dragées de quinine à prendre à titre préventif et curatif contre la lièvre, de la teinture d'iode ou de l'alcali pour les pi({ùres des insectes; on y pourra joindre des insecticides qui permettront d'accepter avec moins d'appréhension l'hospitalité indigène, le cas échéant. Pour des séjours très prolongés, les médecins préconisent la vaccination contre la fièvre typhoïde.
Budget de voyage et pourboires. — Les dépenses occasionnées par un voyage au Maroc ne sauraient être fixées que très approximativement. Abstraction faite du prix de transport jusqu'au port d'arrivée, on peut estimer la dépense journalière d'un touriste moyen de 40 à 60 fr. tout compris. Cette dépense s'élèvera dans des proportions assez importantes si l'on fait seul de grandes courses en automobiles particulières.
Le pourboire, qui est connu au Maroc depuis longtemps, porte le nom de fahor. Il est souvent demandé par les indigènes en sus des prix convenus. Cette pratique, toutefois, tend à disparaître et il n'y a pas lieu d'en faire revivre l'usage. Les Marocains se considèrent comme* largement rémunérés quand les gratifications qu'on leur octroie sont égales à celles de France.
DU VOYAGE AU MAROC
Les mendiants, assez nombreux, se contentent d'aumônes légères de quelques centimes dont on fera bien de se munir. A l'intérieur et aux abords du « horm » de Moulay Idris, à Fès, des mendiants offrent quelquefois aux voyageurs, avec la bénédiction du saint, quelques dattes, une gorgée de lait ou d'eau dans un bol; on les écartera facilement en leur glissant dans la main une pièce de 10 ou de 25 c. Aux gardiens des édifices religieux, il est préférable de n'offrir que des pièces blanches, si minimes soient-elles.
Agences de voyage. — VOffice de tourisme des Guides Bleus bd Saint-Germain, 79, Paris, donne gratuitement aux touristes tous les renseignements de voyage et délivre tous les billets de chemin de fer et des G*^' de Navigation. Plusieurs agences organisent en outre des voyages et des excursions en groupes, accompagnés par des guides. Les principales agences de Paris sont : Agence Lubin, bd Hau ssm ann , 36 ; Agence ]\ationale de Voyages, bd des Gapucines, 12 ; Voyages modernes, av. de l'Opéra, 4; Voyages universelSy bd Poissonnière, 25 et r. Auber, 10; Voyages Ducliemin, r. de Grammont, 20; Voyages pratiques, r. do Rome, 5; Grands voyages (Lebourgeois et G*^), bd des Italiens, 38; Cook, pl. de l'Opéra,' 1.
Ges agences établissent des billets circulaires à itinéraires fixes ou facultatifs, individuels, collectifs ou de famille, aux mêmes conditions que les G'*' de chemins de fer {V, ci-dessous, Moyens de transport, p. 41); moyennant des prix à forfait calculés sur demande, elles assurent enfin le transport des groupes en V ou 2" classe, la nourriture, le logement, les omnibus, automobiles, voitures, le service des guides, les entrées, les pourboires, etc.
Passeport et douane. — Le passeport est obligatoire au Maroc.
A leur entrée dans les huit ports de l'Atlantique ouverts au commerce, Knitra, Rabat-Salé, Fédala, Gasablanca, Mazagan, Safl, Mogador, la douane marocaine frappe la presque totalité des articles d'un droit d'importation de 12,50 0/0 ad valorem. Par la frontière algéro-marocaine, les droits, variables avec les produits, correspondent en général à 5 0/0 de leur valeur. Melilla est port franc à l'importation.
11 existe en outre des droits d'exportation perçus dans les ports marocains et à la frontière algéro-marocaine ; ils sont de 5 0/0 ad valorem pour la plupart des produits et en particulier pour les tapis et les objets en cuivre embouti et ciselé. A leur entrée en Algérie, les produits marocains ne paient que des droits statistiques insignifiants; à leur arrivée en France, ils sont atteints par le tarif minimum.
Au retour, en France, les voyageurs sont tenus de présenter leurs bagages à la douane française. Ils doivent, sous peine de confiscation, faire la déclaration de tous les objets — autres que vêtements et linge de corps usagés — qui y sont contenus, notamment des tabacs, cigares et cigarettes, denrées
RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX
de consominaLion, linge neuf, essences de parfumerie. Par mesure de tolérance/ les menues quantités de produits constituant des restants de provisions de route que les voyageurs portent dans leurs bagages à main sont admises en franchise à condition d'avoir été exactement déclarées. En ce qui concerne les tabacs, cigares et cigarettes, la tolérance ne peut s'étendre qu'à 10 cigares, ou 20 cigarettes, ou 40 gr. de tabac sans cumul; les femmes et les enfants ne peuvent bénéficier de cette tolérance.
Crédit : banques, mandats-poste et monnaie. — De
nombreuses banques permettent l'usage des lettres de crédit. Voici la liste de celles qui sont les mieux représentées au Maroc : Banque d'Etat du Maroc, créée par l'acte d'Algésiras (Casablanca, El Ksar El Kebir, Larache, Marrakech, Mazagan, Mogador, Oudjda, Rabat, Safi, Tanger, Tétouan); Banque algérotunisienne (Casablanca, Fès, Meknès, Oudjda, Safi, Tanger); Banque commerciale du Maroc (Casablanca, Tanger); Banque lyonnaise (Casablanca, Rabat) ; Compagnie algérienne (Casablanca, Oudjda, Rabat, Safi, Tanger); Crédit agricole, commercial et industriel algérien (Oudjda); Crédit foncier d'Algérie et de Tunisie (Casablanca, Fès, Marrakech, Mazagan, Mogador, Oudjda, Rabat, Safi, Tanger); Crédit marocain (Casablanca, Marrakech, Rabat, Tanger) ; Société générale (Casablanca, Tanger). A cette liste, il convient d'ajouter la banque anglaise Bank of british West Africa et la Banque d'Espagne, représentées à Tanger et dans quelques autres villes du Maroc.
Le service des envois d'argent à l'intérieur par la poste est fait moyennant un droit de 10 c. jusqu'à 5 fr. ; de 15 c. pour 10 fr. ; 20 c. pour 15 fr. ; 25 c. pour 20 fr. ; de 35 c. pour 20 à 50 fr.; de 60 c. pour 50 à 100 fr. ; de 85 c. pour 100 à 300 fr. ; de 1 fr. 10 pour 300 à 500 fr. ; de 1 fr. 45 pour 500 à 1,000 fr. Le montant des mandats est illimité. Il peut être échangé, entre les bureaux du Maroc, des mandats payables en argent français et en pesetas hassani. Tous les bureaux télégraphiques du Maroc sont à présent ouverts aux mandats télégraphiques.
Monnaies. — En principe, toutes les monnaies de billon sont admises au iVlaroc.
Au Maroc oriental, la monnaie française est presque uniquement en cours. Au Maroc occidental, les monnaies françaises et marocaines sont les plus courantes. En zone espagnole, ce sont les monnaies espagnoles et marocaines. A Tanger, en plus des précédentes, on échange la monnaie anglaise. A Tanger et dans toute la zone française, circulent les billets de la Ranque de France et ceux de la Ranque de l'Algérie en coupures de 5, 10, 20, 50, 100, 500 et 1,000 fr. Ces derniers circulent au pair au Maroc. Avant le retour en France, la Ranque d'Etat les négocie sans frais, sur simple présentation du billet de passage.
Le Maroc a une monnaie spéciale, dite hassani (du nom de Moulay El Hassane). L'unité fictive en est la peseta. Il n'y a pâîâ
DU VOYAGE AU MAROC
de monnaies d'or en circulation. Les pièces d'argent sont le rial ou douro de 5 pesetas hassani, le noss rial ou noss douro de 2 p. h. 50, le roubo de 1 p. h. 25, le hassani de 0 p. h. 50, le beliouii ou giierch de 0 p. h. 25. Les Marocains comptent principalement par riais ou douros et par beliouns. Ils disent par exemple : 5 riais et 14 beliouns pour désigner une somme de 28 pesetas hassani 50 (le rial vaut 20 beliouns).
Il existe des pièces de bronze de 0 p. h. 10 et de 0 p. h. 05 correspondant à nos pièces de 10 et de 5 c, puis d'autres de 1 c. environ dites fels flous), dont le multiple, ouqia (pl. aouâq) ou dirhem (pl. drâhem), valant 3 flous, est compris 7 fois dans un guerch ou 25 c. h. Cette monnaie est lourde et encombrante : il n'est pas utile d'en échanger, si ce n'est pour faire de menues aumônes. — La Banque d'Etat du Maroc émet enfin des billets de 20 riais ôu 100 p. h. et de 4 riais ou 20 p. h. qui ne sont guère échangés que dans les villes marocaines.
Depuis 1917, la monnaie hassani est au pair : le rial ou douro de 5 p. h. vaut 5 fr. ; le noss rial, 2 fr. 50; le roubo, i fr. 25; le hassani, 0 fr. 50 ; le belioun ou guerch, 0 fr. 25. Les indigènes citadins sont habitués aujourd'hui aux paiements en monnaie française. A l'intérieur, on aura cependant avantage à se procurer quelque peu de monnaie hassani pour les pourboires.
Visite des villes et des monuments. Villes. — L'expérience acquise en Algérie-Tunisie a fait adopter par le général Lyautey, premier Résident général de France au Maroc, un principe excellent en vue de la conservation des anciennes villes marocaines de la zone française. Les villes nouvelles se construisent, autant que faire se peut, à quelque distance des anciennes. Cette méthode s'est appliquée aussi à la conservation des édifices anciens de tous ordres dont les plus remarquables ont été classés comme monuments historiques et sont l'objet de soins tout particuliers. Partout, le service des Beaux- Arts du Protectorat restaure, ou plutôt consolide, avec la volonté ferme de perpétuer les souvenirs du passé.
Dans la visite des cités marocaines, on aura donc à voir, d'une façon générale : la medina ou cité musulmane avec son mellah ou quartier juif (ghetto) et les monuments enfermés dans une ou plusieurs enceintes de hauts murs crénelés, puis les villes nouvelles européennes, tracées sur des plans modernes largement conçus.
« Il y a au Maroc trois villes dites hadria, c'est-à-dire à population civilisée, urbaine; ce sont Fès, Habat et Tétouan, les seules qu'un savant, un lettré (àlem) qui se respecte puisse consentir à habiter. Il y a quatre villes dites mokhaznia, c'està-dire impériales, où le sultan réside habituellement; ce sont : Fès, Rabat, Meknès et Marrakech. » (Aug. Bernard.) Celles-ci renferment un dar el makhzen ou palais du sultan et des agdal ou jardins parfois très étendus. La visite des palais impériaux est malheureusement peu possible : il faut une autorisation spéciale.
RENSEIGNEMENTS GÉNÉRA UX.
Monuments. — L'accès des mosquées, djama, et de la plupart des marabouts, siid, est interdit. On ne peut donc se faire une idée de ces édifices que par ce qu'on en voit de l'extérieur. 11 existe cependant un peu partout des médersas, sortes de collèges-mosquées abritant les étudiants, tolba (sing. taleb), étrangers aux villes qu'ils habitent et dans lesquelles on peut pénétrer avec l'assentiment des autorités locales. Les médersas, en majeure partie construites par les Mérinides dans la pre-
mière moitié du xiv* s., sont d'une architecture et d'une décoration remarquables. Il est interdit d'en photographier les détails.
La visite des maisons et palais privés ne peut se faire que par la voie de relations ou de connaissances locales. Les services municipaux des villes pourront toutefois fournir aux touristes des indications et des facilités précieuses. Pour éviter des pertes de temps, on fera bien de se faire conduire par de jeunes guides indigènes moyennant de très légères rétributions.
Fêtes indigènes. — Les fêtes indigènes sont d'un intérê très vif. Le calendrier musulman ne correspondant pas avec le calendrier chrétien (l'année de l'hégire ne compte qu 355 j.) il n'est pas possible de donner ici les dates précises d ces fêtes. Les principales sont : VAïd Es Seghir (la petite fête qui clôture le jeûne du mois de ramadhan; VAïd El Kebir (la grande fête) ou fête du mouton, qui correspond aux grande
DU VOYAGE AU MAROC
cérémonies du pèlerinage de la Mekke; VAchoura; le Mouloud, anniversaire de la naissance du prophète Mohammed. Chacune de ces fêtes donne lieu à une hedia, manifestation au cours de laquelle les envoyés des villes et des tribus du pays makhzen offrent au souverain les présents traditionnels; la cérémonie dure trois jours; des salves d'artillerie marquent la fin de la solennité et pendant que les cavaliers se livrent à la fantasia, le sultan rentre dans son palais. A l'occasion de l'Aïd El Kebir, celui-ci va prier au milieu de son peuple, à la msalla, p,'énéralement située en plein champ. Après la prière et le prône, il égorge lui-même deux moutons qui sont immédiatement, portés devant le cadi, ou ils arrivent avant d'avoir expiré, car la tradition veut qu'à celte condition seulement l'année qui va s'écouler sera bonne pour tous. Le sultan, entouré d'une escorte de la garde noire, reçoit ensuite la prestation d'hommage des villes et des tribus, dont les délégués s'inclinent par trois fois sur le col de leurs chevaux en prononçant la formule : « Que Dieu bénisse le règne de notre souverain! ». ^
Il existe en outre, sur de nombreux 'points du Maroc, dans les villes et les campagnes, des réjouissances publiques à caractère religieux, dites moussem, qui perpétuent le souvenir de saints plus ou moins renommés.
Les déplacements du sultan, lorsqu'il se rend à la prière du vendredi ou se transporte d'une capitale à l'autre, se font en grande pompe et avec un concours de population considérable. Pour toutes ces manifestations , on s'informera sur place.
En avril de chaque année a lieu, à Fès, la fête du Sultan des Tolha; à cette occasion, les étudiants et les gens aisés de la ville vont camper, pendant deux semaines, sous des tentes, à l'ouest de la capitale et certains jours sont marqués par de très curieux spectacles.
Les fêtes juives ne sont pas moins dignes de remarque. La plus importante peut-être est celle de rVom Kippour, appelée aussi « fête des roseaux, fête des cabanes » parce qu'à cette occasion les israélites construisent des cabanes en roseaux sur le haut de leurs terrasses.
Chasse. — On peut faire de très belles chasses au Maroc. La perdrix rouge y abonde. Le lièvre, l'outarde, la cannepetière et le sanglier sont fréquents. Le gibier d'eau (bécasse, bécassine, courlis, sarcelle, canard sauvage) est très répandu. Indépendamment des chasses au lièvre et à la perdrix, on peut poursuivre, dans la région du Figuig, le mouflon et la gazelle de montagne.
La panthère est connue dans les massifs montagneux. Il y aurait du lion dans certaines régions de l'Atlas. La poursuite de ces grands animaux ne peut toutefois être entreprise avant la soumission complète du pays.
Les règlements administratifs en matière de chasse sont à peu près semblables à ceux de France. La chasse est normale-
RE\SEIG\EMEXTS GÉNÉRA UX,
ment ouverte d'août à février et de mars à avril pour les oiseaux de passage. On ne peut chasser qu'avec un permis.
Grand tourisme et excursions en pays indigène. —
L'heure des grandes randonnées dans les pays montagneux et le Sahara n'est pas encore venue. Lorsque de grands voyages pourront être organisés dans ces régions, les amateurs de camping connaîtront de beaux jours; le Maroc réserve à ce sujet d'heureuses surprises.