CHAPITRE XX
Novembre iqoj.
Il m'a semblé utile de résumer ici les conséquences auxquelles les récents traités font aboutir les trois pays les plus intéressés à l'avenir du Maroc : l'Angleterre, l'Espagne et -surtout la France.
Angleterre. — Les Anglais nous ont concédé une influence prépondérante. Ils n'avaient sur le Maroc aucun droit ; nous non plus d'ailleurs. Mais ils pouvaient, grâce à une politique dissimulée, grâce à des agents plus ou moins officieux, contrecarrer nos agissements auprès •du Sultan. Il est indéniable que dans ces •dernières années ils avaient réussi à acquérir une situation politique privilégiée au Maroc ; le Makhzen subissait réellement une impulsion anglaise. L'Angleterre nous a laissé la liberté
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de prendre sa place, nous a reconnu le droit de veiller à la tranquillité du pays, de lui prêter notre assistance pour toutes les réformes administratives, économiques, financières et militaires dont il a besom. Elle s'engage à ne pas contrarier' notre action au Maroc à condition que nous n'entravions en rien la sienne en Egypte.
Le traité donne aux sujets anglais le droit de résider ou de voyager dans toutes les régions soumises à l'autorité du Sultan et établit une juridiction consulaire pour les sujets anglais. Il leur donne le droit de commercer librement au Maroc, dans les mêmes conditions que les indigènes et que les sujets de la nation la plus favorisée. En somme, l'Angleterre ne s'efface pas complètement. En exigeant de nous un accord avec le gouvernement espagnol, elle l'a bien montré. Elle a non seulement sauvegardé ses intérêts commerciaux, mais aussi ses inté^ rets stratégiques, grâce à la neutralité consentie des côtes méditerranéennes. Nous nous sommes en effet engagés vis-à-vis d'elle à ne construire aucun ouvrage niilitaire de Melilla au Sebou* Le gouvernement britannique proclame le .(( libre passage du détroit de Gibraltar », ce qui ne lui ôte en rien les prérogatives exceptiour nelles que lui confère la possession de la forter resse et du port de guerre de Gibraltar.
Les dernières discussions de la Chambre sur le traité franco-anglais semblaient établir nettement notre liberté d'action au Maroc. Et cependant la politique anglaise n'a pas abso:-
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lument disparu devant nous. Il est au moinsétrange que la légation d'Angleterre ait manifesté un tel zèle pour prendre en mains Tatïaire El- Menebhi à Tanger et pour revenir sur les premières dispositions qui éloignaient quelque:
temps Tex-ministre de la guerre en Egypte..
Est-ce donc là notre droit exclusif àQ régler les incidents intérieurs marocains ? Nous aurionsaimé voir une attitude plus franche, un effacement politique absolu de la part de l'Angleterre qui, de même que l'Allemagne, aurait dû. avoirseulementàcœur de sauvegarder l'intégrité de ses intérêts économiques dans le présent et dans l'avenir. Il appartient à notre diplomatie de rappeler sans réticences à l'Angleterre quelle .doit être sa ligne de conduite si ses représentants officiels paraissent l'oublier.
Espagne. — Les intérêts espagnols au Maroc doivent attirer d'autant plus noire attention que le traité franco-espagnol vient à peine de se conclure. J'ai dit, et d'autres l'ont mieux dit que moi, ce qu'il fallait penser de ces « droits, historiques » que l'Espagne a invoqués et qui,, dans notre siècle de positivisme, font çourire ceux auxquels on oppose de tels arguments. On a pu faire remarquer, non sans raison, que le Maroc avait, dans ce cas, plus justement des droits historiques à alléguer sur l'Espagne, puisque ses aïeux ont conquis et civilisé à uni moment donné la péninsule ibérique, tandis que les Espagnols ne pourraient se vanter de la réciproque. Le Maroc, qui fut au moyen âge la <( Métropole » de l'Espagne, pourrait le rede-
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venir, au sens économique du mot, grâce à ses qualités naturelles, une fois que ses ressources seraient mises en valeur. On peut d'ailleurs, en -compulsant les archives de l'histoire, constater •que les traités hispano-marocains assimilaient parfois, au point de vue juridique, le territoire des presidios au pont d'un navire de guerre. De plus, la haine dont les Espagnols ne savent pas se départir à l'égard des Musulmans les dégagera difficilement de ces idées ataviques de croisade -que la reine Isabelle la Catholique leur a laissées en héritage. Nombreux sont encore les chauvins de la péninsule partisans de la guerre religieuse, de la guerra a los Moros Dans ces •conditions, mieux vaut pour l'Espagne de laisser dans l'oubli ces prétentions d'ordre historique qui ne peuvent que fausser l'esprit du rôle pacifique qu'on attend d'elle au Maroc.
Le grand privilège de cette nation, c'est sa position géographique qui la place à quelques neures de l'Afrique, et la grande preuve de son incapacité c'est de n'avoir point su profiter dans une mesure honorable de cette situation privilégiée. Ses relations économiques avec le Maroc se réduisent à un rôle passif ; son œuvre matérielle se réduit à la possession séculaire de quelques hectares de rocher et de terre stérile, prisons mornes et silencieuses où des forçats misérables paient tristement leur dette à la ■société ; son influence morale est nulle et ne •dépasse pas la limite des enclaves qu'elle s'est taillées sur le territoire marocain.
Pour des motrfs diplomatiques et stratégiques
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-que TEspagne ne saurait guère expliquer, Tarifa, la ville méridionale la plus rapprochée du littoral africain, reste ^n port fermé et n'a aucune •espèce de relation avec le Maroc, tandis que Gibraltar, beaucoup plus éloignée de Tanger, entretient avec cette dernière des rapports •constants. L'organisation postale espagnole au Maroc laisse grandement à désirer et les sujets d'Alphonse XIII eux-mêmes, à Tanger et ailleurs, préfèrent s'adresser aux offices étrangers, notamment aux postes allemande et française.
Le cable Tanger-Algésiras s'est rompu quelque temp3 après son installation et n'a jamais été réparé depuis.
Parmi les cinq à six mille Andalous qui ont immigrés à Tanger, une faible minorité est intéressante et digne de représenter honoratlfement leur patrie d'origine. Le reste est un composé d'échappés de bagne et d'ouvriers turbulents, de condition misérable, dont les revendications sociales et l'effervescence anarchiste contribuent fort peu on l'avouera à l'accroissement d'une influence espagnole dans le Maroc du Nord.
Le commerce, comparé à celui de la France et de l'Angleterre, est insignifiant. Il représente seulement 8 0/0 du commerce total du Maroc avec les pays étrangers. On a constaté qu'il ne faisait que décroître devant la concurrence étrangère. Le commerce est d'ailleurs presque tout entier d'exportation. L'importation espagnole est de peu de valeur et il est tel port, comme Laracne, où les rapports consulaires ne
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la mentionnent même pas. Elle consiste surtout dans Tapprovisionnement en objets et en comestibles nationaux des Espagnols qui habitent le Nord du Maroc. Ajoutons que le ravitaillement de Ceuta et de Melilla se fait par une compagnie maritime anglaise.
Les possessions espagnoles consistent, comme on a pu le voir plus haut, en cinq presidics sur la côte méditerranéenne. Malgré la situation stratégique de certains de ces postes, TEspagne n'en a tiré aucun bénéfice matériel ou moral. II est bien évident que les Marocains campés aux environs de ces bagnes ne se trouvaient ni ftattés ni attirés par ce contact avec le rebut de la population espagnole. Outre ces points d'occupation, TEspagne revendique Santa Cru^de Mar Pequena^ concession que le traité de i8()o, non sans quelque malice, lui reconnaît sur l'Atlantique, et qu'elle recherche vainement depuis cette époque sans pouvoir en découvrir l'identité. En réalité, ce que l'Espagne appelle une œuvre coloniale au Maroc se réduit à une pure intervention administrative et officielle pour faire garder militairement les enclaves qu'elle possède depuis 400 ans et les forçats, qu'elle y entretient.
Malgré sa situation exceptionnelle au point de vue commercial et stratégique, Ceuta n'importe que pour sa consommation locale. La viande vient de Tanger, ville marocaine, sur dee vapeurs anglais. Elle ne fait pas de commères avec les indigènes ; il n*y a du reste pas de douane à ses portes, comme à Melilla. C'est
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pour elle un prétexte pour introduire sans difficulté en territoire marocain des fusils nombreux de toutes marques et pour entourer de toutes les garanties de liberté nécessaires ce qu'ailleurs on appelle de la contrebande d*armes.
MeliUa s'est un peu relevée, en 1887, de la situation dans laquelle elle végétait jusque là, lorsqu'elle fut déclarée port franc. Ce n'est pas vtn centre d'exportation. Les articles d'importation destinés à l'intérieur du pays, sont français, anglais, voire russes. D'Espagne, il n'arrive que les vivres et les condiments nécessaires à l'alimentation de la ville. L'entretien des presidios coûte annuellement à la Métropole environ 2.5oo.ooo pesetas, alors que leurs recettes commerciales se montent à peine à 400.000 pesetas. Les dépenses énormes sont un véritable gaspillage que rien ne justifie et où le contrôle le plus élémentaire fait défaut.
En somme, l'Espagne est installée depuis quatre siècles sur le littoral méditerranéen du Maroc. Pendant quatre siècles elle a été seule à jouir d'une situation privilégiée dans un pays barbare qui se dresse à ses portes et elle n'a eu à lutter contre aucun privilège étranger. Et cependant elle n'est jamais parvenue à acquérir au Maroc une influence quelconque, fùt-ellé d'ordre politique ou économique. Actuellement, la situation est sensiblement modifiée. L'intervention officielle et prépondérante de la France met quelque peu en échec les intérêts espagnols. Il faut se demander si, en cette occurence nouvelle, l'Espagne trouvera, pour relever son
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rôle en Afrique, aux yeux de l'Europe, desmoyens plus efficaces que ceux dont elle a usés durant les quatre cents ans où elle a possédé le monopole moral en quelque sorte de la pénétration.
L'accord franco - espagnol dont certainesclauses sont tenues secrètes semble réserver à l'Espagne certains privilèges d'influence dont elle )ouira pleinement dans une quinzaine d'années, lorsqu'elle aura prouvé, par une intervention heureuse, qu'elle est encore une nation coloniale. Reste à savoir si ses ressources financières et ses gouvernants lui permettront, dans^ la mesure du nécessaire, de faire ses preuves.
France. — La France a pensé avec raison qu'elle ne pouvait permettre à aucun Etat Européen de prendre, à l'ouest de l'Algérie, une situation plus forte que la sienne, et que le Maroc aux mains d'une autre puissance eût été un danger pour ses Colonies de l'Afrique du Nord. La voilà donc, de par les récents traités, en mesure d'étendre sur le Maghreb tout entier son champ d'expansion et d'expérience coloniales.
Ce qui est indispensable à l'action nouvelle de la France, c'est une unité de direction qui évitera les tiraillements entre des administrations diversement intéressées et entre deux politiques orientées sur des données divergentes.. Il est évident que le Makhzen profiterait non sans satisfaction des désaccords de vues qui pourraient se produire entre le Gouvernement de l'Algérie et le Ministère des Affaires étran-
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gères. C'est pour cela qu'il faut une unité de direction qui ne devra pas envisager la question sous un seul angle, soit ç}u'elle la considère d'Alger, soit qu'elle l'examine de Tanger ou de Fez. Cette direction unique devra concilier avec le tact et la fermeté nécessaires les deux situations très différentes qui se présentent dans. le Blad Makhzen et sur la frontière algérienne.
Certes, nous devons songer avant tout à une politique de pénétration pacifique. Mais cette politique doit être basée seulement sur un sentiment d'équité et d'humanité. Il faut le faire bien entendre au Sultan et, s'il regimbe, le convaincre que pas un instant nous n'avons songé, dans nos intentions pacifiques, à nous inquiéter des misérables troupes qu'il pourrait opposer à une intervention armée de notre part.. Au besoin, on pourrait lui rappeler que dernièrement encore il a suffi d'un petit poste de 60 zouaves sur la frontière oranaise pour arrêter sa fameuse armée d'Oujda de 700 nommes, — fuyant devant le Prétendant jusque sur le territoire algérien, — pour la désarmer et pour la reconduire en terre marocaine où on lui restitua ses fusils de calibres variés.
Les traités que nous avons signés avec l'Angleterre et l'Espagne ne doivent entraver en aucune façon la mission civilisatrice que la France a des velléités de remplir au Maroc. Et cependant on remarque une hésitation dans la politique à suivre dans ce pays. Il semble que depuis longtemps des projets devraient être élaborés, prêts à être mis en pratique du jour
sont a ns
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où les nations rivales nous laisseraient le champ libre. Nous en sommes encore à ]t période de tâtonnements ; mais il serait fàcheu? .que c.tte période se prolongeât indéfiniment
« Le Maroc, a dit un député estimé, doit -être pacilie par ses seuls moyens et par ses seules ressources. » Le point de départ, c'est IW aanisation de Tarmée et de la police qui, dans Tes Etats les plus paisibles de l'Europe so?
indispensables au maintien des libertés et de I •sécurité publiques et économiques et qui dan^ un pays barbare comme le Maroc, som les premiers rouages qu'il est nécessaire de faire fonctionner. ^
Mais, ainsi que Ténonce ce dilemme humoristique : « Pour avoir une armée il faut de rargent, et pour avoir de Taroent il faut une .armée. » Comme ce cercle vicieux n'a pas encore été solutionné, la situation est pendante •embarrassée et le Maroc continue à n'avoir ni .argent ni armée.
11 est nécessaire de recourir à une action basée sur une entente cordiale avec le Makhzen. Mais ^encore il faut que le Sultan et son entourage soient de bonne foi et que nous ne soyons plus les victimes de cette duplicité dans laquelle ils •étaient passés maîtres depuis de longues années, de façon à tromper tout le monde pour ne rien ^accorder à personne. Ces atermoiements sans issue, que l'antagonisme constant des nations concurrentes pouvait entretenir et tolérer par ^esprit de rivalité, n'ont plus de raison d'être.
Il faut en parler avec fermeté et sans ambage
Apfès les Traités
; au Makhzen, exiger de lui la solution pi
^* des questions pendantes, ou nous résî
I suivre les vieux errements qui ne nous t
' fait faire jusqu'ici un seul pas en avant »
voie de l'influence morale et politique.
France consent à joUer ce rôle eflacé, il i
dra pas qu'elle soit étonnée un jour de
place prise par une autre nation qui op
sa prépondérance effective à la priorité
de convention dont on s'aitondait qut
fassions meilleur usage.
On a dit que notre politique de pCné devait être lente et la moins apparente pc Mais la lenteur et la discrétion n'excluent fermeté ni l'esprit de suite et ne doivent transformer en telles négociations intermi qui aboutissent à des résultats dérisoire intervention précise et nette nous amé restaurer assez rapidement le Biad el Ma c'est-à-dire ta région la plus pacifique du Restera le Blad-es-Siba qui, dans le Marc tentrional, est représenté par le Rif, 1 grande partie des Djebala, et toute la comprise entre Fez et Oujda. Ceci est ui noir pour notre avenir au Maroc. Ri prouve que le seul concours de la péné pacifique nous procurera sur ces territoi résultats que nous espérons. Il vaut mieu poser que lorsque les pays insoumis se ront pris entre l'étau redoutable de l'J d'une part et du Blad el Makhzen sérient armé et outillé de l'autre, ils feront amen norable et se soumettront, non point au:
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faits de la civilisation, mais à Texpression de la force organisée.
En attendant, rien ne s'oppose à ce que nous fassions' par l'Algérie des tentatives de pénétration économique dans le Maroc Septentrional.
Quand nos routes et nos chemins de fer auront atteint, au Nord, la frontière marocaine, il sera aisé de leur faire franchir cette zone conventionnelle et de les pousser à travers les vallées qui, au sud du Rif, se succèdent jusqu'à Fez. Si elles n'ont point tout l'intérêt économique désirable, elles seront en tout cas un puissant levier de notre influence politique ; et d'ailleurs il est nécessaire qu'Alger soit relié à Fez et à l'Atlantique comme Alger est relié à Tunis.
Quant à notre action à l'égard des tribus de la frontière, elle a besoin également de cette précision* dans les vues et de cette fermeté clans l'action qui doit caractériser notre attitude au Maroc. Il ne faut pas que là aussi des fluctuations et des atermoiements viennent enrayer l'œuvre des entreprises privées. Il est indispensable surtout de mettre les points sur les i et de faire connaître sans réticence au Sultan comme aux populations indépendantes que nous sommes fixés à l'avance sur la valeur des arguments qu^iis peuvent opposer à notre initiative. Il ne s'agit pas que les tribus remuantes de la frontière,' après avoir fait subir des dommages à nos administrés, jouissent de l'impunité en se retranchant derrière l'inviolabilité d'un territoire dé parcours qui n*est pas un Etat, et en invoquant l'autorité d'un Sultan auquel elles n'obéis-
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sent pas. Il ne s'agit pas non plus que le Makhzen, par un excès de zèle inopportun, revendique^ alors que nous faisons simplement œuvre de police, rintégrité de régions éloignées sur lesquelles il n'a aucune influence, et enveloppe de sa protection illusoire des populations qui lui sont totalement étrangères.
Dans certains milieux diplpmatiques, on trouve les Algériens trop pressés. Il est juste de dire que ces derniers attendent depuis quelque cinquante ans une solution qui leur permette d'exercer leur activité pratique au moins dans le Maroc Septentrional." Et du jour où cette solution a été officiellement proclamée, on conçoit qu'ils aient donné quelques signes d'impatience. D'autres les trouvent encombrants et susciteraient volontiers des obstacles à leur pénétration au Maroc. On leur fait une réputation inj^ustifiée de gens frondeurs et d'inquisiteurs des
f)Ouvoirs publics. On leur prête l'intention de aire de la politique plutôt que des affaires. Sur ce chapitre, et s'il y avait lieu d'appréhender une immigration, il serait plus logique de se défier des Français de la Métropole avec leurs animositésde partis. Majs de tels raisonnements se passeraient de commentaires et il faut souhaiter que l'accès du Maroc soit facilité dans les plus larges mesures à nos nationaux, qu'ils viennent de France ou'd'Algérie.
Nos sujets musulmans méritent eux aussi qu'on utilise les réels services qu'ils sont à même: de nous rendre. Un indigène algérien instruit et doué de grand tact peut être pour notre œuvre
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dans le Maghreb d'un inestimable secours. Certaines personnalités encore isolées en sont les preuves évidentes. Malgré toute la mauvaise volonté que le Makhzen a montrée, à Tanger, pour mettre un semblant de troupes marocames à la disposition de nos officiers, si ces quelques soldats indisciplinés et mal payés sont parvenus, grâce à des exercices répétés, à acquérir les premiers principes de l'instruction militaire, c'est non seulement à l'activité du capitaine Fournier qu'on le doit, mais encore au zèle infatigable et mtelligent du lieutenant indigène Ben Sedira qui sort du i^*" tirailleurs.
Il y a à la légation de France, à Tanger, un Arabe de Tlemcen, homme encore jeune, très fin, travailleur acharné, pourvu d'une instruction française et arabe supérieures : c'est Si Kaddour Ben Ghobrit. J'ai rarement rencontré un musulman doué de qualités aussi remarquables et en même temps aussi sobre dans ses prétentions. On a malheureusement été trop souvent amené à remarquer que nos indigènes algériens réellement instruits et doués d'une éducation française élevée ne peuvent s'empêcher d'affecter une jactance et un puffisme qui annihilent la meilleure partie de leurs facultés acquises. Si Kaddour n'est pas de ceux-là.
Ayant débuté comme simple khodja à notre Légation, il a su s'assimiler la mentalité de la diplomatie française dont il a rejeté les pusillanimités inutiles et pénétrer toutes les subtilités du Makhzen dont il connaît à fond le langage et les procédés artificieux. Aussi a-t-il
Après les Traités
été amené rapidement à rendre de grand vices à la cause française, et il est appelé pour nous un excellent négociateur.
Les éléments combinés de notre interve diplomatique, de notre action pacifique ferme sur la frontière, des initiatives priv< nos nationaux ou de nos sujets musul peuvent, grâce à une cohésion constante, à une activité opiniâtre, amener rapidemi Maroc, et d'abord le Maroc Septentrional, notre influence directe. La pénétration éi mique, secondée par un courant officiel v la fois du Makhzen et de l'Algérie, aura r sans trop de peine des obstacles natur condition qu'on ne ménage pas, tant l'établissement de communications que l'organisation de la police et de la sécuri nerf. . . de la paix qui, comme celui t guerre, se manifeste sous forme de deniers, c'est avec raison que M. Jaurès a ii auprès de la Chambre pour qu'elle n'ép; pas ses subsides à l'œuvre que nous engaj au Maroc. La pénétration pacifique ne ft besogne d'une opération militaire qu'a qu'on lui assurera un appui financier venable.
De par les traités, nos concurrents, co l'Allemagne et l'Angleterre, jouissent au R des mêmes libertés commerciales que n ils profiteront donc, non sans avantages facilités que nous assurerons au mouve économique du pays, par le Rif conimt l'Océan. Aussi, ont-ils tout intérêt à apj
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de leur neutralité non déguisée notre situation
f)répondérante, et à rester indifférents devant es démêlés que nous ne manquerons pas d'avoir de temps à autre avec l'esprit rétrograde qui règne à la cour du Sultan ; de façon que nous puissions remplir notre rôle privilégié avec la dignité et la fermeté qu'il convient. De même, lorsqu'il s'agira de tenter oeuvre coloniale dans les régions agricoles et oeuvre industrielle dans les régions minières et forestières, nous accueillerons avec empressement de l'Espagne gon contingent de prolétaires émigrés dont nous avons pu apprécier lés qualités de sobriété et d'àpreté au labeur dans la province d'Oran. Mais nous ne saurions accorder la même faveur en matière d'organisation politique au gouvernement espagnol, dont la collaboration serait plutôt une gêne à notre action. Pour mener à bien sa tâche, pour pacifier et pénétrer le Maroc du Nord au Sud, de l'Est àt l'Ouest, la France a besoin d'être seule, parce qu'avec ses seules ressources elle est capable, si elle le veut, de solutionner ce grave problème.