‹ Le Maroc septentrional: souvenirs et impressionsChapitre 3 sur 24 · SUR I.K · texte numérisé non relu

SUR I.K

Le Littoral. — La côte méditerranéenne, depuis l'Algérie jusqu'à Melilla, offre une succession de larges plages sablonneuses, entrecoupées de quelques falaises isolées, terminant les pentes douces des collines de rintérieur qui viennent mourir en plaines basses. La Moulouïa aboutit à la mer par un estuaire qui s'épanouit en face des îles Zaffarines, rochers espagnols. Plus loin, sur une longueur de 25 kilomètres, s'étend la sebkha de Bou Erg, lagune profonde qu'une étroite cloison de sable sépare de la mer.

A partir de Melilla, le littoral devient plus accidenté et les massifs rugueux qui avancent leurs éperons dans la Méditerranée alternent avec les petites plages qui bordent le bas des falaises. C'est d'abord le trident abrupt du cap Tres-Forcas où commence le Rif avec sa côte inhospitalière, âpre et sauvage, presque constamment élevée en un plateau sombre et pierreux dont les assises dénudées sont battues par le remous des vagues. Parfois, la muraille s'abaisse et laisse entrevoir derrière lés plages grises des vallées cultivées où la verdure abonde. En face de l'estuaire de l'Oued-Nekour se dresse le petit archipel d'Alhucemas, presidio espagnol.

IV Introduction Géographique

Plus loin, au fond de la baie d'Alcala, un îlot terminé par un piton rocheux, un bagne aussi, Peiion-de-Velez de la Gomera.

Le territoire des Djebala vient ensuite avec ses terres hautes et le massif des Beni-Hassan au bas duquel coule le Rio Martil, la rivière de Tétouan la Blanche. Le littoral qui se dirigeait vers TOuest se détourne vers le Nord pour former ce qu'on appelle « le Chapeau de Gendarme du Maroc ». Le cap Negro termine le massif de l'Andjera, puis c'est la pointe de la Almina, pointe d'Afrique, frêle presqu'île sur laquelle est bâtie Ceuta.

Là commence le détroit de Gibraltar dont les rives marocaines, découpées et rocheuses, sont dominées par la colonne d'Hercule Africaine, le Mont aux Singes, piton gris et chauve qui s'élance brusquement à près de 900 mètres. Au bas, en pleine mer, une roche broussailleuse et élevée, c'est l'ilôt de Peregil. La côte ainsi déchiquetée aboutit à la baie de Tanger qui s'arrondit en demi-cercle, bordée par une grève de sable fin et abondant. Les falaises verticales et brunes reprennent ensuite jusqu'au cap Spartel où le littoral se détourne brusquement et limite en Occident, sur l'Océan, l'Afrique du Nord.

Après la masse rocheuse et creuse au-dessous de laquelle s'étendent les grottes d'Hercule, les terres sont basses, boursouflées parfois de collines incultes, entrecoupées de falaises jaunâtres derrière lesquelles s'étendent le Fah'ç et le Sahel. Passé l'embouchure de l'Oued Lokkous, un plateau vertical au flanc duquel est suspendue la ville de Larache se termine en mamelons sablonneux de plus en plus bas, qui ne se relèvent qu'en face de la lagune intérieure de Mouley bou Selham,

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jusqu'à Testuaire très large et coulant à pleins bords du Sebou qui se jette dans l'Océan auprès de la bourgade ruinée de Mehédya.

Géologie. — La géologie de la partie septentrionale du Maroc est encore insuffisamment connue. Aussi les conjectures viennent-elles trop souvent combler les lacunes des données scientifiques. Les terrasses du massif rifain qui sont le prolongement du Tell algérien se recourbent vers le Nord et semblent ainsi se raccorder à la chaîne bétique et à la Sierra-Nevada à travers le détroit de Gibraltar, tandis que l'Atlas saharien, en Algérie, conservant au contraire sa direction W. S. W., se prolonge au sud de Fez par l'Atlas marocain. Le littoral du Rifest formé par des terrains cristallins et aussi par des schistes paléozoïques dont on observe les alHeurements les plus orientaux à l'est de Nemours. La zone des grès rouges borde celle des schistes anciens du littoral. Ces terrains seraient surmontés par le crétacé inférieur qui s'étend au moins depuis Tafersit jusqu'à Tétouan.

Tout cet ensemble plissé qui constitue bien un prolongement de l'Atlas Tellien est circonscrit extérieurement, à l'Ouest et au Sud, par les terrains tertiaires qui occupent de grandes surfaces. A l'Est de Tanger, l'oligocène forme une large bande qui se prolonge jusqu'au Sebou. A l'Ouest de cette ville, le miocène s'étend sur toute la périphérie du massif secondaire, occupe la région de Fez et vient se relier aux terrains du même âge de la Moulouïa et de la Tafna.

En résumé, jusqu'à l'Oued Innaouen, le Maroc septentrional serait formé par le prolongement de la zone du Tell algérien, zone qui se recourbe vers le Nord pour

■ VI Inlroduction Géngraphique

gagner t'K.spagne en s'infléchîssaiit à l'Est, le loiin de la . vallée du Gaadalquivir. D'après Suess. la chaîne du Rif, qui peut atteindre des altitudes relativement élevées, mais bien inférieures à celles de l'Atlas Marocain, serait un fragment de la chaîne Alpine, en prolongement de ' celui qui passe au Nord de l'Algérie, et se prolongeant en Europe par les montagnes de l'Andalousie.

Orographie. — Ainsi, au Nord, le système montagneux qui longe le littoral et qui, par une courbe dirigée vers le détroit de Gibraltar, tend à marquer son affinité géologique avec le système orographique du Sud ' de l'Espagne, est formé par le massif Rifain. Ce massif se relie aux hauteurs de l'Andjera qui dominent Tanger et Ceuta et se termine à l'Est par les montagnes de Nemours. 11 est séparé de la haute chaîne de l'Atlas par une vallée profonde qui, de TIemcen à Fez, forme une

■ déclivité resserrée à la trouée de Thazâ, route naturelle de l'Algérie à l'Océan : c'est, après les plaines mamelonnées qui suivent Oudja, la vallée de l'Oued Innaouen, suivie des régions basses où s'élèvent Fez et Meknès et qui prennent fin dans le pays des Zemmour et à Rabat sur le littoral.

Le Sebou, dont les eaux abondantes viennent se jeter dans l'Atlantique, et la Moulouïa limitent dans leurs bassins inférieurs cette région quadrangulaire qui s'étend entre Fez, Oujda et la Méditerranée et qu'on est convenu d'appeler le Maroc Septentrional. Les chaînes du Rif courent parallèlement entre elles du Nord au Sud ; elles se succèdent en dîfiérents massifs allongés et rappellent en tous points la structure des chaînes espagnoles qui bordent l'Andalousie.

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Hydrographie. — A environ 20 kilomètres de la frontière algérienne, la Moulouïa se jette dans la mer ■après avoir parcouru 420 kilomètres. C'est le plus long fleuve de TAfrique du Nord aboutissant à la Méditerranée. Quelques travaux d'aménagement et de dragage la rendraient navigable sur la partie basse de son cours. Ses principaux affluents dans le Nord sont : TOued Melillo et TOued M'soun sur la rive gauche, l'Oued Za sur la rive droite. Elle coule dans une vallée très large où de petites plaines irriguées et fertiles sont abondantes en cultures et en jardins ombragés. De très nombreux cours d'eau, dont la plupart sont des torrents semblables à ceiix d'Algérie, descendent des "hauteurs du Rif vers la mer. Les plus importants sont : rOuedKert, dans le pays des Beni-Saïd, l'Oued Nokour, dont l'embouchure se déverse dans une petite baie arrondie, en face du presidio d'Alhucemas, l'Oued Bou- Ferah' qui se termine à proximité du Peiîon-de-Velez, l'Oued Titaouin, près de Tétouan, que les Espagnols appellent Rio-Martil, rivière courte mais qui pourrait être navigable en toute saison. Sur le détroit de Gibraltar, •des torrents sans importance, rapides en hiver, desséchés «n été, strient la côte escarpée.

C'est seulement sur l'Atlantique que l'on trouve de véritables fleuves aux eaux abondantes ; des navires •de faible tonnage pourraient aisément circuler sur une partie de leur cours, même en été. L'Oued Tahaddart ■est un cours d'eau sans importance, mais qui, à proximité d'Arzila, devient très large et dont les pleines eaux profondes nécessitent à toute époque de l'année un bac pour les passer.

En face de Larache se déverse par un bel estuaire,

VIII Introduction Géographique

que précèdent des méandres sinueux, l'Oued LokkouSy petit fleuve dont le volume d'eau est considérable et qui, en hiver, pourrait être remonté par des barques et des chalands jusqu'à Kçar-el-Kebir, à quarante kilomètres environ de son embouchure.

Au sud de Larache commence une fertile et large vallée au milieu de laquelle serpente en replis majestueux le fleuve le plus important du Maroc, le Sebou^ qui a une longueur de 450 kilomètres environ. Il prend sa source dans le Moyen-Atlas et passe à quelques kilomètres de Fez où de petits vapeurs pourraient arriver en hiver. Il reçoit, comme affluents de droite, deux larges et profondes rivières dont le débit est presque aussi important que le sien : TOued Innaouen et TOued Ouergha.

Climat. — La partie la plus septentrionale du Maroc comprise entre Larache et Tétouan subit l'influence des vents d'Ouest, mais elle reçoit aussi les vents du Nord ;. de plus, elle est soumise à l'action des courants aériens dans le détroit de Gibraltar. C'est donc un climat fort humide. Les pluies y sont très abondantes en hiver et surtout au printemps. L'air y est à toute époque chargé d'humidité. La température à Tanger atteint rarement 3o degrés au plus fort de l'été. Le climat de l'intérieur, dans les parages de Fez et de Méknès, participe à la fois delà côte Ouest et du Nord du Maroc. Il est assez humide, mais moins égal que celui du littoral atlantique» Quant au Rif, il est exposé presque uniquement aux vents du Nord et réputé pour son climat froid et humide en hiver.

Flore et Faune. -- Les régions agricoles, au Nord- Ouest, produisent des céréales superbes ; les blés durs

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sont très beaux dans les vallées du Sebou et de TOuergha. Les oliviers du Zerhoun, les orangers de Tétouan et de Larache sont réputés dans le pays. Le Rif abonde en ara'r, sorte de petits cyprès au bois incorruptible.

La faune est en général la même que dans le reste de la Berbérie du Nord, Algérie et Tunisie, En dehors des animaux domestiques, la hyène, le chacal et le sanglier sont très répandus dans les régions non cultivées. Le gibier d'eau pullule dans les endroits un peu marécageux. Cailles, bécasses, perdrix rouges, fausses-aigrettes et tourterelles pullulent sur la route de Fez.

Situation économique. — Le Rif produit des bois de constructions qui ont le mérite d'être peu attaquables aux vers. On trouve des chénes-lièges aux environs de Tétouan, de Ouezzan, et tous les Marocains qui vivent dans les régions montagneuses fabriquent du charbon en abondance. La race bovine de l'Ouest est excellente et s'exporte à Melilla, en Algérie, en Espagne, voire en France. L'agriculture peut atteindre un essor remar« quable dans le Fah'ç, dans le Sahel, au Sud de Tanger, et surtout dans le Gharb, à l'ouest de ¥ez. Les terres sont extrêmement fertiles dans les vallées du Lokkous^ du Sebou, de TOuergla et de l'Innaouen.

La vallée inférieure du Sebou, qui constitue la province de Fez, contient en abondance, entre cette ville et TAtlantiqne, des pâturages où on élève surtout des bœufs, des chevaux et des moutons ; des blés, des orges et des cultures maraîchères très variées grâce à des irrigations ingénieuses sur les bords du fleuve et de ses affluents.

Le pays des Djebala s'occupe surtout de culture et de jardinage. On y produit en abondance des céréales et

. X lutrodiiciion Géographique

.■des fèves. Il y a une grande profusion d'arbres fruitiers, notamment des figuiers, des oliviers et des noyers. On y fait des cultures maraîchères en quantité ? le chanvre et le lin y réussissent très bien. L'af(riculture y e;t répandue.

Par Oujda, l'Algérie reçoit du Maroc des moutons, ■des bœufs, des chevaux, des laines, des peaux de chèvres, des tissus. Quand le pays est sûr, l'Algérie y importe une grande quantité d'objets manufacturés. Par In plage ■du Kiss, le Maroc exporte également du bétail et du palmier-nain pour la fabrication du crin végétal.

Les recherches géologiques découvriront certainement dans ces régions des gisements miniers importants de cuivre et de plomb. On rencontre une pyrite arsenicale assez riche dans la région d'Ouezzan au Djebel Sersar. Le sel gemme est commun au nord de Fez, de même la terre à foulon. Enfin, on a trouvé des traces de pétroles aux environs d'El-Kçar et du Djebel

Fez est le principal centre industriel du Maroc. On y fait des tissus et des broderies qui ont une grande vogue «n Algérie, des babouches et surtout des poteries bleues «maillées répandues dans toute l'Afrique du Nord. Les lainages et les babouches jaunes de Fez sont expédiés en grande quantité vers l'Algérie, la Tripolitaine, l'Egypte et même le Sénégal, A Meknès, on fabrique des poignards en argent ou en cuivre ciselé très prisés, des 'couteaux et des éperons.

Les Anglais divisent le Maroc en deux districts consulaires : Casablanca et Tanger. Celui de Tanger comprend les villes du Maroc Septentrional (Tanger, Fez, El-Kçar, Tétouan et Larache) soumises au Makhzen.

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Chacun de ces districts publie un rapport consulaire qu'on peut se procurer pour la modeste somme de deux pences.

Tanger est une place commerciale très importante grâce à sa proximité de l'Europe, à sa situation sur le détroit de Gibraltar et à son mouillage abrité. C'est ie port du Maroc qui fait le plus de transit. Elle est, concurremment avec Laracbe, le débouché de la région de Fez. Elle exporte des œufs en Espagne et, un peu partout, des laines et des bœufs. L'Angleterre occupe la première place sur le marché de cette ville en matière -d'importation. La France et l'Allemagne viennent - -ensuite. C'est l'Espagne qui exporte de Tanger le plus de produits marocains.

Tétouan, à douze kilomètres de la Méditerranée, possède un port d'embarquement et de débarquement à Tembouchure de l'Oued Titaouin. Elle expédie des oranges, des babouches et de la graine de lin. La France ' ne tardera pas à y atteindre le môme chiffre d'importation que l'Angleterre.

Larache est le port naturel de Fez, puisqu'il est le plus rapproché ; mais son accès est très dangereux une grande partie de l'année à cause du phénomène de la barre. De cette ville, il part de grandes quantités de laines, de peaux de chèvres et des fèves. Là encore, le commerce anglais tient le premier rang, mais l'importation française fait des progrès tous les ans.

En fait, la partie orientale du Maroc du Nord rentre

<ie plus en plus dans l'orbite commerciale de l'Algérie,

tandis que la magnifique vallée du Sebou avec Fez et le

-Gharb, la vallée du Lekkous avec El-Kçar et Ouzzan

xii Introduction Géographique

peuvent également offrir au commerce français une place prépondérante.

Situation politique. — La population est hétérogène. On trouve des Maures dans les villes, des Berbères (Imapren) dans le Rif, des Berbères Arabisés dans le Djebala, des tribus arabes de sang-mêlé du côté de Fez^ de Meknès et de TOcéan. Les Arabes vivent sous la tente en général et les Berbères dans les gourbis. Les Maures descendent de musulmans expulsés d'Espagne au xvi* siècle qui se sont alliés à des familles berbères,, arabes, juives, voire à des renégats chrétiens. On trouve surtout parmi eux de gros négociants et des fonctionnaires du Makhzen. Cependant, parmi ces derniers, beaucoup descendent aussi de grandes familles originaires de tribus agricoles importantes, arabes, berbères et arabo-berbères. Les Israélites sont nombreux dans le Maroc du Nord. Il faut distinguer les Juifs issus de ceux qui furent chassés d'Espagne au moment de l'Inquisition et qu'on rencontre dans les ports (Tanger,. Larache, Arzila, Tétouan et même Melilla) ; les Juifs indigènes perdus dans les gros villages du Rif. réunis en communautés fanatiques ; les Juifs espagnols mêlés aux juifs indigènes (Fez, Meknès, Kçar-el-Kebir. Ouezzan^ Oujda). Dans toutes les villes et bourgades ils sont cantonnés par les musulmans dans des quartiers spéciaux et maudits.

Il y a beaucoup de nègres dans les environs de Fez et Meknès, amenés par Mouley-Ismaël pour former la garde des Bouakler dont quelques vestiges subsistent encore. L'esclavage est commun dans le pays. Il y a encore un marché de femmes esclaves à Fez.

Les Européens, qui vivent sous le régime des capitu-

sur le Maroc Septentrional xiii

lations sont très peu nombreux, sauf à Tanger où il y «n a bien 7.000 sur lesquels environ 6.000 Espagnols.

Dans le Maroc septentrional le Blad-el-Maghzen, ou pays soumis au sultan, comprend actuellement le Sahel . s.eptentrional (Tanger, Arzila et Larache) dont les campagnes plus ou moins indépendantes sont peuplées de Berbères arabisés ; la province de Vez qui englobe les villes de Fez, Meknès et Kçar-el-Kebir ; quelques points isolés comme Tétouan sur le territoire des Djeb^ila •et Oujda près de la frontière algérienne.

Sefrou au sud de Fez, et Chechaouen au sud de Tétouan, «ont indépendantes ; Ouezzan est sous la domination des chérifs ; Thaza est aux mains du Roghi ainsi que Miknassa-Foukania, Miknassa-Tahtania et tous les points stratégiques intermédiaires entre Fez et Oujda.

La pisfe du P'ez à Larache est sûre ou à peu près : les vallées inférieures de TOuergha, du Sebou et de rinnaouen, la banlieue immédiate de Tanger et de Tétouan sont paisibles. Partout ailleurs le pays est de plus en plus livré à l'anarchie. L'Andjera, entre Tanger •et Tétouan. la piste de Méknès à Fez, la route d'El-Kçar à Tanger sont dangereuses et aux mains des brigands. Les plaines, auparavant si calmes et soumises, n'obéissent plus à personne sur plusieurs points ; la route de Fez à Oujda est coupée à Thaza par les Riata ; les sentiers de Tanger à Geuta, sont inaccessibles, à moins de compromis avec les Andjera.

Tout le reste enfin est indépendant ; c'est le Blad-es- Siba qui comprend le Rif, les Djebala, et la partie comprise entre Fez et Oujda. Entre Melilla, Thaza et Aïn- Sidi-Mellouk, les tribus reconnaissent l'autorité nominale du Prétendant.

XIV Intro.iuction Géo'^iaphique

Les villes Makhzen sont: Fez (loo.ooo h.), Merra- Uech (loo.ooo h.l, Meknès (40.000 h.), Tanger (40.000 h.), Tétouan (25.000 h.). El-Kçar ((i.ooo h.|, Larache (H.ooo h.), Arzib (2.000 h.), Oujda (8.000 h.|. ■ Ouezzan coniient environ fi. 000 tlmes et Thaza 5. 000. On trouvera au cours de cet ouvrage des renseignements détaillés sur les presidios de la cote méditerranéenne.

l,es tribus makhzen sont administrées par les caïds et leurs sous-ordres les cheikhs. Le Makhzen, ou gouvernement central, est actuellement installé à Fez comme capitale avec son sidtan et ses rouages administratifs aussi compliqués qu'inutiles puisqu'ils s'adressent à des sujets révoltés. Les caïds des villes, qui commandent en même temps ia province alentour, prennent le titre de pacha ou d'amel. Sur le papier, on trouve les divisions administratives ainsi établies : la province d'Oujda avec 21 caïds sous l'autorité de l'amel d'Oujda ; la province du Rif avec 3o caîJs ni partibus sous l'autorité plus que nominale du pacha de Fas-el-Bali ; la province de Tanger ; celle de Tétouan qui est censée commander aux Djebala ; celle d'Arzila ; celle de Gharb-el-lssar avec 1 5 caïds dépendant plus ou moins du pacha de Larache ;. et enfin la province de Foum-el-Gharb avec 29 caïds qui doivent obéir au gouverneur de Fas-el-Djedid. Mais dans la pratique, cette organisation n'existe pas et reste à l'état de projet sur bien des points. Dans chaque ville il y a un vice-consul de France, A Tétouan, notre agent consulaire est un indigène marocain. Les mokaddem de quartiers sont chargés de tout ce qui concerne la police de chaque quartier dans les villes.

Le Rifdésigne la partie septentrionale du Maroc entre l'Algérie et les parages de Tétouan, Sur le littoral médi- ■

sur le Maroc Septentrional w

terranéen, les tribus importantes sont : les KibJana,-le? Guelaïa (la plus puissante), les Beni-Saïd, les Temsaman et les Beni-Ouriar'el. Au centre du massif, on remarque surtout les Lemtalça et les Beni-Touzin, enfin dans la zone la plus méridionale du Rif, les tribus principales sont celles de Tarzout et de Gsennaïa. Les Kifains sont berbères. Chez eux, la confédération est administrée (très mal administrée', par une djemâa de concussionnaires dont on se débarrasse à coups de fusil, quand elle a fini de plaire et qu'on remplace par une nouvelle djemâa non moins prévaricatrice. Dans tout le Rif, les étrangers musulmans sont très mal vus. Quant aux Européens, un fanatisme sauvage et surtout un chauvinisme barbare leur interdit l'accès de ce pays. Seul, M. de Ségonzac a pu y pénétrer grâce à un parfait déguisement indigène qui le mettait à peu près à l'abri de rintolérance haineuse des Berbères. Les Rifains sont sédentaires et fantassins. Ils sont, comme les Kabyles et en général toutes les peuplades d'origine dorigine berbère, assez indififérents en matière religieuse ; à l'égard du Dieu de Tlslam, ils se bornent à quelques rares pratiques de dévotion. Mais le culte des saints, par contre,, est en très grande faveur chez eux, beaucoup plus que dans tout le reste Maghreb. Les chérifs d'Ouezzaa ont une réelle influence sur tout le Rif.

En ce qui concerne les Djebala, ils présentent les^ mêmes caractères généraux que les Rifains. Ce sont des Berbères arabisés qui ont perdu l'usage de leur dialecte berbère pour adopter celui de la langue arabe. Deux petites villes, Chechaouen et Ouezzan s'y trouvent encastrées. Sur la Méditerranée, les tribus les plus importantes sont celles des Rmara et des Andjera. Plus au

XVI lutroduction Géographique

Sud, on remarque Ahl Chérif Ouezzan, les Béni Messaouer, les Béni M'sara, les Béni Arous et les Fichtala. Les Ktama et les Senhadjat limitent le Rif. Chaque tribu s'administre comme elle Tentend. Cette région est une des moins sûres du Maroc. Les Européens sont absolument exclus de Chechaouen. Les zaouïa sont nombreuses dans le pays et les santons y pullulent.

Langage. — La langue arabe est la langue officielle. Elle est très pure, élégante et affinée chez les commerçants des villes, bien que beaucoup de mots espagnols s'y soient introduits. Dans les tribus elle rappelle beaucoup le dialecte occidental de TOranie, avec un certain nombre de locutions locales et des intonations parti- •culières. Il est curieux de constater que le langage des gens du Makhzen se rapproche davantage de ce dialecte campagnard qui fait quelque peu sourire les négociants maures. Cela tient à ce que plusieurs familles Makhzen sont originaires de tribus agricoles. Cependant, cette différence était plus caractérisée sous les derniers règnes qu'à notre époque où, par suite du mélange des populations et des déplacements plus nombreux, les variétés de dialectes tendent à se fondre. Chez les Djebala, entre Tétouan, Ouezzan, Larache et Tanger, on parle arabe ; mais l'origine berbère des populations se fait sentir dans le langage par l'accent et certaines expressions locales. Dans le Rif, on parle berbère ; il y Ji quatre dialectes principaux, qui se rapprochent du kabyle (Temsaman, Guelaïa, Béni Ouriar'el et Kibdana). Les Rifains qui émigrent tous les ans, soit du côté des Djebala, soit dans la provinee d'Oran, parlent couramment l'arabe, et les mots d'origine arabe pénètrent de plus en plus leur idiome berbère.

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