‹ Le marquis caporalChapitre 115 sur 164 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

Il va donc venir?... En vérité, vous me faites pitié, madame!... mais pourquoi tant de soins?... ne suis-je pas mort?... n’avez-vous pas fait constater ma mort?... Que vient-il faire ce morf, parmi les vivants?... Qu’il rentre dans son sépulcre, ce spectre importun... cette tête sinistre qui se montre, qu’on la coupe... Vous avez ce qu’il faut, madame, Gourdierl...

HÉLÈNE

Oui... oui... mais l’heure passe... mon ami... on peut venir... éloignez-vous...

CLAUDE-JULIEN

Ah! vous choisissez bien vos amants!... non, votre mari... car vous vous remariez... Oh! je l’ai entendu !

HÉLÈNE

Gaston!...

CLAUDE-JULIEN

Ah! vous vous remariez!... J’étais venu pour vous tuer, entendez-vous?... Mais on vous aurait plainte !... Je veux mieux que cela ! je m’attacherai à votre âme par des liens dont on ne se délivre pas... j’irai moi-même me dénoncer... je veux que ma lête en retombant rebondisse sur votre cœur et ensanglante vos souvenirs... Ce sera mon cadeau de noces !

HÉLÈNE

Ah ! parlez moins haut!

CLAUDE-JULIEN

Et ce sera devant vous, ici même, que je me livrerai !

Gaston!... Gaston !...

CLAUDE-JULIEN

Aujourd’hui, à l’instant !... Où est le général?...

HÉLÈNE

Ah! vous ne sortirez pas!

CLAUDE-JULIEN

Allons, place!

HÉLÈNE

Vous me füerez d’abord!

CLAUDE- JULIEN

Ah! prenez garde!... Ce ne sont plus mes illusions qui m’ont conduit vers .vous,., c’est la réalité... la réalité ja-

louse... terrible... inexorable... vous avez pu dompter mon cœur, mais vous n'arrêterez pas ma vengeance !

HÉLÈNE

Je vous plains.

CLAUDE-JULIEN

Prenez garde, vous dis-je, prenez garde 1

HÉLÈNE

Votre vengeance?... Mais regardez-moi bien en (ace et voyez si j’en ai pâli. Votre vengeance?... Eh bien, la mienne n’aura pas plus de pitié que la vôtre... ma vengeance à moi, ce sera la vérité!...

La vérité!

HÉLÈNE

Vous qui étiez tout pour moi, vous n'avez pas su comprendre mon abnégation pour vous. Mais cette vie d’isolement, d’inquiétudes, d’angoisses que j’accepte depuis deux ans, pour qui l’ai-je subie? pour vous. Si j’ai fait violence à mes goûts, si je suis encore en France où crie tant de sang, si je ne condamne pas des idées qui ont fait la ruine des miens, pour qui l’ai-je fait ? pour vous... Hier encore, sans crainte, faisant peut-être litière de ma dignité, si je me suis hardiment mêlée à ,une soldatesque insolente, si j’ai versé comme une bacchante de bivouac du vin bleu à des soudards, pour qui encore?... Pour vous... pour vousdontla vie était en péril... pour vous que je voulais sauver... pour vous enfin qui avez à cette heure le courage de m’accabler de votre ingratitude !...

CLAUDE-JULIEN

Hélène !

HÉLÈNE

J’ai à me disculper d’un autre crime, vous répondrez après !

CLAUDE-JULIEN

Non, tais-toi !... Je comprends... c’était encore pour me sauver! ... j’étais insensé !... (Tombant à ses pieds.) Ah ! pardonnemoi !

HÉLÈNE

Croire que j’aurais pu me remarier!

CLAUDE-JULIEN

Non.,, non!...

Que j’aurais pu donner à un autre ce cœur qui est à lui !

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