ACTE PREMIER
VALLEROY
Tant qu'on s’est battu entre Français, je me suis tenu l’écart. Mais à cette heure, c’est différent : l’étranger a posé le pied en France, je demande une épée.
GOÜRDIER.
Qu’on s’est empressé de vous offrir. Nous avons beaucoup de soldats, peu d’officiers. Le commandement supérieur qui vous a été accordé...
VALLEROY
Est dû surtout à ce malheur, je le sais.. Mais j’espère m’en montrer digne.
GOÜRDIER.
Le plan de Dumouriez me paraît hasardeux.
VALLEROY
Le génie a des témérités qui étonnent.
GOÜRDIER.
Vous l’avez étudié?
VALLEROY
J’ai passé la nuit à le méditer.
GOÜRDIER.
Dumouriez veut en précipiter l’exécution?
VALLEROY
Il a raison, tout serait perdu si les coalisés nous devançaient dans les défilés d’Argonne.
GOÜRDIER.
Ils n’y songent pas.
VALLEROY
J’irai demander au général Chombure dix-huit cents à deux mille hommes, que je conduirai à travers forêt à la Croix-au-Bois. Pour y parvenir, pour devancer les Autrichiens qui ne sont qu’à une marche de là, pour occuper solidement ce poste où la destinée du pays sera fortement menacée dans un moment, il faut de l’audace, du courage, du mystère.... le plus profond mystère surtout... car le moindre éveil donné à nos ennemis serait un désastre... Cette clairière occupée par eux, c’est une de nos bases d’opération supprimée, c’est la France inclinée vers un abîme, c’est l’inquiétude des soldats et l’incertitude des chefs, c’est la défaite enfin.
GOÜRDIER.
L’homme qui comprend ainsi la suprême, la haute responsabilité qui pèse sur lui, ne peut que triompher.
VALLEROY
Ou mourir.
GOURDIER
Je vous accompagnerai au camp du général Chombure. Je continue mon inspection.
VALLEROY
Bien.
GOURDIER
Je viendrai VOUS chercher. (Entre Hélène; elle tient un journal; elle est très-agitée.)