‹ Le marquis caporalChapitre 25 sur 164 · SCÈNE XIX · texte numérisé non relu

SCÈNE XIX

HÉLÈNE, VALLEROY

HÉLÈNE

Écoute, Gaston... laisse-moi te parler quand il en est temps encore.

VALLEROY

Que vas-tu me dire?... Il y a deux hommes en moi, et tu veux réveiller l’un quand la patrie en péril appelle l’autre. Crois-tu que je ne souffre pas de la lutte de ces deux hommes, l’un rempli d’un pieux respect pour les ruines amoncelées du passé, l’autre emporté par un torrent d’idées qui renouvellent l’humanité?... Ah! ce dernier doit seul triompher. Si je dois payer de mon sang le concours que j’apporte, eh bien ! qu’il coule. Qu’est-ce qu’un homme dans la balance des destinées d’un peuple?... Il n’est quelque chose, cet atome, que parce qu’en se réunissant à d’autre atomes il compose un monde !

HÉLÈNE

Gaston.

VALLEROY

Et quel moment choisis-tu pour attaquer mon courage!... Mais songe donc, je vais combattre !... si j’étais frappé?... si je sentais m’échapper cette vie que j’eusse voulu te consacrer tout entière, veux -tu donc que ma dernière pensée me rappelle un reproche de mon Hélène adorée... qui sait... ma condamnation qu’elle aurait trouvée et que la fatalité exécuterait ?

HÉLÈNE

Ah! tais-toi, tais-tofî... à cette idée seule, je deviendrai folle... Peux- tu croire que je trouverai autre chose dans mon cœur que des paroles de bénédiction et de tendresse pour toi?... mon Gaston!... Oh! sers la cause que tu veux. Ta foi c’est la mienne. Tes espérances, tes erreurs même, s’il le faut, je les partage. J’ai en ce monde toi, et hors de ce monde toi encore... Je neveux dans la vie éternelle et dans la vie présente que toi, toi seul!

VALLEROY

Un amour comme le tien élève et fortifie. Je suis sûr de moi maintenant. Je ne veux plus te quitter jusqu’au moment du départ... J’ai lames instruclions... je dois les relire... Je vais apporter ces papiers-là... près de toi. Oh! comme je t’aime ! (il entre dans le cabinet et pousse un cri terrible.) Ah !

HÉLÈNE, allant à lui.

Quoi donc?

VALLEROY

Il est venu quelqu’un pendant mon absence?

HÉLÈNE

Oui!

VALLEROY

On a pénétré dans ce cabinet?... Oh! ne mens pas... il y va de l’honneur etde la vie, Hélène... les plans de campagne du général...

HÉLÈNE

Ils étaient là ?

Sur ma table!

VALLEROY

HÉLÈNE

Et ils n’y Sont plus ?... (Elle se précipite dans le cabinet et en ressort pâle et épouvantée.) Ah ! mon Dieu!

VALLEROY

Malheureuse, ta pâleur t’accuse!

HÉLÈNE, tombant à ses pieds.

Ah ! pardonne-moi !

VALLEROY

Le nom du traître ?

HÉLÈNE

Juvigny!

VALLEROY

Ton frère !

HÉLÈNE

Il était en fuite... J’ai dû le cacher!

VALLEROY, la relevant.

Ton frère?... son frère!... Ah! le misérable!... (Criant.) A moi!... à moi!... (a lui-même.) Pourvu qu’il n’ait pas encore franchi la frontière!... (Criant.) Holà!... à moi!.,, quelqu’un! (Le portier entre.)

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