ACTE PREMIER
HÉLÈNE
Ah ! tant mieux!
VALLEROY
S’il devait ne plus recommencer. Mais les dangers memes auxquels il vient d’échapper ne feront qu’exciter son audace. Il a fait de la chute de la royauté un désastre personnel. Il n'est pas homme à pardonner.
HÉLÈNE
Vous le blâmez?
VALLEROY
Je le plains. Conspirer en ce moment... conspirer quand le sol de la patrie s’émeut sous les canons prussiens... conspirer quand la France aux abois se cherche elle-même... conspirer, et faire du désespoir de son pays une espérance de plus à ses colères !... Ah! si jamais tu as à trembler pour mes jours, tes craintes et tes larmes ne me trouveront pas au camp de Condé, où se rendra M. de Juvigny, ni parmi les baïonnettesennemies que M.de Juvigny encourage; mais aux frontières, le sac sur le dos, mon fusil ou une épée ù la main en face de l’étranger.
HÉLÈNE
Tu pourrais me quitter?
VALLEROY
Non, mais...
HÉLÈNE
Tu y as pensé!
VALLEROY
Du tout... du tout...
HÉLÈNE
Alors,, tais-toi, lu m’as fait peur. Cette révolution terrible s’est accomplie contre nous. Ce n’est pas à ceux qu’elle dépouille à la défendre.
VALLEROY
Ah! tais-toi à ton tour!... mais si c’était la France ellemême qu’un sentiment de justice avait soulevée... quelle idée laisserais-je de mon patriotisme... que penserais-tu de moi?
HÉLÈNE
Oh! je te sais grand, je te crois bon, je connais l’âme généreuse et fièreque tes yeux reflètent en ce moment... je penserais que je t’adore!...
VALLEROY
Tu ferais de moi un lâche.
HÉLÈNE
Un homme heureux, si je peux!...
VALLEROY, à part.
Je n’oserai jamais, la vérité lui serait trop cruelle ! (n va
prendre son habit.)
HÉLÈNE
Tu sors ?
VALLEROY
Un instant. On n’a pas posé mon bouton.
HÉLÈNE, prenant l’habit.
Je vais réparer cet oubli.
VALLEROY
Comment?
HÉLÈNE
Vous me croyez trop maladroite, n’est-ce pas?... (S’asseyant sur le canapé.) J’ai reçu une mauvaise éducation, j’en conviens; ma grand’mèrc m’a élevée à ne rien faire de peur de me fatiguer. (Entre Rhouette.)