‹ Le marquis de BièvreChapitre 128 sur 185 · ANNA PAS DE VASSAL · texte numérisé non relu

ANNA PAS DE VASSAL

Sur la face Ouest sont représentés un casque, une cuirasse et une épée, emblèmes se rapportant à la vie militaire du défunt; au Nord, une couronne de lauriers offre analogue signification. Enfin, sur le bas-relief de la face Est, une lyre, un masque comique, une flûte, un manuscrit et un stylet d'écrivain rappellent les talents littéraires et musicaux du marquis.

A l'Ouest et à l'Est, on remarque deux ouvertures circulaires pratiquées dans les assises surmontant le socle : la faible lueur qu'elles projettent à l'intérieur d'un caveau profond permet de distinguer confusément le cercueil où le «calembouriste repose depuis cent vingt ans (2).

(1) « A la mémoire de Georges-François Mareschal, marquis de Bièvre, 'iîomme remarquable par son esprit, ses qualités morales et son affabilité, colonel de cavalerie, maréchal-gouéral-des -logis des Camps et Armées du roi de France, chevalier de l'ordre royal el militaire de Saint-Louis, qui, atteint de maladie jjendant un voyage, succomba loin de sa patrie le 24 octobre 1789, Anne Pas de Vassal a fait poser ce monument, témoignage de douleur et d'amitié. »

Pour reconnaître le service que leur rendait Mme Vassal en se chargeant de faire élever le monument funéraire du marquis de Bièvre, MM. Mareschal de Montéclain, Ferrand et de Joguet en avaient terminé l'épitaphe par le nom de la voyageuse; le mot « posuit », substitué au mot habituel « ere.\it », précisait son rôle. Mme Vassal était née Amie Pas de Beaulieu; son mari, André Vassal, écuyer, seigneur de Nesles, la Fortelle et autres lieux, s'entendait souvent appeler « M. de Vassal » : les rédacteurs de l'inscription contractèrent ces noms en celui de « Anna Pas de Vassal ». Quand la jeune femme revint d'Anspach, les héritiers du marquis lui remboursèrent le coût du monument, soit 2 409 livres 15 sols, et lui remirent en outre une somme de 800 livres, comme part contributive aux frais de son voyage.

(2) A quelques mètres vers l'ouest, une large pierre plate recouvre les restes de l'émigré français qui vint habiter la maison où le marquis de Bièvre était décédé, Michel-Etienne de Gaston. Colonel de Royal- Roussillon, M. de Gaston commandait au début de la Révolution la place de Longwy; le 23 mai 1792, il abandonna son poste et fut remplacé par

En examinant ce monument, on est frappé de n'y découvrir aucun emblème religieux; sans doute cette abstention répondait-elle à des volontés souvent exprimées par le gentilhomme voltairien. Mais le marquis de liièvre ne devait pas éviter, en sa dernière demeure^ l'ombre d'une croix : sa tombe occupant le milieu du champ de repos et se dressant au-dessus de toutes les autres, c'est contre elle que l'on a édifié, au dixneuvième siècle, le calvaire central en usage dans les cimetières catholiques. Un crucifix domine donc la sépulture de l'incroyant, et s'appuie contre elle par une tige de fer scellée à la base de l'urne païenne.

Tandis que de sacrilèges terroristes ont brisé dans l'église de Bièvre la pierre toml)ale de Georges Mareschal, seigneur de Bièvre, premier-chirurgien de Louis XIV. le monument funéraire de son arrière-petit-fils, pieusement entretenu par des mains allemandes, participera durant des siècles à la triste paix du cimetière lointain.

Lavergne, qui devait rendre Longwy au.x Prussiens le 23 août suivant. Passant au service de la Prusse, Gaston se vit employé comme major à la suite de la brigade du génie; en même temps, il remplissait pour le compte des Bourbons plusieurs missions secrètes. Aussi, en 1816, obtint-il de Louis XVllI une retraite de colonel, avec autorisation de recevoir en Bavière les arrérages de sa pension : l'étal de sa santé, assurait-il, l'empêcliait de quitter Triesdorl' (archives administratives du ministère de la guerre). Sur la tombe de ce Français qui, volontairement, termina sa vie en Allemagne, on lit : Putria ubi beue; palria vera posl mortem omnibus eadem (la patrie est le pays où l'on vit heureux; après la mort, la véritable patrie est la même pour tous).

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