‹ Le marquis de BièvreChapitre 153 sur 185 · LE SEDUCTEUR DÉDIÉ A MONSIEUR · texte numérisé non relu

LE SEDUCTEUR DÉDIÉ A MONSIEUR

En tête de l'ouvrage, on lisait ces mots : Ille ego qui quondam... (C'est moi qui, autrefois...), et l'abbé Rojou les commentait ainsi : « L'épigraphe que M. le marquis de Bièvre a choisie serait une énigme pour la plupart des lecteurs si l'on ne savait pas que, autrefois, il se faisait un amusement de rimer des calembours; il a voulu par là avertir le public qu'après avoir quitté ce genre subalterne il est entré dans une carrière plus noble, et c'est à ce sujet qu'il a cru devoir s'appliquer le commencement du premier vers de l'Enéide ; tout ce qu'il a fait imprimer jusqu'à ce jour est le fruit des loisirs d'un écrivain qui veut s'égayer. Quoique ces ouvrages annoncent un esprit plaisant, ils ne sont pas de nature à établir une réputation. L'honneur d'acquérir un nom dans les Lettres coûte un peu plus cher. On peut briller par des pointes, par des jeux de mots, mais cette espèce d'esprit s'use à la fin. Il faut souvent dire cent mauvais calembours avant d'en rencontrer un qui soit vraiment ingénieux. M. le marquis de Bièvre, né avec une imagination facile et vive, n'était pas fait pour s'enfermer dans un cercle aussi étroit que celui où il semblait se complaire ; il a senti qu'il pourrait prendre un essor plus élevé : nous le félicitons d'avoir su connaître ses forces et de chercher la célébrité par des routes plus glorieuses (1). s

L'abbé Royou indiquait le véritable sens de l'épigraphe, mais quelques lecteurs malins affectèrent de la comprendre autrement : pour eux, l'ancien Mousquetaire, en écrivant le Séducteur, avait dévoilé les secrets d'un art autrefois pratiqué par lui... « C'est moi qui, naguère!... »

Le compte fourni par Prault en vue de l'impression de cette œuvre se trouve dans les papiers de W. de Bièvre; on y remarque, avec leur détail, les prix en usage chez l'un des meilleurs éditeurs de l'époque (2). Prault conseillait au marquis de faire imprimer sa

(1) Journal de Monsieur, 4783, t. VI, p. 14o. Pendant la Révolution, l'abbé Royou prit fougueusement la défense de Louis XVI dans son journal l'Ami du Roi, où il luttait contre VAmi du Peuple de Marat.

(2) Ce document est ainsi conçu :

Etat des frais pour la comédie du Séducteur :

En admettant que la pièce contienne 7 feuilles de caractère Philosophie en 8, tirées à 2 000 exemplaires, à raison de 60 livres la feuille 420 livres.

11 faudra par feuille 4 rames 5 mains de Carré, ce qui produira pour les 7 feuilles 30 rames moins 5 mains, à raison de 12 livres la rame 360 —

Pour les 50 exemplaires de papier d'Angoulème qui produiront lo mains à raison de 72 livres la rame, font 54 —

A reporter 834 livres.

pièce à 2 000 exemplaires, car le nom de l'auteur et le succès de l'ouvrage à la Comédie-Française avaient éveillé la curiosité des lecteurs, et ce chiffre suffirait à peine aux demandes. En effet, les acheteurs épuisèrent en quelques jours la première édition, datée de 4783; Bièvre en commanda aussitôt une seconde qui porte la date de 1784, et, la même année, les libraires Brunet, à Paris,

Report 834 livres.

Tirage extraordinaire, soins particuliers pour l'impression de ces 50 12 —

Reliure en maroquin pour les 15 exemplaires de la famille royale 90 —

Brochure des 35 autres exemplaires 9 —

Assemblage, ployure et brochure des 2 100 exemplaires papier ordinaire 105 —

Total 1 050 livres.

Il est usage d'en donner de papier ordinaire :

A la Comédie 60 exemplaires.

Aux journalistes 15 —

A M. le Garde des Sceaux, M. de Néville, M. Le Noir, le Censeur 4 —

A la Chambre syndicale 9 —

Total 88 exemplaires.

En papier ordinaire l'édition produira net 2 100 exemplaires.

Sur quoi défalquer 88 —

Reste 2 012 exemplaires.

A raison de 1 livre 4 sous, qui feront la somme de 2 414 liv. 8 sous. Sur quoi défalquer les frais 1 050 —

Reste 1 364 liv. 8 sous.

Si M. le marquis de Bièvre prend encore 150 exemplaires de papier ordinaire, cela fera de moins la somme de 180 —

Reste 1 184 liv. 8 sous.

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