PRO ACTU PUBLICO
IN COLLEGIO DORMANO-BELLOVACO.
(3) Dans son ouvrage sur le chirurgien Mareschal, l'auteur a dit inexac-
Eynaud, fille de Léon Eynaud, écuyer, secrétaire du Roi, seigneur de Saultonne, la Mothe-Gharente et autres lieux. Leur acte de mariage disparut pendant les incendies de la Commune, mais le manuscrit français 32587 de la Bibliothèque nationale contient une copie de cette pièce (1) :
Mariage de messire Georges-François Mareschal de Bièvre, seigneur de Bièvre, Montéclain et autres lieux, fils de messire Georges- Louis Mareschal, seigneur de Vélizy, chevalier, maître d'hôtel ordinaire du roi, et de dame Anne-Antoinette Blanchet, avec demoiselle Marie-Anne-Victoire Eynaud, fille de messire André-Léon Eynaud, secrétaire du Koi, maison, couronne de France, et de ses finances, et de dame Marie-Anne Herbaut. Pr. M. Roussel, fermiergénéral, beau-frère du marié; André Eynaud, frère de la mariée.
Le contrat réglant les intérêts des nouveaux époux avait été passé le 22 décembre 1744 par devant M» Patu, notaire à Paris (2) et oncle^ par alliance, de la fiancée : chacun d'eux y recevait une dot de 150000 livres.
Le 22 novembre 1746, le conseiller eut une fille qu'il appela Louise; moins d'un an après, il mourait presque subitement le 28 septembre 1747, laissant sa femme! grosse d'un fils qui devait être le spirituel marquis de Bièvre (3).
tement (page b32) que la charge de M. de Bièvre lui fut cédée par son frère, M. de la Cliâtaigneraie : en 1735, celui-ci hérita en effet du siège de son oncle François Mareschal, mais, n'étant âgé que de quatorze ans, il dut s'en défaire, et M. de Bièvre acquit en 1744 la charge de Philippe Desvieux « qui s'en démit volontairement en sa faveur » (Archives nationales X'* 8473). Le nouveau conseiller fut examiné et reçu par toutes les Chambres assemblées le 5 janvier 1745 ; il habita jusqu'à la mort de son père dans l'appartement que celui-ci occupait au Vieux- Louvre, par concession du roi. Les Almanachs royaux de 1746 et 1747 l'inscrivent ainsi à la première Chambre des Enquêtes : « Mareschal de Bièvre, cour du Vieux-Louvre. »
(1) Page 347.
(2) Les minutes de l'année 1744 manquent aux archives de M<^ Patu, actuellement conservées par M" Adrien Dufour, notaire à Paris.
(3) Cette même année 1747 vit disparaître, à quelques mois d'intervalle, Antoinette Blanchet, aïeule du calembouriste, décédée le 5 février, Louis Mareschal, seigneur de Bièvre et de Vélizy, son aïeul, décédé le y mai, et Georges-François Mareschal de Bièvre, son père. — Le Mercure de France d'octobre 1747 consacre au conseiller cette notice nécrologique qui présente toute la séclieresse d'une généalogie : « Georges- François Mareschal, chevalier, seigneur de Bièvre, conseiller au Parlenient do la 1" des Enquêtes, reçu le 5 janvier 1745, mourut à Paris, âgé
M. et Mme Eynaud emmenèrent aussitôt Mme de Bièvre dans une maison de campagne qu'ils possédaient au Petit-Bercy, non loin des barrières du faubourg Saint- Antoine. L'aîné des frères du conseiller Mareschal de Bièvre, Alexandre Mareschal de la Châtaigneraie, résidait également au Petit-Bercy. Les Parisiens aimaient cette bande de verdure, longeant la rive droite de la Seine, aux portes de la capitale; là s'élevait le château de Bercy, demeure princière appartenant au président Charles de Malon.
Une sentence du lieutenant civil duChâteletdeParis, rendue le 20 octobre 1747 (1), nomma Léon Eynaud tuteur de sa fdle, âgée de moins de vingt-cinq ans, et de sa petite-fille Louise; M. de la Châtaigneraie fut « le curateur au ventre de la dame de Bièvre, sa belle-sœur » .
Le 13 novembre 1747, un mois et demi après la mort de son marij la veuve du conseiller accoucha d'un fils. Le Petit-Bercy se trouvait sur la paroisse de Conflans-lès-Paris, et c'est en l'église dudit lieu, nommé Saint-Pierre-de-Conflans, que l'enfant posthume de M. de Bièvre reçut le baptême, le jour même de sa naissance; il eut comme parrain son oncle La Châtaigneraie, et comme marraine sa grand'mère maternelle^ Mme Eynaud; on lui donna les prénoms de son père. L'acte de baptême était ainsi conçu :
L'an 1747, le 13 novembre, a été baptisé Georges-François, né du même jour au Petit-Bercy, fds de feu messire Georges-François Mareschal, chevalier, seigneur de Bièvre, conseiller au Parlement de Paris, et de Marie-Anne-Victoire Eynaud, son épouse. Le parrain : messire Alexandre-Georges Mareschal de la Châtaigneraie, oncle paternel, demeurant au Petit-Bercy. La marraine : dame Marie-Anne Herbaut, épouse de messire André-Léon Eynaud, con-
d'environ vingt-huit ans, étant né le 8 août 1719, et laissant des enfants. Il était fils de Georges-Louis Mareschal, chevalier, seigneur châtelain de Bièvre, conseiller du roi, mailre d'hôtel ordinaire et ancien gentilhomme ordinaire de Sa Majesté, et de dame Anne-Antoinette Blanchet, mariés le 21 février 1710, et petit-fils de Georges Maresciial, écuycr, seigneur cin'itelain de Bièvre-le-Châtel, de Vélizy, de Montéclain, etc., conseiller du roi, premier-chirurgien de Sa Majesté, l'un de ses maîtres d'hôtel ordinaires, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, mort le 13 décembre 173C, et de dame Marie Roger, mariés le 25 octobre 1684. » (Voyez le Mercure de décembre 1736.) (Ij Archives nationales, Y 4604.
seiller, secrétaire du roi, maison, couronne de France et de ses finances, seigneur de Sauitone, La Mothe-Gharente et autres lieux, sa grand'mère, de cette paroisse, lesquels ont signé.
Signé : Alexandre-Georges Maeeschal de la Châtaigneraie, Herbaut, Eynaud, et Sauvage, curé (1).
L'église où l'on baptisa le nouveau-né a disparu. « Située sur un monticule en regard du confluent de la Marne et de la Seine, l'église de Conflans, écrit M. de Guilhermy (2), se composait d'un assemblage de constructions des treizième, quinzième et seizième siècles. Elle avait beaucoup souffert des injures du temps et ne présentait rien de bien remarquable. Elle a été entièrement démolie vers 1860, à l'époque de la translation du titre paroissial dans une église nouvelle, érigée du côté du bourg de Charenton-le-Pont, dans un lieu plus rapproché du centre de la population. Le sol que l'église de Conflans occupait de temps immémorial se trouve maintenant compris dans la première cour du noviciat des dames du Sacré-Cœur. On a laissé seulement subsister la partie inférieure de l'ancien clocher. »
Mme de Bièvre n'avait que vingt-deux ans à la mort de son mari; après deux années de veuvage, elle épousa en secondes noces François de Razilly, lieutenant au régiment des Gardes françaises. Cet officier appartenait à une maison d'ancienne chevalerie, dont la filiation est authentiquement établie depuis 4070 (3). Son aïeul, le marquis Gabriel de Razilly, mort en 4712, exerçait les hautes fonctions de sousgouverneur des enfants de France. Un de ses arrière-grandsoncles, le commandeur Isaac de Razilly, vice-amiral des
(1) Registres paroissiaux de Saint-Pierre-de-Conflans. (Archives municipales de Gharenton.) Le Petit-Beicy, actuellement englobé dans le XII" arrondissement de Paris, se rattachait avant la Révolution à, la paroisse de Conflans. La plus grande partie de cette paroisse étant venue grossir la commune de Gharenton, ce fut en la mairie de ce bourg, et non à Paris, que l'on transporta les registres de Saint-Pierre; ils y sont encore aujourd'hui.
(2) Inscriptions de la France du cinquième au dix-huitième siècle, t. III, p. 3.
(3) Razilly, en Touraine : de gueules, à trois fleurs de lis d'argent, deux en chef et une en pointe.
armées navales de Louis XIII et vice-roi de la Nouvelle- France, fut le I bras droit j» du cardinal de Richelieu, quand le grand ministre entreprit de réorganiser la marine française. Enfin, Jehan de Razilly, septième aïeul de François, devint un des familiers de Charles ^11, et c'est dans son parc de Roberdeau, sis contre les fossés du château de Chinon, que le royal amant d'Agnès Sorel fit bâtir le petit castel où résida la délicieuse « dame de Beauté » (1).
Le frère de François de Razilly servait dans la flotte royale et fut nommé capitaine de vaisseau en 1770^ puis chef d'escadre en 1780; son père, le chevalier de Razilly, après une courte carrière dans le régiment du Roi, vivait en son château de la Guérinière, près de Loudun. Ses oncles, le marquis et le comte de Razilly, étaient : l'un, lieutenant-général du gouvernement de Touraine; l'autre, lieutenant-général des armées du Roi et gouverneur de l'ile de Ré; enfin, ses tantes paternelles, Mmes de Marconnay, de JMougon, de Montalais et de Boisragon, décédées avant 1730, laissaient une postérité nombreuse. François de Razilly, entré au service du Roi comme « gentilhomme à drapeau » de la compagnie colonelle du régiment des Gardes françaises, possédait depuis 1745 le grade de lieutenant au même régiment et portait la croix de Saint-Louis.
Le mariage de Mme de Bièvre avec cet officier eut lieu en mars 1750; au contrat, qui fut passé le 4 (2), assistaient le marquis et le comte de Razilly; M. de Baudry, conseiller d'État, et sa femme; M. de Malon de Bercy, maître des requêtes, et sa femme; M. Potier de Novion, président au Parlement; le chevalier de Sainctot, intro'lucteur des ambassadeurs, et la comtesse de la Tour d'Auvergne; les beaux-frères et bellessœurs de Mme de Bièvre tenaient à lui prouver que sa nouvelle union n'altérait pas leur amitié : MM. de la Ghâtaigne-
(1) L'auteur doit ces détails à l'amabilité du marquis de Razilly, arrièreneveu du lieutenant aux Gardes, et chef actuel de sa maison. Il le remercie d'avoir bien voulu mettre à sa disposition les archives du château de Beaumoot.
(2) Minutes de M"= Delaleu, notaire à Paris (M' Ernest Prud'homme successeur actuel).
raie et de Montëclain, le fermier-général Roussel et sa femme, M. Marchant de Varennes, « argentier des écuries de la reine », et sa femme étaient donc présents.
Après le second mariage de sa fille, Léon Eynaud abandonna la tutelle de ses petits-enfants, et ce fut M. de Razilly qui l'assuma; par sentence du 4 décembre 4750 (i), le lieutenant civil nommait en même temps comme tuteur « onéraire » des deux mineurs le « bourgeois de Paris » Jean Ilayot; plus iard receveur des fermes du Uoi.
Le 30 novembre 1751, François de Razilly et Marie-Anne Eynaud eurent une fille qu'ils nommèrent Victoire, mais cette troisième maternité nuisit sans doute à la santé de la jeune femme, qui mourut le 19 avril 1752; à moins de quatre ans et demi, Georges de Bièvre, le futur calembouriste, se trouvait orphelin de père et de mère. Le conseil de famille s'assembla le 21 avril pour statuer sur la tutelle des deux enfants, car M. de Razilly s'en désistait, ne l'ayant acceptée que par alfection pour sa femme.
La sentence du 4 mai 1752 (2) désigna conjointement Léon Eynaud et Alexandre Mareschal de la Châtaigneraie comme « tuteurs honoraires des mineurs de Bièvre », Jean Hayot restant tuteur onéraire; le conseil de famille remettait provisoirement la garde des enfants à leur aïeul Eynaud, et, quand le moment serait venu, il se réunirait à nouveau pour choisir la pension et le couvent où Georges et Louise recevraient « l'éducation convenable à leur état ». Le lieutenant civil adjoignait un de leurs oncles paternels à leur grand-père maternel, car les biens revenant au futur calembouriste par héritage de son père étaient importants.
Outre la moitié de la dot de 150 000 livres attribuée au conseiller, Georges de Bièvre possédait tous les fiefs acquis par son bisaïeul; le premier-chirurgien du roi les avait en effet grevés de substitutions en faveur de l'aîné de sa famille (3).
(1) Arcliives nationales, Y 47Ûi!.
(2) Arcliives natiouales, Y 4719.
(3) Voir Georges MarescluU, seigneur de Dihre, ouvrage cité, p. 414 et 41.Ï.
Au commencement de l'année 1747, quand moururent Louis Mareschal, seigneur de Bièvre, et Antoinette Blanchet, sa femme, le conseiller, renonçant à leur succession au profit de ses six frères et sœurs, déclara s'en tenir aux avantages que lui assuraient son contrat de mariage et les substitutions. Après son décès, Georges de Bièvre devenait donc proprie'taire des seigneuries de Bièvre, Véliz}^ Montéclain, etc. ; son avoir se montait, du seul chef de son père, à plus de 500 000 livres, soit deux millions de francs (1). Du même chef, l'héritage de sa sœur Louise se réduisait à 75 000 livres.
Si, du côté paternel, Georges de Bièvre pouvait être qualifié c noble de quatre races », c'est à la bourgeoisie parisienne qu'il tenait par sa mère. Léon Eynaud, père de Marie-Anne Eynaud, était fils d'un des « vingt-cinq marchands de vin' privilégiés suivant la Cour (2) » ; outre sa charge, qui valait vingt-cinq mille livres, cet officier du roi possédait une maison de commerce ayant pour enseigne « A l'Ermitage » et sise rue de l'Arbre-Sec, derrière Saint-Germain-l'Auxerrois. Nommé « général des vivres de la marine », Léon Eynaud épousa Marie-Anne Ilerbaut, fille d'un riche négociant, et acheta en 1738 une charge de « secrétaire du roi » qui lui conféra la noblesse. Marie-Anne, fille de messire Léon Eynaud, écuyer, seigneur de Saultonne, la Mothe-Charente et autres lieux, put devenir la femme du conseiller Mareschal de Bièvre, puis celle du lieutenant de llazilly; elle avait deux frères : l'aîné, André Eynaud, fut nommé en 1760 président en la Cour des monnaies de Paris; le second, Louis Eynaud, entra en 1763 à la Chambre des comptes, comme conseiller correcteur.
Le futur joueur de mots passa une enfance triste, à laquelle manquait le sourire de la mère ou de l'aïeule (3). Dès qu'il
(1) Dans cet ouvrage, le mot livre s'appliquera aux sommes mentionnées avec leur valeur ancienne, et le mot franc sera réservé aux évaluations de ces sommes suivant le pouvoir actuel de l'argent.
(2) Archives nationales, Y 319, f- 210.
(3) Georges de Bièvre n'avait pas connu sa grand'mère paternelle, et Mme Eynaud, née Marie-Anne Herbaut, son aïeule maternelle, mourut au milieu du mois de lévrier 1733 (Arcliives nationales, « avis Eynaud » des 31 mars, 10 avril et 23 novembre 17b3, 19 septembre 1754 et 11 juin 1757; Bibliothèque nationale, mss.. Pièces originales, 1091).
eut atteint l'âge requis, son conseil de famille le mit dans un collège de Paris (i). On ignore quel professeur lui inspirale goût des classiques grecs et latins, mais il est certain que Bièvre poursuivit leur e'tude pendant toute son existence. Le récit. d'un long voyage qu'il fit en Italie témoigne de son érudition. Un jour^ devenu récuyer ordinaire de Monsieur, frère de Louis XVI, il tint le pari de répondre à toute question par un vers de Virgile approprié (2). C'était à Versailles, et la reine Marie-Antoinette, apprenant cette gageure, voulut embarrasser l'imprudent : « Marquis, lui dit-elle, combien de fois reçûtes-vous le fouet pendant votre enfance? » Les traits du gentilhomme exprimèrent à l'instant une pathétique émotion, tandis qu'il s'écriait :
« Infandum, regina, jubés renovare dolorem! (3) » (Reine, vous m'ordonnez de renouveler une indicible douleur.)
Le mois de février 1765 libéra de leur surveillance les tuteurs de Georges et Louise Mareschal de Bièvre. Par lettres patentes du 6 (4), le jeune homme, âgé de dix-sept ans et demi, fut émancipé; il lui demeurait interdit « de vendre, aliéner ou hypothéquer ses biens immeubles avant l'âge de vingt-cinq ans accomplis ». Puis, le 24, on dressait un contrat de mariage (5) entre la jeune fille et M. Guillaume de Joguet,
(1) Sans doute le collège de Dormans-Beauvais, que fréquentait déjà son père. Le conseil de famille, d'après la sentence du 4 mai 1752, devait se réunir pour choisir la maison où serait élevé Georges de Bièvre. Grâce à la complaisance de M. Guôrin, président de la section judiciaire des Archives nationales, l'auteur a pu compulser, entre les années 1752 et 1760, les dossiei's de la série non répertoriée des « avis de parents », mais sans trouver trace de la délibération prévue : les avis des 17 mai 175o, 2 mai 1754, 22 juillet et 14 novembre 1755, 1" septembre et 11 décembre 1756, et o mars 1759 concernent uniquement les intérêts pécuniaires des mineurs de Bièvre. Plus tard, André de Joguet, fils de Louise Mareschal de Bièvre, entra au collège de Juilly : on ne rencontre pas le nom de son oncle sur les listes d'élèves conservées aux archives de la célèbre maison d'Oratoriens, si prospère à cette époque.
(2) Tradition de famille.
(3) ViRfiiLE, Enéide, livre IL
(4) Archives nationales, X*»" 600.
(5) Minutes de M" Ducloz-Dufresnoy, notaire à Paris (successeur actuel, M« Adrien Dufour).
conseiller maître en la Chambre des comptes. Louise devait probablement cette union • à son oncle Louis Eynaud, collègue de M. de Joguet à la Chambre des comptes.
Le fiancé de Mlle Mareschal de Bièvre appartenait à une famille bordelaise; son père, Sixte de Joguet, armateur de Bordeaux (1). avait rempli les fonctions de « secrétaire du Roi audiencier » du Parlement de cette ville; sa mère se nommait Françoise de Haubet. En plus de Guillaume, M. et Mme Sixte de Joguet eurent un autre fds^, Sixte Joguet de Bruny, et quatre fdles qui épousèrent, l'une Jean de Fonteneil, conseiller au Parlement de Bordeaux, les trois autres,, MM. de Pichon de Parempuyre, de l'Église et de Calmeil.
Le premier président de la Chambre des comptes, M. de Nicolaï, voulut donner une marque d'estime au conseiller maître en signant à son contrat; autour de Louise se trouvaient son grand-père M. Eynaud, son beau-père M. de Razilly, sa demi-sœur Victoire de Razilly, son frère Georges 3Iareschal de Bièvre, son oncle paternel Marchant de Varennes, maître d'hôtel du roi, ses oncles maternels le président et le conseiller Eynaud, sa cousine germaine la marquise de Courcy, née Marguerite Roussel, son cousin de
(1) Ayant réalisé une grosse fortune dans le commerce maritime, Si.vle Joguet, père de Guillaume, acquit une charge de secrétaire du roi qui lui conféra le titre d'écuyer, et prit la particule. En 1762, ses enfants furent maintenus dans leur noblesse par un arrêt du Parlement de Bordeaux (Bibl. nationale, dossier bleu 369); ils portaient : d'azur, à la fasce d'or, accompagnée de trois étoiles mal ordonnées de même, les deux de la pointe plus petite.
Le commerce maritime ne causait pas dérogeance; devenu secrétaire du roi. Sixte de Joguet ne cessa pas sa profession d'armateur. On trouve à la Bibliothèque nationale quelques factums se rapportant à un procès qu'il soutint en 1746. La guerre de la Succession d'Autriche embrasait l'Europe, et la France luttait contre l'Angleterre. Un navire de M. de Joguet, le Fleuron, monté par trente-cinq hommes et six passagers, rencontra un autre vaisseau marchand, appartenant à M. d'Egmont, armateur du même port, au moment où paraissait un bâtiment de commerce anglais, la Marie de Walei-fort. Les deux vaisseaux français, que leurs propriétaires avaient munis de quelques canons, capturèrent le navire ennemi et le vendirent à la Martinique pour 126 000 livres. Au retour, un différend s'éleva entre les armateurs, demandant l'un que cette somme fût partagée par moitié, l'autre que la répartition fût réglée proportionnellement à la force des équipages et au nombre des canons (f- F3 186. dossiers 7857-9).
Hémant, conseiller maître en la Ghaml>re des comptes, etc. Le notaire annonça que la future apportait 217 000 livres, et que la fortune de M. de Joguet se montait à 5-40000 livres (i ).
Peu après le mariage de sa sœur, Georges de Bièvre, qui avait dix-huit ans, sollicita son admission aux 3Iousquetaires. La Maison Rouge de Sa Majesté constituait une école militaire pour les jeunes gentilshommes qui voulaient servir le roi dans ses armées; on devait s'y faire présenter par un officier appartenant de longue date à ce corps d'élite, et chaque place vacante était l'objet de nombreuses demandes. Georges de Bièvre eut comme parrain son oncle (2) Le Roy de Prenelle, qui, dès 1751, remplissait les fonctions de Commissaire des guerres pour la première compagnie des Mousquetaires (3), et, le 2 juillet 1766, il obtint sa nomination. Depuis le commencement du siècle, le jeune homme était le quatrième Mousquetaire de son nom : son grand-oncle Remy Mareschal de Vilers appartint, dès 1710, à la troupe rouge, et fut nommé par Louis XIV sous-lieutenant au régiment des Gardes françaises, corps où les officiers de son grade tenaient rang de capitaine. Plus récemment, en 1741 et 1747, deux oncles paternels de Georges de Bièvre, MM. de Montéclain et de Favreuso, revêtaient la casaque rouge pour devenir capitaines de cavalerie (4).
Les compagnies de Mousquetaires comprenaient chacune deux cents hommes environ : ceux de la 1", où M. de Bièvre fut admis, montaient des chevaux gris, tandis que les chevaux de la 2° compagnie étaient noirs; les noms de Mousque-
(1) Dans ce total, la cliarge du conseiller figurait pour 165 000 livres: M. de Joguet l'avait achetée moyennant 1Î>0 000 livres et un « pot de vin » de 15 000.
(2) A la mode de Bretagne : Etienne Le Roy, écuyer, ancien échevin de l'Hôtel de Ville de Paris et père de M. Le Roy de Prenelle, était le beaufrère de Léon Eynaud, aïeul maternel de Georges de Bièvre.
(3) Archives administratives du ministère de la guerre, maison du roi, n" 4.
(4) Denis Mareschal de Montéclain, après deux ans de service aux Mousquetaires, reçut du roi le brevet de capitaine de cavalerie au régiment d'Andlau et dut s'occuper de « lever » sa compagnie; la dépense atteignit 17 397 livres 13 sous 10 deniers (Registre journal de l'extraordinaire des guerres de l'exercice 1741).