LA LETTRE A MADAME LA COMTESSE TATION
Essais poétiques du Mousquetaire; le Roi de Cocagne. — Premiers calembours. — Les recueils d'équivoques aux dix-septiéme et dix-huitième siècles; le comte de Gramail et l'abbé Chérier. — Biévre fait paraître une Lettre à Mme la comtesse Talion; incroyable succès de cette facétie. — Le Mousquetaire et le Mercure de France. — Amusante indignation de Grimm. — Editions successives de la fameuse Lettre. — Les Sentiments patriotiques et réflexions utiles de l'abbé Quille; Poinsinet et Lekain.
A l'époque où Georges de Bièvre endossa la casaque des Mousquetaires, la mode voulait que tout gentilhomme affichât des prétentions littéraires; chacun s'essayait à composer des odes, à rimer des couplets, à trouver des épigrammes. Les plus habiles de ces innombrables poètes voyaient leurs a pièces fugitives » imprimées dans VAlmanach des Muses, où trônait Voltaire, et c'était pour eux la consécration. Bièvre envia bientôt les succès du marquis de Saint-Aignan, du comte de Genlis-, de M. de Pezai, du chevalier de Boufflers^ùl écrivit pour son début quelques poésies fort légères, si l'oi' en juge par la seule qui soit connue : le Roi de Cocagne. C'est un conte en vers, où le Mousquetaire cherche manifestement à imiter La Fontaine; il le lit imprimer en 1768 (i).
Dès les premières lignes, le genre du poème se révèle :
0 toi, charmante et volage maîtresse, Reçois l'hommage offert à ta beauté!
(1) Il avait alors vingt ans. Sur l'cxemjilaire conservé à la Bibliothèque nationale, une main contemporaine de l'œuvre éerivit, à la suite du titre, la mention ci-après : « Par M. de Bièvre, mousquetaire. » Le Catalogue général de la Bibliothèque sanctionne cel!e paternité littéraire en inscrivant le Roi de Cocagne au nom du marquis, mais il n'en existe pas d'autre preuve, et la plaquette ne porte aucun nom d'auteur.