‹ Le marquis de CarabasChapitre 12 sur 44 · SCENE X LE MARQUIS, LE CHAT BOTTÉ · texte numérisé non relu

SCENE X LE MARQUIS, LE CHAT BOTTÉ

LE CHAT

Un instant !

Fût-ce crotté,

Oh!

Que je me plairais trotté !

Que me veut ce sieur botté

Haut?

LE CHAT

Du bien !

C'est là, pardieu, désir chrétien ; Mais y fûtes-vous invité ?

LE CHAT

Peut-on savoir ce qui vous presse A faire ainsi le diligent?

J'ai, monsieur, soucis urgents, Sans compter une maîtresse Dont le cœur est exigeant.

Serviteur.

LE CHAT

Huilez votre âme !

Que soient vos sens salubrés !

Je sais le cœur de la dame.

On s'imagine qu'il brame ;

Il brait.

Vous errez. Je risque un drame.

Il n'est cœur aussi volcan.

LE CHAT

Eteint.

Depuis quand?

LE CHAT

Ce quand Est piquant 1 Vous vous avérez esclave D'un cratère qui n'enclave

5o LE MARQUIS DB GARABAS

Et jamais ne dégorgea

Qu'une lave Très parente de lorgeat.

Vous fûtes donc son amant?

LE CHAT

Que vous importe ?

Il m'importe, Il m'importe énormément.

Votre mâchoire colporte Un discours qui m'insupporte Extraordinairement.

Si je filais, ce n'était pas, Dussent s'écacher vos prunelles, Pour des prunes ni des prunelles.

LE CHAT

Votre émoi semble touchant.

S'agirait-t-il de trépas

Ou quelque chose approchant?

Admettons. Dans cette hypothèse Qui n'est pas, vous en conviendrez,

LB MARQUIS DE CARABAS 5l

Uae foutaise,

Vous estimerez Séant Que je vous plante céans

Et vous nique A la britannique.

LE CHAT (le retenant).

Qu'il est sot de s'affoler !

Plus sot de se désoler !

J'en parle sans amertume Et ne montre point le poing ; Mais je doute que j'accoutume A devenir tôt posthume Ce qui loge en ce pourpoint,

LE CHAT (même jeu).

Mais pourquoi caracoler?

11 est extrêmement notoire Qu'il est simple de décoller.

Mais c'est une tout autre histoire Quand il s'agit de recoller.

Or, il se peut que je sois fol, Je tiens follement à mon col.

Gorgez-vous donc de délices !

Quininez vos quartes fièvres !

Je fais virer de vos lèvres

Le calice.

Riez- vous de la police !

Fugace et preste marquis, Gagnez en paix la coulisse Ou, s'il vous plaît, la Galice Ou, mieux encor, le maquis.

Hein!

LE CHAT

Ces messieurs les argousins, Gens de gosier volontiers sec, M 'étant quelque peu cousins.

Selon le rit, mettons grec, Pour le moment ballebrlnquent Et très vraisemblablement trinquent.

Avec?

LE CHAT

L'or dont j'ai barbouillé leur bec.

Si ma mémoire est fidèle, J'ai, là, sur la conscience

Un duel Qui sans doute est un modèle

De science, Non peut-être le modèle Des tournois.

Je le crains un peu sournois.

LE CHAT

L'exploit vous mit en vedette.

Voyante ! Ajoutez mes dettes, Les jaloux, les bavardages, De futiles circonstances Qui me firent l'existence

Peccadillée, En faudrait-il davantage Pour qu'elle fût pendillée Et se rythmât d'un cordage ?

Pour que ma chair fendillée, Grrapillée et mordillée, Oflrît au troisième étage A des oiselets oisifs Le dessert et le potage

Vifs?

Vous tournez \k métaphores Que je renonce à percer, M'évitant de dépenser Un inutile phosphore.

D*ailleurs à quoi bon comprendre?

C'est jnoi qu'ici je charmais. —

Mais Finirez-vous par m'apprendre Pourquoi, monsieur, vous me sauvâtes

Des cravates Dont l'annulaire omnipotence Nous fiance au bois des potences ?

LE CHAT

Je vous l'ai dit: pour me distraire.

Je n'avance point le contraire.

Mais encor ?

LE CHAT

Vous eussiez fait piteux décor,

Voltant en marquis honoraire.

Eus-je tort?

Certes, de m'avoir sauvé Sans que je l'eusse approuvé.

C'est peut-être une faiblesse ; Mais mes divers préjugés

Je vouslilesse D'un coup droit et décisif.

Hé ! faut-il quérir le prêtre. Homme de cœur explosif Et plus saltant que salpêtre ?

Oui. car ce n'est pas en paix

Que l'on paît Quand Carabas envoie paître.

LE CHAT

Sachez donc que je veux être

Votre ami, Un ami tel que parmi Vos amis les plus amis Il n'en soit de plus ami.

Je prétends que l'on me cite

Dans un mois Jusqu'en le pays rémois Pour ma tendresse tacite.

Je veux vous être Pylade.

Ça, donnez-moi l'accolade !

Je suis désormais des deux

Celui qui paie.

Parmi les demains hasardeux, Soyons amis, comme cobayes.

Ëstomirante amitié, De qui mon âme est paonne !

Mais le désir me taonne De connaître ma moitié.

De qui suis-je, étant Fami, La demi ?

Puisqu'il faut, je me démasque Tel un masque bergamasque.

Ça, devant que vous soyez chauve, Je prétends que Ton vous envie ; Car je vous dois d'avoir la vie

Sauve, Etant tout bonnement le chat De tournure un peu falote Que votre bon cœur empêcha, Mélancolique avatar.

De- finir en gibelotte Selon le mode tatar.

Tu me parais bon sorcier.

lÂ^

LB CHAT

Et ficelle !

Je te veux faire princier Et t'annexer ta pucelle.

De joie, ô mon cœur, ruisselle !

Je suis quelque peu baba

Vraiment et pour cause.

Veillé-je? suis-je au sabbat?

Quel est le sot qui dauba La métempsychose ?

Va ! tant d'hommes sont des bêtes Qu'il nous est facile, vois,

Des tristes bêtes

Que vous êtes D'emprunter, avec la voix, La tournure et l'apparence.

Toute d'apparence est la différence !

Le reste n'est que poésie !

LE MARQUIS (cOUrtois).

Eh ! vous nous êtes des sosies Très acceptables.

6o LE MARQUIS DE CARABAS

LE CHAT

Or il est de la chatte essence D*avoir de la reconnaissance.

Sans toi j'emplirais les tables De relents insupportables £t je souffrirais la honte De la sauce aux champignons.

On aurait des opinions Sur mon comestible compte !

C'est probable.

LE crtAT

Ton génie M'épargna Tépouvantail De ces tristes gémonies Et Tinfamante ironie, Cerfeuil, persil, oignon, ail, D'une épicée agonie.

Donc j'épouse ta fortune ; J'adviens en fée opportune Pour te mijoter un destin

Bon teint.

Je devais finir festin Aromatisant de thym

L'atmosphère ;

Je préfère, Doux Jésus, De toi faire Un Crésus, Et plus riche Que tous les potentats de l'impotente Autriche. Suivez-moi, monseigneur marquis de Carabas.

(Appelant.) Holà ! vous tous !

(Entrent les laqaais).

Vous êtes tous là ? — (Solennel.) Chapeau bas !

(Les laquais s'inclinent profondément. — Ils sortent.)

fîâi

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