SCENE I LE CHAT, LE FAUCHEUR
LE CHAT
Tu m'as compris ?
Tu dois m'avoir compris D'autaQtmicuxqucnousncrcgardonspasauprix.
LK FAUCHEUR
Et quand recevrons-nous la paye ?
LE CHAT
Quand j'aurai fait de la monnaie.
L'Etat comprend mal son devoir ; Dans tout canton en permanence Ne devrions-nous pas avoir Un petit hôtel des Finances ?
LE FAUCHEUR
Mais TËtat, qui pourtant s'engraisse De nous tous, de vous et de moi.
Son Pérou, Monseigneur, se désintéresse De ce qui n'est pas, peu ou prou,
Sa maîtresse !
Malheureux ! tu médis du roi !
LE FAUCHEUR
Bah ! quand nous serons dans le trou, Ecroués du bon écrou,
Qui de nous deux
Sera le gueux Et qui de nous sera le roi ?
LE CHAT
Eh ! te presse-t-il d'être d'âme
Feue?
Miisèle ta langue, bédame !
Et siffle à tire-larigot De la piquette rose ou bleue ; Car ton discours sent le fagot D'une lieue.
LE FAUCHEUR
Bah ! ce n'est pas grave débauche Qu'une débauche de ragots.
LE CHAT (concluant).
Donc, tu diras à ceux qui fauchent...
^^ LE FAUCHEUR, Continuant,
« Que tous ces prés depuis là-bas
Jusqu'à la gauche Sont au marquis de Carabas. »
LE CHAT
Voilà parler de bonne sorte !
LE FAUCHEUR
Entre nous, seigneur, que m'importe ?
Ces prés, ne m'appartenant pas, Peuvent fort bien avoir pour maître Votre marquis de Carabas, Que je n'ai pas l'heur de connaître.
S'il vous plaisait que je les crusse
A d'autres, j'y mettrais du mien Et les attribuerais fort bien Au roi de Prusse.
LE CHAT
Tu parles langage loyal Dont je goûte fort l'abandon Et qu'on reconnaîtra d'un don
Royal.
Pour l'instant, pare aux imbéciles De qui les sentiments fossiles
Et confus S'en viendraient te démentir,
Faisant refus
De travestir Cette chose pourtant flottante Qu'on appelle la Vérité.
Celui dont la voix hésitante, De rétive docilité, Soutiendra mou que cette terre A pour unique et pour exquis
Propriétaire
Notre marquis, Celui-là nous le paiera cher Et saura nos sévérités.
Je vous le dis en vérité :
Il sera mis nu,
Puis haché menu Gomme chair A pâté.
LE FAUCHEUR
Si quelqu'un en veut tâter, François, Gros-René, Jean, Etienue, Qull y vienne !
LE CHAT
Notre âme sans doute est chrétienne.
Mais nous répugnons aux moyens
Mitoyens ; Car nous sommes gens de noblesse, Et nous laisser apitoyer Nous semblerait une faiblesse.
(Cris dans la foule.) Oh ! Grand-Pierre va se noyer !
LE CHAT
Entends tes copains aboyer.
De quelle sorte m'attristai-je ?
Vis-tu mes traits se rudoyer ?
Pour ce qu'un manant s'asphyxie Faut-il en hétérodoxie Transformer ijion orthodoxie ?
Non, nous sommes gens de cortège
Nantis du mépris permanent
Du manant .
Donc...
LE FAUCHEUR
Oh ! je suis très convaincu.
Ces arguments ne sont pas mois Ni moi fol.
LE CHAT
A défaut de sonnants écus, Prends toujours ces parisis sols,
En avance Sur les revenus de ce sol
Qui sera notre chevance.
Troque-les contre un vin de Jouvence.
LE FAUCHEUR
Je cours en déguster un setier.
LE CHAT (à part).
Nous faisons là fichu métier.
Mais quoi ! serons-nous dans l'histoire ?
Limitons donc Thumaine gloire
A choquer brocs contre setiers.
(Au faucheur) Va-t'en doiw travailler, mon brave, A ce que ton nez soit vanté
... Menu comme chair à pâté.
Ve faucheur, à part.
Ce beau seigneur plein de fringance Nous montrerait moins d'arrogance Si nous avions, nous qui fauchons Et retournons la dure §;lèbe, La volonté d'être une plèbe Et non un troupeau de cochons.
Alors il rentrerait sa crête Au mitan de sa collerette Et parlerait d'un autre ton.
Mais pour le moment il nous traite Ainsi que nous le méritons.