ÉPILOGUE
Un an après , le 3 mars de l'année 1703, à hui. heures du soir, au moment où Martinet déboucliait ae la rue Saint-Georges pour se rendre au club des cordeliers, un homme lui toucha légèrement l'épaule.
— Qui es-tu? demanda Martinet en se retournant vivement.
— Le citoyen Barthe, répondit l'individu, avec un accent méridional très-prononcé et en souriant d'un air d'intelligence, lu ne me reconnais pas, citoyen ?
— Je ne t'ai jamais vu , citoyen , dit Martinet en l'examinant attentivement.
— J'étais un des quatre hommes qui vinrent une nuit te prendre dans ton lit pour te conduire chez M. le Préfet de Police...
— A Paris?...
— 11 y a quatre ans...
— Que me veux-tu, citoyen?
— Le Comité de salut public m'a investi des fonctions les plus recommandables ; je suis chargé d'une mission de la plus haute importance, et je viens te prier, citeyen, de me prêter ton concours patriotique.
— Dans quel but, citoyen ?
— Dans le but d'opérer une arrestation formidable...
Martinet se recula involontairement : quelques épisodes de sa vie passé ne le laissaient pas sans inquiétude sur ses rapports possibles avec le Comité de salut public.
— Et qui as- tu ordre d'arrêter? demanda- t-il en regardant le citoyen Barthe avec méfiance.
— C'est un secret, citoyen; tu le sauras plus tard... pour le moment, il s'agit simplement de me suivre...
-Où cela?
— Taie verras...
Barthe et Martinet se dirigèrent vers la rue Vasselot; une petite carriole lourde et ventrue, attelée de deux petits chevaux mal peignés, attendait dans la cour de l'auberge.
— Citoyen, dit Martinet, en fixant ses petits yeux gris sur l'œil louche de Barthe, tu m'inspires une confiance sans bornes... Cependant, comme j'ai eu tant de fois déjà à me défendre contre les pièges des ennemis de la République et des partisans de Pitt et Gobourg, ne trouve pas mauvais que je te demande à voir les pouvoirs que t'a donnés le Comité de sûreté générale.
— Comment donc, citoyen, dit Barthe, en attirant des profondeurs des poches d'une longue houppelande marron, un porte-feuille crasseux gonflé de paperasses; cette observation, pleine de prudence et de sagacité, me touche profondément et me prouve que tu es digne de marcher sur mes traces, et de concourir avec moi au salut de la Répubiinue... Voilà mes papiers, citoyen, examine-lçs.
Martinet déplia une grande feuille de papier gris, cassée aux plis, fleuronnée des armes de la République une et indivisible ; et après avoir flairé du nez et des yeux les signatures, il la rendit à Barlhe.
— Citoyen, je suis à tes ordres.
— Partons î dit Rarthe en montant en voiture.
Deux heures plus tard, Martinet et Baitlie descendaient au bas du tertre de Pique-Bœuf, à une lieue de Hédé, et pour se réchauffer les pieds et se dégourdir les jambes, montaient la côte à pied.
— Citoyen procureur, demanda Barthe, pourrais-tu me donner des renseignements précis et catégoriques sur le ci-devant marquis TulBn La Rouerie?
— Sur lui, non... je sais qu'il conspire...
— Toujours... depuis quatre ans... et tu n'as rien appris, autrement? rien découvert?
— J'ai fait arrêter à Cancale des prêtres venant de Jersey et j'ai appris que les émigrés préparent une descente sur les côtes de Bretagne, entre Saint-Malo et Saint-Servan.
— El, tu n'as pas encore plongé dans les cachots de la République ce misérable conspirateur?
— Où le prendre?..
— Cela te regarde, citoyen,
— Depuis plus d'un an, La Rouerie a quitté la Bretagne.
— On te trompe, citoyen, on te trompe... Tuffin est dans un château près d'ici...
— C'est impossible...
— J'ai des preuves certaines, positives... prends garde, citoyen... prends garde 1 on te soupçonne de modérantisme...
— Moi î s'écria Martinet avec indignation.
— Et l'on pense au comité, continua Barthe avec un hochement de tête peu rassurant, que si le sieur Tuflîn n'avait pas été de connivence avec toi, il n'aurait pu réussir à se soustraire jusqu'ici à la vengeance des lois.
— C'est une abominable calomnie ! dit Martinet.
— C'est ce qne j'ai représenté au citoyei) ministre ; je lui rappelai tes services à Paris et dans l'affaire Fayolle; mais tu étais condamné, mon cher, c'était la loi., et je devais aussitôt après mon arrivée à Rennes te mettre en accusation, et livrer ta tête au vengeur du peuple...
Martinet se trouvait mal à Faise...
— Ceux qui m'accusent, dit-il, ignorent sans doute que yingt fois déjà j'ai failli être égorgé, pendu ou fusillé par les chouans de la Rouerie.
— Enfin, j'ai dit au citoyen ministre : mon cher Lebrun, je ne réponds pas du succès de ma mission; je ne connais pas le ci-devant TufFm, je ne l'ai jamais vu, et je pourrais arrêter à sa place le premier aristocrate venu; il me faut avec moi un citoyen qui puisse le reconnaître au premier coup d'oeil malgré tous les travestissements qu'il pourrait prendre: enfin, je demande à me faire accompagner par le citoyen Martinet: — mon cher Barthc, me dit le citoyen ministre, puisque tu le veux absolument, je t'accorde le ci'.oyen Martinet^ mais n'onblie pas que tu me réponds de lui... — J'ai répondu de toi, citoyen , et j'espère que tu te montreras digne de ma confiance.
— Sois tranquille, citoyen, tu seras content de moi. Martinet connaissait assez les hâbleries méridionales
pour savoir qu'il n'y avait pas une seule parole de vraie dans tout ce que venait de lui raconter le citoyen Barthe.
— Tu veux arrêter La Rouerie, n'est-ce pas?
— Certainement.
•^ Combien as-tu d'hommes?
«^ Deux... toi et moi...
— Est-ce tout?
— Deux hommes libres suffisent pour mettre en déroute un vil troupeau d'esclaves...
— Sais-tu quel homme c'est que La Rouerie?
— Parfaitement... C'est un aristocrate, un royaliste,
un partisan du despotisme... un vil conspirateur en un mot. . . Voilà ce que c'est que le ci-devant Tufiin de La Rouerie.
— Tu ne connais pas la Bretagne, citoyen Barthe?
— J'y viens pour la première fois, je ne m'en cache pas.
— Eh bien! sache donc que chaque arbre de la route, chaque buisson, chaque sillon de blé, cache un chouan qui, sur un mot, sur un geste de La Rouerie, viendra nous fusiller, nous accrocher à une branche, ou nous saigner avec son couteau...
— Bon ! tu me feras croire peut-être qu'il faudrait une armée avec des pièces de canon pour s'emparer de ton ci-devant marquis?
— Pas tout à fait, mais quelque chose d'approchant.
— Bath! tu veux rire, citoyen procureur.
— Je nen ai nulle envie, je t'assure... seulement écoute-moi...
— Parle, citoyen.
— Tu commanderas l'expédition, je t'en laisserai tout l'honneur.
— C'est mon droit... je le revendique...
— • Seulement, comme je partage ta responsabilité, laisse-moi te conseiller, je te dirai ce que tu auras à faire... Où se cache La Rouerie?
— Au château de la Hunaudais, à une lieue de Lamballe, département des Gôtes-du-Nord, chef-lieu Saint- Brieuc.
— Comment le sais-tn?
— Par une lettre écrite de Londres au comité de saint public par la société des amis de la constitution.
- C'est bien.
Za voiture traversa, pendant la nuit, Hédé, Combourg et Dol; là, Barthe et Martinet changèrent de chevaux, et arrivèrent à Dinan comme le jour commençait à poindre.
Au bas du Jersual , dans une auberge qui forme la
tête du pont, ils trouvèrent le lieutenant Cade^ine, le maire, le juge de paix et quelques officiers de la garde nationale, convoqués directement par le comité de la sûreté publique de Paris.
— Citoyens, leur dit Martinet, vous allez convoquer à domicile tous les hommes sur lesquels on peut compter ; et, fractionnés par petits détachements, vous allez vous disséminer sur tous les chemins en évitant autant que possible les villes et les villages, et vous réunir vers deux heures du matin à l'entrée du bois de la Hunaudais; une poignée de paille, allumée et secouée dans l'air, nous servira de signe de ralliement. . . N'est-ce pas là ce que tu me disais tout à l'heure, citoyen Barthe, demanda Martinet?
— Parfaitement, dit Barthe avec le sourire gracieux d'un homme qui louche, le citoyen procureur syndic a parfaitement compris ma volonté et exprimé mes intentions... Ainsi donc, citoyens, à deux heures du matin, au coin du Ms de la Hunaudais.
— Nous y serons... citoyens.
De là, Martinet et Barthe se rendirent à Saint-Brieuc, réunirent les autorités commandant la ville et le département, les officiers de la garde nationale et des troupes ; le 3 Mars et à deux heures du matin, un cordon de deux cents hommes environ, entourait le château de la Hunaudais ; les mesures avaient été si habilement prises, le secret de l'expédition si bien gardé cette fois, que tout le château dormait du plus profond sommeil lorsque les portes s'ouvrient après la sommation officielle.
Barthe et Martinet, ceinturés d'écharpes tricolore.^, entrèrent en tête du cortège.
Le château de la Hunaudais était alors occupé par M. de la Guyomarais, sa femme, deux garçons de l'âge de dix à douze ans, un jeune homme de vingt-deux ans, leur précepteur, nommé Lachauvenais, le chirurgien Masson, Perrin le jardinier et les gens de service. Aus-
sitôt la grande salle du château fut transfonru^e en tribunal, le citoyen Barlhe en juge-commissaire, et l'instruction commença.
Pendant ce temps-là, Martinet les deux Jaajis derrière le dos, comme s'il eût été embarrassé de son temps et de sa personne, s'en allait flânant du côté de l'olTice.
Dans l'angle le plus obscur de la cuisine, assis sur un banc, adossé à un ht, il aperçut un paysan qui grelolUût autant de peur que de froid.
— Jette une brassée de bois dans le feu, dit Marlinet en s'approchant de la cheminée, les matinées sont fraîches.
Debout, devant la longue flamme d'un feu de genêts, Martine! se frotta joyeusement les mains et parut se dégourdir comme un vieux serpent au soleil.
Puis, prenant un air bonhomme et comme s'il n'eût cherché qu'à causer pour tuer le temps :
— Comment t'appelles-tu ? demanda-t-il au paysan.
— Guillaume Perrin.
— Que fais-tu au château ?
— Je suis jardinier.
— Il y a longtemps ?
— Une douzaine d'années.
— Combien gagnes-tu par an ?
— Vingt écus.
— Soixante francs !... c'est un bon prix.
— Je ne me plains pas.
— Et puis, avec cela, on te donne des légumes ou des fruits à vendre au marché ; une maison pour le loger, avec un coin de champ pour jardin.
— Notre maître est un bonhomme, on ne peut pas lui ôter ça.
— Eh ! sans doute ; mais par malheur il s'est fourré dans une méchante afl"aire dont nous aurons bien du mal à le tirer... et pourtant, ce n'est pas qu'on puisse dire qu'il ait fait tort ou mal à personne...
— 11 en est incapable.
— Ce qu'il a fait, mon dieu ! tout le monde l'eût fait comme lui... moi tout le premier... un ami forcé de se cacher, vient vous demander riiospilalité... que diable! à moins d'être un sans cœur, on ne peut pas lui fermer sa porte au nez ou envoyer chercher la gendarmerie.
— C'est juste... et faudrait être un fameux coquin pour cela.
— Tiens, Perrin, si tu veux me croire, tu vas aller pendant que je suis à me chauffer, dire à M. le marquis de la Rouerie qu'il aille se faire pendre ailleurs.
— Il n'est pas au château.
— Tu le connais donc ? demanda vivement Martinet. — ■ Je n'ai pas dit ça.
— îl est donc parti?...
— Qui?
— Le voyage ar qui vint un soir au château avec un vieux domestique nommé Saint-Pierre et une demoiselle blonde à cheval, déguisée en paysan.
— Je ne me souviens pas.... dit Perrin d'une voix mal assurée.
— Tu ne te souviens pas!... dit Martinet, du ton de l'ogre dans la cabane du petit Poucet... prends garde I je serais fâché qu'il f arrivât malheur ; mais si tu essaies de mentir ou de me tromper, tu es un homme perdu...
Puis SB radoucissant tout-à-coup :
— Après tout, est-ce que ces affaires-là te regardent, toi ? est-ce que tes maîtres te demandent la permission de recevoir qui bon leur semble ? laisse-les s'arranger entre eux comme ils l'entendront et réponds-moi franchement : la justice sait tout ce qui s'est fait depuis quinze jours dans ce château, et si tu essaies de mentir, je le verrai bien... Il y a environ quinze jours, dit Marthiet, après avoir calculé mentalement le temps qu'avait dû prendre la nouvelle pour se rendre de France à Londres, de là à Paris et en Bretagne : — Un homme de quarante-cinq ans environ, grand et maigre, avec un
grand nez mince et de petits yeux, est venu ici accompagné d'un vieux domestique...
— Comment s'appelait-il?
— Il se faisait appeler M. Gosselin, mais tout le monde au château savait que c'était M. le marquis de la Rouerie.
— Ah! et comment était-il habillé?
— Il avait un chapeau rond, pointu, à larges bords ; une houppelande de draps gris avec un petit rabat, des culottes courtes de même étoiTe, un gilet jaune à boutons de métal et des bottes molles.
— C'est la vérité, dit Perrin, et je vois bien qu'il n'y a pas moyen de vous rien cacher. . . Eh bien, l'homme que vous cherchez est mort il y a quatre jours.
— Tu mens! dit Martinet, en le menaçant du doigt.
— Aussi vrai que j'ai nom Guillaume Perrin, l'homme que vous dites est mort et enterré au coin du mur, en dehors du jardin , sous un grand cerisier.
— Et, par qui fut-il porté en terre?
— Par monsieur Lachauvenais et par moi.
— Depuis combien de jours était-il au château?
— Depuis le 16 janvier.
— Pourquoi as-tu remarqué cette date?
— Parce que c'est la fête de saint Guillaume mon patron.
— As-tu appris de quelle maladie il est mort.
— Monsieur Taburel, le médecin du château le traitait pour la fièvre, mais personne, excepté Saint-Pierre son domestique, ne pouvait ni le voir ni l'approcher... Le 23 OQ le 24 janvier, M. de la Rouerie reçut de Paris une lettre qui lui annonçait que le roi avait été guillotiné... Cette nouvelle là le rendit fou, furieux. 11 poussaif des cris que j'entendais de l'autre bout du jardin. Enfin, ie dernier jour de l'an, au milieu de la nuit, madame la Guyomarais vint m'éveiller dans mon lit, et me pria d'aider M. Lachauvenais à porterie corps, et à l'enterrer en dehors du mur du jardin au coin du bois.
— Tu retrouverais bien la place'?
— ' Sans difficulté, la terre est encore fraîchement remuée :
— Continue. ..
— Monsieur Lachauvenais prit le corps par les pieds... le temps était sec et il faisait un beau clair de lune.
— Par qui la fosse fut>elle creusée?
— Ce fut M. Lachauvenais qui commença: et comme il était fatigué, ce fut moi qui la finit.
— Vous n'étiez que deux pour faire toute cette besogne?
— Si, il y avait encore avec nous, M. Masson, le chirurgien du château, il fit de larges entailles sur le corps et y Jeta de la chaux vive ; on en jeta au fond de la fosse ; et quand le corps fut dans la terre, on le couvrit de chaux, et nous comblâmes la fosse avec la terre que nous foulâmes avec les pieds.
— C'est tout ce que tu sais !
— Je n'ai pas vu autre chose.
— C'est bien... suis-moi...
En sortant de la cuisine, Martinet aperçut le citoyen Barthe qui s'en allait la tête basse et le menton dans la mam.
— Eh ! bien, citoyen Barthe, as-tu appris quelque chose ?. . .
— Rien! absolument rien! s'écria-t-il avec un geste désespéré... tous ces coquins s'entendent et ne veulent pas parler... et toi, citoyen...
— Moi!... dit Martinet, d'un air triomphant... Je sais tout... Viens par ici... toi, dit-il à Perrin, marche devant et conduis-nous.
Sous le cerisier désigné, Perrin s'arrêta.
— 6échez-là ! dit Martinet.
A quelques pieds sous terre, on découvrit le cadavre
de la Rouerie que la chaux n'avait pas encore dévoré.
MM. de la Guyomarais et sa femme, Thébaud La-
chauvenais, Maurin-Delaunay , Loquet de Granville, Groult de La Motte, Thérèse de Moëlien, Georges Fontevieux, et un interprète de langue anglaise nommé Vincent, furent arrêtés le même jour.
— Maintenant . dit Martinet à Perrin , — si tu veux sauver ta tête, réponds-moi?... Où sont les papiers de la Rouerie?... Voyons, parle...
— Je ne saurais trop vous dire au juste, balbutia le jardinier; mais je crois me rappeler avoir vu ou entendu dire qu'ils avaient été emportés par mademoiselle Thérèse de Moëlien.
— Où les a-t-elle cachés?..
— Ils pourraient bien être enterrés dans le jardin de la Fosse-Hingant ; mais je n'en suis pas bien sur.
— Cela suffit... emmenez cet homme, dit Martinet, en montrant Perrin aux gendarmes.
Le même jour, quelques heures plus tard, Barthe et Martinet arrivaient à la Fosse-Hingant et entraient dans le jardin de M. Desilles.
M. Desilles, qui savait déjà la découverte que Ton venait de faire au château de la Hunaudais, s'était jeté dans un bateau de pêcheur et passait à Jersey.
Ses deux filles, Angélique et Marie étaient seules.
Angélique, la plus jeune, sortie de pension la veille, ignorait complètement ce qui s'était passé pendant son absence.
Martinet les fit approcher toutes les deux.
Les fouilles commencèrent devant M. Renoul, juge de paix de Saint-Servan , et les autorités municipales de Saint-Malo.
Quatre , puis cinq carrés de jardin furent creusés inutilement.
Le regard de Martinet allait continuellement de la bêche des terrassiers aux visages des jeunes filles. Toutes deux restèrent impassibles et indifférentes à ce qui se passait.
Les travailleurs étaient fatigués ; les autorités avaient
froid aux pieds et parlaient de se retirer. Martinet insista pour que les fouilles fussent continuées jusqu'à la fin...
La moitié du sixième et du dernier carré avait été bouleversée sans amener aucune découverte... Martinet, qui s'en allait sur les deux genoux, le nez dans les touffes d'herbes, crut remarquer un endroit où la terre paraissait plus fraîche.
— Les papiers sont làl... dit-il , en regardant fixement les deux jeunes filles.
Marie pâlit et perdit connaissance.
Presque aussitôt, la bêche de l'un des hommes mit à jour un grand bocal rempli de papiers.
Martinet était maître de tous les papiers de la conspiration : — listes et adhésions des pricipaux conjurés ; commissions et proclamations des frères du roi ; des reçus pour achats d'armes, de provisions de guerre, de frais d'équipement.
Vingt-six individus furent arrêtés, conduits à Paris, jugés et condamnés, après des débats solennels, par le tribunal révolutionnaire qui débutait dans ses terribles fonctions.
Quoique les preuves fussent évidentes, tous les conjurés refusèrent de répondre, s'embrassèrent au pied de réchafaud, et moururent en criant : Vive le roi ?
En treize minutes , le même fer trancha douze têtes.
Ce drame lugubre finit par un trait de dévouement sublime:
Angélique Desilles, condamnée au lieu de Marie, refusa d'éclairer le tribunal sur sa méprise et mourut pour sauver sa sœur.
15 mai 1856.