Le marquis de La Jonquière, gouverneur général du Canada [microforme]
| | | Les Canadiens n'ont eu garde d'oublier les noms des Français qui ont colonisé la Nouvelle-France d'Amérique et qui l'ont si vaillamment défendue contre les Anglais, de même que les ‘ citoyens des Etats-Unis ont associé aux hommages rendus à Lrancklin et à Washington, les généraux La Fayette et Rochambeau. C'est ainsi qu'ils ont donné le nom de Jonquière à un district de la province de Québec, en souvenir du marquis de la Jonquière, chef d’escadre, gouverneur général de la Nouvelle- France, de 1746 à 1752. Mais nous aussi, hommes du vieux monde, nous aimon: à nous souvenir. C’est ainsi que le marquis Camille de la Jonquière, héritier de ce nom illustre, vient de consacrer au gouverneur du Canada une biographie pleine d'intérêt et écrite d'après les documents officiels (1). Û Tous les historiens français et canadiens, ont d’ailleurs rendu } justice à son administration. Mais les détails même de sa vie étaient restés peu connus. C'est ainsi que dans son Dictionnaire historique de la France, M. L. Lalaane, généralement mieux informé, le fait naître au château des Graïsses (?)}, en 1680 ; lui donne le titre de lieutenant général des armées navales et le fait mourir des suites de ses blessures en 1753. Ce court article renferme presque autant d'erreurs que de mots. Pierre Jacques de Taffanel, marquis de la Jonquière, naquit à Graulhet, petite ville de l'Albigeois, en 1683. Il servit pendant cinquante-cinq ans, prit part à vingt-neuf campagnes sur mer, reçut, le {°° avril 1746, sa nomination de cnef d’escadre et de gouverneur général de la Nouvelle-France. Ces grades élevés qui {urent le couronnement d’une longue carrière si honorablement remplie, furent pour le nouveau gouverneur l'occasion de terribles épreuves. Au lendemain de Fontenoy, la France, après la (1) MARQUIS DE LA JONQUIÈRE (CAMILLE), le chef d'escadre marquis de
la Jonquière, gouverneur général de la Nouvelle-France el le Canada, de 1749 à 1759, Paris, Garnier frères, 284 p., in-19, portrait.
prise de Louisbourg, la forteresse la plus considérable de nos possessions d'outre-mer, avait résolu, en 1746, d'envoyer au Canada un armement considérable sous le commandement du duc d'Anville, Il comptait 10 vaisseaux de ligne, 5 frégates, 3o navires chargés de troupes et de provisions, 700 canons et 4,690 hommes d'équipage. Jamais la France n'avait fait un tel effort pour ses colonies. Malheureusement si le marquis de la Jonquière, formé à l'école de Dugay-Trouin, et avant fait ses preuves à la bataille navale de Toulon, aux Acores et aux Antilles, était incontestablement à la hauteur de sa mission, l'insuffisance des hommes d'équipage, la division du commandement, par suite de la présence du due d’Anville sur la flotte, les retards qu'éprouva le départ de lexpédition, la lenteur incroyable de la navigation, enfin l'inclémence des éléments et l'invasion de l'épidémie, réduisirent à néant cet immense effort. Le duc d'Anville fut victime de l'épidémie, et M. d'Estourmel, le plus ancien chef d'escadre, qui prit le commandement après lui, se tua dans un accès de fièvre chaude. La Jonquière, qui lui succéda, ranima les espérances des officiers et des marins qui avec un peu de vigueur avaient conservé tous leur courage, mais il ne réussit qu'à ramener à Brest, malgré les amiraux Anglais Sertock et Anson, qui avaient établi une croisière vers Ouessant, quatre navires avec les débris de l'équipage, dont il n'y avait pas six hommes qui ne fussent atteints du scorbut.
Ces désastres ne découragèrent pasle gouvernement de Louis XV et deux expéditions maritimes furent résolues, l'une pour les Indes, sous le commandement de M. de Saint-Georges, l'autre pour le Canada, sous les ordres de M. 2: la Jonquière. Cette nouvelle fut accueillie avec joie à la Nouvelle-France, et les historiens anglais, notamment celui qui à écrit la vie de l'amiral Anson, rendent cette justice à ce chef d’escadre, que sa conduite énergique, son habileté en ramenant l'année précédente les restes anéantis de notre flotte, l'avaient mis au rang des officiers les plus capables et les plus dignes d'un tel poste.
Cette fois encore, néanmoins, le succès ne répondit pas à nos espérances. La faute en fut à l'insuffisance des six vaisseaux de guerre chargés d'escorter les transports qui ne purent échapper aux vaisseaux anglais, au nombre de dix-sept, et qui furent ancantis où capturés, à la hauteur du cap Finistère. M. de la