‹ Le marquis de LétorièreChapitre 23 sur 49 · I.l-: SOLl'EH. ii · texte numérisé non relu

I.l-: SOLl'EH. ii

le baron en liciirlanl sa coupe contre celle du marquis.

— Dites, baron, — reprit le marquis en ])ourranl de nouveau su pipe.

— Eh bien ! avant de vous avoir vu, sachant que vous veniez pour ni'intércsser à votre procès, que malheureusement.. ..

— Au diable le procès !... baron, — s'écria liétorièrc ; — que celui qui en parlera ce soir soit condamné à boire une pinte d'eau !

— Soit ! marquis.... Kh ])ien ! avant de vous avoir vu, il me semblait que j'aurais autant aimé faire buisson creux que de vous recevoir; franchement je redoutais votre arrivée... Je \ous croyais un muguet, un beau-hls.

— Merci, baron. Eh bien ! alors, moi, je vous croyais un Alcindor, un berger cythéréen.

— Maintenant, quoi([ue je ne vous connaisse que de r«> soir, — repi'it le baron, — je vous dirai tout aussi franchement (pie, lorsque vous quitterez h^ pauvre manoir (h* Henferester, j'aurai perdu le meilleur c()nq)agnon qu'on puisse trouver pour passer «jaienient une longue soirée au coin du feu.

— Et pour passer une rude journée de chasse au fond des loréls. Au diahle le muguet

lob LE -MAROLi^ UE LEIURIEKE.

quiprêllTe le bal et la galanterie à la bouteille, à la pipe et à la vénerie ! Si vous voulez me prouver que vos chiens sont aussi bons qu'ils sont beaux, baron, vous verrez que je suis digne de les appuyer !

— Touchez-là!.... mon hôte.... demain au point du jour nous serons en chasse.

— \a comme il est dit, baron... nous parlerons du procès après-demain, pas avant... toujours la pinte d'eau à celui qui en reparlera !

— Bravo, mon liôte, — dit le baron. — Mais il se fait tard, si vous êtes fatigué, le \jcux Selbitz va vous conduire dans votre chambre , c'est-à-dire dans une espèce de halle meublée d'un grabat , c est tout ce que je puis vous offrir.... ma chambre est pis encore.

— Ah çà ! sans cérémonie, baron ; si ça vous gène, je prendrai une de mes bottes pour traversin, vous me donnerez une brassée de paille, cl je passerai une excellente nuit devant ce brasier qui brûlera jusqu'au jour.

— .l'ai passé ainsi bien des nuits dans des huttes de cliarbonniers, — dit le châtelain avec un souj)ir de regret, — lorsque je chassais dans la forêt \oire ; mais enUn, mon iiôte, tel mau-

i,E sori'Kii. la-î

vais (ju(! soit voire lit, il vaudra toujours mieux que ce sol battu comme une aire.

— A demain malin donc, mon hôte, je sonnerai moi-même le réveil, — dit le marquis; — mais, en attendant, laissez-moi sonner le bonsoir, baron. — Et Létorière, prenant au murla trompe du châtelain, sonna cette dernicic lanlare avec une telle perlection, avec un ton de chasse si franc et si puissant, que le baron, enthousiasmé, s'écria :

— Depuis trente ans que je chasse, je n'ai jamais ouï une trompe pareille !

— ('/est tout simple, baron; c'est que vous n'avez jamais bien pu vous entendre vousmême ; votre trompe est trop juste pour que vous ne soyez pas passé maître dans celte noble science... Alais à demain, baron ; bonne nuit ! Mt surtout ne rêvez ni d'eau, ni de vin ai<]re, ni de bouteilles vides !

- A demain, manpiis î

Kt le baron, aj)pelanl Selbilz, lui ordonna de conduire son InMe dans la c/tanibrc auj- rais, donl on connail la desciiption ; seulement un • {rand l'eu y é(;iil alhinié.

liélorière, lalijjiié de la jour-née, s'endorinil l)l(Mil(')l pr'ororrdérneril, et le cliàleiairi Tiniila, apr-ès avoir- pliisiciir-s l'ois répélé à Sclhitz cl à

Erhard, en leur donnant ses ordres pour le lendemain, qu'il était dommage que ce jeune gentilhomme fût Français, car il était bien digne dV'tre né en Germanie.

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