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146 LE MARQII!^ H F. LETORIKRE.
l'arron de sa selle une carte forestière spécialement destinée à la vénerie impériale, et sur laquelle les enceintes, les routes, les sentiers, les demeures et les passées des animaux étaient scrupuleusement indiqués et raisonnes.
u La carte de la vénerie impériale!... — s'écria le baron. J'aurais dû m'en douter... voilà le mystère expliqué; mais il faut une admirable perspicacité, une rare habitude de la chasse pour en faire un tel usage. Ali ! marquis... marquis... vous n'avez pas votre second... en Europe... Donner à courre la première fois qu'on quête dans une foret... c'est ce que j'ai vu de plus fort ! Comprends-tu maintenant, vieux fou?... — dit le baron au piqueur ; — c'est à se mettre à genoux devant le marquis... notre maître à tous!
— Oui, oui, monseigneur, je comprends, et Dieu soit loué , car il aurait pu arriver un grand malheur... » En disant ces mots, Erhard prit son tire-bourre et déchargea sa carabine.
« Que fais-tu là... Erhard ? ;; — dit le baron.
Le piqueur montra au baron une balle noire sur laquelle une croix était tracée, et lui dit: — A la premièi'e enceinte j'aurais pourtant envoyé cette halle c/iannrc dans le corsage
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(le M. le marquis, que je prenais pour le diable... le vieux' Ualpli dit qu'il n'y a rien de tel pour conjurer les sorts.
— Malheureux!... — s'écria le baron.
— 11 a raison , — dit Létorière avec le plus grand sang-froid; — mais tu as oublié, Erhard, qu'il faut, pour que le charme soit complet, avoir trois pièces d'or dans sa poche gauche , afin que le diable ne puisse pas entrer dans votre bourse, et le marquis jeta trois louis à Krhard, qui celte fois ne les ensevelit pas sous des feuilles... •■
fiC cerf attaqué fut bientôt sur pied.
Il est inutile de décrire les divers incidents de cette chasse, durant laquelle Létorière montra une expérience consommée; l'animal fut ))ris, et le marquis, arrivant le premier à l'hallali , tua bravement d'un coup de couteau le cerf (|ui tenait dangereusement aux chiens.
Les chasseurs arrivèrent au château à la nuit tombante. Selbitz avait, comme la veille, préparé le lard, la choucroute, la venaison, les grands, les moyens et les petits widerkom bien lemplis.
Comme la veille , le baron et le marquis firent honneur à ce repas; comme la veille, ils boiin-ècciil leni- j)ipe après souper, et ils s'éla-
blit'ent au coin du feu , pendant que le major^ dôme s'occupait des soins du ménage.
Quoique le baron se sentît subjugué par Tesprit jovial et par le caractère ouvert et résolu du marquis , il éprouvait un peu de dépit à rencontrer dans uii homme si jeune tin rival invaincu, soit à la chasse, soit a table.
Létorière, trop adroit pour ne pas deviner le baron, liii nlériageait un éclatant triomphe.
Le chûtclain, qui, du reste, s'intéressait véritablement à son hôte, voulut remettre de luimême la conversation sur le procès.
.; Au diable le procès!... — s'écria le marquis. — C'est mon refrain... Si je perds ma cause, j'aurai gagné un bon compagnon. Tondiez là, baron!... Je voudrais avoir vingt procès pour les perdre de la sorte!... .Mais mon widerkom est vide.... Holà, Selbitz ! holà... vieux Satan!... Le kirschenwaser s'est évaporé devant ma soif conmie la rosée devant le soleil.
— Pauvre garçon! il cherche sans doute à s'étourdir, — pensa le châtelain; — je ne. dois pas le laisser boire seul. '^
Et le baron fit remplir sa coupe.
« Baron , une chanson , — dit Létorière trèsanimé. — Connaissez-vous la Retraite? On dit
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que l'air et les paroles ont été composés par Vun de vos vieux chasseurs.
— Chantez toujours, marquis ; je vous dirai si je la connais. )>
Et Létorière , après avoir vidé de nouvenu son uiderkom, préluda par quehjues heim! heim ! sonores, et entonna la chanson suivante d'une voix de Stentor :
Au loin lu tioinpn résonne!
liP ccif est mort I Que riiiillnli sonne, soune,
(l'rsl lin di\-('or. . .
-Allons, en chœur, baron... Vive Dieu! c'est à propos aujourd'hui.
- — De tonte mon ;nne , marquis, je ne connaissais pas c(;t air de reiraile, mais il est, pardieu, digne de Mozart! » Kl le baron répéta ce refrain d'une voix si puissante, qu'il fit treml)ler les vitraux.
u Kcoutez le mineur , baron... C'est mélancolique comme les deiniers sons d'une trompe lointaine pendant une belle nuit. ^
¥A le marquis continua d'une voi\ moins éclatante, et sur une mesure plus lente :
Déjà rdoilc Du soir p.irail, IjC jour SI" voile,