LE DUEL
sons : mais il savait aussi la toute-puissance de la maison de Savoie, et Tinfluence de madame do Soubise à la nouvelle cour. Il était plongé dans l'amertume de ces réflexions, lorsque les seconds de M. le baron d'I geon vinrent lui demander quelle heure il lui convenait d'assigner pour la rencontre promise. Il parut cruel au marquis de courir les chances d'un duel avant d'avoir revu la princesse Julie ; mais il avait déjà sollicité un délai , il ne pouvait en exiger un second. Il se résolut donc de se trouver le lendemain, à trois heures de l'après-midi, avec ses témoins , derrière les murs de la ferme des Mathurins, endroit alors fort isolé.
Le marquis avait trente-six heures à lui : pendant cet intervalle, il espérait trouver le moyen de s'introduire près de mademoiselle de Soissons, ou de lui faire au moins parvenir une lettre.
Dame Landry fut dépècliée à Talibaye de Montmartre , déguisée en marchan(h» colporteuse ; elle avait un assortiment complet de linons, de batiste, de crêpes, de rubans et de dentelles. Pour se faire bien venir de la tourière , elle lui donna une belle guimpe. La sœur, encliantée, lui promit de la laisser entrer dans les cours à l'heure de la promenade de
ces flamos , qui ne manqueraient pas do lui faire de nombreuses emplettes. Madeleine s'informa des personnes de distinction qui habitaient Fabbaye. La tourière nomma la princesse Julie.
V. Madame Marthe, nourrice de mademoiselle de Soissons , n'est-elle pas avec elle ? — demanda la femme du tailleur.
— Sans doute, — reprit la sœur, — et dans un instant vous la verrez, car elle descend presque toujours à cette heure, pour le service de sa maîtresse.
— C'est qu'on m'a recommandée à madame Marthe, — dit Madeleine, — et je suis sûre que, par sa protection , je pourrai vendre bien des choses à la princesse ; j'ai surtout là... une pièce de dentelle qui ne déparerait pas la robe d'une reine, — et la tailleuse, entrouvrant une toilette, montra un magnifique échantillon à la tourière.
— Jésus , mon Dieu î que c'est beau ! Monseigneur l'archevêque n'en a pas de plus belle à son rochet, lorsqu'il vient officier ici.
— Et il se pourrait bien, — dit Madeleine , — que la princesse achetât cette merveille pour en faire cadeau à monseigneur; c'est du moins