J,E DUEL
cp qiiP iii\'i (lil 1.1 porsoniio qui ni'n rpromnian- (lée û diinir Murllir.
— La voici juslemont, » — dit la louriôre. Martlu; en Ira l'air triste et morne.
" \ oilà une marchande qui vous est reconimand(!e, madame Marthe, — dit la tourière. — Klle a les plus helles dentelles qui se puissent voir.
— Je n'ai hesoin de rien, — dil Marthe d'un air chagrin.
— Mais, madame... — reprit Madeleine en hésitant et en tâchant de faire un signe d'intelligence à la nourrice, — on m'avait dit que madame la princesse... désirerait l'aire emplette de dentelles, et...
— On vous a trompée, ou plutôt vous voulez me tromper, ma mie, — reprit aigrement dame Alarthe. — Vous m'avez tout l'air de ces marchandes ambulantes qui se gardent bien de )-evenir voir si on est content des objets qu'elles ont vendus.
— Vous ne me confondriez pas avec ces misérables, madame, — dit Madeleine en redoublant ses signes d'iiilelligeiice, — si vous saviez (juelle est hi personne (jui m'a recommandée à
— Et qui cela ?
— M, le marquis de Létorière... ••
A ce nom, dame Marthe échangea un regard rapide et profond avec Madeleine. Les deux femmes s'étaient comprises. La tourière ignorait le nom et même Texistence du marquis.
Xéanmoins la nourrice, ne voulant pas éveiller ses soupçons en se rendant sitôt à ce nom, reprit d'un ton bourru :
c Cherchez d'autres dupes, ma mie, je ne connais pas ce marquis-là...
— C'est pourtant le neveu de AL l'abbé du Vighan , — reprit Madeleine.
— Le neveu de M. l'abbé du Vighan !... c'est bien différent , — s'écria la nourrice ; — que ne disiez-vous cela plus tôt ? Le neveu de AL l'abbé du Vighan ne peut recommander que d'honnêtes personnes. Et qu'avez-vous à vendre ?
— Cette pièce de dentelle. — Et ALidcleine jeta un coup d'oeil expressif à Marthe. — Elle est bien précieuse et belle d'un bout à l'autre ; la princesse peut la dérouler, elle n'y trouvera pas un défaut.
— .îe vais la lui montrer,... et n'avez-vous que cela ?
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— Je n'ai que cela de dijjne de votre maîtresse.
— Attendez - i)U)i , je reviens, ; — dit Marthe.
Au fond de ce paquet de dentelle était uinr lettre du marquis , il demandait à Julie' le moyen de pénétrer jusqu'à elle. Mademoiselle de Soisso'ns lui répondit qu'elle se considérait comme sa femme devant Dieu, qu'elle était résolue à fuir l'abbaye, si elle en tiouvait la possibilité, malgré la surveillance dont on l'entourait. Elle pouvait à toute heure aller prier dans la chapelle. Celte chapelle était séparée du jardin du cloître par un long passage souterrain. Ine partie des murailles donnait sur la campagne ; en les escaladant à un endroit que mademoiselle de Soissons désignait , on trouvait dans le jardin, à côté d'une fontaine, la porte du passage souterrain. Cette porte forcée, on arrivait jusqu'à la chapelle. Mademoiselle de Soissons prévenait Létorière (jue chaque nuit, à une heure, elle l'y attendrait pour lui jurer, au pied des autels, de n'être qu'à lui , et pour aviser aux moyens de fuir en Angleterre et d'échapper aux persécutions de sa famille.
La princesse Julie mit cette lettre écrite à la
■lié LE .MARQUIS DE LKTOIUKRE.
liàtc dans le roulpaii de dentelle, el Marllie le rapporta à Madeleine en lui disant que la princesse n'avait pas trouvé la garniture assez magnitique.
Instruit des résolutions de mademoiselle de Soissons, le marquis envoya Jérôme Sicard étudier les localités. Les murs du cloître étaient très-élevés, mais entourés de fondrières désertes. On pouvait les escalader avec sécurité. .Malheureusement les préparatifs indispensables à cette entreprise ne permirent pas au marquis de la tenter avant la nuit du lendemain.
Pour la première fois il craignit la mort en pensant que son duel devait précéder son entrevue avec mademoiselle de Soissons.
Létorière passa une nuit péniblement agitée. Son sommeil fut troublé par des visions étranges. A son réveil, il se sentit faible, abattu. Pour la première fois, il pensa qu'il éta^t peutêtre victime de la contagion et de son dévouement à Louis XV. Son médecin reconnut en effet des symptômes alarmants de petite vérole pourprée; mais la maladie ne devait atteindic son entier développement que le lendemain. i*ar un point d'honneur mal entendu, et cou-
LE IHEL. ii'J
Irairement aii.v avis de sos doux Iriiioins , \v marquis s'opiniàtra à vouloir se battre le jour même et malgré sa faiblesse, contre M. le baron d'IJgeon.
A trois heures un quart la rencontre eut lieu ; les amis du marquis , voyant sa rougeur iébrile et son abattement, crurent de leur devoir d'en appeler à la loyauté de M. d'I'geon , et de lui demander de remettre le duel, sans toutefois avoir prévenu Létorière de leur démarche. Mais un mot dur et blessant de AI. d'Ugeon sur ce nouveau délai ayant rendu toute conciliation impossible , le combat commença. Létorière était en escrime d'une force supérieure , sa bravoure était éprouvée ; mais les rapides approches de la contagion l'affaiblissaient âvjii si extrêmement, qu'il perdit tous ses avantages, et reçut un coup d'épée eu pleine poitrine. Ses seconds le transportèrent chez lui, et rabandonnèrenl aux soins du pauvre Dominique.