‹ Le marquis de LétorièreChapitre 49 sur 49 · LA H BAVE · texte numérisé non relu

LA H BAVE

— Ail ! je comprends, — s'écria la })iiiiccsse. — (iCllc lon-iblc maladie est cotitajjieuse, et votre dévouement vous contera peutêtre la vie... nous coûtera peut-être notre bonheur !

— \on, non, rassurez-vous, Julie... , tout espoir n'est pas perdu... Quoique souffrant, j'ai voulu vous voir pour vous ôter toute inquiétude , pour vous dire que mon procès était gagné... , et que maintenant aucun obstacle ne s'opposait plus à noire bonlieur...

— ^ Aucun... aucun autre que la mort, peutêtre ! — s'écria la princesse avec désespoir. — Mon Dieu!... mon Dieu!... dans quelle effroyable inquiétude je vais vivre!

— Uassurez-vous... Madeleine Landry tâchera de venir donner chaque jour de mes nouvelles à Marllie... \ous le voyez... je ne suis pas gravement malade, puisque j'ai pu venir... — dit le marquis d'une voix faible.

— Je ne pourrai jamais vivre dans une si mortelle inquiétude, — reprit la princesse , — je fuirai avec vous... cette nuit même.

— Julie... c'est impossible... rien n'est préparé pour cela... Au nom du ciel, attendez. . ne compromettez j)as notre avenir j)ar une déiii arche précipitée...

244 LE MAllULIS DE LETOIUEUE.

— Mais je vois bien, moi, que vous êtes iiorriblement souffrant , je ne vous laisserai pas seul dans un tel état... c'est impossible. L'énergie, le courage ne me manquent pas : où vous avez passé , je passerai... Une fois sortie d'ici, j'irai me mettre sous la protection du bailli de Solar , on n'osera pas m'arracber ouvertement de l'asile que j'aurai cboisi cbez l'ambassadeur de Sardaigne. Mais au moins là... chaque jour... chaque heure..., je saurai de vos nouvelles.

— Encore une fois, Julie... cela est impossible,— dit Létolière en se soutenant à peine et en s'appuyant sur un des supports de la tombe de madame d'Egmont.

— Et vous croyez , — reprit mademoiselle de Soissons avec exaltation, — vous croyez que pendant cinq ans je vous aurai suivi pas à pas avec toute la sollicitude d'une mère... que j'aurai bravement lutté contre le vœu de ma famille pour aujourd'hui vous abandonner souffrant , presque mourant , sous je ne sais quel prétexte de convenances... \on, non, cet amour e^l troj) pur et trop saint pour craindre de se montrer le front haut.

— Julie... pardonnez-moi... , — muruuiia

L'.AKHAVE. ÛV,

Krforiôrr on lonil)aiit sur uno (1rs marrhrs do la tomhr. — Je no vous ai pas lout d'il.

— Mou Diou... tiiou Dieu,... il so trouvo uial...

— Silence î... .lulie... nue deruière prière... (|ue je sente vos lèvres sur in(ui front.

— Mais il vamourii!! mais il meurt! Charles!... mon Charles!... — s'écria la princesse désespérée en s' agenouillant auprès du niarqnis, toujours si étroitement enveloppé dans son manteau que ee fut en vain (jue mademoiselle do Soissons chercha sa main.

— Je ne vous ai pas dit... ([uo le baron d'L'geon m'avait appelé en duel... , — continua liélorière d'une voix de plus en plus affaihlie.

— Un parenl de la maréchale!... ils l'onl assassiné... Iraitreusement assassiné!...

— \on...jo me suis battu... ce matin... avec lui... il s'est loyalement conduit... otj'ai reçu.», dans la poilrine... une blessure... Julie... — ajouta le marquis d'une voix éteinte; — j'ai voulu vous revoir... Adieu... Celle hagiu'... vous savez... vous la reprendre/... lotrcvc- (/(O'd m'duvd fiuiri partout... .nsyi'.A i.\ mokt... Mon Dieu... pardonnez-moi!... je me cn>\ais

246 LE MARQlfS DE LETOIUERE.

assez fort pour ne mourir que demain... Julie... encore... Adieu... y

Et Létorière mourut en protionrant ce der nier mot.

On lit ces lignes dans les Souvenirs de madame la marquise de Créquy : — u La prin- » cesse Julie, pauvre malheureuse enfant, n a ;) jamais revu son bel ami, M. de liélorière... 1 Ses plaies étaient rouvertes, et tout le sang 1 qui lui restait s'écoula pendant la fui de la •' nuit... Il expira sans nul secours, et le lenn demain matin il fut trouvé mort sur les dal- " les du cloitie.

» C'était peut-élre sur la pierre qui couvre :î la tombe de ma pauvre amie, madame d'Eg- •; mont. Ayant été élevée à l'abbaye de Mont- » martre, elle avait sollicité comme un bien- " fait d'élre inhumée auprès de madame de " Vibraye, son amie d'enfance et dignitaire de " cette maison.

• On étouffa cette horrible affaire. — Ce >' cadavre était magnifique ; on l'enveloppa ■ dans un suaire ; on le fit rapporter dans so)i

I/ABHAYE.

M lil, ol Ton (lll qiif M. fie Lôloric-rc^ ('lail mori '■> (](' la petite vérole. ;?

Quelques années après, la princesse Julie é|)ousa un pi"inec de Sa\e-Cobourj|.

FIV.

TABLK DES CHAPITRES.

(Ihai'HIîk 1. Lt! l.iilli'ur I

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