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La Flagellation et la Saignée

La flagellation, ce puissant agent auxiliaire de la volupté a été fréquemment utilisé par le marquis d e

M A. Schmidt. T. IL P. 87—88.

2) P. L. Jacob, Bibliopidle 1. c. P. 460. Cet ouvrage contient six chapitres: I. Des filles de joie; 2. Des Sodomites; 3. De la Bestialité ; 4. De l’Inceste; 5. Du Camahuchage ; 6. De quelques autres abus qui nuisent à la population.

A. Moll „Reclierches à prop.os «le l’ Instinct sexuel“ I,,

Sade dans ses ouvrages. Nous ne citerons que les grandes scènes de flagellation dans „Justine“ et dans „Juliette“ (Justine III, 129. Juliette II, 138 — 150 se passant entre femmes; Juliette V, 335). Juliette, envoyée par la Duvergier, va trouver avec trois jeunes modistes le duc Dendemar à St. Maur, dont la monomanie sexuelle consiste à flageller jusqu’au sang des jeunes filles (mais rarement des prostituées); pour cela il payait à ses victimes de fortes sommes d’argent. (Juliette I, 344 et s.)

Le marquis de Sade a fait aussi des études littéraires dans ce domaine. Il indique les ouvrages les plus remarquables à cette époque sur la flagellation, ceux de Meibom et de Boileau (Juliette V, 169). Ces études lui firent voir que ce sont les bommes qui de tous temps se chargeaient du rôle actif dans la flagellation. Aussi s’étonne-t-il, vu la cruauté naturelle de la femme que cette dernière ait montré si peu de goût pour le rôle actif de cette pratique (?)i), et il fait exprimer à Dendemar l’espoir que les femmes développeront encore cette spécialité au „point où je le désire‘^ (Phil. dans le Boudoir I, 157).

C 0 0 P e r communique de curieux détails sur la flagellation au 18me siècle-). Voltaire fait souvent mention de la verge dans ses écrits, notamment quand il trouve moyen de tourner par là les jésuites en ridicule. Dans les mémoires de cette époque on trouve de même les coups de fouet fréquemment mentionnés comme châtiments.

1) En considération de ce qni s’est passé à l’orphelinat de Potsdam, cette opinion du marquis de Sade nous semble tant soit peu étrange.

Ù Vh M. Cooper „Le Flagellantisme et les Flagellants^ trad. en allem. par Tl. Dohrn 1899. P. 102—108.

Dühren, Le Marquis de Sade.

On battait déjà de tout petits eidants à coups de verges, les bonnes prétendant que cela „tortifie“ la musculature et la peau. Dans toutes les écoles de couvents français, la peine des verges pour les jeunes filles était une chose fort usitée, comme cela se comprend aisément, vu que la flagellation régnait parmi les nonnes. „Les saintes soeurs châtiaient avec délices leurs élèves, tout comme les. saints pères avaient coutume d’absoudre leurs pénitents, “

Durant la terreur les tricoteuses guettaient les nonnes pour les fouetter ignominieusement. Le cas tragique de T h é r O i g n e d e M é r i c o u r t est connu : elle fut fustigée en public sur la terrasse ,,des Feuillants^^ par une horde de femmes, et tomba en démence à la suite de cet outrage. Encore après la chute de Eobespierre des jeunes filles furent mises à nu et fouettées dans les rues par les antiterroristes.

Même peu de temps avant le règne de la terreur un „club de verges“ aurait existé, dont les membres féminins „se seraient administré les verges mutuellement avec une charmante élégance. “

On a déjà tant écrit sur la prédilection de Jean Jacques Eousseau pour ce genre d’excitation sexuelle que nous renonçons à exposer encore une fois l’histoire de la fustigation qu’il subit de la part de mademoiselle Lambercier, et que nous renvoyons ceux que l’affaire intéresse à l’ouvrage de E. de Kr afft -Ebing, i) La littérature française du dernier siècle est selon Cooper riche en fait d’histoires ayant pour sujet des peines cor-

1\. de Krafft- Ebing „Nouvelles recherches dans le domaine de la Psycho])athie sexuelle^‘ 2ènie édit. Stuttgard 189(). P. 35—30. — Comp. aussi P. J. Moebius „L’liistoirc de la maladie de J. J. Rousseau.^ Leipzig 1889.

porelles, qui eurent surtout beaucoup de succès chez le l)eau sexe. Cooper rapporte également quelques causes célèbres de ce genre.

L’Angleterre est à présent, comme cela est notoire, la terre classique du flagellantisme sexuel. Thérèse Berkley qui demeurait Charlotte-Street 28, fut la flagellatrice la plus renommée de Londres; elle acquit •entre la vingtième et la trentième année de ce siècle une grande célébrité et une fortune au moyen de son art. Elle possédait un grand nombre d’instruments ayant la forme de verges, avec toutes sortes de mécanismes pour exciter et accroître la volupté. „Thus, at lier shop, whoever went with plenty of money, could be birched, whipped, fustigated, scourged, needle-pricked, half-hung, holly-brushed, furse-brushed, butcher-brushed, stingingnettled, curry-combed, phlebotomized, and tortured till he had a belly full.^^^) Elle avait aussi à son service pour exercer la flagellation active des filles, entre autres •une négresse et une bohémienne. Elle avait inventé une machine où les hommes se faisaient attacher et qui avait une disposition fort ingénieuse pour accroître la sensation voluptueuse: „There is a print in Mrs. Berkley’s memoirs, representing a man upon it quite naked. A vvoman is sitting in a chair exactly under it, with her bosom, belly and bush exposed; she is manualizing his e mb ol O n , whilst Mrs. Berkley is birchinghis posteriors. The female acting as frictrix, was intended for Fisher, U fine, tall, dark haired girl, ail must remember who visited Charlotte Street at that day, as well as the good humoured blonde, Willis; the plump, tight, frisky, and merry arsed Thurlow. Grenville, with the enormous

1) P. Frîixi. P. XLIV.

bubbies; Bentinc, witli breadth of bip and splendour of buttock; Olive, tlie gipsy, whose brown skin, wicked black eye, and medicean form, would melt an ancboriter the mild and amiable Palmer, with luxuriant and well fledged mount, from whose tnfted honors many a noble lord lias stolen a sprig; and Pryce, the pleasing and complaisant, who, if birch was a question, could both give and take. La Berkley mourut en septembre 1836, après avoir mis de côté dans l’espace de temps de 1828 à 1836 plus de 10000 livres sterling. Sa correspondance conservée par le Dr. Van ce, son exécuteur testamentaire, et contenant des lettres de personnes des deux sexes du plus haut parage, fut anéantie.

Nous nous sommes permis cette petite digression, parce que nous n’avons trouvé l’institut de madame Berkley dans aucun des ouvrages modernes sur le flagellantisme^ ni nulle part ailleurs, et parce que cette curiosité doit être d’autant plus intéressante pour des explorateurs du cette matière, qu’on trouve dans les romans de Sadedes machines complètement analogues sur lesquelles on attachait les victimes. Nous remarquons ici en passant que nous reviendrons avec plus de détails sur l’histoire du flagellantisme anglais dans celui des volumessuivants, où nous examinerons la vie sexuelle en Angleterre et principalement celle de Londres qui présente plusieurs singularités , trouvant leur explication dans la nature anglaise.

Citons encore sous forme d’appendice le rôle que jouechez Sade la saignée. Un comte Gernande paraît dans le troisième tome de „ Justine (P. 223 et s.), qui n’est

1) P. Fraxi. P. XLIV— XLV. On y trouve aussi une image de ce „Berkley Iïorse“ remarquable.

Ce volume vient de paraître sous le titre „La vie sexuelle en Angleterre.^ (Tome II, Charlottenburg 1901.)

«capable de satisfaire son instinct sexuel qu’en pratiquant la saignée aux femmes, après les avoir fait manger •copieusement. Sade ne manque pas de dépeindre de pareilles scènes. Celle où le comte saigne sa propre femme et satisfait sur elle son appétit sexuel, après qu’elle a perdu connaissance, produit un effet particulièrement horrible. (Juliette III, 253.)

La saignée était au 18 me siècle une opération pratiquée aussi par les profanes. Brissaut raconte que la saignée était prescrite dans les couvents à certaines époques déterminées. Chez les chartreux p. ex. elle se faisait cinq fois, chez les prémontrés une fois par an. Les fêtes de St. Valentin et de St. Mathieu étaient célébrées par des effusions de sang spéciales:

Seigneur de jour Saint Valentin Fait le sang net soir et matin Et la saignée du jour devant Garde des fièvi'es en tout l’an.

Eau lin prétendait guérir l’hystérie, si fréquente €hez les femmes, par des saignées^), tout comme de nos jours on s’imagine, en suivant les conseils de Dyes et d’autres auteurs, pouvoir amender l’état de chlorose au moyen de saignées. Peut-être que les temps du vampirisme des Broussais et des Bouillaud avec leurs saignées •coup sur coup se renouvelleront aussi pour nous. Alors nous pouvons aussi compter de nouveau sur des „saignées •sexuelles. “ BrierredeBoismont raconte qu’un homme appliquait à sa maîtresse les sangsues aux parties génitales et à l’anus, ou lui faisait la saignée, en se répandant à •cette occasion en propos des plus insultants. Quand il

G. Abricossoff. P. 70.

voyait jaillir le sang, son exaltation sexuelle montait à son apogée, et alors il la satisfaisait auprès de cette personne.^)

Nous ne doutons nullement que cet individu n’ait lu „Justine“ et imité simplement les actions du comte Gernande. Plus tard nous citerons encore plusieurs exemples analogues, où l’on remarque une imitation évidente de certains faits, décrits dans les romans de Sade.

19. Les Aphrodisiaques, les Cosmétiques, les Abortifs et les Arcanes au 18me siècle.

Sade consacre aux „remèdes sexuels" (dans le sens le plus général du mot) une attention toute particulièredans ses ouvrages. Là justement, on peut de nouveau. démontrer d’une manière précise à quel point il a travaillé d’après des modèles réels, et comment, par là, ses descriptions gagnent un intérêt spécifique au point de vue de rhistoire des moeurs.

Il n’est pas étonnant que les viveurs énervés par defréquentes débauches, contraires à la nature, aient chez Sade largement besoin d’excitations artificielles et de stimulants sexuels. Aussi ne manque-t-il pas aphrodisiaques les plus divers pour raviver les forces^ évanouies de ces individus décrépits. La Delmonse frotteles testicules de l’impuissant commerçant en gros Dubourg avec un liquide. Puis ce malheureux est obligé de prendre encore une tisane „ composée d’aromates et d’épins" (Justine I, 62). Cornaro se fait frictionner les testicules,, avec de l’esprit de vin. (Juliette VI, 223). La Durand

9 „Gazette médicale de Paris‘‘ du 21. juillet 1849. P. 560..

ne frotte pas les testicules, mais le membre viril même, avec un fluide „excitant“.^) Dans le cinquième tome de „ Juliette “ (Page 330), on arrose les personnes qui prennent pari à l’orgie avec des „fluides stimulants sentant le jasmin — Outre ces aphrodisiaques pour l’usage externe Sade en connaît aussi d’internes. Juliette -se sert à cet effet de vins et de liqueurs, d’opium et d’aptres „ aphrodisiaques qu’on vend en Italie publiquement (Juliette IV 104). La Durand fait commerce d’aphrodisiaques et d’antiaphrodisiaques (Juliette III, 229).

Nous avons déjà dit plus haut (P. 123 et 124) que le bordel de madame G o u r d a n était amplement pourvue de stimulants. A cette occasion nous avions fait aussi mention

9 Un remède fort ancien des Perses c’est la gomme de Ferula, Asa foetida (Passa foetida), qui procure le maximum de jouissance pendant le coït, quand on en frictionne le pénis.“ (R. Kobert „Etudes historiques faites à l’institut pharmacologique de Dorpat.)

2) Quant à l’opium comme stimulant sexuel, actuellement on porte sur ce remède un autre jugement qu’auparavant. L. Lewin fait là-dessus la remarque suivante. „üne seule dose ou plusieurs doses moyennes, répétées pendant un court laps de temps, reiiforceraient la fonction sexuelle. Cette opinion doit être déclarée incorrecte en ce sens que pendant l’ivresse produite par l’opium sur le fumeur de cette drogue, une série d’images voluptueuses peuvent surgir dans le sensorium surexcité et en désordre, mais que les érections produites par ces visions confuses dis^Jaraissent rapidement et qu’un accroissement de la „libido sexualis“ ou de la „x3otentia coeundi“ ne s’ensuite de là aucunement. Cependant il faut ajouter que les opiophages prétendent avoir remarqué pendant la première période de l’usage de l’opium un accroissement considérable des fonctions sexuelles. Mais cet effet cède plus tard à l’impuissance. “ (Article sur l’opium dans Eul enb u r g „Encyclopédie réale de la Thérapie générale.^ Vienne et Leipzig 1898. Tome XVH. P. 625.) — Dans un des volumes suivants de cet ouvrage nous nous proposons de traitre les aphrodisiaques au point de vue de l’histoire, de la civilisation et des moeurs.

des „pastilles à la Richelieu Comme ces boubous sont importants par rapport au marquis d e S a d e , et que leur principal ingrédient, les cantharides ont joué selon B in Z „un rôle fameux en France au 18 me siècle peut-être que quelques mots sur ces stimulants à la cantharide ne seraient pas déplacés à cet endroit. Les cantharides, dont D i o s c o r i d e f ait déjà mention (Materia medica. Lib. II. Cap. 65), comptent depuis longtemps pour un stimulant sexuel, puisque le poète romain Lucrèce serait mort par suite de l’abus d’un aphrodisiaque contenant cette drogue. Ambroise Paré rapporte plusieurs cas de mort semblables. A l’époque de Paré, l’usage de ces pastilles ou bonbons était devenu général en France. L’Italie était la patrie de ces bonbons aphrodisiaques, et c’est de là que Catherine de Médi ci s particulièrement les introduisit en France. On en usa très-largement à la cour de Henri III et de Charles IX. Au 18 me siècle, c’est surtout le duc de Richelieu qui se servit abondamment de ces bonbons si innocents en apparence dans ses aventures galantes. La propagande qu’il fît en faveur de ces pastilles, auxquelles il donna son nom, eut pour résultat qu’elles furent à la mode pendant les dernières années du règne de Louis XV. Juste à cette époque tombe l’affaire du marquis de Sade à Marseille, où ces bonbons jouèrent un rôle fatal. De même les „tablettes secrètes de magnanimité^ de madame Du Barry, la „poudre de joie“, les „pastilles de séraiP^ contenaient probablement des cantharides comme ingrédient.

Les cantharides sont un remède dangereux, engendrant facilement une inflammation des rognons, de la vessie et de l’urêtre. Les érections causées par ce poison sont

1) Binz „Lecons de Pharmacologie^ Berlin 1894.

2) „Eros“. T. I. P. 41-42.

i’effet de rexcitation inflammatoire de la muqueuse de Turêtre et de la vessie, effet produit par voie réflexe. Un accroissement de la puissance virile ne peut tout au plus se manifester qu’au commencement de l’effet.

La cosmétique fut également cultivée avec soin au siècle dernier. Dans cette sphère, le charlatanisme parvint au plus haut degré de développement. Et ce développement fut des plus singuliers. Ainsi, une société obtint en 1769 le privilège d’établir des deux côtés du Pont-Neuf des échopes de louage de parasols et d’ombrelles, afin que les personnes soucieuses de conserver le teint délicat de leur peau, puissent traverser le pont, en s’abritant contre les rayons du soleil. Les cosmétiques furent employés avec si peu de discernement et en si grande quantité que Casanova eut sans doute raison de défendre — lui qui se piquait de faire le charlatan — à la duchesse de Chartres, pui souffrait de l’acné du visage, l’usage des cosmétiques. Il lui prescrivit de doux purgatifs, ce qui était certes fort opportun, et lui recommanda de se laver avec de l’eau de plantain, qui pendant le siècle passé était très populaire pour guérir les maladies de peau.

En fait de dépilatoires, le marquis de Sade fait mention du „ dépilatoire turc connu sous le nom de rusma“, qu’il désigne dans une note sous le nom de „ pierre minérale atra mentaire“, et qu’il fait provenir de Galatie. (Justine III, 120). Le rusma est un dépilatoire trèsancien et fort populaire en Orient. On obtient la „Pasta depilatoria“ ou „ Rusma turcorum“ (ou „Nurek Persarum“)

0 R. Kobert „Traité de Pharmacologie." 1897. P. 488.

2) Dulaure. T. V. P. 434.

C asano va II. P. 241.

en mêlant 2 parties d’orpiment, 15 parties de chaux vive et deux parties et demie de farine de froment. C’est l’ordonnance de J. J. P 1 e n c k , célèbre dermatologue du 18me siècle. 1) Qu’on remarque à cette occasion le grand intérêt que prenait le marquis de Sade à toutes les questions de l’art médical et de l’anthropologie. Il cherchait à se renseigner là-dessus dans tous les ouvrages scientifiques de son temps qui lui étaient accessibles. Nous aurons à mentionner plus tard que sa femme s’était prise à tâche de le pourvoir de livres pendant son séjour dans la prison. Car cette détention fut la cause, en premier lieu, que Sade chercha à s’instruire sur les matières les plus variées.

Une remarquable curiosité du 18me siècle consiste dans ce qu’on nommait de fausses virginités, dont la grande fréquence est expressément attestée. On cherchait à réunir artificiellement par des astringents les restes de l’hymen, à rétrécir en général l’entrée du vagin. Ces efforts ont précisément en France un long passé derrière soi. Au chapitre 13 de la chirurgie du médecin français Henri de Mondeville, qui vécut à la fin du 13me et au commencement du 14me siècle, et dont les ouvrages, renfermant de riches matériaux pour servir à l’histoire de la civilisation en France, ont été pour la première fois édités par J. Pagel dans le texte original, se trouve la prescription suivante ayant pour

L. Waldenburg et C. E. Simon „Maiiuel de l’emploi géne'ral et spécial des formules pharmaceutiques." 7 me édit. Berlin 1870. P. 177. Beaucoup d’hommes s’épilaient tout le corps. (H. Paschkis „La Cosmétique médicale. “ Vienne 1893. P. 28.)

„La Chronique scandaleuse". Paris 1791. T. I. P. 139.

but de simuler la virginité, i) „Les parties génitales exigent de doubles soins: ceux de l’intérieur et ceux de l’extérieur. Les soins internes sont indispensables aux prostituées qui ont une longue pratique de leur métier (antiquae), et parmi ces dernières particulièrement toutes celles qui ont de nature un vagin large ou comme conséquence du coït trop fréquemment répété une vulve glissante et trop molle pour sembler être a ceux qui couchent avec elles des vierges ou tout au moinsne pas sembler être des filles publiques.. Des jeunes filles non mariées, mais ayant été par malheur déflorées, ont recours au même traitement pour pouvoir jouer ensuite le rôle de pucelles véritables, lorsqu’il s’agit pour elles de s’unir maritalement à ceux qu’elles ont réussi à prendre à l’hameçon. Elles tâchent d’arriver à leur fin de la manière suivante. Elle introduisent au moment où le coït va s’accomplir du verre finement pulvérisé dans la vulve; et le résultat en est qu’elles-mêmes et la verge de celui qui s’accouple avec elles sont couverts de sang. .Ou bien on introduit du sang de dragon dans le vagin et pose là-dessus une couche d’étoupe et de charpie mouillée l’une et l’autre d’eau pluviale, où l’on a fait bouillir des plantes astringentes, p. ex. des roses, des anthéras, du sumac, du plantain rouge etc., ou l’on peut appliquer des sangsues. Mais qu’on prenne garde qu’elles ne pénètrent dans le vagin. Quand on les a enlevées, des eschares se forment aux parois latérales de la vulve. Ces eschares se déchirent pendant le coït, le sang coule, et l’on s’en souille. On

1) F. Hering „Cosmétique d’après Henri de Mondeville“ Dissertation d’inauguration. Berlin 1898. P. 17 — 18 (Sous l’égide de J. Pagel'.

peut encore se servir d’un morceau d’éponge qu’on trempe dans n’importe quel sang, ou on remplit de sang une vessie de poisson, introduit l’un ou l’autre dans le vagin et lave encore la vulve à l’extérieur avec du suc des grands salsifis d’Espagne, i) De pareilles pratiques furent, au 18 me siècle, de nouveau à l’ordre du jour. Nous avons mentionné ci-dessus „ l’eau virginale “ de madame G O U r d a n. Sade aussi connaît divers moyens appropriés, à la restauration du pucelage. La Delbène loue sa „pommade“, avec laquelle elle se fait fort de restaurer Laurette, qui vient d’être déflorée, (Juliette I. 171) et donne à Juliette, lorsqu’elle est dans le même cas, une pommade contenant de l’extrait de myrrhe, dont elle doit s’enduire durant neuf jours pour redevenir pucelle au dixième (Juliette I 179). La Duvergier aussi se sert d’un onguent virginal semblable. (Juliette I, 187).

En général, toute cette période, un siècle entier, a été l’âge d’or de tous les artifices de la cosmétique, et il est remarquable que le fard et tous les ustensiles qui s’y rapportent aient pu régner, quoique la fraîcheur du teint, le teint de couvent, ait été tellement estimée et convoitée précisément à cette époque. ‘^) Il existait alors dans le commerce des centaines de pâtes, d’essences, d’eaux cosmétiques et de taffetas à mouche. Les fards surtout étaient d’une grande importance, surtout le rouge, „le grand point est d’avoir un rouge qui dise quelque chose".

1) Suivant J. Hyrtl „Manuel de l’Anatomie topograj)lnque“ 7 me édit. Vienne 1882. T. II. P. 191, Avicenne et Cornélius Agrippa se prononcent déjà sur les moyens et remèdes avec lesquels on peut reproduire un hymen détruit. Au cours de nos études d’histoire de la civilisation nous poursuivrons encore cette question intéressante.

2) H. P aschkis „Cosmétique médicale.“

1) „Eros‘‘ II. P. 261.

Les hommes se plaisaient aux mêmes artifices de toilette, se fardaient également, répandaient des larmes factices, et s’épilaient tout le corps au désir de leurs maîtresses. „C’est ainsi que M. le duc d’Orléans au témoignage de M. de Valencay, qui lui donna la chemise, se présenta dans le lit de Mme. de Montesson^.^) Le bain est un grand progrès du 18me siècle au point de vue de la cosmétique. L’ameublement de bains formait dans la seconde moitié du siècle, un facteur des maisons aristocratiques, aménagé avec beaucoup de luxe, et on les employait piincipalement pour des bains cosmétiques. Les héroïnes de Sade prennent également des bains, l’oeuvre journalière ou nocturne accomplie.

Les ouvrages du marquis de Sade nous présentent un tableau effrayant de l’emploi fréquent au ISme siècle des abortifs et des remèdes préventifs, dont on ne peut nier certains rapports avec la cosmétique. Ce temps produisit les circonstances qui amenèrent le décroissement actuel de la population en France. On peut juger d’après la statistique de Galliot, qui commence par l’année 1789, de l’énorme propagation des avortements en France. Il termine ses conclusions par les mots: „On se plaint de tous côtes, en France, de la décroissance de la population. On a fait récemment de nombreuses lois pour protéger l’enfant; nous venons à notre tour demander une protection pour le foetus."^)

Le siècle précédent connaissait en effet déjà tous les moyens employés encore de nos jours pour empêcher la conception ou pour effectuer l’avortement du foetus. Le

1) H. Paschkis. P. 28.

2) H. Ploss et M. Bartels ,,La Femme dans la Science naturelle et l’Ethnologie.“ 3 me édition. Leipzig 1891. T. 1. P. 554.

passage dans la „Philosopliie dans le Boudoir “ est fort caractéristique, où madame de St.-Ange, en réponse à une question d’Eugénie, énumère les moyens et remèdes anticonceptionnels (Philosophie dans le Boudoir I, 99), et recommande outre les „éponges“, que les femmes s’introduisent dans le vagin, et les „ condoms dont se servent les hommes, la pédérastie comme moyen excellent, qui s’accorde le mieux avec les idées malthusiennes du siècle. Mais quand le „ malheur “ est arrivé, les héros et les héroïnes de Sade connaissent les voies pour tuer le foetus dans le sein maternel. Sade fait mention de la sabine comme d’un excellent abortif (Juliette III, 204). Mais un remède encore plus sûr et plus inoffensif que la sabine, qui en outre „ n’attaque pas l’estomac comme cette dernière c’est celui auquel a recours Juliette, engrossée par son propre père. Elle fait produire chez elle l’avortement d’un foetus de quatre mois par un célèbre accoucheur, au moyen d’une aiguille appropriée (Juliette III, 212). La Durand vend des emménagogues dans le même but. (Juliette III, 229.)

Comme dernier groupe de remèdes sexuels nous faisons encore mention des arcanes antivénériens, dont la France du siècle passé fut envahie à profusion. Car malgré tous les excès vénériens, la syphilophobie était grande, et les charlatans trouvaient un public plus qu’accessible à leurs fourberies. Nous ignorons si le projet d’un bordel avec la suscription „Du plaisir pour de l’or et santé garantie “ i) a été réalisé. Toute fois,

9 „Les Bordels de Paris“ Paris 1790. P. 17. — „Ecoutez, Hortense, dit le Comte, tu m’as donné la chaude-pisse; c’est en régie. — Non, je ne m’en plains pas; c’est le bonbon du métier.“ Mirabeau „Ma conversion^ P. 175.

des précautions sons ce rapport étaient sûrement justifiées. Casanova avait adopté le principe de ne jamais dormir dans le lit d’autrui, i) Juliette examine toujours ses pratiques très exactement, pour voir s’ils n’ont pas quelques symptômes de S3qfiiilis. Un homme, qui souffrait d’une syphilis invétérée et qui, pour cette cause, avait choisi comme objet spécial de sa volupté la manie d’infecter les femmes avec lesquelles il couchait, faillit mettre Juliette en péril (Juliette I, 238 — 240). Dans „rEspion anglais^ (T. TL P. 98) on raconte comment un homme par vengeance communique la syphilis à son rival, afin que ce dernier transmette la maladie à son ancienne maîtresse. Sade fait mettre à exécution cette même idée à la fin de la „Philosophie dans le Boudoir^. Là, il fait envoyer chercher un domestique syphilitique, qui devant ces monstres triomphants doit infecter la malheureuse madame de Mistival, après quoi Dolmancé s’écrie: „Parbleu, voici une inoculation, comme Tronchin n’en fit de ses jours. ‘‘ (Philosophie dans le Boudoir II, 183 — 184.)

On vendait principalement les préservatifs médicamenteux contre la syphilis dans les boutiques du Palais- Koyal. Il y avait aussi des charlatans qui sans pudeur en faisaient la réclame dans des brochures, et qui vendaient leurs faux remèdes en ayant recours à des placards sur les murailles et à des cartes ou affiches, qu’ils faisaient distribuer dans les rues. ^)

L Casanova 1. c. T.IV P. 313. IL B erg h confirme le fait que l’infection i)eut se produire par cette voie; il a lui-même observe' un pareil cas. („L’infection syphilitique et ses voies.“ Hambourg et Leipzig 1888. P. 21.)

2) Par en t-D U châtelet 1. c. P. 628. — La „Chronique scandaleuse“ raconte une anecdote fort piquante au sujet de Madame D** (IV P. 10): On disait à un souper que Madame

avait la petite ve'role. „Je n’en suis pas étonne', répondit quelqu’un, je l’ai toujours connue comme très-modeste. “ — Savoir, ]a grande vérole veut dire la syphilis.

Nous avons mentionné déjà auparavant le charlatan Agyrony et le „spécifique du Docteur Préval“. Ce dernier a été sans contredit le plus fameux charlatan du 18me siècle. Ce personnage est d’autant plus intéressant que c’est lui, G u i 1 b e r t de P r é v a 1, qui initia Kétif de la Bretonne aux mystères de la prostitution parisienne et aux „artes amandi“ du Palais-Royal, un individu qui ne se trouvait à l’aise que dans le bourbier le plus immonde, i) L’histoire de cet archicharlatan est raconté en détail dans 1’,, Espion anglais‘‘.

Pré val commença ses études en 1746 à Caen, où il exerça plus tard une pratique étendue; ensuite il fit encore quelques études d’anatomie à Paris, où il fut reçu docteur en 1750. Après cela, il s’occupa durant vingt ans de la thérapie du mal syphilitique, et découvrit au bout de ce temps un ,, remède infaillible^ contre cette maladie, remède avec lequel il prétend avoir guéri plus de 8000 (!) personnes. Ce remède avait du reste la propriété de guérir aussi toutes les autres „ cachexies et maladies de peau“. La réputation de ce remède se répandit même „jusqu’aux Indes, jusqu’en Amérique et — à Martinique^, où il guérit le „pians‘‘ et le ,,scorbut“. Ce remède était en même temps une soi-disant „eau fondante^, un remède prophylactique éprouvé contre la syphilis. Et enfin il servait même, comme actuellement la tuberculine par rapport à la tuberculose, pour diagnostiquer la syphilis, ce à quoi, comme nous l’avons vu

0 P. L. Jacob, bibliophile. P. 340 et P. 44.

„L’Espion anglais^ P. VI. P. 217 — 235. „ Historique du spécifique du Docteur Ouilbert de Pré val. “

3) C’était une solution de sublimé dans de l’eau calcaire. (C b r. G i r t an n e r ,, Traité de la IMaladie vénérienne^ Goettingiie 1789. T. III. P. 782.

plus haut, l’employait p. ex. madame Gourd an. L’annonce de ce remède fit une immense sensation et ,, exalta les têtes des jeunes débauchés qui se trouvaient dans l’ancienne cour“.i) On fit venir monsieur Pré val, le combla de flatteries, telles que n’en obtint guère le découvreur d’un nouveau monde, mais on exigea qu’il fit l’expérience requise lui-même en présence de témoins, afin de prouver l’efficacité du remède trouvé par lui. Pré val y consentit. En juin 1772, l’incroyable eut lieu. En présence de grands seigneurs, notre charlatan, après avoir pris son fameux remède,^) consomma le coït avec une fille fortement infectée, qui se faisait traiter à l’hôpital des soeurs de charité. Il resta intact, mais on ne dit pas si une infection syphilitique antérieure, fort probable d’ailleurs chez ce -bon vivant, n’avait pas été la cause de cette immunité. Parent-Du châtelet „aurait pu encore nommer les témoins de cette scène mémorable^, mais le rang qu’ils occupaient dans l’Etat „lui commandait le silence. “

Nous n’avons plus besoin de nous faire contrainte et nous les nommons. C’étaient le duc de Chartres, le duc de la Marche, le maréchal deEichelieu, le duc de Nivernais et quelques autres „gentilshommes“. Le duc des Deux-Ponts fit également faire des expériences analogues qui eurent un résultat favorable. Pré val fut engagé par le conseil municipal de Paris à entreprendre le traitement des syphilitiques à Bicêtre avec son remède. On lui assigna dans ce but six hommes et quatre femmes. La Faculté de médecine apprit toutes

q Parent-Duchatelet 1. c. P. 629.

2) J. K. Proksch „Histoire des Maladies ve'nériennes“ Bonn 1895. T. II. P. 509; J. Schrank „La Prostitution à Vienne.^ T. I. P. 237. Vienne 1886.

Düliren, Le Marquis de Sade.

ces choses et tint le 8 août 1772 une séance mémorable, dans laquelle Pré val fut rayé de la liste des membres avec 154 voix contre 6. Il intenta alors un procès à la Faculté et porta plainte devant le parlement contre cette dernière. Le jugement de la Faculté fut annullé en 1776, mais confirmé de nouveau le 13 août 1777, la Faculté ayant refusé de reconnaître le premier jugement du parlement, et Pré val fut en outre condamné encore à 3000 francs d’amende.

Quand même on pourrait donner son assentiment à l’arrêt de la Faculté en ce qui concerne l’essentiel de l’affaire, les arguments qui servent de base à ce jugement sont fort discutables. Il est dit dans un passage de cet écrit: „Ce serait à la morale qu’il appartiendrait d’examiner à quel point serait licite une invention dont l’unique objet serait d’ajouter à l’attrait naturel du vice, celui de l’impunité. Nous savons, ou au moins nous croyons, qu’un préservatif pour la maladie dont il est question, produirait un déréglement dont souffriraient la population et le bon ordre social, nous pourrions ajouter la pureté des moeurs." Q Déjà Gir tanner, qui s’érige dans son livre partout en moraliste austère, remarque à ce propos: „L’iîiventeur d’un pareil remède n’aurait pas mérité le mépris, mais bien au contraire la gratitude du genre humain, parce que, par là, le mal vénérien aurait dû disparaître en peu de temps dans le monde entier. Et quel philanthrope ne souhaiterait pas qu’une pareille révolution se réalisât!"^)

J. K. Proksch „Les Mesures préventives contre la maladie vénérienne^ Vienne 1872. P. 48 et s. — On tiouve la littérature sur l’affaire Guiibert de Pré val chez Gistanner 1. c. P. 782 et J. K. Proksch „La Jittérature der

Parent-Duc 11 atelet, qui applaudit l’opinion de la Faculté de médecine avec enthousiasme, est blâmé avec raison par Prokscli.^) Car on peut condamner le vice, sans vouloir priver l’humanité des préservatifs contre les maladies, et si la crainte des maladies devait être l’unique motif d’une conduite vertueuse, nous ne pourrions alors taxer bien haut une pareille vertu.

Le préservatif principal contre les infections vénériennes était au 18 me siècle, tout comme — aujourd’hui, le •condom. Nous avons parlé déjà plusieurs fois' de l’usage fort répandu de ce préservatif dont on trouvait „tout un arsenal“ dans chaque bordel. Les prostituées qui vivaient isolées débitaient également ces „ redingotes d’Angleterre". Quand Casanova, à son arrivée à Marseille, entra, suivant son habitude, tout d’abord chez une fille publique pour se reposer des fatigues du voyage, et ne put dissimuler sa crainte d’une infection, elle lui offrit un „ vêtement anglais", qui „met l’âme en repos." Mais il n’en voulut pas, parce „ qu’il était d’une qualité trop ordinaire." Alors, la belle lui en offrit de plus fins à trois francs pièce que „la marchande ne vendait qu’à la douzaine"; Casanova se décida à prendre toute la douzaine et s’en fit „ essayer" quelques échantillons par une petite domestique de quinze ans.^)

Le condom fut inventé sous le règne de Charles II par le Dr. C ont on, médecin à Londres; aussi serait il plus juste de le nommer „contom". Selon le conseil de

maladies yénériennes^. Bonn 1889. T. I. P. 473. — Nous citons comme une curiosité „La Cacomonade, histoire politique et morale, “ de Linguet. Cologne 1769, paraphrase de i’anecdote cynique de Voltaire sur rorigine de la syphilis, clans le 4ème chapitre de .jCandide".

2) Casanova T. IV. P. 313.

ce médecin, ces enveloppes, destinées à recouvrir le membre viril au moment du coït, se fabriquaient avec les intestins aveugles d’agneaux. Dans ce but, on retrancliait des agneaux tués une partie d’une longueur convenable de l’intestin susdit, on la séchait, l’amollissait et l’assouplissait en la frottant avec de l’huile fine et du son.^)

Proksch donne encore des détails très-intéressants de l’histoire ultérieure et de la critique de cette invention, et constate qu’au temps présent „ropposition frénétique hypermorale dirigée contre le condom“ s’est presque complètement apaisée. Les médecins reconnaissent presque unanimement la haute valeur des condoms comme moyens préservatifs contre les maladies vénériennes. „La plus chaleureuse approbation de la qualité préservatrice des condoms survint, il est vrai à contre coeur, d’un côté d’où l’on ne l’aurait pu supposer. “ En 1826 parut un bref papal (Léon XII), condamnant cette invention, „parce qu’elle contrecarre les décrets de la Providence, qui voulait punir les créatures sur l’organe par lequel elles avaient péché. Proksch soumet ce bref aune critique anéantissante, à laquelle nous renvoyons le lecteur. — Les condoms faits en intestins aveugles d’agneaux, en vessie de poisson et en peau d’or sont moins surs, les membranes animales se déséchant, se fracturant et se crevassant bientôt, étant rongées et perforcées par de petits insectes, et ne possédant en outre presque aucune extensibilité, quand elles sont sèches, de façon qu’elles se déchirent à la moindre résistence.“ Proksch, cet explorateur sérieux et consommé dans la sphère des maladies vénériennes,

J. K. Proksch „Les Mesures prophylactiques contre les maladies vénériennes^ Vienne 1872. P. 4Ù Ù L K. Proksch P. 50.

a démontré au moyen d’expériences très-exactes que les condoms en caoutcliouc sont les plus sûrs préservatifs nontre toutes les maladies susceptibles d’êtres acquises au moyen du coït naturel. i) Les objections fondées sur la morale, qu’on a apposées à l’usage des condoms, ne sont pas plausibles pour celui qui sait qu’on peut abuser de tout ce qui existe dans le monde, et que le salut de la société doit être placé au dessus des scrupules d’un particulier. Prokscli a réfuté toutes ces objections par des considérations de la plus haute humanité. Le médecin appelé à sauvegarder la santé de chaque homme en particulier, de la famille et de toute la société en général, ne peut partager le point de vue d’un théologue, qu’on peut aussi défendre, comme nous en convenons. Il n’est pas responsable non plus de l’abus qu’on pourrait faire

Proksch P. dO — 51. „Parmi 48 condoms de differente grandeur que je me fis yenir sans les choisir de marchands en détail pour mes expériences, je n’en trouvais pas un qui eût pu être qualifié de mal fait ou de peu sûr. La plupart des condoms pouvaient être dilatés au moyen d’une pompe à air comprimé jusqu’au quadruple du volume qu’ils avaient à l’état détendu, avant d’éclater avec fracas; pas un condom n’éclata tant que je ne déi)assai pas le triple de son volume en le dilatant, chose que j’ai vérifiée par d’exactes mesures. Ce qui est remarquable dans ces expériences, c’est la circonstance que les condoms quand la dilatation dépassait certaines limites, se déchiraient juste à l’endroit où je les avais attachés avec nue ficelle à la pompe à air comprimé. S’il m’eût été possible de fixer les condoms d’une manière qui aurait permis de les enfler entièrement, je serais sûrement arrivé à des dilatations encore plus considérables.“ Des dilatations précipitées et inégales donnèrent le même résultat grâce auquel Proksch donna la garantie que les condoms en caoutchouc se vendent dans un état intact, qu’il ne peuvent se déchirer pendant le coït, quand même ils seraient adaptés et employés maladroitement, et qu’ils restent imperméables même au maximum de leur dilatation. Par là, les plus importantes objections qu’on a fait valoir pour mettre en doute la force j)rotectrice des condoms seraient réfutées.

de ses conseils, et on n’a pas le droit assurément de lui reprocher cet abus. Si au moyen du condom on voulait tenir compte de chaque malpropreté ‘ imaginable et de chaque ordure dégoûtante d’un côté, et d’un autre côté des folles fantaisies de chaque débauché, le condom en question devrait à la vérité recouvrir alors non seulement les parties génitales, mais aussi le corps entier. “ (Proksch.)

Finalement, nous arrivons à un dernier groupe d’aphrodisiaques. Nous voulons parler des succédanés du mâle, ainsi, que nous voudrions nommer les appareils artificiels qui ont pour but de suppléer chez la femme à l’absence de l’homme, en première ligne les phallus en peau ou godmichés, les „ consolateurs ainsi qu’ils sont nommés chez la Gourdan, les „bijoux indiscrets “ ou bijoux de religieuse “ (en anglais: dildo, indiscret toy; en italien: cazzo, parapilla), dont l’emploi provient du culte de Priape.i) Ces phallus artificiels utilisés déjà dans l’antiquité^) acquirent au 18me siècle de nouveau une grande vogue non seulement en France mais aussi

J. A. Dulaiire a donné dans son grand ouvrage -„Des Divinités génératrices ou du culte du Phallus chez les Ancienset Modernes^. Nouv. edit. Paris 1885 un exposé historique détaillé du culte phallique. — Quelques contributions à ce sujet se trouvent aussi dans J. Eosenbauin „liistoire de la maladie vénérienne dans l’antiquité^ Halle 1893. P. G-4— 87.

1) J. B 1 0 ch. „Les anciens connaisaient-ils la contagion des maladies vénériennes ?“ Le „ Journal hebdomadaire allemand^ 1899 No. 5 communique un passage intéressant tiré des „Miniianibes“ du poète hellénique Ilérondas récemment retrouvés. Dans le mimiambe „Les deux Amies“ ou „La Conversation intinie“ il s’agit d’un phallus en peau que les femmes de l’île de Cos employaient entre elles pour satisfaire leurs appétits sensuels; cette mauvaise habitude était alors très-répandue même chez, les citoyennes respectables, ce qui ressort d’une conversation de deux amies, — L’opinion de Blocli que la syphilis était inconnue à l’antiquité nous paraît à vrai dire avoir encore besoin de preuves plus convainquantes.

en Allemagne, où ils étaient nommés „des Jean de velours‘‘ par les grandes dames, i) Sade décrit même des godmichés automatiques (Juliette V 328), ainsi que des instruments analogues, mais garnis ingénieusement de diverses pointes aiguës, comme p. ex. ceux dont se sert la tribade Zatta (Juliette VI 124). Comme nous le remarquons d’après une gravure dans la „PMlosopliie dans le Boudoir‘‘ (tome II, 31) les godmichés du siècle précédent ressemblaient à ceux qui trouvent leur emploi encore actuellement en France, et que Garnier décrit de la façon suivante : „On en fabrique ici (à Paris) en caoutchouc rouge durci,, parfaitement imités, que l’on vend secrètement à des; adresses connues de toutes les intéressées. Le mécanisme en est des plus ingénieux. Ils se gonflent à volonté et du lait ou tout autre liquide, placé à l’intérieur, s’échauffant au contact du vagin, s’échappe et se répand au moment psychologique, pour rendre l’illusion plus complète. “ Ces objets étaient du reste employés non seulement dans l’amour lesbique, mais même entre homme et femme, p.

W. Hein se dans sa traduction des „AventLires d’Encolp.“ de Pétrone. Nouv. édit. Leipzig 1898. T. I. P. 70.

2) Garnier 1. c. P. 378.

3) Ce même auteur rapporte ailleurs, p. 125 que les Chinois axaient aussi inventé déjà ces appareils de volupté, avant d’être entrés en rapports avec les Européens, et qu’on vend actuellement à Tient-sin des membres virils artificiels „peints au naturel^, ainsi que des images qui représentent des femmes faisant usage de ces „cousolateurs“. De pareilles scènes étaient même exécutées en peintures sur porcelaine. — Nous avons vu nous- mêmes dernièrement plusieurs dessins hectographiés, montrant cet appareil sous la forme d’une grande machine mise en activité par une femme dans le but de satisfaire son appétit sexuel. 11 faut se représenter les „godmichés automatiques“ de Sade ayant une forme et une construction analogues. — „Analuma, ou plutôt dire, société des jeunes dames non mariées est une expression signifiant le pénis d’une manière euphémiquement timide. “ (B. F r i e d 1 à n d e r „Notices sur Samoa“. Journal d’Ethnologie 1899. P. 31.

ex. madame de St. Ange s’en sert pour exercer la pratique pédéraste sur Dolmancé (Philosophie dans le Boudoir II, 31). Garnier suppose que les boules japonaises, comme ou les a nommées, qui sont employées au Japon, en Chine et aux Indes depuis des temps immémoriaux par les femmes voluptueuses, n’ont pénétré en Europe que depuis 1819 et ont été décrites alors pour la première fois dans le „Dictionnaire des sciences médicales^, i) Ceci est complètement faux. Ainsi que nous l’avons vu plus haut (P. 125), ces „pommes d’amouP^ étaient connues en France déjà depuis la seconde moitié du 18me siècle.

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