La Reine Caroline de Naples
Le marquis de Sade dépeint la reine Carolinede Naples comme le type d’une tribade accomplie (Juliette V, 258), et décrit ses charmes „ d’après nature". Elle, ainsi que son époux, le roi Ferdinand IV, se distinguent par une cruauté voluptueuse des plus pronon-
B O U r g O i n g „Mémoires historiques et philosophiquessur Pie VI et son pontilicat“ Paris. An 7 de la République. P. 101—111.
2) P. Coletta „Histoire du Royaume de Naples“ 2e édit. Cassel 18.55. T. I. P. 24G.
3) C. J. Weber J. c. T. III. P. 255.
4) J. Gorani 1. c. T. II. P. 357.
B 0 U r g O i n g I. c. P. 120 — 121. — Le prieur claustral voluptueux Sévérino chez Sade y est désigné comme un parent du pape Pie VI (Justine II, 176).
cées, qui trouve son expression dans diverses explosions sauvages dépeintes par Sade, p. ex. à roccasion de la grande fête populaire à Naples, où périrent 400 personnes (Juliette VI, l)i).
Là, le marquis de Sade a effectivement peint exactement „ d’après nature. “ On peut dire que la tentative sensationnelle d’apologie faite par Helfert pour sauver l’honneur de la reine Caroline de Naples^) a complètement échoué comme l’a démontré définitivement la réfutation concise des amplifications de Helfert par Maurice Brosch.^) Donc, les révélations faites par Gorani, Coletta et plusieurs autres auteurs sur les moeurs dépravées de la reine Caroline doivent être reconnues pour authentiques.
Coletta affirme en parlant d’elle qu’elle „ avait plus d’une passion, étant vindicative et hautaine, de plus aveuglée par une lasciveté dévorante.
Gorani, qui rassembla les matériaux de son célèbre ouvrage de 1779 à 1780 et de 1789" à 1790, dirige principalement ses attaques contre l’état des choses à Naples, auquel probablement l’épigraphe de ses „Memoires“‘ fait illusion:
Des tyrans trop longtemps nous fûmes les victimes. Trop longtemps on a mis un voile sur leurs crimes Je vais le déchirer
Caroline est la ,, mégère autrichienne'‘, qui réunit en elle toute la lasciveté d’une Messaline avec les con-
0 C a r O 1 i n e se nomme Charlotte dans ses lettres. Aussi Sade lui donne-t-il ce nom.
2) D e Helfert „Maiie Caroline d’Autriche, reine de Naples“ Vienne 1884.
3) M. B r O s c h „La Reine Marie Caroline de Naples“ dans: Revue historique T. 53. Munich et Leipzig 1885. P. 72—94.
‘^) P. Coletta 1. c. T. I P. 240.
voitises dénaturées d’une Saplio. Elle se livrait sans choix et sans honte aux hommes les plus méprisables et les plus abjects, et entretenait une liaison avec son ministre Acton. Ce „unique monstre de cette espèce^ fit mourir tous ses enfants ou les rendit malades. Une fois son époux Ferdinand lui cria par le trou de la serrure: „Ce n’est point une reine, une épouse, une mère, que l’Autriche nous a donnée, c’est une furie, une mégère, une Messaline q’uelle a vomie dans sa colère et lancée parmi nous.“
Le commerce de Caroline avec la célèbre lady Emma Hamilton, la maîtresse de Nelson, acqui surtout une grande renommée. L’opinion de Coletta au sujet de la liaison tribadique de ces deux femmes a été confirmée par tous les observateurs consciencieux: Nella reggia, nei teatri, al publico passeggio Emma sedeva al fianco délia regina; e spesso, ne’ penetrali délia casa, la mensa, il bagno, il letto si godevan commun i. Emma era bellezza per tutte le lascivie.^^)
L’orgie décrite par Sade comme ayant lieu dans les ruines de Herculanum et de Pompéi (Juliette V, 340 et s.) a sans doute été célébrée plus d’une fois en réalité. Car en 1798, une fête opulente semblable fut arrangée dans ces lieux en l’honneur de Nelson. L’assassinat en masse dont parle Sade est aussi un fait historique. Le 18 octobre 1794, eut lieu dans les rues de Naples, de propos délibéré, un combat qui coûta la vie à trente personnes, et où beaucoup d’autres furent blessés.
L J. G O r a n i 1. c. T. I P. 96, 135, 209, 259—264. — J. Gorani, né le 15 février 1740 à Milan, mourut après une vie aventureuse le 13 décembre 1819 à Genève.
2) A. Gagnières „La Reine Marie-Caroline de Naples d’après les documents nouveaux^. Paris 1886. P. 31.
Toutes les autres circonstances de la situation à. Naples semblent avoir été en réalité aussi détestables qu’elles nous sont dépeintes dans „Juliette‘‘. Suivant Gorani l’époque de l’empire romain ne vit point de dépravation des moeurs semblable à celle qui régnait à la cour de Naples, point de Messaline semblable à la reine Caroline. Nelson dit, en parlant de Naples, qu’aucune femme n’était vertueuse et que tous les hommes étaient dignes de la potence ou de la galère.^) Et même suivant Gorani, Naples aurait été rempli de types pris dans les romans de marquis de Sade. Le Napolitain a selon lui le naturel méchant; il réfléchit de sang-froid aux crimes qu’il veut commettre et y joint encore mille atrocités. 30000 individus y menaient une vie vagabonde. Le nombre des détenus était exorbitant. Les femmes faisaient surveiller leurs amants par des agents secrets, tout en étant elles-mêmes infidèles. Les filles publiquesétaient très-belles mais elles avaient de méchants domiciles Les plus belles étaient des étrangères, tandis que les femmes originaires du pays étaient laides et malproprec, mais „tiès ardentes pour le plaisiC‘. La bouche excessivement large leur vient de ce qu’elles bavardent et gesticulent trop, en sorte qu’une bouche petite et jolie est une rareté.
Le roi Ferdinand lY de Naples était selon Gorani un voluptueux au coeur dur, qui avait la passion de tourmenter et de tuer des lapins, des chiens, des chats et même des hommes, en outre, d’entretenir des liaisons avec quantité de femmes, tandis qu’Acton et la reine Caroline arrangeaient sans lui des orgies nocturnes.^)
O Gao-nières 1. c. P. 66.
2) J. Gorani 1. c. T. I. P. 39—41; P. 20 et s.; P. 98.
Nous remarquons qu’en tout ceci le marquis de Sade ne s’est pas non plus trop éloigné de la vérité dans ses peintures, et que ses oeuvres ont par conséquent une grande valeur pour l’histoire de la civilisation, valeur que nous croyons avoir sufisamment démontrée dans la première partie de cet ouvrage.
La Vie du Marquis de Sade.
Les Ancêtres.