‹ Le marquis de Sade et son tempsChapitre 36 sur 82 · La Laure de Pétrarque · texte numérisé non relu

La Laure de Pétrarque

Era ’l giorno ch’al sol si scoloraro Per la pietà del suo Fattore i rai,

Quand’ i’ fui preso, e non me ne guardai,

Che i be’ vostr’ occhi, Donna, mi legaro.

Qui ne les connaît pas, les célèbres vers du plus célèbre sonnet de François Pétrarque, qui y chante sa première rencontre avec sa Laure, la Madonna Laure, sa bien-aimée? De la Laure à laquelle nous sommes redevables des fleurs les plus parfumées de la poésie lyrique dans la plus belle langue du monde. Comment cette apparition céleste, ce symbole des sentiments les plus délicats trouverait-il accès dans un livre sur le marquis de Sade? La Laure que Pétrarque aperçut pour la première fois le lundi mémorable de la semaine

sainte 1327 (le 6 avril) à l’église de Ste. Claire à Avignon^ fille du chevalier Audehert deNoves, syndic d’Avignon^ était l’épouse d’un certain Hugue de Sade, auteur delà race des de Sade, i) C’est ainsi que „riiistoirelittéraire a réuni, comme par une cruelle plaisanterie^ dans la même famille la manifestation de la passion amoureuse la plus désintéressée, presque divine, avec lo principal représentant littéraire de la débauche érotique et de l’égarement sexuel les plus incroyables, pour eu former un contraste éclatant^. Au début, une splendeur céleste, à la fin les ténèbres de l’enfer. Voilà, voilà, en effet, de tristes et amères leçons d’égalité ! A toutes les époques d’heur et de malheur de la maison des de Sade^ Laure en fut l’ange gardien et en resta, ainsi que Pétrarque, le divin poète, l’objet du culte le plus exclusif. Elle fut, selon J an in, „la dame blanche^‘ delà maison de Sade, la gloire et l’orgueil de cette famille. C’est avec un sentiment plein d’ardeur et de regret que tous les rejetons de cette illustre famille provençale ont toujours tourné leurs regards vers la vallée paisible et ensoleillée de Vaucluse, célébrée jadis dans les sublimes chants d’un poète par la grâce de Dieu. A lui, à Pétrarque appartient une gloire et une reconnaissance éternelles! Même le marquis de Sade, pour lequel il n’y avait plus rien de sacré, s’incline devant lui, qui fut lepoint de départ de la splendeur de sa maison, devant ,, l’aimable chanteur de Vaucluse^ (Juliette IV, 131).

K. M. Sauer „Tlistoire de la Littérature italienne^- Leipzig 1883. P. 63.

2) A. E ul enb ur g „Le Marquis de Sade“ dans: „L’Aveiiir‘' 1899. Nr. 26. P. 499.

3) .T. J an in „Le Marquis de Sade“. Revue de Paris. T. XI. Paris 1834. P. 327.

Page 1