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L’Enfance du Marquis de Sade

C’est le 2 juin 1740 qui vit naître l’un des hommes: les plus remarquables du 18 me siècle, disons même, de

1) La généalogie' du marquis de Sade est pour l’essentiel exposée d’après la «Biographie ancienne et moderne‘‘ Paris 1837^ T. 37. P. 217—224.

l’humanité moderne en général. C’est dans la maison du Grand Condé que naquit Donatien Alphonse François marquis de Sade: le philosophe du vice, •le „professeur du crime", ainsique le nomme Michelet et après lui Taine. Ils vint comme enfant de quatre ans chez sa grand’mère à Avignon dans la radieuse Provence, et quelques années plus tard a l’ermitage d’Ebreuil chez son oncle, qui l’éleva soigneusement et lui donna lui-même sa première instruction jusqu’en 1750, où il fut envoyé au collège Louis-le-Grand, rue St.-Jacques, à Paris. Cet établissement avait alors la renommée d’être le meilleur en France, et donnait à ses élèves les moyens de développer et de perfectionner leur esprit, en acquérant des connaissances solides et variées. Ils devaient tenir des discours en public, jouer des pièces de théâtre, arranger des disputations etc. On y avait beaucoup plus d’égard pour l’intellect que pour le corps, qui en outre ne pouvait se trouver fort à son aise à cause de la fréquente application de la fustigation. 2)

Divers portraits de la personnalité du jeune de Sade se rattachent à cette période; ils sont tous peu authentiques. Selon Uzanne, il était à cette époque un „ adorable adolescent dont le visage délicieux, pâle et mat, éclairé de deux grands yeux noirs". Mais déjà toute sa manière d’être respirait l’atmosphère du vice, qui infectait d-e son haleine empoisonnée tout son entourage, et qui était d’autant plus dangereuse que l’enfant inspirait une

q Après la mort de son père, il aurait dû prendre le titre de comte, mais il s’était déjà rendu fameux comme marquis de Sade, de sorte que ce nom lui resta.

2) P. Lacroix „XVIIIme Siècle etc.“ Paris 1875. P. 258 his 259.

3) 0. üzanne ,Jdée sur les Eomans par D. A. F. de .Sade‘‘, Paris 1878, P. XIV— XV.

sympatliie involontaire par sa „ grâce presque féminine Lacroix lui attribue une „figure ronde, les yeux bleus^ les cheveux blonds et frisés i) Un auteur allemand so plaît aux fantaisies suivantes: „Le jeune vicomte était d’une beauté tellement extraordinaire que, lors même qu’il n’était encore qu’un enfant, les dames qui l’apercevaient s’arrêtaient pour l’admirer. Il joignait à son charmant extérieur une grâce naturelle dans tous ses mouvements, et sa voix était si mélodieuse qu’elle s’insinuait infailliblement au plus profond des coeurs de toutes les femmes. Son père le faisait habiller toujours à la dernière mode, et le costume rococo d’alors rehaussait encore davantage la brillante apparence du jeune homme. Qui sait si, sous d’autres conditions, l’auteur de „ Justine" et de „ Juliette" fût devenu un pareil type de scélératesse, et s’il eût jamais frappé à tel point l’esprit des dames,, s’il s’était présenté dans le costume sans goût de notre époque."

Ce qui est certain c’est que le marquis de Sade avait, du moins dans sa jeunesse, un extérieur agréable. Malheureusement il n’existe de lui point de portrait authentique. Dans un petit ouvrage, paru en 1840 et intitulé „Les fous célèbres^, se trouve une fort mauvaise lithographie devant représenter le marquis de Sade, mais ce n’est rien qu’une production de l’imagination. Deux autres portraits furent découverts à Bruxelles. L’un, exécrablement exécuté, se trouve dans un cadre ovale et provient, à ce qui paraît, de la collection de monsieur d e la P 0 r t e. L’autre, une excellente peinture, représentant

1) 'Marciat „Le marquis de Sade" dans: Lacassagne „ Vacher l’e'ventreur et les crimes sadiques^, Lyon 1899, P. 187.

‘ 2) „,Tiistine“ et „Juliette“ etc. Leipzic 1874, P. 11.

3) „Les Crimes de l’Amour etc.“ Bruxelles 1881, p. 237.

le marquis entouré de démons, qui lui soufflent aux oreilles, porte la signature „H. Biberstein sc.‘‘, et faisait, à ce qu’on prétend, partie de la collection d’un certain H.*** à Paris, i) Ces portraits sont très-probablement aussi des figures de fantaisie.

Nous ignorons de même complètement dans quel état mental le marquis de Sade quitta le collège Louis-le- Grand. Suivant l’auteur allemand qui reconstruit la vie de Sade d’après ses livres avec une remarquable hardiesse d’imagination, „le jeune homme aurait été dès sa plus tendre enfance un piocheur fort attaché aux livres, qui se créa pour ainsi dire un système philosophique à son propre usage, basé exclusivement sur la doctrine épicurienne. A côté de ses études scolaires, il aurait encore cultivé les oeaux arts; il fut, selon l’opinion du même auteur, un musicien consommé, un habile danseur, une bonne lame, et s’essaya aussi à la sculpture. Il passait des journées entières dans les galeries de peintures, surtout dans celles du Louvre, de Fontainebleau et de Versailles, de sorte que son goût artistique se développa de plus en plus.“ Paul Lacroix confirme le fait que le marquis de Sade aimait beaucoup la musique, et sa description de la collection de tableaux à Florence prouve qu’il fréquentait les galeries de tableaux (Juliette IV, 19 et s.).

Janin pense que Sade, qui quitta l’école la même année où Maximilien Eobespierre y entra (1754), en sortit déjà en disciple fanatique du vice.^)

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